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DISCOURS m I'UIIUCG W LA neUGION ET DE LiriBICULTORE, PRONONCE A la Seance publique annuelle de I' Academic , le 8 Juin 1844, M. l'Abbe SIBOUR, Chanoine,,.- . ,^ Professeur a la Faculty de Th^ologie d'Aix , Vioaire-^n6Ja Pr6sidonl de rAcad6inic .^•. '^i"' Messieurs, . .^ x«,^ Notre society a mis a bon droit, de^is£i^|^ lenips, les inter^ts agricoles au premier rang de ceux qu'elle doit d^fendre et eclairer. Stranger par mes Etudes a cet objet principal de ses travaux , j'ai toujours compris et je comprends bien mieux encore en ce moment qu'il m'apparlenait pen d'etre jamais plac6 a sa tete. La bienveillance de mes col- logues en a jug6 autrement. lis ont pens6 que le zele pouvait suppleer a tout. lis ont voulu peut-etreaussi honorer en moi le principe que, je semble plus specialement, par mon ^tat, repr^senter au milieu de I'Academie. C'etait me met Ire alors dans I'im- possibilite de me derober a leurs suffrages. Je ne viens pas essayer aujourd'bui de les justifier, mais je voudrais en quelque sorte m associer aux voeux . — 8 — on le sail, des premieres observations aslrononii( jiics, si utiles a I'agnculture. Le premier peuple que , dans ces regions loin- laines, I'histoire nous montre reuni en corps de nation, est tout a la fois ^minemmenl religieux (>l agriculteur. Toute I'antiquite a celebrela I'ertilite de rfigypte. EUe eut plutot pour principe la sagesse de ses institutions, que les bienfaits dune terre rendue feconde par des circonstances exceptionnelles. La nature semblait , il est vrai , avoir forme de ses mains cette belle vallee du Nil pour en faire le bergeau de 1' agriculture. Elle invitait les hommes a se fixer sur un sol ou elle leur otTrait de si grands avantages : un ciel presque toujours pur. des eaux abondantes , les saisons assujeties a un ordre cons- tant, les merveilleux accroissements du fleuve, ses inondations periodiques , son linmn reparateur , (^nergiquement feconde par un ardent soleil. Mais a cote de ces circonstances favorables , I'Egypte en presentait aussi de contraires a I'agricullure et (|ui auraient fini , sans de fortes institutions , par mettre la devastation a la place de la fertilite. L'E- gypte a un eimemi terrible et qui menace sans cesse de I'envahir : le desert. Le fleuve lui-m6me, qui est son Ame et le principe de sa vie, pent devenir pour elle une cause de mine , soil (|u'il accorde impartaitemont le tribut de ses eaux, soit (juil deborde avec trop d' impetuosity. Le besoin de luller — 9 — rontre des dangers si terribles , tit de Ijoiine heme de la culture une science, appela la forte organi- sation du pays , et influa dune maniere puissante sur les institutions religieuses et politiques qui s'y developperent. II fallut apprendre a dompter le fleuve , en ouvrant des canaux propres a atlaibiir son impetuosite ; il I'allut aussi creuser d'imnienses lacs oil Ton put trouver pour les terres des reservoirs sutTisants , quand le Nil serait avare de ses dons. Ces grands travaux ne pouvaient 6tre I'oeuvre de particuliers et appelaient d'eux-memes I' association et un pouvoir fortement constitue. L'Egypte, a dit, de nos jours quelqu'un qui la connait bien, et qui a trop voulu seulement excuser les exces d'un pouvoir tyrannique par la necessit(^ du pouvoir lui- inSnie, I'Egypte est le pays du monde qui a le plus besoin d'etre gouverne (1). II en ful toujours ainsi, parce que les circonstances qui rendent en Egypte le pouvoir n^cessaire, sont inherentes au sol. La vallee du Nil devait done 6tre non-seulemenl le berceau de I' agriculture , niais le berceau des societes. Les institutions sociales de I'Egypte sont connues. Elles eurent un caractere profondcment religieux. Elles commencerent par la forme tlieo- cratique, et ineme lorsque cette forme eut disparu, {{) Apervu general mu I'Rgypte, par A B. Clol-Bey — 10 — lo caracteie leligieiix resta parloiil proroiidenieiil tMiiprcint (I ). Mais , dans la religion comme dans la politique des Egyptiens , deux choses intimement iniies , ce qui est surtout visiljle , c' est T influence des idees et des int6i'6ts agricoles. La religion propre a I'Egypte ne tut, dans ses plus grands ecarts, que I' amour exager6 et la d(^ifi- cation superstitieuse de la nature. Isis, c'6tait la terre feconde , et Osiris , le principe m6me de la fecondito. Celui-ci elait regarde comme le p^re de I'agiiculture , et pour cela , honore comme la principale divinite du pays. Le Nil qui avail ete comme le createur de lEgypte par ses alluvions , et dont les eaux , selon Plutarque (2) , avaient la vertu non-seulement de fertiliser les terres, mais d'engraisser les-animaux , le Nil, avec ses sources mysterieuses que le bon Joinville plagait dans le Paradis terrestre, et avec ses accroissemenls inex- plicables , pouvait passer facilement pour un dieu. Les Egyptiens lui elevei'ent un temple magnifique et lui rcndirent des honneurs divins. Sa statue etait de marhre noir, a cause de I'origine ethiopienne de ses eaux; sa lete etait couronnee d'epis, et tout autoui (!(> liii . line troupe d'enlanls , symbole de [i] llci'oil l;\ II WWII '2; IMiil I i. p. iXii, Tr.iilc (I 1m.- el (I (iMnJ.. — II — le lecoridile , forniaienl une gracieuse giiirlande. Le boeuf etait, apr^s le Nil, le plus grand bienfaiteur de rfigypte. Les services qu'il y reiidait soil pour le labourage, soil en mettant en mouvement ces innombrables machines destinees a aller puiser les eaux basses du fleuve , pour les distribuer ensuite au besoin par une irrigation leguliere et constanle, expliquent le culte solennel du bceuf Apis. Parmi les pretres de 1' Egypte, il y avail des Hydro- graphes, des Geonietres etdes Arpenteurs forniant des colleges distincts. Leur science , dans un pays assujetiades iuoiidations annuelles, etait indispen- sable pour fixer les limites des heritages. Telsetaienl les principaux rapports de la religion et de I'agri- culture. Quant aux institutions poliliques dont je ne puis parler ici qu' a cause de leur origine et de leur ca- ractfere religieux , ellesfurent cellesquiconvenaient le mieux a un peuple essentiellenient agricole. Le Roi devaitsavoirnianierlachariue. II ouvi-ait lui-memerarniee ruralo, en tra^ant le premier sillon. (lelle coutunie, qu on retrouve dit-on encore en ('-hinc(l), est, pour le dire en passant, une preuve de plus a ajouter aux [ireuves nombreuses qui eta- hlissent I'oiigine egyptienne de ce vaste ehipire. (1) Moiilrsfiuien , Esprit de.- Loi^. — 12 - LEgypte, on le sail , etait di\isee en castes. Les laboureurs en Ibrniaient une dont iis ne pouvaienl soitif. Toules les professions elaient hereditaires ct toules honorees. Les laboureurs 6taient nobles conime les guerriers et les pretres, c'est-a-dire, ({u'ils etaient libros. Au resle, I'Egypte fut une terre de liberte. Les enlants mcMuc des esclaves Y naissaient afTranchis. La loi empechait ainsil'es- clavage, cette plaie hideuse de lagriculture, de se propager. Mais les ma?urs venaient en aide a la loi. Le travail des champs ne fut jamais servile dans les beaux temps del'Egyple. Et, commeellen'aimait ni les strangers , ni la guerre , elle fermait ainsi pour elle les deux princijjales sources del'esclavage. Tous les anciens qui ont parle de I'figypte , con- viennent qu'elle n'^tait pas bellicjueuse (1 ). Elle n'a eu son premier conquerant Sesostris , qu'apr^s plus deinilleans d' existence (2). Son organisation militaire etait celle dun peuple agricole qui a plus a coeur de se dcfendrecontreles voisins quede les attaquer. Malheureusement cette belle vallee dii Nil etait de toute part ouverte aux invasions. Le desert ne la menagaitpas seulement par ses sal)les, mais en- (I) Sliabon . lib wii (â– 2") BosMirl. HiM-nui's -111 rilisi, I'liixcrs. 1,2. — 13 — core par les peuples belliqiieux qui pnaienf dans sos solitudes. La nature, en lui prodiguant les i-ichesses du sol, n avail rien fait poui- I'aider a les defendre. Le besoin d'arreter les entreprises ennemies , fit changer la forme theocraticjue du gouvernement , et le pouvoir passa des pretres aux guerriers. Mais I'armee egyptienne ne fut guere qu'une sorte de inilice bourgeoise , destinee a garder les foyeis. Cette organisation ou la naissance faisait tout, etait vicieuse, si Ton en juge par les resultats. LEgypte, par ses richesses ou bien par I" importance de sa position qui en fit longlemps le centre du monde , attira tous les conquerants et ne sut jamais r^sister a aucun. Depuis les Hicsos du desert , jusquaux Arabes d'Omar, elle n'a su eviter aucune domi- nation. Apres les Ethiopiens , les Assyriens , les Perses , les Grecs , les Romains , la France aussi a voulu un jour envoyer ses vieilles bandes sur les bonds du Nil. La bi-avoure et les succes d'line poignee de- soldats , durent etonner ces qiiarante siecles qui du haul des Pyramides les contemplaient. L'Egypte, qui fut toujours comme le grenier du monde, et sa principale ressource dans les fa- mines (1 ), mettait dans ses forces une presomptueuse confiance. Elle savait mieux mepriser , qu' eloigner- (I) Oiiines provincise veniebant in Egyplum ul emerenl escas, et malum inopise temperarent. denes, c li v. .57. — 14 — jes Barhiires. Kile so rontentail volonliprs dc la 2;loire (l(^ ikmii rii- ses niaitres. lille eiil pour cor- rompre ses verliis, les vices qui acrompagiient Irop souvent rabondance : regoisnie el la niollesse. Les Propheles la coniparaient qiielquefois a ces grasses et iiidolentes genisses qui paissaient sui' les bords de son fleuve , an milieu des plus epais palu- rages (1 ). Toulefois, si dans lanliquite lEgypte etcndit pen au dehors son influence par ses victoires, elle le- lendit beaucoup par ses colonies. Ces conqu^tes pacifiques convonaient niieux a son genie agricole. Voiciunpeuplesorfi en quelque sorte de son sein, (jnoiqu'elle ne I'ait pas enfante, un peuple qui lui •estreste etranger, qui lui a ete meme de beaucoup superieur par les croyances, et qui va nous montrer encore mieux I'alliance des idees religieuses et des moeurs agricoles. Seulement en Egypte, nousavons vusurtoutr influence del agriculture sur laieligion, ici c'est r influence de la religion sur Kagriculture que nous decouvrirons. S'ilestune nation que la religion aitformee, c'est, sanscontredit , la nation Hebraique. Or, le peuple (I) Vilula elegans al(ine lormosa Egypliis: sliimilalor ah aqiiilDiir vciiiet ei. Meicenarii quoque ejus versabantur in medio ejus, quasi viluli sa- Sinati versi sunt el fu^'PiMiiit siniul , noc slaro potnpniiil Jpiimj] '-. vi.vi \ iO-21. — K) — quise(l(*\('l(>ppa sous rinlliipiice ) Ruth. c. I V 22. — IG — C est nil (Ic 206. et t. 5. p. 184 (2) Dans rant iqviili', la m(ijs;^i)ii ((inunoMvail toujoviis par de.s sacri- lices el par des prieres. Falceni malluiis quisquam svippoiiat rieqiie aiile Aiistis i|uaiii cereri Det mollis in composilns el Carmiiia dieal. (ie.or^, i. 'ikT. (:<) Rulh , e. II. V 8. (4) Rulh , <â–  II V, k. — 17 — « ses servileurs ; et tons repondfiit : Que le Seigneur « vous b6nisse (1) 'â–  » Ce premier tableau que nous depouillons de ses couleurs n'est-il pas encore plein de charmes? C'esl la nature dans touteson antique beaute, lorsqu'entre elle et I'homme existe une union sainte et pleine d' harmonic. Nous n'osons toucher a I entretien de Booz et de Ruth. 11 faudrait le transcrire en entier. Mais voici I'heure du repas des moissonneurs. La jeune Moabite y a ete invitee. Elle s'assied timi- dement a leur cote. Elle trempe avec eux son pain dans un melange d'huile et de vinaigre , tr^s propre a ranimer les forces. On lui donne aussi al)ondam- ment de cette soupe des moissonneurs qui fait en- core aujourd'hui leur principale nourriture. Elle en garde pour sa belle-mere (2). Le repas n'est pas fini que la diligente Ruth s'est deja levee pour reprendre son ouvrage. Et Booz , charme de sa candeur et de sa piete filiale , dit a ses gens : « Voudrait-elle couper avec vous les orges , ne « I'empechez pas ! Mais au moins laissez tomber a « dessein quelqnes epis de vos javelles, afin quelle « puisse les recueillir sans honte (3). )> C'est ainsi (1) Ruth, c. II. V. ii. (2) Ruth , c. II. V. 15. 16. (3) Ruth, c. Ill, V. 7. — 18 — <|iie U> soir venii, apres avoir hallii ses (''i)is, Kiilh oil lira Irois boisseaux de grains , quelle porta joyeuse a Noemi. A la fill de cette Idille divine , nous voyons Booz a I'aire , vannant lui-meme son orge; le soir s'en- dormajit, le repas fini et le coeur gai , pres d'un tas de gerbe, et bientol, par le stratageme de Noemi, epousant, selon la loi, la jeune Moabite dont il 6tait le parent. Tel est dans Booz le type du pieux israelite. Les moeurs du livre de Ruth sont celles qui se developp^rent sous 1' influence de la loi de Dieu, lorsque les temps heroiques de la nation furent passes , et qu'apres avoir conquis la terre de Chanaan , le peuple Hebreux s'y fixa et mela aux habitudes de la vie pastorale, celles de la vie agricole. Plus tard , nous voyons a Jerusalem , toutes les magnificences d'un grand etat •. dimmenses ri- chesses , de superbes monuments , des armees nom- breuses ; mais , c est toujours l' agriculture qui est le fondement de cette prosperite. Avec I'abondance croit la population. Nul ne pensait alors que cet accroissement put devenir pom- un pays un trop pesant fardeau. II ne Test jamais en elTetpourun pays agricole. La, plus il y a d'hommes , plus il y a aussi d'aisance, pourvu qu'ils soient laborieux. L'Egypte , dont fetenduc forinerait a peine la 6"^" partie de la Franco, nourrissait, solon qucl(|uos - 19 - calculs, plus de vingt millions d' habitants. La popu- lation de la Judee 6tait proportionnellementlam§me. Cette terre de Chanaan , remuee par tant de bras, niontrait une inepuisable fecondite. Pour savoir ce que la culture ancienne en avail fait , il faudrait comparer ce que les livres saints et m^me les auteurs profanes nous disent de ses richesses d' au- trefois , avec cette morne desolation dont elle offre aujourd'hui l" image , et dans laquelle ses longs malheurs I'ont plongee (1). Au plus liaut point de sa prospcrite , sous Salo- mon , ou commencerent ses relations commerciales , la Jud^e ne perdit pourtant pas son caractere essen- tiellement agricole. Les metiers y naissent a peine. Elle est toujours etrangere aux beaux-arts. C'est de Tyr que lui viennent ses principaux ouvriers (2). La science de Salomon est celle d'unami de la nature. II connait toutes les plantes, depuis I'hysope jusqu'au cedre du Liban. II les a toutes decrites dans de nom- breux et savants ouvrages. Ceux qui nous restent de lui respirent une sagesse divine ; mais cette sagesse est precisement celle qui convient a un peuple d agriculteurs. Elle enseigne surtout le prix du (l)*Voyez a ce sujet de trfes bonnes reflexions dans Vhistoirp de Jerusalem, par M. Poujoulat, t. 1. c. ii. p. 28. Voyez aussi Fleury , Mceurs des Israelites , ct vii. (2) Reg. , lib. Ill c, VII. V. 13. — 20 — travail. -< L'indigence est la fiUe do la paresse (1). « Celui (pii (lorl en ^6 aii lieu de fairesamoisson, « on qui ne lal)oure point I'hiverdepeur du froid, (( merite de mendier et de ne pas trouver du « pain (2). Le bien acquis trop promptement n' attire « pas de benediction (3). Telles sont ses maximes. Le sago s'applique encore a montrer la pau- vrete frugale pr6feree a une abondance tumul- tueuso , los inconvenients des deux extr^mites, de la misere et de 1' opulence. II entre memo dans des preceptes detailles d'^conomie : a Pre- >i parez , dit-il , vos ouvrages au dehors , et la- « bourez soigneusement votre terre , afin que vous '< puissiez ensuite bAtir votre maison (4). » Cost ainsi qu'une religion divine mSlait a ses conseils sublimes, les conseils utiles de 1' experience et de la sagesse humaine , ol fondait le bonheur du ponple 6\u sur le goilt du travail et les habitudes de la vie agricole. Mais , quittons maintenant la Jud^e , et jetons un rapide regard sur la Grece. Au milieu de cette va- riety d' elements donl sa civilisation so compose , (1) F.gestalem opeinta est manus remissH. Prov. , c. x. v. 4. (2) Prov. c. XIX. V. 5. «3. (3) Prov. c. XIX. V. at. (4) Prov. c XX. V. 10. - 21 ~ nous decouviiroiis cepenclaiit cetle antique alliaiRO de la religion et de 1' agriculture que nous voulons indiquer. Ce n'est pas etonnant , Messsieurs , car laGr^ce doit beaucoup a I'figypte. La civilisation lui est surtout venue des bords du Nil, et c'est precisement par la religion et par {'agriculture quelle y fut initiee. Cecrops et Danaiis apport^rent a la Gr^ce les dieux que son imagination sut tant embeltir. Le premier, pourrions-nous I'oublier ! planta I'olivier sur les collines de I'Attique , apr^s avoir appris a ses grossiers habitants a ensemencer la terre. Hom^re chantait I'^ge h^roique de la Grece , pen de temps apr^s que Salomon ecrivait ses Proverbes. Homere avait visite TEgypte. II a pu connaitre la Judee et les doctrines des Hebreux. II est au moins incontestable qu'il y a des traits nombreux de ressemblance , sous le rapport des habitudes de la vie , entre les heros de l' Iliade et de rOdyssee et les personnages de nos livres saints. Les Patriarclies travaillaient de leurs propres mains et se preparaient leurs vetements et leurs repas , comme Achille et Ulysse. Parmi eux , les filles les plus considerables allaient a la fontaine, comme la belle Nausicaa; et nous voyons que Rebecca , Rachel et les filles de Jethro , y conduisaient leurs troupeaux. Sans parler du savant mais insoutenable paradoxo par lef[uel la guerre de Troie ne serait ^2 plustju iiii episode deHgur^ dc I'lrlisloiie juive (I) . nous dirons que M'"*^ Dacier defendait la beaute et la v^rite des moeuis homei-iques , la Bible a la main (2) , et 1 on sail lout le parti que Grotius a tire du prince des pontes grecs, dans ses Connnentaires sur I'Ancien Testament. Toutefois, ce n'est pas dans Homere que nous voulons chercher la peinture de cette vie simple et religieuse des champs que I'Egypte apportaa la Gr^ce, quoiqu'a vrai dire , elle ne soit pas absente de ses po^mes et quelle forme souvent au contraire le fond de ses tableaux (3). Les arts de la paix et r agriculture le premier de tons , eurent aussi leur poete qui rivalisa avec le chantre des combats d'llion. Hesiode, apr6s avoir c61ebr6 les dieux dans sa Theogonie , celebra aussi les joies et les occu- pations de la vie champetre, dans son po^me des Travaux et des Jours. La gloire d' Hesiode, ce n'est pas d' avoir remporte sur Homtljre cette victoire po6- tique de Chalcis dont parle Plutarque (4). C'est d" avoir merile qu'on ait pu le dire et le faire ac- croire a la posterite. Au reste, il fut couronn6 a (1) Hist, des temps Fabuleiix, par tiuciin ilu Uoclicr (2) Preface (le I'lliade. p. xlix (3) V Iliad, liv. xviii . v r)4l— sri.j {*) Banquet des sept Sagos. — 23 — Chalcis, pour avoir clianle ragiicultuie etlapaix. plutot que la guerre et le carnage , et c'est sans doute sous ce rapport qu'il fut prefere a Hoin^re. Lasociete grecque, telle qu'elle semontre a nous, dans le potime des Travaux et des Jours d'Hesiode, est deja une societe en decadence. Elle n'a plus rien de la simplicity et des vertus primitives. La fortune s'y acquiert par la fraude , et elle y en- gendre la corruption. On voit trois carriferess'ouvrir devant I'activite humaine : celle des armes , celle du commerce , celle des paisibles travaux de 1' agri- culture. On comprend que la Grece se precipite volontiers dans les deux premieres. Divisee en petitcs principaut6s rivales, elle a toujours les armes a la main. Les flots qui baignent ses rivages , les iles nombreuses qui s'el^vent du sein de ses mers, I'in- vitent a la navigation et au commerce. Les travaux paisibles des champs sont de bonne heure dedaignes. U faut que la voix de la sagesse se fasse entendre pour essay er d'y ramener les hommes. Cette voix est celle qui nous parle dans le poeme des Travaux el des Jours. Hesiode avant de c6l6brer la vie champetre la lui-meme embrassee. II a quitt^ les villes et la societe des hommes corrompus. II s'est bati une cabane au pied de 1' Helicon. Lui-meme conduit ses troupeaux aux paturages. On le voit cnsuite gravir la cime de la montagne. Les muses y onl — 24 - un temple el il en devient le })onlit'e. Deux senti- ments remplissent son coeur : I'amour des dieux et des homnies , et ces sentiments debordcnt de sou ame en vers harmonieux. Mythologue dans la Theo- c/onie, il est moraliste dans les Travaux et les jours. Mais il est toujours pretre, soit qu'il chante lori- gine des Dieux , soit qu'il donne des conseils aux hommes. La muse qui 1' inspire, c est I'amour de la religion et de la nature, Cette religion n'est pas pure. EUe environne la vie simple des champs et toute I'economie domes- tique de pratiques superstitieuses. La moiale d'He- siode vaut mieux quoiqu'elle ne soit pas non plus parfaite. EUe preconise le travail et apprend a fuii- I'oisivete et la mis^re. EUeaime a donner a ses avis la forme sentencieusc , affectionnee des anciens. Quelquefois on croirait lire le livre des Proverbes. Mais on ne tarde pas a s'apercevoir qu'on respire dans une atmosphere raoinspure. Hesiode ressemble de loin a Salomon, comme Homeria a Moyse. Mais en vain le pretre des muses s'elForcera de (•(^lebrer les avantages de la vie agricole ; en vain les Rapsodes feront retentir ses chants dans toute la Gr^ce. Elle est sourdc a la voix du poete. l;es moeurs anciennos sont de plus en 'plus oublides. rout ce qui a constitue I'ere premiere de la civi- lisation : I'amour de la religion et de Tagriculture , flisparait peu a peu. Entre la guerre de Troie qui — 25 — marque une epoque de puissance el d unite pour laGrece, et la guerre M6dique oii cette puissance renait et ou cette unit6 se reconstitue , il y a des si^cles de barbarie, une nuit profonde durant laquelle on n'entend plus que le bruit des amies et le tu- multe des invasions guerrieres. Ces races grossi^res et belliqueuses dont nous aivons marque I'origine et qui ont 6chapp6 par une vie a peu pres errante aux influences civilisatrices de la religion et de I'a- griculture^ sont arriv^es le fer et le feu a la main. La Gr^ce a son moyen ^ge qui ressemble au notre. On y distingue la plupart des faits sociaux qui se produiront quinze cents ans plus tard dans notre propre histoire : deux peuples sur le meme sol ; des conqu6rants et des vaincus ; une sorte de feodalite accompagnee du servage et du mepris de 1' agri- culture. Les barbares de la Grece , comme nos Ger- mains, n'estimaient que le courage et les vertus guerrieres. Les arts de la paix tombent dans un profond mepris. On les abandon ne aux esclaves. i^eur nombre s'accroit prodigieusement, car les po- pulations vaincues ne peuvent echapper a I'asservis- sement que par la fuite. Celles qui restent sur le sol de la patrie sont done altachees a la gl^be, et les Holes de Sparte , comme les Penestes de Thes- salie ne sont au fond' que des serfs. La vieille ci- vilisation giecque abandonne presque touteenliero I'Europe et va chercher un asile dans lAsie Mi- — 26 — iieuie et dans les ties de la mer Eg6e. C'est alors que s'el^vent Eph^se, Smynie, Phocee, Milet et taut d'autres colonies puissantes. Homere et Hesiode appartiennent a cette Gr^ce d' Asie. Ce sont des re- fugies et en m^me temps des representants de i' an- tique civilisation hellenique. Enfm un mouvement analogue a celui qui dans notre moyen ^ge poussa l' Europe contre 1' Orient dans les guerres de la croix , pousse la Grece contre I'Asie. Le grand duel dont la guerre de Troie ne lut qu'un episode recommence plusieurs siecles apr^s , sous Darius. Due nouvelle confederation se forme. La Grece retrouve son unite perdue; anim^e par le sentiment exalte de la nationalite, elledevient invincible. Elle repousse les Perses a Marathon , a Salamine , a Platee , en attendant de les asservir. All milieu de ces grands evenements toutes les facultes du genie grec se developpent d'une ma- niere magnifi([ue ; les beaux arts enfantent des mer- veilles et le beau siecle de Pericles se leve. Mais a cette civilisation brillante il manque a present une base essentielle: la crainte des dieux et I'es- time de ces mceurs fortes et pures que donnent les travaux des champs et la pratique de 1' agriculture. La religion de la Grece , leger tissu de mensonges gracioux, ne pouvait pas resistor aux investigations do la raison uno fois eveillee. La philosophic cut boi\ mavcho do cos croyances pootiques. Quant a — 27 — ragriculUue on u'y revienl plus loisqiiOu 1 a quillee. Les travaux chanipetres , apanage des esclaves , restent avilis. Et toutes ces grandes guerres sous I influence desquelles se developpe en dernier lieu le g^nie hellenique n'etaient pas faites pour les re- habiliter. Les richesses asiatiques , fruit de la vic- toire acheverent de d^precier les richesses du sol plus sljres , raais plus modestes et plus difftciles a obtenir. La philosophic grecque , toutefois , semble avoir fait de louables efforts, pour reveiller le gout de Tagriculture. Xenophon repr^sente assez bien a nos yeux r union des moeurs guerrieres et des gouts chanipetres, sous 1" influence non plus de la religion niais de la philosophic. Le disciple de Socrate , ce brillant capitaine dont il est difficile de dire, s'il a acquis plus de gloire en dirigeant cette fameuse re- traite des dixmille, qu'enlccrivant, nous represente dans les champs de Scillonte le soldat devenu colon. Les terres considerables que Xenophon possedait a Scillonte ^taient une sorte de fief guerrier que les Lacedemoniens lui avaieut donne pour prix de ses services et dun devouement qui futexcessif, puis- qu'il allajusqu'a lui faire porter les amies conlre Athenes, sa pa trie, a laquelle il ne put jamais par- flonner ni la mor( de Socrate ni son propre ban- nisscmcnt. — 28 — 11 a decrit lui-iii6me la vie qu il y iiieuait ( i ) et les fetes magnifiques, moiti^ religieuseset moitie cham- pStres qu'ii y doiinait clia([ue ann^e aux habitanls du pays. G'6laiten Ihoniieur de Diane a laquelle, par suite d'un voeu fait pendant la guerre d'Asie, il avail consacre un temple environne d'un domaine qu'arrosait le Selenus. Le fleuve 6tait abondant en poisson et en coquillage. Les fils de Xenophon suivis d'une jeunesse nombreuse chassaient le gibier sur les terres de la deesse qui fournissait encore aux assistants la farine d'orge, le pain et le vin dont ils avaient besoin , une portion des victimes engrais- sees dans les paturages sacres et m6me le dessert qu'on allait cueillir dans un verger plante autour du temple. Cette vie de Scillonte nest plus la vie agricole des anciens jours. On y voit un homme aimable et puissant qui sail embellir sa retraitre par T etude et s'y faire encore une grande existence; un sage re- tire du theatre bruyant des affaires et qui cherche le repos des champs si doux apres les agitations de la vie publiquc. Cependant Xenoplion n'aime pas seulement la campagne en philosophe opulent , il avail en agri- culture de grandes connaissances pratiques et dul (1) Anabase, 1 v c in — 21) — appliquor danssesvastes domaineslesprincipesqu'il a sii si elpganiment et si clairemenl exposer dans son Ecmiomiqite. Dans ce livre, qui est lepliis int^res- santdesesouvrcfges, Xenoplionparlederagriculturo corame du plus beau et du plus necessaii e des arts, (^yrus, est ases yeux le modele des princes, parce (|u'habile dans I'artruralet dans I'art militaiie, il sa- vait egalement cultiver ses terres et defendre ses mois- S071S (1 ). II montre encore I'agriculture non-seulement comme le plus necessaire, mais comme le plus facile des arts et il en expose les regies avec une clarte ingenieuse et de la nianiere laplusattachante. L'ari- ditc de ce sujet didactique disparait sous la forme draniatique du dialogue que Xenoplion , comme loute I'ecole socratique, semble avoir affectionn^e. La religion n'est pas absente de X Economique , mais elle y tient moins de place que dans les Tra- vmx el les jours d'Hesiode. Le philosophe de Scil- lonte n'a pas les superstitions du vieux pretre des muses , mais sa morale n'est guere plus parfaite. Ce n'est le plus souvent que la morale de I'inter^t. Au reste , on eprouve un grand charme a penetrer avec X^nophon dans tons les details de I'economie domestique et ruraledes anciens, et nulle part on (I) Econ. r. iv. — M) — no saurail IronvcM- iin tableau plus tidele et j)liis romplet des moeurs de la Grece. Quelle douce phi- losophie, dans le disciple deSocrate et que de graces dans cette parole toujours si simple et pouitant si ornee et si harmonieuse ! C'est le genie de notre Fenelon; ou plutdt il faut dire que Tauteur du Telemaque doit en grande partie la magie de son style a une etude approfondie de Xc^nophon, aiiquel il saitajouter, au besoin, la couleur homerique. Mais tandis que, dans son Economique (1) , le philosophe de Scillonte ^crivait I'eloge de T agri- culture et la recommandait a son pays comme la nourrice des tiers courages et des corps ro- Inistes , un peuple ignore de la Grece , un peuple dont ni Herodote, ni Tliucidide n'avaient daigne s occuper, selevait a l' Occident. II ne dissertait pas dune maniere savante sur I" agriculture , mais il s'y livrait; et par la plus severe discipline, il se preparait a laccomplissement de ses grandes desti- nies qui devaient entrainer celles du monde entier. Le secret de la puissance romaine fut tout entier dans ses moeurs austeres dont les traits principaux sont la frugalite, le desint^ressement , le respect des dieux et la pratique constantc des rudes tra- vavix de la guerre et de la campagne. C'est en (I) C. V. ibid. — 31 — formant nn i)euple grave ol religieux , un peuple de lahoureiirs el tie soklals que Rome forma les maitres till monde. Le vrai fondateur de Rome, ce n'est pas Romulus, c'est Numa. En lui se fit ralliance de la religion et de 1' agriculture, fondement de la pros- peritc publique. On sail cju'll ne quitta qu'avec peine ses montagnes de la Sabine , ses champs , ses troupeaux, ses pratiques religieuses, pour venir gou- verner la turbulente cite de Romulus. Les institu- tions de Numa laisserent dans le peuple une profonde empreinte qui ne s'effaga qu'au moment ou com- menga sa d6cadence. EUes avaient pour but d'at- lacher les romains a la culture des terres et au respect des dieux. Elles mirent sous la sauvegarde de la religion tous les droits de la propri^t^ et le dieu Therme ne le cedait pas meme a Jupiter. C'est a elles, sans doute, que les Tribus de la campagiie tlurent cette preeminence dhonneur sur les Tribus de la ville tlont parle Pline (1). Enfin elles mirent si bien I'agricultuie en honneur que plusieurs siecles apres Numa, Rome tirait encore ses grands hommes de la charrue comme elle en avail tire Numa lui- ni^me. On monti-e encore au de-la du Tibre les prairies (I) RiisticsR tribus lauclatissirase, iirban.-c vero in quas iransferri ignominicP pssel , clesirliff' , piobm Hist Nal lib xviii r 3. — 32 — (1(> Qiiinliiis. C'est la quo Q. Cinciiinalus cultivait (le ses propres mains un petit heritage, lorsque le Senat vint le supplier d'accepter la diclalure et de saiiver la republique. Rogiilus semait son champ quand il apprit qu'il avait ete nomme consul (1). Curius I'avait 6te trois fois, et apres les victoires les plus (^clatantes, il etait retourn^ a la charrue n'emportant pas d' autre butin qu'une ^cuelle de bois pour olTrir aux dieux des libations. Les premiers siecles de la republique sont pleins, on le sail , de pareils exemples. Ces moeurs austeres demeurerent longtemps in- lactes. Les relations avec la Grece commenc^rent a les alterer. La Grece agit sur Rome par ses idees avant d'agir par son luxe. II lui fallut ebranler les croyances pour changer les caracteres. Les maximes d'Epicure avaient enerv^ les ames, lorsque les tresors de lAsie enleves a la Grece achevferent de les corrompre. Plutarque raconte (2) que Cyneas ayant, a la table de Pyrrhus, expose la philosophic d'Epicure devant Fabricius, « puissent tons les « ennemis de ma patrie, s'ecria le romain, adopter « de pareils principes ! » lis penetrerent dans Rome, (1) Plin. ibi (lp Pynliu- — Xi — sur la fill cle la republique , inalgre les dc^renseuis (les moeurs anciennes. On sail toiite la resistance que le vieux Galon leur opposa. L' austere censeui' voulait, sans distinction, qu'on chass&t de Rome tous les philosophes de la Grece. II les regardail conime bien plus capables de corrompre la jeunesse que les pontes donl Platon ne voulait pas souffrir la presence dans sa republique. Caton , a son point de vue, avail raison Les moeurs reposaient sur la leligion , el celte religion ne pouvait pas se defendie contre les doctiines etrangeres. La philosophie grecque ruinait sans peine ces vielles et absurdes superstitions. L' accord de la foi et de la raison ne sera jamais possible qu'entre la vraie religion et la vraie philosophie. Le genie de 1" antique Rome se montrait encore une fois dans • Gaton et devait bientot disparaitre sans retour avec lui. General comme ces vieux re- mains qu'on allait chercher a la charrue, il aurait su la manier comme eux. II fut le premier qui traga des preceptes pour I' agriculture (I ). Son Traits de Be /-MS ^?ca est m^mele seuldesesouvrages qui nous soil reste (2). C'est un curieux monument qui porte sa fiddle empreinte et qui est ^crit dans ce vieux et rude (1) Rusticationem primus instituit. Colum. (2) On trouve le Trait(i de Caton, dans le Rei rusticse scriptores, eit^ ci-dessus. 3. — .-il — liiiigaiio (|iio It's ihelPiirs (le la (iiece navaieiil pas oncore appris a assoiiplir. L On \ pent lireau dehul line violente attaqiie centre les arts de lijxeet contre le commerce qui semble les favoriser. Qiiclque temps apr^s, le plus savant desromains et probablement aussi de son ternps le plus re- ligieux , Varron , essaya de defendre le culte na- tional etconsacra a r agriculture les dernieres annees fie sa vie presque centenaire. II ecrivit sur I'^co- nomie rurale , un precieux traite, le seul aussi de ses 500 ouvrages qui soit parvenu jusqu' a nous (1). Le sage vieillard invoque en commenganl son livre les dieux favorables aux travaux champ6lres comme le poete d'Ascra qu'il semble avoir voulu imiter. Au reste n'y a-t-il pas quclque analogic entre les efforts pieux de Caton et de Varron a Rome , el ceux d'Hesiode dans la Grece ? Les uns et les autres luttaient contre les vices de leur temps : Hesiode contre les vices qu'amenait la barbarie, les deux remains contre les vices qu'amenait la civilisation. Tons opposerent au torrent la meme digue : le respect des dieux , le retour aux moeurs simples et graves des aieux, 1' amour et la pratique des (I) On le trouvc aussi dans le Recueil qne nous venons de eiter , niais de plus, on vient d'en fairs une nouvellc Edition , acconipagn6e (I'une traduction dans les Classiques-Lalins de M. Pankouke et dans la Collection de M. Nisard — 35 — Iravaux agricoles. lis fiirenl tons egalement im- puissants. A Rome, linlluence des arts et des doctrines lielleniques resta bientot victorieuse. Le moment precis de la transition est marque par ce grand homme , qu'on a appel^ le dernier des Romains a cause de sa mort, et qu'on pourrait appeler a Rome le premier des Grecs a cause de sa vie. C'est Rome, en efFet, qui avait forme le coeur de Cic(^ron, mais c'est la Grece qui avait form6 son esprit. Malheu- reusement 1' esprit tint beaucoup plus de place que le coeur dans la vie du grand orateur. Qui voudra examiner attentivement ce qu'il montra d'energie et de faiblesse, de noble orgueil et d' insatiable vanite , ses grandes actions et ses fautes deplo- rables , les angoisses de son ame , les fluctuations de sa politique , recoimaitra ais^ment qu'il y avait en lui deux genies qui se combattaient : le genie des anciennes moeurs et des anciennes traditions de la patrie qui le poussait vers Caton et Pompee , et le genie des moeurs nouvelles et de la brillante civi- lisation de la Grece qui I'attirait malgr^ lui du c6t^ de Cesar. Je comparais plus haut Caton et Varron a Hesiode, je pourrais encore mieux comparer maintenant Ci- ceron aXenophon. LephilosophedeSciilonte est un de ceux qui ontle plus agi sur le philosophedeTus- culum. IlhjilP2;uale fondsetia forme de ses id^es; le — ;io — toiel allique qui decoulait de ses l^vres el rharmd- nieiise piirete de son langage. II lui legua aussi son amour philosophiquo pour la vie champ^tre. Ciceroii avait traduit lEconomique de Xenophon ; il nous apprend que comme I'auteur de I'Economique il avail un gout passionne pour Tagriculture et pour la li- berty des champs (1). II aimait cette vie avec>d'au- tant plus d'ardeur , qu'entraine par les affaires publiques , il en pouvait moins jouir, II 6crivait a Atticus, qu'une villa dans les fau- bourgs de Rome lui etait indispensable (2). La, sans ^rop 8 eloigner du senat et du Forum , il pouvait an moins se d^rober un instant aux amis iniportuns ([ui venaient I'assiegerde grand matin dans sa ma_ gnifique maison duPalatin et a cette foule de clients qui remplissaient son portique. S'il etait fatigu^ sans etre malade , il se sauvait a TuscuJtim (3). Les bruits de la ville venaient oxpirer au pied de ces gracieusescoUinesod Ton respire encore aujourd'hui un air si pur, et d'oii la vue s'^tend sur Rome et sur toute la campagne voisine. La demeure , em- bellie par Sylla , (^tait d^ja d'une magnificence in- finie qnand Ciceron I'achela , et vint encore ajouter (i) Venio nunc ad voluptates agricolarurn quibus ego incredibililer ilelector. In Cat. maj. (2) Suburbano non facile careo. F.pist. 88. Collect. Nisard. Paris, 48'il. (3) Episl. 91. au luxe de sou ameublemenl et a la sompluosile de ses constructions. C'est pour elle surtout qu' At_ ticus d^pouillait a prix d' argent la Gr6ce de ses statues et de ses tableaux. Cic^ron y possedait une biblioth^que grecque et latino, qui (§tait une des plus riches de toutes celles qu'il avait danssfs ri'Was. Car, Tusculum n'^tait pas son seul doniaine. L'l- talie etait couverte de ses maisons de campagne , sans compter les fonds de terre , prosdia. Toutes ces maisons etaient, d'apres son temoignage, des habitations delicieuses , situees en general en face de la mer et echelonuees a de courtes distances , ^\xr la route de Rome a Naples , de telle sorte quil pouvait en rencontrer une a chaque station. Poui ne citer ici que les plus connues, il avait a quelques milledeTusculum, pr^sdelacote, la villa d'Antium, retraite solitaire, environnee d'une for^tde chines et d" oliviers sauvages, lieu propre a 1' etude et oti Cic^ron avait r^uni sa meilleure collection de livres (1). II avait un pen plus loin Asture, sur une pointe qui s'avangait dans la mer; lorsque la douleur le visitait ou que les ennuis de la pohtique et les malheurs des temps remplissaient son ame naturel- lement gaie d'une noire m^lancolie, c' etait le s6jour quil preferait : avec ses sombres allies, le bruil f1) Nihil quielius, nihil Hl!*ius, nihil ainoenius Episl m — 38 — des flols, cctte iner qui reiitourait el dontles teiii- p^tes, lesecueils, le caline trompeur ressemblaieiil si fort a la republique , il convenait tr^s bien a son esprit triste et agite. Plus loin et dans le voisinage de Gaiete etaieni ses deux villas de Formies : I'une sur la montagne , I'autre au milieu de ces delicieux jardins couverts d'orangers qui descendent jusqu'au rivage de la mer. C'est la qu'unjour, fatigue de fuir sa destin6e, le £;rand horame fera arr^tcr sa liti^re de\ ant les si- caires d' Antoinc, et presentant noblement au glaive sa t^te blanchie , saura inourir avec la republique. II y avait ensuite apr6s Formies, I'agreable Si- nuesse, un simple piedaterre, diversoriolum Sinues- sarmm , bien pourvu toutefois de ce vin fumeux du Massique qu' Horace cel^brera bientot (1). Dans les grandes chaleurs de I'^te, les champs paternels d'Arpinum servaient de refuge (2). Ci- c^ron y avait reuni toutes les preuves plus ou moins authentiques d'une haute noblesse. II les opposait volontiers aux dedains de la jeune aristocratie romaine quand celle-ci , pour se venger de ses rigueurs , le Iraitait parfois de parvenu et d'homme nouveau. Mais nous iic saurions nous arreter partoul. H) Epist. 698. (2) Epist. U9. -- 39 — Fiadchissuus les plaiiies fertiles de la Caiupaiiie , no nous laissons pas meme seduiie par la delicieuse Capoue. Voici Naples avec son golfe , ses brises enribaumees , son volcan. Dangereuse Syrene, elle a su attirer Rome toute enti^re. Les plus graves senateurs sont devenus ses courtisans. De Sorrente a Baia , leurs villas somptueuses.couvrent tousles rivages. Ciceron 6touffe le cri de sa conscience de vieux romain. Naples, apres tout, c'est encore la Gr^ce, sa seconde patrie. II se laisse entrainer a son tour , mais non a demi. II possMe au moins trois villas dans les environs. L'une sur les rivages nieme de Baia (1 ). Elle est batie sur le plan del'aca- demie d'Athenes, et la mollesse s' y cache sous le nianteau de la philosophie. La seconde, sur les bords du Lucrin. Ge n'est qu'une petite maison tninuscula villa, oi^i Ton va manger les excellentes huitres que le lac produit. Enfin , de 1' autre cote de Naples s'el^ve la villa de Pompei, aussi somp- tueuse que celle de Tusculum (2). Pline y avail vu une table decedre, d'un travail si beau, que Gic^ron I'avait payee 200,000 sesterces ( pres de 100,000 fr. de notre monnaie (3) ). (1) Episl. 467-703. (2) Episl. 738. (3) Pour de plus amples details sur les villas de Ciceron, on peul voir son Biagraphe anglais Middlelon. Je dois d'cxcellentes notes sur la position de ces villas a mon savani ami, M Remade , d'Arles __ 10 „ Que nous soiiiiiies loindu champ dequat re arpenls que Quintius lahourait He ses mains , et rle Teruelle de bois du vainqueur des Samnites ! Nous pourrions demandercompte a laphilosophie (\e Cic^ron de taut de richesses accumulees, nous pourrions en demandercompte surtout ason epoque, puisqu'elle lui permit de s'enricliir autant , sans pa- raitre trop avide et sans rien perdre de I'autorite de sa parole dans ses eloquentes invectives contre les exactions de Verr^s. Mais nous craignons que les gouts ciiamp^tres du philosophe de Tusculum nous aient entraine trop loin. Que dirons-nous maintenant des temps (jui suivirent ? Rien, si ce n'est que dans cette espece de restauration tent^e par I'astucieuse politique d'Octave . quand il fallut avec tons les dons de la paix , rempiir le vide de la liberie et de la gloire , il s'op^ra un mouvement vers les doctrines et vers les moeurs du passe. Apr^s les horreurs des guerres civiles, com me cela arrive d'ordinaire, on se prit a aimer de nouvean les solennites religieuses , r innocence des champs, la simplicity des habitudes pastorales. C'estau milieu de cette reaction , favo- ris6e par Auguste , que Virgile , pieux entre les poetes comme Enee entre les hi^ros , composa sesfiglogues et ses Georgiques, en s'aidant des sou- venirs de son enfance, passee dans le modeste chamji que son pere cultivaif a Mantoue. II fut I'H^siodr — 'll — latin de ragriculliire, en atlendaul (Hie moins d'un si^cle apr^s lui, le sage Cokimelle en mt le Solon. Mais tandis que le grand po^te se faisant I'Mio des vagues pressenliments de son opoque , prenait tout-a-coup un vol sublime , celebrait la naissan(;e du fils niysterieux de Pollion , chiuitail le relour de Tage dor sur la terre et les dieux de nouveau mel^s parmi les homines , la reality dont ces fables ing^nieuses n'^taient que la figure s'accomplissail en un coin de la Judee. Dans le village de liooz , naissait dune fiUe de Ruth la Moabite , I'enianl \ entablement divin; I'aurore d'une immense \-eM>- iution rehgieuse et sociale avait lui sur le nionde. Je n'ai Hen a dire ici , Messieurs, de la revo- lution rehgieuse accomplie par le Christianisme. Ouant a la revolution sociale dont il est Tauteur el (}ui va se continuant a travers les si^cles pour finir seulement avec les destinees de Ihumanite qu'elle a pour but de conduire au plus haul point de perfec- tionnement , je dois me borner a n en montrer qu'une etroite face , celle qui regarde mon sujet; et encore , oblige de me renfermer dans des limites que je crains doja d avoir depassees , je vais me borner a I'indiquor lapidement. Le Christianisme a exerce sur toute I'economie agricole une salutaire et dt^cisive influence . par les uUes qu'il a fait pr^valoir , par les exemples qu'il n dnnnes, par les institutions qu'il n fondees. - 42 - l.'aiiie de T agriculture , c'est le travail ; i'Aiiie el la gloire du travail, c'est la liberie. Quand la liberie manque au travail , il est lletri ; sa fecondite est tarie ; il est bientot abaiidoinie. Le Christianisme a d'abord rehabilite I'idee du travail que la society antique , en se corronipant , avait avilie ; puis il a fini par rehabiliter le travail lui-menie en laffranchissant. Mais avant de I'affraiichir , il laxail eniiobli , il I'avait sanctifie , il en avait fait une obligation pour tons, une loi commune, un puissant moyen de salut et de perfectiotmement moral. A son arrivee , le monde etait partage entre un petit nombre de privilegies de la fortune et souvent du crime et une multitude inlinio d'esclaves, con- damnesparleurnaissanceaux plus rudes labeurs. Le Christianisme a d'abord jete I'analheme a I'oisivete et a la richesse ; puis il a visite I'esclave, il la beni, il I'a serre dans ses bras , il la montre parson ame I'egaldu maitre, en attendant qu'il lui futsuperieur par ses vertus. II n'a pas tout-a-coup et violemment brise ses fers, mais il lui a appris a Hie libre dans les fers; il liii a fait commencer le rude appren- tissage de la liberie. 11 lui a dit que son abjection ne venait ni du (ra\aii , ni de la pauvrete , mais s richess(;s, mais dans la \ertu. L'esclavage antique avail puur i'uiideiuenl deux idees fausses : 1 inegalite origiiielle des homines el lavilissement du Iravail des mains , el surloul du travail des champs , ie plus rude de tons. Le Chris- tianisme a change ces deux idees, el par la, sans detruire I'esclavage , il Ta rendu impossible. II a enseigne aux hommes qu'ils avaient tons le memo pere et qu'ils ne formaient qu'une seule et meme famille; et que c'elait, de la part des societes et des philosophies anciennes , une erreur et une impiete d'avoir cru que les uns elaient nes pour servir el les autres pour dominer. il a ensuile pris a t&clie non-seulemenl de relever el d'ennoblir le Iravail en general, mais le Iravail des mains en particuliei-. Qui pourrail dire , ce qu'il est sorti de gloire poui- I'ouvrier de cette boutique de charpentier de Na- zareth, ou le divin auteur du Christianisme s'esl enferme pendant Irente ans de sa ^ie I Quand il en est sorti })our accomplir sa mission , dans quels rangs de la societe est-il alle chercher ses disciples ? Parmi les travailleurs. Voyez Paul , le plus grand de tons par le genie , voyez-le , monlrant a ceux de Milet et d'Ephese , ses mains qui porte les stigmates gloricux du travail et s'ecriant avec un noble orgueil : « Ces mains, vous le savez, onl sulfi « a mes besoins et aux besoins denies freres. Je ne « vous ai jamais demande ni votie or , ni voire '< argent , el par leur secours , j'ai pu goiiler mejne - I'l — « la joie lIouI puile le inaitre : II esl plus duux cl<^ « donner que de lecevoir ( I ). » Dans CO sentimenl de juste fierte par lequ(;l 1 homnie relive la t^te sous les necessit^s de la vie el ue demande qua son travail le pouvoir de les surmonter , il y a toute une revolution morale. Ce sentiment qui t'aisait baltre le grand cceur de Paul , le Christianisme I'a fait passer dans le coeur du peuple. La society nouvelle est entree dans cette voie ouverte par ses chefs. Elle a embrass6 volontai- rement la loi du travail. Elle a choisi de prefe- rence le travail des mains comme plus propre a fournir au corps sa nourrituie , en laissant a T esprit sa liberty (2). L"(^glise de bonne heure y soumit les clercs. Les constitutions apostoliques et aprtis elles le qua- tri^me concile de Carthage que le grand (^v^que d'Hypone animait de son esprit, veulent que les clercs gagnent leur vie, en exergant un metier on en se livrant a I'agiiculture (3). (1) Ada aposl. c. xx. v. :f3, 34, 33. Episl. ud Tlies.s. 2. c 3. v. 7, 8. S, 40. (2) Operantur niaiiibus i-a qiiibus et corpus pasci possil el a Deo mens impediri rion possil. Aug de morib. Eccles. Calh. Lib i. c. 31. (3) L'auleur des (".onstitulions Apostoliques s'exprime ainsi : Vos I ero in ecclesia adolesoeuliores, sludele ut in omnibus qua; opu>^ pi'unl naviter minislretis ; et opera vestra (.um omni honeslale exei- 'â– â– f\o ut |ipr univiM sum \itii' tetiipus tuni vohjs luui egentibus ne- — 45 — AugusUn regreUait lui-m^me que les soins iioin- breux ile son Episcopal we Iiii permissent pas i\r travailler de ses mains conime ravaient fail les Apotres (1 ). Paulin de Nole , nialgre sa naissance illiistre , faisait au besoin le jardinier (2), et sans parler de pliisieurs antres que nous pourrions citer, notre grand Hilaire d' Aries se livrait , a la l&te de ses clercs, a des travaux manuels (3). cessaria suppetant , ne necesse sit vobis ecclesiaj graves esse Partim enim nostrilm sunt piscatores , parlim tabernaculoram opi- fices , partim agricohe , ne uniquam otiosi simus. Lib. ii. c. 63. Le Concile iv de Carthage a fait trois Canons, pour recommander aux. clercs le travail des mains. Clericus quantum lihetverbo Dei eruditus. artifieiovicluTii (jUieral Can. 51. Clericus victum el vestitum sibi artificiolo, vel agricultura, absque officii .sui detrimento quasrat. Can. 52. Omnes Clerici qui ad operanduni validiores sunt et artificiola el litteras discant. Can. 53. (!) Dominum Jesum testem invoco quoniam quantum altinet ad meum commodum , multo mallem per singulos dies certis horis , quantum in bene moderatis monasleriis constitulum est , aliquld manibus operari ,.... quam tumultuosissimas perplexitates causarum alienarum pati de negotiis soecularibus , vel judicando dirimendis , vel interveniendo praecidendis , quibus nos molesliis affixit apos- tolus , quas tamen ipsum perpessum fuisse non legimu.s. Aug. de opere Monach. c. 38. (2) S. Gr6goire-le-Grand raconte que Paulin de Nole, issu d'une des plus illustres families de I'empire, non content d'avoir foul6 aux pieds d'immenses richesses, poussa le devouement jusqu'a se vendre lui- m^me , pour racheter de I'esclavage le flls d'une pauvre veuve. Son maltre lui ayant demand6 quel metier il savait, 11 r^pondit qu'il saurait cultiver un jardin : Respondit arlem quidem aliquam nescio sed hortum bene excolere scio. Quod vir gentilis valde libenter accepif , puniinnutriendis olerlbus quia peritus esset, audivil. Dial. lib. iii c. V (3) Void comment en parte lauteui' de sa vie . S, Honorat . ev<^que — iG - Les moines suivirent 1 exeniple des oleics el comme eux se firent une loi du travail des mains. On trouve cette loi dans toutes les regies monas- liques de TOrient et de 1' Occident (1). Toutes prescrivent le travail des mains comme un exercice salutaire a lame et an corps, et comme le plus siir et le plus honnete moyen de pourvoir a sa subsis- lance (2). Le superflu du travail 6tait la part du pauvre, du malade et de I'^tranger. (le Marseille, son disciple : Cum priinum spoculatoris suscc it officium, in seipso primum monslravit quemadniodum congregatio mundum rontemneret , corpus despicerel, et vitia superaret, fatigaretur la- horibus, nianuuni quoque operibus continuis vesceretur, Sanctis pa- ginis inhscreret , jcjuniis vigiliisque studiuni commodaret , unius lu- nicae tegmine aestatis ardorem el hyemis rigorern contentus toleraret, iter pedibus conficeret ; talia sibi, suisque ingerens documenta : « Man- .< ducandi necessitas incumbit, semina jaciamus: vini perceptio prae- " sumenda, vineas excolamus. » Implevit illud apostolicium, ne quern fone gravaret otiosus, victiis proprii liabita ratione. Si quid operis superfueral, misericordiae. deputabat expensis. Vita S. Hil. cap. viii. Dans les oeuvres de S. Leon , edit, de Quesnel , t. 2. p. 366. Oennade parlc de S. Hilaire de la m^me manifere : Hilarius pauper- talis amator, el erga inopum provisionem non solum mentis pietate sed el corporis sui labore sollicilus full. Nam pro reficiendis paupe- ribus eliam rusticalionem contra vires suas homo genere clarus et longo aliter educalus exercuit. De scrip. Eccles. (1) Voir Cassien, Ins. liv. 2. ch. 3. — Conf. xxiv. ch. xi el xii. — S. Basilii ascelica. Sermon, deascelicadisciplina, quommodo monachum ornari oporleat. c. 1. Voir aussi : Regulse fusius tractatas, interrog. XXXVII. xxxviii. xxxix. XL. — S. Bened. Reg. c. 48. Certis temporibus Dccupari debent fratres in labore manuuni, certis iterum horis in lec- lione divina. (2) Onconnail la grande dispute qui s'^leva au xvii"- si^cle, sur I obligation du travail des mains, pour les moines La dispute naquil . on le sail , du Trriite tie la Saintele et ties devoim de la vie monastique. par I'abb^' de la Trupiie M. flc Chateauhrjand vienl dV'crire de cp livrp ; Dans les monast^rps tie lEgyple, oii tahiiqiiail ordinairement des sandales de hois , des paniers " Le travail de Raiice apprendra a ceiix qui ne le ronuaissenl pas , « qu'il y a dans notre langue un bel ouvrage de plus. » Le savant Ma- billon r^pondit a rabb6 de la Trappe , par sow Traite des Eludes monas- liques. 11 ne nie pas rimportanee el I'obliiiation pour les nioines de se livrer an travail des mains , niais il soutienl qu'on pent y substituer r6tude. C'etait aussi I'opinion de Thomassin, qui allait m6meplus loin quele docte Benedictin sur ce point. (AncienneetNouvelle discipline part. III. liv. in. eh. xi ). Ranc(^ repliqua a Mabillon. Cette reponso est aussi reinarquable que le premier Traite. Nous en citerons le passage suivant al'appui de ce que nous avons dit , touchant I'obligation dii travail des mains dans les monasteres : « II est ais6 demontrer par toules les regies des moines, par le « sentiment des docteurs de lY'glise, qu'il n'y a point de pratique, ni '< de regularity dans I'Ordre monastique qui ait H^. plus ^tablieni plti.'* I autoris6e. « S. Gr^goire de Nazianze el S. Basile T'enseignent dans Icurs Cons- '< titutions monastiques ; et S. Basile , dans ses grandes Regies , fonde 'â–  cette obligation sur la parole de J.-C. et sur I'exemple des Ap6tres. << S. Jean-Chrysostdme prouve la m^me veril6en plusieurs endroits '. dans ses Hom6Iies. a S. J6r6me I'enseignepartout. « S. Augustin, dans son ouvrage du travail des Moines. « S. Ephrem , dans ses Sermons asc6tiques. « Cassien ( instil. 1. 2 c. 3. ) , rapporte que les Solitaires d'Egypte , â– ' se reglant sur les ordonnances de S. Paul, ne soufTraient pas que les '< frferes demeurassent sans travail ; et que non-seulement ils sub- â– I sislaientdu travail deleurs mains, mais qu'ils'ennourrissaient leurs « freres et qu'ils envoyaient des sommes immenses, jusques dans les " lieux de la Lybie les plus ^loign6s. « Rufin confirme la m6me chose. « S. Euth^me disait que ceux qui avaient renonc6 au monde , de- '< vaient s'employer sans cesse au\ oiivrages des mains, pourdompter •' la chair, et pour imiter I'eKeniple de S. Paul. « Le conciled'Aulun met le travail parini les obligations des moines. « Cone. August , an 670. « S. Bernard ne condamne rien tant que I'oisivet^ des moines de son « temps, et a loujours rompte le travail enlre les obligations princi- — 4S — tl osier ol des iialles. C'etail coniin(* ties niamil'ac- Hires. Ces monasteres avaietil des bateaux qui des- cendaieiit le Nil el venaient vendre leurs produits au marche dAlexaiidrie, le plus souveiif an ptofil des pauvres (I). Dans rOecideul on prefera de bonne heure aux rn(^tiers les Iravaux agricoies. La vie des champs senible avoir en effet quehine chose de plus pur , de plus propice a la meditation , de plus rapproche de la Divinite que la vie enfermee de 1' artisan. Qui pourrait dire tons les services rendusa I'a- ifricultnre et a la ci\ ilisalion , par cette forte disci- pline des monasteres qu'on a taut calomniee ! Les Bf^n^dictins seuls out defriche la moitie de 1' Europe. L'Angleterrc el I'lrlande durent a des moines " pales des Solitaires : le Iravail, la letraite el la pauvreti^ volonlair« " sont comme les litres d'honneur etlesornemenfsde la vie solitaire " Labor latebne vulunlaria pauperlas, hfec sunt monachoruin in- •■ sip;nia , haec sclent vitam nobilitare monastioam (Ep 24). » Repon^e nu Traite des Etudes monastiques , ch. xiv. Mabillon ne se tint pas pour vaincu, il repliquaal'abb^ de la Trappe avec beaucoup d'^rudition, de calme et de raison. Ceu\ qui ne pour- raient pas lire ces divers Trailf^s peuvent en voir des analyses dans la Vie de Ranc6, par M. de Chateaubriand. La dispute dont nous venons de parler y est tr^s bien expos6e. C'est dans ce livre que nous ne pouvons, ni ne devons juger ici, un des rares endroits dignes a la fois (le I'auteur et du sujet. (1) NuUo modo namque satagunt ut haec sibi abundent, sed omni inodo agunt, ut non apud se remaneat quod abundaverit, usque adeo ul oneratas etiam naves in ea loca inittant, qua; inopes incolunt. Non opus est plura de re notissiina direre. Aug., de morib., F.cclcs.,rathol lib I. r. i.xvii — 49 — (loii-seiilcnieiil les bieiiCails do la t'oi, liiais? encore ceiix (le la ciillure inlellectiielle eUle la culture dii sol (1). 11 en fut (le meme de la Gaule sepfen- liiouale et de la Germanic. L'irlandais Colomban et ses disciples firent pour 1' Helvetic et toute cette partie de I'ancienne Gaule qui avoisinait I'Alle- niagne , ce que plus tard le moine Winfried , le ii;rand Boniface, fit pour 1' AUemagne elle-m^ine. lis convertirent et fertiliserent le pays (2). Au midi coninie an nord, nous troiivons dans le sol les traces profondes des institutions monastiques. En Espagne, S. Isidore de Seville , 1' liomme le plus etonnant du VIIâ„¢" siecle , ecrit dans sa regie pour les moines dHonori , la loi du travail des mains (3) , et donne dans ses Origines, ouvrage veritablement encyclop^- dique,des preceptes pour les travaux des champs (4). Aussi , c'est particuliferement a ses moines et a ses curt^s que I'Espagne a du son agriculture (5). Ce (1) Voyoz Lettres sur I'Hisloire de la R^foime en Aiiglelerre'et en liiande , par W. Cobbett , t. i. Letlres iv et v. (2) Voyez un excellent Memoire de M. Mignet, sur I'lntroduction de lAncienne Germanic, danslasoei6t6 civilis6e del'Europe Occideniale In a I'Acad^mie des Sciences Morales et Politiques (U) Isid. Reg. c. 5. [It) Etymoiogiarum , lib. xvii cap. de Rebus rusticii. (5) Cavanilles, Observaciones sobre la Historia Naturale, etc. Del regno de Valencia. Macjrid, 1795, in-f», t. 2, cite par I'abbe Gr^goire, dans son Essai HiHorique , sur I'etal de rAgriculture en Europe , an XVI^e siecle. Ce travail du citoyen Gr6goire est tres savant On le irrmvi' dans le 1^ volume des OEuvres d'Olivier de Serre . a la s\iite de 4. — M — fluent ericoie (ies moines qui aj)[)rireiit u la Loin- bardie I'art des irrigations, au moyen duquel 1' agri- culture de ce pays a devance d environ un si5olo celle des nations voisines (1). Gonquerants pacifiques , Ies moines marchaient , . la Croix et la b^che a la main (2). Leiirs abbayes etaient de vraies colonies agricoles. Souvent , aprfes avoir fertilise de vastes domaines, ils Ies c6daient el prenaient en echange des fonds steriles. On batissait autour de leurs convents , et c'est ainsi qu'un grand norabre de villes et de villages se sont fondes. Mais que serait devenu le monde , dans Ies invasions des Barbares , sans Ies monast^res ? Ils furent Ies cita- r<^loge de ce dernier, par Frangois ( de Neuf-Cliateau ) , 18 seplembre 1803. Le fougueu\ r6publicain qui sut pourlant quelquefois, en ce qui concernail la religion , r6sister aux pr6jug6s et aux passions de son parti , rend pleine justice aux institutions nionastiques et a la salu- taire intluence quolles exercerent sur I'agriculture. H ne pouvait s'enip^cherU'ainier Ies moines pour deux Glioses : d'abord, parce qu'ils avaient mis en honneur le travail des mains ; etensuite, parce qu'il trouvait dans Ies monast^res une image de la r6publique, « Les â– ' moyies, dit-il , jadis trop pr6conisL^s , aujourd'hui Irop decri(>s , les " moines, esp6ce de r6publique dont les regies oll'raient depuis long- « temps I'image du systfeme repr6senlatif , avaient remis en honneur « le travail des mains et recueilli les proeed6s utiles de I'art rural. » L'abbeGr^"goire demandail aussi, dans I'itit^riitde I'agriculliire, que les cur(is eussent une dotation en fonds Icrritoriaux. — Memoire pre- sente a I'Academie de Paris. (i) Lavezari, traducteur italion de Metterpacher , qui retrace les services rendus a I'agriculture par les moines , et sp6cialement par coux de Cliiaravalle. ElemeiUi d'Agrkollorn. Milano , 1784, citiS par ''abbe (Iregoire , dans son Essai. (a) Les B(!!n6dictins devaienl toujours porter une .serpe a la main el ne s'en s^parer que la nuit. Reg. S. Bened c 22. — 51 — (lelles dii christianisiiio el de la civilisation. Dans leur enceinte ont ele conserves non-seulenient les monuments de I'antiquite classique , mais encore les procedes de I'art rural (1). La b^che et la charrue y trouverent un asile conmie les chefs-d' ceuvre de r esprit huniain. Mais ce qui s'abrila surtout sous les murailles des abbayes, ce futle genie chretien, le genie de la paix , de la charile , des lumieres et du travail. II en sortit bientot; car ce n'etait pas assez d'a- voir soutenu le choc de la barbarie , il fallaitcon- vertir et civiliser les Barbares. Le monde appar- t(Miait encore une fois a des hommes grossiers qui n'estimaientqueles vertus guerri^res et meprisaienl profondement tons les arts de la paix ; a des homines qui ne voulaient rien lenir que de leur epee et pour qui travailler, c'etait deroger (2). Alors commence une longue lutte, lutte terrible entre le genie chretien et le genie de la barbarie : entre la paix et la guerre, entre la force morale et la force brute, entre 1' igno- rance et les lumieres , entre le travail modeste et I'oisivete superbe. C'estlemoyen age dontje puis a (<) Paginam pingat digito qui terrain iion praescindit aratro. S. Ferreol. Reg. c. 28. (2) Nec arare terram aul espectare annum , tam facile persuaseris, quani vocare hostes et vulnera mereri : pigrum quinimmo et iners vldelur sudore adquirere, quod possis sanguine parari. Tac. German. c. XIV. Ces trails sous lesquels Tacile repr(^senle les (iermains con- viennenl a tous les Barbares — :r2 — peine dire un niol. On y \uil couiiiie (leu\ couranls d idees qui s'avancent en sens contraire. L'un \ ieni du nord; il aniene la barbarie. L'autrc dii niidi ; il amene la civilisation. Ces denx couranls quel- quefois se rencontrent et se melent , d'aulies fois niarchent parallelenicnt el prodnisent des effels dis- lincts. Les inslitulions Carlovingiennes sont le re- sultat d'une grande fusion ou se rencontrent peie- niele des elements de barbarie et des elements de civilisation. Dans les Capilulaires , les idees et les influences chretiennes doniinenl. On y Irouve toul un systtime d'adminislralion, tout un ordre de sen- timents nouveaux , et puis, ce qui est remar(|uable des details d' economic rurale ([u'on cliercherail vainement dans les loispurementbarbares des temps precedents. Les Capilulaires menent au droit Canon qui va bientol fleurir, et an droit Romainqui va bientcM renaitre, c'est-a-dire, au triomphe du genie religieux el du genie civil sur le genie belliqueux el barbare. Leclerc et le jurisle feront la loi au guerrier. Mais en attendant cette victoire, la societe semblable a Rebecca , porle dans son sein deux g^nies , dont 1 un est doux Tautre grossier el sauvage, et dont les combats la dechirenl. Ce sonl deux forces rivales (jui se parlagent le monde. A I'une le servage , la corvee, le donjon crenele, la bataille , la domi- nation; a I'autre, f emancipation , la charild, le devouemeni, la l)asili(|ue gotliique, les associalionsi (I'ouvrieis, rorganisalioii dti (lavail, la coinmuiit', rinslinct de la liberie. La liiUe est. longuo ; elle est paifoissanglaiUe. Le triomphe de la civilisation chre- tienne est assure, mais menie arheurequ'ilest, ce liioinpho est encore loin d'etre coniplet. J'acheve, Messieurs; le moyen age est fini , Ic lole pacilique de 1" esprit rcligieux ne lest pas. Je retrouve encore partout au milieu de nous, son intluence particuli^rement favorable a T agriculture. A peine, apres les guerres civiles de la France, conimence-t-elle a refleurir j)ar les soins dun grand Roi, chor aux labourcurs, Hetui IV, par la sage prevoyance d'un grand ministre, Sully, par les ouvragesd'un grand citoyen, Olivier de Serre, que je vois la religion s'associer a ce inouvemenl. Elle inspire la muse duP. Vanit^ro, cecompatriotedu Columelle frangais chante 1' economic champelie , et les temps modernes ont leur Virgile chretien (1 ). Elle fonde des institutions '(pii renouvelleront les prodiges de ragriculture monastique, en partageant la vie entre lapriere et les travaux des champs. Elle a ra^me des 6v6ques agronomes. Parmi eux , je ne citerai que I'eveque de Senez. (i) Lo Prtvdium Rusticum du P. Vaiiiero est le dernier soupir de Ui muse latine de la renaissance. La liste des poetes GiSoponiques qui lornionl la derniere lignee de Virgile avail 6(6 oiiverle par .leri'iinc Vida , doni le piienie sur Ic^ Ver^ a Soie e.^l, resle, Vida elail prioiir de Tivoli ( I'ancienne Tibur ). Oiiel se.iour pour iin poole laliii '. Oiii(itu'raii ilc IJeaiijeu (2) : ce jeiiuo el suxiinl ])relat qui mourut a 24 ans et laissa cependant ce livre ciirieiix, de Lauclibus Provincice , 6cnt avec loiite r elegance d'un humaniste de la renaissance et ie laisse-ailer d'un grand seigneur. Le livre de I'ev^que deSenez, fournirait encore au milieu de ses interminables digressions des con- seils utiles a notre agriculture, si elle voulait le consulter. Nous pourrions peut-^tre y apprendre a dompter la funesle impotuosite de ce fleuve sur les bords duquel Quiqueran etait ne, qu'il ainiail avec passion, dont il avait etudi6 les moeurs et les caprices, qu'il comparait avec orgueil au fleuve figyptien , et qui depuis plusieurs annoes ne res- semhle plus au Nil que par ses debordenients , trop souvent desastreux. Je Joindrai a Quiqueran de Beaujeu le dernier ev6que d' Apt (3) , qui fut le Parmentier de son dio- cese, et qui, en y apportant la culture de la pomnie de terre et du sainfoin , a merite d'etre mis au lang des bienfaiteurs du.pays. Non loin des campagnes qu'il fertilisa, selevait (i) Pierre de Quiqueran de Beaujeu 6tait nb a [Aries, en lo-26. Son livre de Laudibus Provinciw , fut impriin^ a Paris, en 1551 , Iri-f". II a 6t6 traduit en fran^ais, par F. de Claret, ehanoine d'Arles. Tournon , 161G, in-8». Noire coUi^gue M. Mouan, sous-bibliolliccaire d'Aix , a d()nn6 une excellente Nolicc sur Quiqueran de Beaujeu. (:l) Mur l.aurenl-Mieliel Eon do Ceh — 55 — dans cette partie du diocese d'Aix qui, avaiif la revolution, s'etendait de I'autre cote de la Durance, une modeste habitation. Elle resserablait tout en- semble a une ferme et a iin couvent. C'etait Tun et I'autre a la fois. C'etaitl' humble maison des Fr^res de la Cavalerie : ordre monastique de paysans. Son souvenir est reste dans la reconnaissance du peuple. Quand un pauvre ferraier etait inalade , sa femme allait frapper a la porte du couvent des Fr^res de la Cavalerie. Ceux-ci venaient alors labourer son champ , ou tailler ses arbres ou faire sa moisson , parcharite. Au temps des semailles, ils distribuaient du grain a ceux qui en manquient. Oh ! pourquoi notre pays ne verrait-il pas un jour renaitre cette humble institution ! Pourquoi dans nos fermes-mo- d^les et dans nos colonies agricoles , le Frere de la Cavalerie ne reparaitrait-il pas pour faire 1' education dupaysan, et lui apprendre, avec les bonnes pra- tiques de r economic rurale, les mAles vertus chre- tiennes qui font aimer le travail en le sanctifiant ! Voici qu'une oeuvre immense de colonisation s'ouvre devant la France. L'Afrique toute entifere est a defricher , a convertir, a civiliser. L'epee toute seule ne suffit pas pour de tels resultats, il y faut encore la Croix et la charrue. L'etendard de la Croix flotte deja sur les cimes de 1' Atlas. Confions la charrue aux mains du christianisme. Noussavons comment il sait sen servir. Deja, el j'en felicile — M — mon pays, uii i!;ian(l pasucUo fait daiisccltc voic salutaire. La plainc de Staouoli, non loiti dc ccllc plage glorieuse de Sidi-Fci riich (|ni a r('(,"ii la pre- nii^ro emprcinle dc noUo coiiquolo, a vii arriver une sainte coloiiie. Elle se compose des disciples de celui , quau milieu du faste du grand siecle, le g^nie de la penitence conduisit dans la solitude, etdont I'auteur du Genie du christianisme vientde raconter la vie et de celebrer les vertus. Puissent les enfants de Ranc6 apprendre enfm aux bari)arcs de I Afrique que la civilisation que nous leur apportons n estpaslafille delinipiete, etpuissent-ils apprendre aussi a la France , qui semble de temps en temps Toubliei', que T esprit du christianisme est un esprit de paix, d' association , de charit6 et de travail, et que lui seul pent imprimer a notre constitution sociale, ces grands traits (|ui doivent marquer, do plus en plus, la civilisation de I'avenir. COMPTE- RENDU lire l^irtiHuir DE lACADFJIE DES SCIENCES, HRICIILTHRE. ARTS ET BELLES-LETTRES , D"A1\ , Lu dans la Skmce publique du 8 J urn 1844; Par le Docteur PAYAN , Secr6l;iire annuel de I'Acad^mie, Membre de plusieurs soci^lc^'s savanles , nalionalt^s cl etrangi-res , Chirurgien major de I'Hopital civil et militaire d'Aix , etc. Messieurs , CHAQUEann^e, lorsqu'arriveropoquo desa seance g^nerale, 1" Academic, desireuse de faire connaitre au public les travaux dont elle s'est occupee , se lait un devoir de lui en prodiiire le compte-rendn par r organe de son secretaire perpetuel; et vous vous rappelez encore avec quelle dignite T honorable nienibre auquel etait devolue cette belle t^che savait, depuis longues annees, I'accomplir. Mais une ma- ladie grave , que nous sommes heureux pourtant de savoir maintenant exempte de danger , etant venu f rapper inopinenient notre respecta])le et sa- vant coUegue , T Academic, qui ne pouvaitajourner — .)S a une epoque inoins opportune le jour de sa seance publiquo, a d(l commeltre momentanenient a d'au- Ires mains ie soin de le remplacer en ce jour; el, trop oublieuse peut-^tre que j'etais des nouveaux appeles dans son sein , ou trop confiante en mes faibles forces , elle a voulu me charger pour cette f'ois de remplir cette importante et laborieuse mis- sion. Mon premier sentiment a du Hre dhs lors un sentiment d'h^sitation , je dirai presque de refus. Comment, en efFet, dans ces quelques jours distraits d'ailleurs par tant de preoccupations diverses, oser me lancer, sans une vraie temerite, danslexameii de tant d'oeuvres, de tant de recherches, de tant d'analyses approfondies et savantes, qui ont rendu si int^ressantes et si animees nos reunions hebdo- madaires ? Comment esperer de me frayer une voie sure et exempte d' 6cueils a travers tant de materiaux qui ont fait de I'annee qui vient de s'ecouler, une annee si fertile en travaux importants? Si, obeissanf pourtant a d honorables instances , jai s annees, tantde douloureux exeniples ? Mais de telles considerations , quelque dignes d'interSt qu'elles dussent etre a nos yeux , nous eloigneraient trop du but que nous avons a atteindre. Et cependant, c' est avec douleur que nous sonunes obliges d'avouer qu'aucunc niesurc n'a ete encore adoptee, nous osons meme dire , serieusement pro- jetee pour salisliiire a fun de nos besoins les plus imperieux, Ic reboiscment do nos montagnes. Que dis-je? NoUsvoyons, au contraire, poursuivre sans relache un syslenie destructeur qui , ne Irouvant bientol plus d'arbi-es a abattre , s'attaque a ces ste- riles arbrisseaux qui vegetent sur le penchant de nos collines, et (pii du moins retenaient ce pou de terre vegetale qui , dans des temps plus propices a la cause des forets , pouirait favor isei et preparer — GO - des leboisseiiieuts coiiiplels. II esl reellement bieii elrange de voir que , tandis que les slides an- tiques , sous ce rapport bien plus prevoyants que le ndlre , alin sans doute de defendre par la vene- ration ce qui devait 6tre conserve pour I'utilile pu- blique , fesaient de leurs bois le sanctuaire sacre de quelqu'une deleurs divinites qui en devenait ainsi leg^niefutelaire, la civilisation des temps niodernes semble au contraire s'^tre reserve la trisle mission de conspirer de plus en plus leur mine. Quand done s'arr6teia cette rage de destruction bien propre a deshonorer I'epoque qui ne saurait en r(§primer les I'unestes ravages ? Elle est aussi bien injportante pour notre pays, cette question des irrigations vers laquelle I'attention des econoniistes est depuis quelque temps plus spe- cialement dirigee. C'est qu'aux irrigations seules serait devolue la piopriete de transformer une des causes les plus pernicieuses a notre agriculture , savoir Taction incessante d'un soleil briilant pendant la saison de I'ete, en une source d'abondance et de I'erlilile. Oui , qu'il soit donne a I agriculteur de pouvoir combiner une haute temperature avec une luimidite correspondante, ou (h; pouvoir (5(|uili brer a son gre un exces de chaleur par Teau , el il ob- liendra des pioduits que la natme elle-meme ne saurait donner avec rirregularite de ses pluies, avec leur insntfisiinco on IcinN exces. Avec cette con- — 67 — dition, en effet , les cereales biaveraieat iinpu- n^ment les s^cheresses de I'ete et donneraient uiie r^colte presque assuree ; avec elle , les prairies na- turelles et arlificielles foiiruiraient plusieurs coupes ^galement abondantes , egalenieiU riches qui en doubleraient les produils immedials , et augmen- teraient a proportion le nonibre des animaux qui onta s'ennourrir; avec elle encore , Ion pourrait toujours , apr^s la luoisson , utiliser le restant de la saison chaude pour obtenir de secondes r^coiles de plantes alinienlaires d'une valeur presque egale au\ premieres. On comprend, par consequent, coni- bien de pareiUes circonstances resulterait une plus grande abondance de legumes , de racines et de tout ce qui rend ralirnentatioii generale plus saine, plus leslaurante el plus variee. Voyez plutot ce qui se passe parlout ou la main de I'homme a creuse de ces cours d'eau bienfaisants qui , sous le nom de canaux d' irrigation, vont porter, au milieu des terres, des eaux derobees aux rivieres ou aux fleuves, au sein desquels elles coulaieut nagueres inutiles. Quel surcroit de productions et de fertilile ! Les terres les plus Sadies , les plus graveleuses , auparavant steriles, sont tres avantageusement cultivees. Celles qui , livrees d6ja a 1' agriculture donnaient des pro- duits satisfaisants , voient ces produits tres nota- blement accrus. Dans ces champs qui , une fois der pouill(^s de leurs <^pis . restaieni forcement arides — 08 — ot. sans ciillurc pondaiil I'cic, cioissont , sans prc^- jiulice pour les recoltes de raimee suivanle , imo loiile de graines alimentaires , de legumes divers, dc racines nutritives , qui constituent un precieux supplement d'ahondance et de richesse. Qui, par exenn)le, \ oudraitenumerer lesbienfaitsquerepand sans cesse , depuis sa creation , dans un partie de notrc Provence, ce fertilisant canal dont le ce- lebre Adam de Crapone dofa le territoire de Salon ot la Crau d' Aries? Veut-on mieux connaitre encore, par voie de com- paraison, quellcsnierveilles agricoles pent produire nn syst^me bien. entendu d' irrigation ? Qu'il nie soit alors permis de citer quelques lignesqu'un pu- blicislo distingue ecrivait r^cemmenl dans un opus- cule sur I'agriculture, a I' occasion d'une promenade faite dans un pays voisin clu notre : « J'allais , ce printemps , a Cavaillon , dit M. de Gasparin , et la j'appris ce ([uc Ton ponvait fairc des eaux. Les bles inunerges pour la troisieine I'ois, avaient atteint la hauteur dun homme quand les notres epiaient a deux pieds ( GG centimetres ). Ces bles ont fait vingt fois la semence ; les notres n'ont produit que cinq , et, dans les aimees les j)lus favorables , la pluie pour eux nc remplace jamais Tarrosage ; car la pluie s'adresse aux lleurs conunc aiix racines, (M fail souNcnl aNoilcr les j>roduils, rirconslan<'<' i|iii oxplicpic \,\ IV'rlilit(> du Delia , • — G'J — tjiii n'a jamais vu crever un nuage. Mais Cavailloii enl^ve line seconde recolte de haricots, doni le vo- liimo 6gale celle du ble. Nos terres briilees par le s(>leil ne peuvent produire de recolte inlcrcalaiie ; ainsi , c'esi unc valeur de qiialrc contre cinq quon pent obtenir sur ces champs arroses; ainsi, pom obtenirlam^me quantity de substance ahmentairc, on y cnUive huit fois moins de terrain : snr des sols (oujours frais la culture devient un jeu , ct les sepi huiliemes des fonds employes pour faire le pain de la France pourraient 6tre employes ailleurs. » Ce que M. de Gasparin dil (hi lerroir de son pays compare a celui de Cavaillon , ne peut-il pas , a bon droit, s'appUquer au notre ? C'est ce que per- sonne noserait mettre en doute. Des lors, (piels motifs puissants dappeler rattcntion sur un sujet (|ui la merite a un si haul degre ! Aussi , Messieurs , si notre compagnie a trouve ilans ces quelques considerations et dans bien d'au- tres que j'ai du omettre, de serieuses raisons de regretter que ce canal gigantesque , que le genie des temps modernes a ose concevoir et qu'il pra- tique au milieu des obstacles do tout genre, pour d(^tourner, au profit de lopulente cite m^diterra- n^enne, les eaux dune riviere qui nous etait plus voisine , no puisse nous etre de pres(jue aucune utilite, landis que, differemment execute, il eut suffi pour donner a nos campagnes I'abondance et - 70 - hi ferlilite, flu moiiis se fail-elle un devoir d'ac- ciieillir el d'accompagnerde ses vceux les plus ardents toutes les tentatives et tous les projets qui ont pour but d'amener de I'eau non-seulement dans la ville, mais surtout dans nos champs; car c'est de I'eau, c'est de I'eau qu'il faut imp(^rieusementanos terres. Ces considerations nous conduisent naturelle- mentavous parler du projet des comtes d'Esterno et de Gasparin, amende ensuite par M. dAngeville, et qui, nous croyons, ne tardera pas a Hve pr6- sente aux Chambres legislatives , sous la nouvelle forme qu' il a regue de ce depute. On sait que son but est de faciliter aux proprietaires les moyens de diriger sur leurs fonds les eaux dont ils sont pos- sesseurs, en leur permettant de les faire passer, moyennani indemnite , sur le terrain de leurs voisins, Des renseignements ont et^ , en effet , demandes a notre Academic , comme a toutes les societes qui s'occupent d' agriculture. Cette question, examinee avec toute la maturity quexige son importance, a soulev^ parmi nous des dissentiments auxquels nous ne sommes pas accoutum^s, et qui etaient inhe- rents a la gravit^' des interets mis en cause. Qu'il nous suffise de dire que 1' opinion qui a pr^valu, et*qui a ^te exprim^e dans le rapport a M. le Minislre del' agriculture, tout en rendant hommage an patriotisme qui a inspire la proposition , repugne — 71 — ^ croire qu'une loi geiierale puisse ^tre faite pour regler une aiissi importante mati^re. Pensant qui^ la centralisation , ce moyen puissant de gouverne- ment, ne saurait 6tre utilement applique Hans toutes les circonstances et sur toutes les agricultures, ou it est indispensable de tenir conipte de la nature dn sol etdu morcellement plus ou moins excessif de la propri^te , elle a vu , dans cette proposition , une tendance funeste a l' extension du principe d'exj)ro- priation. Une autre question de haut interet dont 1' Aca- demic a en a s'occuper, c'est celle des huiles pro- venant des graines oleagineuses. Faisons remarquer a ce sujet que, par une sage prevoyance, le gou- vernement avait etabli un droit protecteur a 1' entree des huiles etrang^res, quelle que fut leur prove- nance et leur nature. Mais cette inesure n'a pas larde d'etre eludee par letablissement de nom- breuses fabriques placees sur le sol frangais , et ope- rant sur une matiere extremement productive et soumise a des droits insignifiants. Cette Industrie, blessant une foule d'inter^ts, a incessammentamen(^ une lutte acharn^e qui a eveill^ I'attention du gouvernenient, avec d autant plus de raison que Ton cherchait a en faire une querelle personnelle entre le nord et le midi de la France, lutte fraternelle que tout recommandait d'etoufFer. Consultee a I'instar des anti'es societes, I Academic a mis ilaiis I exanieii d uiie aussi haule qiioslion, loiite la nialurile el lessoinsconvenables. CherehaiU a ( onibiner des inl^r^ts opposes el non a aiK^anlii- I (in doiix au profil do laiilre, ello a prosente un moyen de conciliation doiU elle a droit de se feli- ciler , puisque , a la scule difference de revaluation des droits, il est conforme au projet de loi des donancs qui vienl d'etre pr^sent^ a la Chanibrc des deputes. Le moment est venu pour nous , Messieurs , de penetrer plus avant dans la tache que nous avons a remplir, en vous donnant connaissance des travaux plus speciaux de nos collegues dans celte derni^re ann6e. Et encore devrons-nous passer sous silence de nomhreux rapports , la plupart pleins d'inter^t , qu'ont fait plusieurs d'entr'eux sur bien des on- vrages agricoles, scientifiques ou Iitt6raires qui sont annuellement adresses a notre compagnie, pour ne nous arreter que sur les productions plus paiticu- li^remcnt propres aux membres de f Academic. Nous commencerons par mentionner les divers exlraits qu'a communiques 1' honorable secretaire perp^tuel de I" Academic, M. de Montvalon, d'un ouvrage manuscrit, sur les causes qui s'opposent aux progresde I'agriculture en Provence. L' Academic, apprcciant loulc; I" importance qui s' attache au sujel liail('' par noire savani collegue, a accueilli ces — 73 — diverses lectures avec cette faveur el cet inteit?'! (|iie commande la haute experience dun homme qui, dans le cours d'une longue carriere, a toujours eu r agricultiu'e en veneration, et en a etudie prati- quement et a fond les questions les plus impoi- tantes. — Qu'on me permette de citer ici un de ces faits le concernant, que Ton pent produire corame un exemple a suivre dans cette question du reboisement des montagnes que nous avons leg^- rementeffleuree. Lorsque par les malheursdu temps, apres avoir passe de longues annees sur la terre etrang^re comme beaucoup de ses compatriotes , M. de Montvalon revint dans la mere-patrie , il trouva les vastes collines avoisinant sa riche pro- priety dont elles fesaient partie , completement d6- pouill^es des for^ts qui en fesaient nagueres le majestueux ornement. La comme partout ailleurs la h&che devastatrice avait etendu ses impitoyables ravages. Que pensez-vous que fait alors notre respectable collogue? II se remet resolument a I'oeuvre pour r^parer les desastres des mauvais jours; il plante , il s^me partout sur ses collines debois^es, et bientot apparaissent en tons lieux de jeunes et nombreux plants de ces pins maritimes qui, desorraais abandonnes a la seule protection des temps, seront vus, dans quelques annees, recouvrir toutes ces immenses surfaces d'argile rouge. Deja m^me les yeux du voyageur , qui parcourt la 0. — 74 — route d'Aix a Marligues, peuvent se reposer avec salistaclion sur ces onibrages loujours verts, cr<^^s par una sage prevoyance, el admirer la realisation d'un vaste essai de reboisement , oper6 par le genie agricole d'un seul hoinme. Nous devons mentionner encore, du ineme aca- demicien , la lecture de plusieurs fragments de sa traduction de i'Histoire d'AUemagne de Denina, de meme que le long et interessant rapport qui! redigea sur la question du projet de MM. les comtes d'Esterno et de Gasparin, etdont 1' Academic vota renvoi a M. le Ministre del' agriculture et du com- merce. Lorsque s'agita, dans le sein de T Academic, la question des graines oleagineuses , M. de Bee , di- recteur de la ferme-modele du departement, et I'un de DOS correspondants les plus distingues , voulut bien venir prendre part a cette importante dis- cussion , et y apporter le tribut de ses lumi^res et de ses connaissances pratiques sur cette matiere. Nous remarquames le substantiei rapport qu'il ful charge de pr(^parer sur cette question, et dans lequel il examinait le sujet en litige sous tous ses points de vue , et en traitait toutes les phases en homme ^minemment competent. II 6tait de notre devoir de mentionner cette oeuvre importante. C'est ici peut-etre le lieu de vous parlerd'un travail que nous communiquames nous-m6me a — 75 — I'Academio siir celte question agricole : La Ceiiille (le inuiier qui a ete frappee par la grSIe a-t-elle uiie .action d616lere el veneneuse sur les vers-a-soie ? — Voici quels motifs nous porterent a trailer un sujet tout-a-fail en dehors des objels habituels de nos Elu- des : Un des hornmes qui, en France, se sont le plus occupes de I'arl sericicole , M. Amans Carrier , de Rodez , fondaleur el redacteur dun excellent re- cueil periodique mensuel, le Propacjateur de I'in- (histrie de la sole en France, avail cru reconnaitre a la feuille de murier , atleinte de la gr^le , des proprieles malfaisanles el toxiques sur les vers-a-soie. Celle opinion etait tellemenl inculquee en lui , qu'il regarda comme un devoir d'user de la publicite dont il disposail par son journal , pour repandre sa conviction parmi les educateurs de ces precieux insecles. Ce fut contre une assertion pareille que nous crumes devoir nous Clever , el les fails recenls, authenliques et nombreux que nous cilAmes a I'appui de notre th^se , durent parailre plus que suffisanls pour combatlre les idees un peu trop facilement emises par le savant ^ducaleur de lAveyron. Comme , lorsqu'il s'agit dun produit aussi im- portant que celui de la soie qui , dans bien des contrees, conslitue le principal revenu , c' est en- core un tres grand avantage de pouvoir recueillir l^quivalent dune moilie , dun tiers, dun quart m^me de recolte de cocons , lorsque la gr^le , en — 7G — cudominageanl plus on nioins la leuille des miiricrs, s'ost opposeeaiine reiissite complMo, nous ponsames ne pas devoir hesiteraattaquerdefront lesidees pai • tropdesesperantes de M. Carrier, en nous appuyani surles documents losplus precis etlesplusveridiques. M. de Fonscolombe, notre venerable ex-president, nous a produit, entr'autres communications el dans plusieurs seances, ce qu'il nommc ses entretiens sur Tenlomologie. Pour ceux qui savent quelles vastes connaissances possede notre savant coUegue sur cette branche des sciences naturelles , qui a 6(6 a tons les ciges sa science de predilection , a laquelle il a fait faire d'importantes decouvertes, il sera facile de comprendre quel vif inter^t I'Academie devait prendre a ces instructives lectures. A qui mieux qu'aM. de Fonscolombe pourrait-il etre donne de discourir savammentsurcette maliere? Or, notezbien que, pour notre collegue, I'entomologie n est pas une science de pure et sterile curiosite , mais quMl a su maintes fois en faire d' utiles applications a I'agri- culture qu'il a lui aussi en grande veneration. S'il connaita fond 1" organisation , les habitudes et tout ce qui se rapporte a la vie des insectes, il a bien des fois deja fait servir cette connaissance pour indiquer les meilleurs proc^d^s de d^truire ceux de ces animalcules qui sont nuisibles a I'agriculture. Mais ce qui, de la part de ce meme collogue, a plus vivement encore inl^resse I'Academie , c'est la com- miinicatioii qu il lui a faite tie son reinarquable Ca- lendrieide Faune et de Flore. Sous ce nom, qui rea- lise bien plus que ne semble I'annoncer le litre mo- destede I'ouvrage, puisqu'il indique non-seulement la concordance de la premiere apparition des in- sectes du pays avec la fleuraison des plantes, mais encore 1' habitat precis de I'insecte et celui de la plante, et qu il contientdes remarques frequentes et judicieuses portant sur des fails inleressants el nouveaux, de meme que I'adjonction des noms provengaux , rattachant ainsi a la science une con- naissance pratique que 1' agriculture est si interess^e a approfondir , M. de Fonscolonibeafait uneoeuvre d'autant plus remarquable que la voie qu'il a suivie n' avail ele encore frayeeparpersonne, el la science doit lui lenir compte de cette heureuse initiative. Aussi r Academic, jugeanl eel ouvrage d un veri- table interel pour les progres de la science , pour eclairer quelques parlies de noire agriculture , pour ajouter a la connaissance des productions de noire sol, s'esl-elle halee d'en voter 1 impression dans la serie de ses Memoires. Le president acluel de T Academic , M. I abbe Sibour , nous a communique plusieurs fragments d'une Ilistoire inedite de TEglisc d'Afrique, une letlre sur I'Algerie , etc. , el a fait hommageal'A- cademie dun opuscule contcnanl Irois legons d'un Cours d'histoireEcclesiasliquo. Nous n'apprendron^ — :s — nen a peisoiine, eii disaul que ces divetses com- positions brillent de ce style Elegant et hariuonieux, de celte diction facile et coloree , de cetle liche i'econdite de pensees, qui font de notre honorable collegue un des plus beaux talents litt^raires de notre cite. Que dirons-nous des frcquentes lectures que nous a faites, cette annee, notre honorable collegue M. Porte, sinon que toutes ses communications r^velenl cet esprit droit et juste, ce jugement sain et parfait, ce goiit exquis de I'art, cette elegante simplicity de diction que 1' Academic salt depuis longtemps ap- [)r^cier? Pour fairc comprendre le nombre et la vari^te des sujets qu'il a presentes a 1' Academic, il nous suffira de mentionner : I'' Une Notice necrologique sur Gustave-Cesaire Caillat, natif de Berre. Faire connaitre la vie d'un jeune homme accompli, morl a 1 7 ans; le proposer comme module de conduite aux jeunes gens de son age , tel a ete le louable but que s'est propose I'au- teur dans cet ecrit , qui se fait lire avec un attachant plaisir ; 2'* Une Description de la Tour de Saint-Martin de Bromes (Basses-Alpes) , monument du moyen age touchant leque! M. Porte a recueilli de pr6- cicuses traditions qui risquaient d'etre a jamais })erdues ; 3° Des Notices sur Chrislophc Veyrier o( Thomas — 79 — Veyiier , sciilpteurs du XVII'"'* siecle , notices dans lesquelles 1 auteur donne une appreciation cotive- nable du talent de ces deux artistes, I'un etl' autre eufants de la Provence , et fait connaitre les ou- vrages qui restent encore d'eux, de m6me que les details biographiques les concernant ; 4° Une troisi^me Notice sur Antoine Duparc , autre artiste provengal , peinti-e et sculpteur, dont le ciseau surtout enfanta plusieurs oeuvres remar- quables ; 5° Une quatrieme Notice sur Jean Daret, peintre nioins connu que ne le meritent ses nombreux ou- vrages g^neralement riches de^beaut^s du premier ordre, lequel, quoique n6 en Belgique , passa a Aix la majeure partie de sa vie et s'y ^teignit en 1 668. — Dans ces diverses notices, notre collegue a pour but de rappeler le souvenir de ces artistes qui , par la superiority d' execution de leurs oeuvres, ne meritent pas d'etre condamnes a un ^ternel oubli. M. Porte remplit ainsi une belle et noble t^che. S'il arrive trop sou vent que les hommes de g^nie ou d'un merite eleve vivent et meurent inconnus, parce que leurs talents n'ont brille que dans les Provinces ; si , parce que leurs jours s'y sont ecoules modestes et sans bruit , ils ont ete prives de cetle renomm^e que n'eut pas manque de leur decerner la ville dis- pensatrice des reputations, c'est une belle tache qu'accomplissenl les admiraleurs de leurs oeuvres , - so — (ie tes relirer de robscurite dans laquelle ils soiU lombes , et d'indiquer la place qu'ils sont dignes doccuper dans 1' opinion publique. Sous ce rapport, M. Porte merite bien de I'art, et ne saurail etre trop encourage a perseverer dans ce genre de Iravaux ; 6° Un Memoire sur divers objets d'archeologie, relalils a I'^giise m6tropolitaine Saint-Sauveur , — au palais Archiepiscopal , — a Teglise Saint-Jerome, — a r^glise Saint-Jean (inlrli-muros) , — a I'eglise Sainte-Marie-Magdeleine , — a I'eglise des Missions de Provence , — a la salle des Bains antiques , — aux anciens Bains de la rue des Etuves, — a des trouQons de colonnes antiques, — a diverses ins- criptions antiques , — a la fontaine de la rue Bou- legon , — a des murailles antiques , — a un reste de voie antique a Eguilles , — a un camp romain , — aux mines d'Entremonts. Le seul ^nonce de ce travail en fait pressentir toute 1' importance ar- cheologiquo ; 7° Un Examen critique des sculptures 6xecutees par M. Antoine Olive , de cette ville , sur deux autels de I'eglise du Grand-Serainaire d'Aix. Par ce travail, M. Porte nous devoile, en M. Olive, un artiste jeune encore , mais plein d' intelligence el d' imagination, dont les debuts, qui feraieut honneur aux aitistes de reputalion , donolent un talent ca- pable dajouler un jour a lillusUalion do cede Pro- - 81 vence tieie deja de cuiiiilt'i- , paniii ses ell^;ull^^ . dans Ic genre de la sculpture , Puget . Veyier , Duparc, Toro, Vasse, Clerion, CliaslelelChaidigny. 8" Une derniere Notice sur Jean-Antoine (^ons- lantin, i un des fondateuis de I Academie d Aix, celebrepeintre-paysagiste, que la uiortaiecenHueiil ravi a notre cite. Le talent artistique de Constant in, aux diverges epoques de sa vie , nous parait avoir ele decrit avec bonheur et verite dans ce travail consacre au souvenir d' une des gloires de notre pays. M. I'abbe Maurin nous a in di\ers passages dr son ouvrage encore inedit , ayant pour litie : Eludes historiques et archeologiques sur les Egliscs (I'Aiaoet de sa banlieue. Ges lectures out ^te d'autant mieux goutees par 1' Academie , quon pent consi- derer cetteoeuvre de notre collegue, commc la plus iinportante qui ait 6le consacree jusqu a ce jour a I archeologie chretienne de notre cite. Les diverges lectures faites par M. Castellan , sous ce litre : Etudes sur la femme antique, out vivement interesse plusieurs de nos seances liebdo- inadaires. Ces simples extraits dun ouvrage elendu quia pour objet de faire connaitre cequ'aete la femme aux diverses epoques histoi-iques , denotent de la part de 1 auteur, d'immenses rccherches et de bi'illantes cpialites lilteraires. Le chemin toul-a-fait inexplore encore (jue s" est fraye noire savant col- legue est si heureuseraent parcouru par Itii qu un — S2 — grand succes nous parait reserve a son oeuvre , (juand il lui plaiia de la produire au grand jour de la publicite. Nous devons a M. Rouchon-Guigues un savani rapport sur la question du concours fonde en i 842 , la lecture de quelques fragments litteraires, de m^me que la communication de plusieurs chapitres hislo- riques sur Aix. Toutes ces compositions ont ete jus- tenient trouvees riches de cette beaute de style et de pensees , et de cette solide erudition liistorique que r Academic sait depuis longtemps appr^cier chez notre honorable coUegue, M. Mouan nous a lu, sur I'Histoire de Sainte- Tulle, par M. le docteur Robert, de Marseille, un long travail critique qui denote toute I'etendue des connaissances historiques qu'il possMe. Le m^me academicien nous a donn6 une Notice pleine d'inter^t et de patriotisme sur les OEuvres completes du Roi Rene, par M. le Comte de Qualre- Barbes. Les productions de notre collogue sont toujours marquees au coin du bon goCtt : T ex- pression en est telle qu'elle doit etre. M. le marquis d'Arbaud-Jouques , un des j)lus anciens membres de 1' Academic, qui n'eut pas manque , dans cette seance solennelle , de venir sieger parmi nous , si un deuil recent ne tut venu le frappor dans ses plus coheres atlections , a plu- sieurs I'ois aussi voulu . malgre son grand age , — s:\ - prendre part a iios travaux. Nous nous rappelons encore avee plaisir dciix delicieuses compositions poeliques qu'il a lues a la sociele , dans le cours de I'annee. L'une avail pour litre : Ode sur le Reloui- de rOrdre en France: Hynnie a la Vierge, elait le lilre de la seconde. C'etaienl deux chants bien suaves quoique soupires par une museseptuagenaire. Noire nouveau collogue, M. Agard , a deja plu- sleurs fois donn6 des preuves du zele qui I'aninie pour r Academic , el des connaissances speciales qu'il poss^de. Nous avons a mentionner de lui cetle belle carte des etangs de Berre el de Caronte , la- (pielle , dressee sous sa direction , designe entre autres choses les etablissements industriels fondes sur le littoral, el le sondage des deux etangs sur leurs divers points ; Unimportant travail, lout de circonstance, qu'ij nous a lu recemment , touchant I' influence des nou- velles routes sur la ville d'Aix ; Enfin , un long el interessanlMemoire contenant des recherches historiques el statistiques sur les communes littorales des etangs de Berre el de Ca- ronte , el sur les etablissements industriels qui s'y trouvent. Qui ne connait, au moins de reputation, le poete populaire de Nimes, M. Rel)oul, le chef de cetle Pleiadede talents poeliques qui, denos jours, sesoni eleves brillants el radieux du milieu des plus hiunhlos — H'l - professions , conime pour demontier plus vivemeni que jamais combien le genie est ind(^pendant dc racial de la naissance el de la fortune. Cetauteur n'a pas manque, dans un voyage fait dans notre ville , de venir assister a une des seances ordinaires de lAcademie. II a fait honuiiagea notre compagnie de ses poesies imprimees , et lui a d^bite plusieurs pieces encore inedites , notamment un long frag- ment dune trag^die sur un sujet antique. On com- prenait, en entendant la lecture de ces beaux mor- ceaux de poesie , quils ne pourraient qu'ajouter un rayon de plus a la glorieuse aureole qui resplandit sur le front du poete nimois. M. Poujoulat, dont de remarquables publications out solidement etabli la reputation litteraire, etque nous comptons avec orgueil parnii nos membres correspondants, a bien voulu communiquer a lA- cademie plusieurs chapitres delHistoire de Saint- Augustin, qu'ilvaprochainementediter. L' attention " religieuse qui a 6te prfitee a ses interessantes lec- tures, 6tait fondee sur cette multiplicity de beautes , I'nradomio dos decouvertes dan- liqniles faites dans uno de ses propri(''l(5s , celle-ci s'empressad'endonnorconnaissanceala commission archeologique nommee pai- Ic gonvernomont , afin que ce que pouvaient presenter de precieux ces vieux debris de temps antiques ne risqu^t pas d'6tre a jamais perdu pour I'art. Je no saurais omettre ici , sans croire deroger a ma t^che, de vous rappeler cette imposante ce- rf^monie , encore presenle a tous les esprits , a laquelle prit part T elite de notre cite, savoir, la translation des restes mortels du president de Saint- Yincens dans le nouveau cimetiere. C est, en effet, a I'academie , dont i! avait 6t6 un des membres fon- dateurs que revient I'honneur d'avoir la premiere exprime le patriotique desir dun hommage public rendu a sa memoire. L' inscription qu'elle a fait graver sur le monument funeraire qui recouvre la nouvelle tombe , rappeilei'a sans cesse, a la gene- ration presente et aux ages futurs , le pieux sou- venir de I'c^rudit infatigable , du magistrat int^gre et eclair^, du genie bienfaiteur de I'humanite, que notre pays citera toujours comme une de sesgloires, et comme un exemple de toutes lesqualites quipeu- vent embellir un coeur genereux et vertueux (1). (I) Voioi l(> tc\lf d(* I'insrriplion — 87 — Depiiisquelquesanneos, iin penible devoii' seiu- l)lait r^serv6 an Secretaire de T Academie, dans cette solennite, celui d'honorer d iin dernier souvenir la memoire des niembres de cette compagnie que la Hiort venait de ravir. Felicitons-nous , cette fois, de ne pas avoir a remplir une aussi lugubre t^che. Si quelques-uns de nos collegues, dont le zele el les talents lui etaient si precieux , sont venus a lui nianquer cette annee , nous sommes presque A LA MEMOIRE DU PKESIDENT DE SaINT-VI>CE>S ( Alexandre-Jules-Antciine de Faiihis ) ancien maire o'alx et depute all corps legislatif , C.ORRESPONDANT DE L'INSTITUT ET DEPIIS MEMBRE LIBRE DE L'aCADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES , OFFICIER DE LA LEGION d'iIONNELR, ETC. , DONT LES VERTUS ET LA SCIENCE IIEREDITAIRES HONORERENT ET SERVIRENT LE PAYS. NE A Aix EN 1750 — President au Parlement en 1782 — .MORT President a la Coir rovai.e, le 15 novembre 1819. LA translation solennelle de ses restes ici A EU lieu le 28 JUIN 1843 , VINGT-gUATRE ANS APRES SA MORT . SUR LA DEMANDE DE L'aCADEMIE d'AIX . DONT IL ETAIT MEMBRE FONDATEUR. LE CONSEIL MUNICIPAL A CONCEDE LE TERRAIN A PERPETUITE, ET A COOPERE AVEC L'aCADEMIE A l'eRECTION DU MONUMENT AU NO.M DE LA CITE RECONN AISSANTE. — S8 — liencc au nioijen age ? — 9-2 — « Les concurrents indicineronl rapidenienl coniiue « introduction leur etat sous la domination romaine, « et comnie complement leur regime depuis leur i( reunion a la France jusqu' a la revolution de 1 789. « lis jetteront un coup d'oeil sur 1' administration '( gen^rale de la Provence , en fesant ressortir tout << ce que ces divers regimes avaient de vraiment <( liberal dans leurs droits , franchises et immunites, « et d'independant de rautorite feodale et souve- « raine. » Le prix de ce Concours consistait en une me- daille d'or de la valeur de six cents francs. L' Academic a regu sur le sujet propose deux Me- nioires, dont I'un, portant I'epigraphe suivante : Sunt aliquot quoque res, quarum 7inam dicere caiisam non satis est , a ete classe sous le n° 1 ; et doni le second , dont I'epigraplie etait celle-ci : Les com- . munes ne sont point des concessions , leurs elections ne sont point de privileges , leur possession n'a poin I de commencement et ne sanrait avoir de fin, sans oppression manifeste , a regu le n° 2. — Voici le jugement port^ par la commission du concours sur ces deux memoires : « Sans doute le M^moire n° 1 , portant pour epigraphe ces mots : Sunt aliquot quoque res , etc. , est une oeuvre remarcpiahle. Mais on n'a pas de- mande un travail sur le patriciat et la clientelle caracteres de purs accessoires. Lo style, a part - 1)1 — quelqiies inconectioiis el uu pen de niolesse, imi esl sage , simple , approprie a la mali^re. Mais le Me- inoiro ne presenle pas noii plus ces profonds travaux sans lesquels il est impossible de se faiie une idee complete des communautds proveiiQales apr^s T ex- pulsion des Sarrasins , sous les Boson , sous les Be- lenger, sous les deux maisons d'Anjou. » ( Extrait (la rapport du concours. ) En consequence, aucun de ces Memoires n'ayant ete juge digne du prix propose, le concours a ele prorogejusqu'au 1 '"'mai 1 845. Nous croyons devoir renvoyer au savant programme de ce concours re- dige par notre coUegue , M. Rouchon-Guigues, les personnes qui desireraient avoir de plus amples ren- seignements a ce sujet. Independamment de ce prix, 1' Academic en a institue un second de la valeur de trois cents francs sur la question suivante : Quel serait le mode le plus propre a employer pour que les travaux d'interet public fussent perfectioniies sans detourner les bras de l' agriculture, de I' Industrie el du commerce ? « L'Academie desirerait que les concurrents As- sent des recherches exactcs sur la maniere dont les peuples anciens executaient les grands travaux a la charge del' etat ou des etablissements publics; qu'ils cxaminasscnt si ces documents liistoricpies peuvent aider a la solution de la (picslion proposec; quils — yfj — lissenl connaide enfin les precedes employes lui- jourd'hui chez les nations 6trangeres et principa- lement en Angleterre , le tout pour eclairer autanl que possible , par les donnees de 1' experience , les theories qu'ils seront a meme de developper ? n Le terme de ce concours est fixe an 31 decembre 1 8 '(.4. Les Memoires, pour I'un et I'autre concours , devront etre remis a M. le Secietaire perpetiiel de r Academic, pour les epoques indiquees, et devront porter, selon T usage, une epigraphe et un billet cachets renfermant l' Epigraphe et le nom de I'au- teur. lis devront Hro ecrits d"une maniere tres lisible. Ici , Messieurs, finit la laclie qui m'avait ete confiee. Je serais heureux d'avoir pu la remplir comme I'aurait demande Thonneur de 1' Academic dont je n'ai 6t6 que Tinsuffisant organe, et comme le meritait le public distingue qui m'a honore dune anssi bienveillante 'attention. Puisse du moins votre indulgence avoir supplc^e a mon egard a ce que ne pent pas toujours produire le zele le niieux inlentionu^ ! — 90 — On a III : Mori de Saint-Aiii^iistin, inlliionce tie son genie, par M. Poujoulat. Un Discours en provcrbes provengaux , par M. le docteur cV Astros. Considerations sur I'Histoire dn droit Criniinel, par M. Tavernier , avocat. La fuite d'Angelique, imite de I'Arioste , par M. Castellan , conseiller. Notice siir M. Constanlin , par M. Porte. Le maitre d'Etudes, po6sie, par M. Maillel. La Dourgnetto, conte provengal, par le meme... NOTICE SUR I.A VIE ET LES OUVRAGES DE JEAN-ANTOINE mimW , PAR M. J. - F. PORTE. Jean-Antoine Const antin naquit le 21 Janvier 1756, dans le territoire de Marseille. Blanchard, peintre sur 6mail , frapp6 des dispositions de cet enfant pour le dessin , le fit placer dans une fa- brique de porcelaine a laquelle il 6tait attache. Constantin quitta ensuite cet ^tablissement et r6- solutd'apprendre a fond I'art qu'il ch^rissait. L'e- eole de peinture de Marseille , lui en facilita les moyens. 11 la frequenta assidAment , faisant du 8. — 98 — (lessiii soil unique occupation. Non-seulenient a la sortie des legons , il copiait dans ses details , le champ qu'exploitait son p5re , mais encore il con- sacrait a I'^tude , une partie de la nuit. Tant de soins ne furent pas perdus, et des progr^s rapides couronn^rent ses efforts. Capeler , peintre de pay- sage en lapisserie , lemploya alors a des travaux de ce genre. II lui donna des notions dontl'el^ve profita si bien , qu'il put repandre de I'effet surses petits travaux d'apres nature. Seulement quelque tiuiidite dans la louche , y denon^ait le debutant. Un marchand de Marseille les lui achetait a has prix , quoiqu'ils fussent lecherches , et qu'il les vendit avec des b<^nefices avantageux. M. Perron, negociant d'Aix, parvint a d^couvrir I'auteurdont le marchand s'obstinait a taire le nora et la de- meure. D6s lors il porta a cet enfant toute 1' affection dun p^re. Lorsque le talent de son protege eut acquis plus de developpemenl , M. Perron le con- duisit a Aix , pour le presenter a des amateurs ca- pables d'apprecier son aptitude. Constantin futbien accueilli dans cette ville ou les arts out toujours ob- tenuuncuUeparticulier. II ydemeura quelque temps, consacrant ses loisirs a l' etude de la nature. Con- vaincus de la haute capacite du jeune homme , MM. de Fonscolombe , Gregoire , de Montvalon et •le S(^deron I'envoyerent a Rome pour qu'il se per- fectionnAtdans Vart. En yarrivant, Constantin s'oc- — 99 — eupa avec aadeur de I'objet de son voyage. 11 af- fectionnait particulierement le paysage et s'atlachait a rendre avec fid^lit^ les vues et las dels d'ltalie. II n'est pas de monument ni de site de la cam- pagne de Rome, qui neussent 6te copies par lui. RienV avail echappe a son investigation. Au bout de six ans , riche de sa belle suite d' etudes , il letourna dans la Provence , se fixa a Aix et s'y maria. Peu de temps apres , la mort ayant enlev^ Aune , directeur de I'ecole de dessin, fondee a Aix par le due de Villars , on choisit pour le rem- placer, le jeune Constantin qui professa jusqu'a la revolution , epoque ou les ^venements poli- tiques entratn^rent la suppression de letablissement. Ensuite il fut attire a Digne ou les autorites locales le placerent a la t6te de I'^cole de dessin. Apr^s un s^jour de six ans, il retourna a Aix et s'y livra exclusivement au dessin el quelquefois a la peinture. Les registres de 1' Academic des Sciences, etc., d'Aix, mentionnentJean-Antoine Constantin, comme un des fondateurs de la Societe des Amis des Sci- ences, des Belles-Lettres, de l' Agriculture etdes Arts, cre^e a Aix, dans le mois de Janvier 1808 , et 6rig6e plus tard par ordonnance royale , en Aca- demic des Sciences , Agriculture , Arts et Belles- Lettres. Le 1"'' mars 1813, sur la proposition du profes- — 100 — seiir de lecole gratiiito el comiiuinale de Oessiri. etablie a Aix , le bureau de cette ^cole demanda a ladministration municipale, d'atlacher Constantiit a retahlissemeut, en qualite de professeur de pays- age. Cette demande conciliait les droits du direoteui- de recolc, avec les egards dus a un artiste de merite. EUe ne fut pourtant accueillie (pi'en parlie, et Tarr^te lui donne seulement le litre de professeui- adjoint. Ladministration municipale, Constantin lui- m6me ne s'apercurent pas (jue cette qualification etait hnmiliante pour un artiste de merite. Knl8l7, pour faire connaitre notre paysagiste.i- plusieurs personnes soUiciterent celui-ci d'cnvoyei- (juelques dessins a I'exposition de Paris. Lenr al- tente ne fut point tromp^e. Les paysages exposes trouv^rent des acquereurs. Leur merite valut a lautenr one medaille dor et la sympathie des ama- teurs de la capitate. Ces illustres temoignages pouvaient consoler Constantin de Ihnmiliation qu'il avait regue dans sa patrie d' adoption; mais ils ne le mettaient pas en mesme d'abandonner son clietif emploi de pro- fesseur-adjoint. La justice dn Roi luiofFritnn de- dommagement. Le 1 "' inai 1833, il fut nomme chevalier de la legion d'honneur , et pendant dix annees , la glorieuse etoile brilla sur sa poitrine. Les infirmites dont il etait deja atteint et des dou- leurs aigiies qui surviurent encore, le tourmentaient — 101 — sans relaclie. \\ succomba a ses luaux, le 9 jaiiNier 1844, %e de 88 ans et 12 jours. Constantin avait iin caiact5re exceptionnel dans ce siecle. Aussi candide que desinteresse, jamais il ii'assigna de prix a ses productions. I! recevait avec reconnaissance celui qu'on lui oft'rait . le croyant toujours au-dessiis du merite de I'oeuvre. M. Perron dont il a ^te parle , avail conduit chez son jeune ami, a Marseille, un eveque anglais qui desirait acquerir de Conslantin quelque dessin, pour I'en- courager dans la culture de I'art. Le prelat fut surpris de la bont6 des ouvrages qui lui etaient pre- sentes. Apres avoir choisi douze petites etudes , il en demanda le prix. Constanlin n'osait repondre. Presse de s'expliquer, il le porta en baissant les yeux et tremblant d'etre indisciet, a vingt-qualre sols piece. L' anglais comprit sa pensee. Apr^s avoir fait I'eloge de tant de modestie et de d^sin- t^ressement , il paya les dessins , six livres chaque. Ivre de joie, l' enfant qui, de sa vie, n' avait vu une pareille somme , courut la porter a sa m^re. La bonte de son coeui" etait a toute epreuve. Rien II aurait pu effacer de sa pensee , le souvenir d'un bienfait regu, et sa gratitude ne connaissait pas de bornes. On a vu qu'il avait ete place par le peintre Blanchard dans une fabrique de porcelaine. Blan- chard ayant cesse de remplir les vues des pi'oprie- laires de retablissement . on songea a le remplacer. — 102 — Des propositions avantageuses furent failes a Coiis- tantin qui les rejela , navre de douleur de voir econduire celui qui T avail proleg^ avec autant de bienveillance. II quitta m^rae la fabrique , pour ne pas 6tre soupgonne d' avoir pris des arrangements secrets avec les proprietaires. Constantin n'etait qu'un enfant lorsqu'il manifesta des sentiments si 61ev^s. Satisfait de sa modesle position , il ne cherchait pas a en sortir. Jamais il ne sollicita d'emploi. Get homme simple n' avail vu qu'un acte de faveur dans sa nomination au poste de professeur-adjoint. A tant de qualites, il joignait la plus rare fran- chise. II la poussait m^me si loin, qu'aucune con- sideration n'aurait pu en comprimer 1' expression- II avait dessine pour M. Aubert , orf^vre a Aix , six paysages au lavis, de la plus grande dimension, parmi lesquels 6tait une vue de cascatelles de Ti- voli , veritable chef-d'oeuvre. Le temps qui s'etait ecoule , effaga de son souvenir les dessins faits pour M. Aubert. Bien des annees apr^s , il revit cette suite avec satisfaction. A mesure que chaque pay- sage passait sous ses yeux , il disait en langue pro- vengale qu'il n' avait jamais cesse de parler : Pour- riouplus [aire ansin (Je ne pourrais plus faire ainsi). Mais quand le tour des cascatelles fut venu , il resta stupefait de surprise. Ses yeux brill^rent d'un vif eclat, et hors de lui il s'ecria : Esti ben ion qu'ai — 103 — fa aquo ? ( Est - ce bien moi qui ai fait cela ? ) Par son habilet6 dans le dessin au la vis, Cons- Iantina6t6 un artiste toujours digne d'eslime, sou- vent admirable. Cependant il ne put ^chapper aux' inconvenients de la vie de province, et tandis qu'il recevait les ^loges de 1' ignorance oud'uneaveugle amiti^ , pour des ouvrages sans importance , ses plus belles productions etaient decriees par des sp^culateurs avides ou par des hommes qui ne sa- vaient pas lui pardonner ses talents et leur m^dio- crit6. La v^rit^ qu'il faut dire parcequ'on la doit surtout au g6nie, c' est que, comme les habiles maitres , Constantin a produit de grandes choses et des ouvrages d'un merite moyen; que comme eux, il a eu divers degr^s dans son talent : I'accrois- sement , la plenitude et la decadence. II nest pas donn6 a I'homme de rester ^gal a lui-m^me dans le cours dune longue vie. Constantin a forme un grand nombre d'el^ves. Plusieurs d' entre eux ont eu de la cel6brit6. Parmi les plus connus nous n'en citerons que deux: MM. de Forbin et Granet. Le premier , enlev6 nagu^res aux arts et aux lettres, s'^tait acquis une reputation solide, par un vrai talent et ses bril- lantes qualit6s. Quant a M. Granet, ses tableaux d'histoire I'ont deja place parmi les peintres c6- lebres de I'^poque. De plus, il a introduit dans la peinture , un genre inconnu dans lequel il pourra — lOi — trouver des imitateurs, mais jamais d'egaux. La v6rit6 de ses effets de lumi^re est si parfaite . qu'une publication p6riodique (1), disait qu'e//e est un affront fait a la nature. M. Aude , maire d'Aix, interpr^te des sentiments que professent pour leur compatriote , les habitants de cette ville , a pris une decision par laquelle la rue qui a vu naitre cet artiste , portera le nom de rue Granet. Nous osons exprimer le voeu qu'on rende un honneur pareil a la m^moire de Constantin. Aix , il est vrai , n'est pas sa ville natale ; mais c'est sa patrie d' adoption, la ville qu'il aimait le plus, qu'il habita pendant la majeure partie de sa vie , celle enfin ou il a cesse de vivre. Constantin a grave en divers temps , quelques planches a I'eau-forte. Nous n' en connaissons que cinq dans lesquelles on remarque une pointe ferme , mais peu exercee. Parmi ces pieces, il.en est une cependant qui se distingue par la facilite des tra- vaux et le piquant de la pointe. C'est apparemment son dernier ouvrage dans ce genre. Les figures y sont dessinees avec beaucoup d' esprit. C est la plus pe- tite des cinq. On y voit au milieu du premier plan, un pilier vers le haul et dans les deux cot^s duquel , {{) La Minerve. — 10;) — deux barres soul Hxees. Deniere les liguies dii fond est un mur de cloture que depassent des touffes d'arbres. Maintenant nous aliens successivementconsiderer Jean-Antoine Constanlin , sous les rapports de la peinture et du dessin. S'il n'a pas obtenu de la renomniee , comme peintre , c'est par la seule raison que de perfides insinuations le detournerent de cette partie de Tart. On s'en convaincra bientot. Mais nulle circonstancc, nulle consideration ne peuvent emp^cher le ju- gement des oeuvres artistiques , quand elles frap- pent les yeux. La raison en est que I'appreciation faite par I' esprit entre dans le domaine de T opinion qui est la plus independante des puissances intel- lectuelles. En proclamant la fecondite et souvent le g^nie dont le peintre fit preuve , on pent justement reprocher a ses tableaux , un ton gris , ou bien de la erudite. On reconnait dans leur auteur , un ar- tiste qui n'a pas fait d' etudes sur I'emploi des cou- leurs, et nous dirons , en employant I'expression technique , (jue ses tableaux sentent la palette , c'est-a-dire, qu'il employait indifferemment les tons qu'il avait sous la main, sans s'appliquer a rendre la couleur des objets. Cependant il faut se hater d'ajouter qu'on pourrait citer bien des toiles dont le colons est loin de meriter de tels reprochos. On Y voit un ton chaucf et rfore , du vrai el le senlimeni — UK) — ties beautes de la naluie. M. 1 abbe Thaneion pos- sMe un tableau de forme ovale , representant un paysage, dans lequei ces qualites se font remarquer. Nous pouirions en citer d'autres. Certainement le merite de pareilles peintures ne peut manquer de les faire rechercher. Dans les tableaux ainsi que dans les dessins, les figures, quoique spiritucUement traitees, manquentde correction. Nousenexceptons celles de guerriers et de villageois , qui , faites avec autant d' esprit que les autres , sont ordinairement plus correctes. On peut dire que Constantin etait ne peintre. Les tableaux qui viennent d'etre cit^s , comme des exceptions a sa mani^re habituelle de colorier, au- lorisent cette opinion. D'autres ouvrages du m6me genre , ach^vent de le prouver. Ce sont des etudes, peintes a I'huile, sur papier, qu'il avail faites a Rome. Nous savons que , cedant aux sollicitations de plusieurs artistes de cette ville , il y en laissa bon nombre qui furent repandues en peu de temps et lui valurent I'eslime des connaisseurs italiens. Constantin serait m6me devenu grand coloriste , sil n'avait pas ajoute foi aux conseils d' artistes qui ne pouvaient voir sans depit qu'ils seraient bientot depasses par lui. lis lui disaient sans cesse qu'il ne saurait jamais faire un tableau et I'enga- gferent avec obstinalion a renoncer a la peinture ou il n'avait , ajoutaient-ils , aucun succ^s a es- — 107 - p6rer, poui" sea teiiir au dessin, coimiie a sa spe- ciality. Constantin etait loin de croire que la du- plicity ptit trouver place dans \Ame d'uu artiste. II ajouta foi a ces paroles et quitta la peinture. Si a de longs intervalles , ses mains avaient repris la palette, c'etait pour faire diversion a son travail habituel, et uniqueinent comme une occupation se- condaire ; car en peignant , il etait domine par la funeste persuasion qu'ilne produirait qu'un mauvais ouvrage. Comme dessinateur paysagistc , Constantin a droit a la consideration des appreciateurs de I'arl. En effet les travaux qu'il a produits sont recom- mandables par la variete, de bons partis de lumi^re, une grande richesse d' imagination. Le feuille de de ses arbres est tantot grandement masse , tantot spirituellement indique. Beaucoup de sentiment les anime. Tels sont les principaux litres que pr6- sentent les ouvragos du maitre, a I'estime uni- verselle. Cependant la critique doit faire ici re- marquer qu'il n'indiquait pas suffisamment I'espece particuli^re , ni meme le cararactere general des arbres qu'il representait. Entraine par la vivacity de son imagination et surtout par les soins donnas aux effets , il negligea quelquefois cette partie de I'art, essentielle pour le paysagiste. Nous Tavons vu dans son atelier, apres qu'il eiit renonc^ a 1 exploration des champs, copier compraisammeut -- lOS — une bianclie de i^eiiexrier, coiw t'iiv d'uccidenls. Les Etudes de cette hranche , variees a rintini, lui plaisaient a tel point, qu'il pr^ferait s'en servir , oomme aulant de types , propres a la represen- tation de troncs d'ormes et de chines, plutot que de recourir aux etudes des memes ai'bres qui se trouvaient en abondance dans ses porlefeuilles. II est facile de reconnaitre cette branche dans un grand nombre de dessins. Un tel mode d' appli- cation d' etudes d'apres nature, est une laute grave dans un art d' imitation. La critique doit dire aussi que les fabriques et monuments places dans ses ouvrages , sont rarement d' aplomb. Voila la part de blame. Voici celle de I'^loge. Parmi ses nombi-eux dessins , il en est qui sont dignes d' admiration. M. le chevalier Alexandre de TEstang-Parade, amateur d'un goiit aussi siir queclaire, possMe une suite de morceaux de choix , executes par Constantin. II serait impossible de les tons enumerer' ici; mais quatre d'entre eux, meritent particuli^- rement d'etre signales. Le premier est une vue du Tibre , prise aux environs de Rome. Les eaux du fleuve qui coulent tranquillement , vont baigner des rochers tallies a pic, occupant prescpie toute I'etendue du second plan. La transparence des eaux nodoil psis echappei ~ 109 - a I'oeil (Ic I'observateiir. Quelqiips habilalioiis agrestes garnissetit le flanc caverneux de la roclie. Tout respire la fraiclieiir et le mystere, dans eo morceau delicieiix. Les arhres qui bordenl le lleuve, ajoutent encore a la beaute du paysage. C'est la vraie expression de la nature, ou plut6t c'est la nature transportee sur un petit espace. Dans le second, apparait le colisee, symbole de la grandeur decline. L' impression que produit la vue de ces vestiges, est de toute autre nature. Un sujel pared exigeait I'emploi de moyens differents d' exe- cution. Aussi la knni^re y est-ellesplendidement dis- tribuee et la fierte du pinceau autant que de la plume, egale-t-elle la fierte des luines representees. La verite y est si bien rendue, ((ue 1 art disparait pour faire place a 1' illusion. Les yeux croient vou' le colisee meme. On est d abord frappe de la ma- niere dont I'art a su rendre le caractere dominateur de Rome et avec quelle energie il s'en est rendu r expression. En contemptant la grandeur romaine, rednite a cetetat, I'^me est vivemeiTt emue. Les reflexions se pressent et arrivent en fonle a la pensee. L' artiste obtient aussi sa^ij)arl d'admiratioii . car c'est lui qui a cree le prestige. (Test lui qui a reveille de graves souveniis. Ces deux dessins appartiennent a la premiere des, manieros d\\ maitre, desquelles nous parlerons plus lai'd. — t 10 — Une \iie (i(^ la tivi^ie de I Arc, prise pr^s dii chatean de la Pioline, aiix environs d'Aix, fait le siijet du Iroisienie dessin; Le eours du torrent, arr^te par une digue en pierre , forme en cet en- droit un petit lac dans leqiiel les arbres des deux rives sont retletes. Au fond du paysage s'^l^ve le mont Sainte-Victoire. Constantin a fait valoiravec habilete , ce qui augmentait I'eflet, et sacrifi^ ce qui y aurait port6 atteinte. Aussi le site , naturel- leraenl pittoresque , est-il nioins piquant que le dessin. Bien qu'il soit fait a Aix , ce morceau tient a la premiere maniere de Constantin. Le quatrieme, d'une dimension moindre que les precedents , pent justement passer pour une des belles productions du maitre. Sur le premier plan , deux figures dont I' une assise sur le sol et 1' autre debout , conversent ensemble. Plus loin paralt le murM'un pare d'oii selancent des arbres de haute futaie et quelques arbustes. A gauche et en dehors du mur , un patre conduit des vaches devant lui. Dans le fondestune elevation couronnee d'arbres dont les branches d^tachees sur le ciel , produisent un effet des plus piquants. Ce dessin fait dun seu I jet, dans un moment de verve, petille d'esprit. C'est un morceau ravissant. M. de I'Estang-Parade nous a raconte que MM. de Forbin et Granet se trouvant un jour chez lui, I'aspect resplendissant Br6mond. U est aujourd'hui en la possession de M. Gabriel, con- seiller de prefecture, un des appr6ciateurs les plus 6clalr6s des bf;ni\ arts , tpip possMe Marspillp , et doni l'urhanil) J <• me vuutre. (G) VimliiMlif, (7) Soniineil (h) lis r()ri(l;ii<'iil. — l^.) — Sentie deja la maiipararlo( i). liOii mestre, va fooul dire, en leissant tout badie {'i) Lou galini^ Fet una fiero taloiinado! Apres cent viro-voouto arribo lou bregand ; Imple (3) I'ajoucadou (4) et d 'espaime (5) et de sang. As proun canta beou gau ! Cathariiio endourrnido A ta voix doou nialin si r^villara plus 1 Touto la poulaillo agounido , Tournbo coumo la grelo ou coiimo leis penis (6) Qiiand I'aubre es espooussa. Low bourreou ges n'oublido. Capouns, poulos , j.oulas (7) va ineuo tout darret (8) Vous n'en laguet iin moiirtalagi 1 Apres s'implel lou pies (9} Ion resto va leisset. Qu't^spetacle , giand Dion , quand la |onr pareissct ! Que If no soou de moueils/ Esifraya d'oon oarnugi Lousouleou plen d'hourronr varet ( 10) per s'entouinar ( 1 i). Lou bastidan troubet de reconrs qua renar (12) Contro seis gens , lou cbin , es pas miracle Ah ! raoondich aniniau , que deouniou fusillar , Perqud japaves pas en pan d'avant lou cbaple? — Et vous atou ( i3) pcrqud pas faiouillar ;' Se vous mestre el rentier, se vous quaco regardo , Senso aver ben clava, vous rourbas , v'endourmes ; Voult^s que iou , que I'ai ges ( i4) d'iuleres , lou , simple ran , per ren mount i la garde ? Queprengui (i5)Ucivequo (i6j Ah! sioupastant matras ((7) Mi couqni ( 1 8) voulouulier , coumo vous , quand siou hs. (1) Le mal alTieux coiilre lequel aucune prteaulioii n'avait 6lu leon Que vous esten dessus , iou my trouvant dessoulo Enca (i) beu luen de vous, es clar que Iou lapoun , St: n'en fau, coumo dias, poout pas iiiountar amoun , L'aiguo en rayant en has I'embaro (2 ) dins »a routo , Vous la brutariou (3) pas. — Mi la brutes li diou ; Et pi ei de boueno part ai sachu que contro iou , N'as dit tant qu'as vougu I'an passat. — Ab ! pecair^ ! I/an passat ? Eri (4) encaro oou ventre de ina maire , Teli (5) enca , respoundet I'iunocent aniniau. — S'es pas tu, dis Iou loup, foout que si^gu^ (6) tooun fraire — N'ai pas ges (7) — M'es tout un es qu'aucun de I'houstau, M'espargnas pas gaire. Gens tit bestis aqiii (8) mi voules touteis man. M'es esta dich , aro (9) foout que mi vengi. Lou loup , aqui dessus , oou found de la fourest ; Lou pouerto et piei Iou mangeo. Ab ! mi diou, quand li pensi, Qu'eme leis grands fa mau ayer prouc^s. {\) Kncor (2) L'entraine. (3) Jeiie vouslasaliraispas. (4)J'(5tais (5)Je I6te. (6) Que CO soil. (7) N'ai pas ges : je n'en ai point. (8) La (9) A present. — 159 — EN PROVERBES PROVENQAUX , Par M. d' ASTROS, d.-m. ( r.e cliscours en proverbes proveiigauK, lu daus la s6anco puhliiim du 8 juin 1844, ful piecud(i des reflexions suivanles de I'auleui ) « On a (lit, avec raison, des proverbes, quils etaient la morale des peuples ; c est suilout vrai des proverbes proven^aux; on decouvre, dans le plus grand nombre, un sens profond ; les uns renfeiment des regies de conduite tres-sages, d'autres appren- nent a connaitre les hommes , et , il en est lei, qui par le piquant de son trait, ne le cMe pas aux pen- sees les plus ingenieuses de Labruyere. La langue provengale se meurt , il est vrai , mais son genie ne mourra pas , on le retrouvera toujours dans ses ada- ges populaires. (( Le discours que je vais avoir riionneui" de vous lire date de pres de trente ans , il a souvent egaye quelques cercles d'amis, peut-etre, a-t-il dti son — i:5o - succesaleur extreino indulgence. Quoi quil en soil, comme ce n'est au foil qu'un badinage, je ne I'avais jamais cru digne d'une asseniblee pareille a celle de ce jour. Aussi , sans le respect que j'ai pour le senti- ment de I'Academie, jamais n'aurai-je ose vous le donner. J'ai cede, non sans crainte, a une demande unanime et pressanle qu' explique, j'allais dire qu'ex- cuse, I'amour que nous avons pour I'idiome du pays. <( Si cette lecture peut avoir aujourd'hui son uti- lite, c'est sans doute que, placee enlre les discours j-emarquables que nous venous d' entendre et les morceaux interessanls qui vontsuivre, elle pourra distraire m\ momeul les esprits absorbes dans le se- rieux des sujets. « Cette oeuvre, (|ui , dans sou execution, va se montrer a vous comme une dilticulte vaincue; n'a et6 composee qu'avec des phrases des long-temps toute faites, prises ga et la, parmi les proverbes connus et fournis par la memoire. Le choix du sujet a trailer une fois fait , le sens qu'ils renfcrmaient y a determine leur place, a 1' exception de quelques mots strangers , imposes par la necessite , pour ser- vir de liaison, ils ne forment abolumcnt qu'un en- semble presque homogt^ne a Sa brievet^ fera peut-6tre sa fortune. Heureux serai-je, si, duranl sou debit , quel(|u'auditeur im- patient ne me dit , a part soi , avec Scudery : Voifs voulefi lions asmssiner de ro.s proverbes? » S' — 131 — Lou trooup tard oou labourayi es la ruino doou meinagi. Aqueleis paraulos sount ti- rades dels prepaus dels aiiciens que par- lavount coummo sant Pan erne la bouquo duberto. Meis Freros , .4 tout peccadov inisericordi ; fuoid qu'un bouen mouvieii; la fc suiiro I'atno — Acjiii dessus vous eiidourmires se vous altend^s oou luounde ; (juu nause qu'uno canipano u'ause qu iiii son. Prenes I'evangilo (v'ount'esciits I'vabarljos caillounl) etl'y veires : (jue la fe sei^so leis obros es uno fe mouerto. En effet, quu voout un Ijouen bueoure Ibout que si iou prengue. Lou salut es noueslro preniiero affaire; et se voulen pas un jour jitar Iou nianclie apr^s la destrau , Ty deven trabailliar d'houro. La niatinado fala journado. Tales iou sujel de mouu discours. Pei' aver de boueno aiiiuo loout anar a la boueiio foueiil ; — i:52 — cs per aco qiriniplouraroin lois liiinioros dooii Sant- Esprit. Et coiunnio jamai saiisso n'a gasla pei , dircs encare enio iou : Ai^e Maria. Imilespas, meis freros , la mouiihe doou pour- qiiier, que qiiand \bn Iou souer s'enlreino. Lou tern perdu si poout pas recouvrar ; quu fa pas quand poout, fa pas quand voout. Pan de vieillesso si deou pastar en jouinesso. Esperes pas que vous agounf roouba Tai per far la pouerto novo; es juslamen fairc venir apr^s la mouert Iou medecin, ou lamous- taido apres dinar. Jamai ieis darnier n'an gagna leis joyos. Etsant Sylvestre , mi dir<^s? Sant Sylvestre? Se courresse pas leou I'y poudie plus estre. Voudrias esse a Diou et ou mounde , I'ai de dous mestres la ([uoue li pelo. Lou mounde n'es que lacqs el lequos; tout ce que luse n'es pas d'or. A quienze ans Iou dia- ble ^ro beou, et quand pousquet plus far de mau si faguet ermito ; quand leis pouercs sount sadouls leis cerieos sount amaros. Va diou a tu fillo entende vo tu nouero. Ce que Iou beguin adus Iou suari v'em- pouerto. Talo vido talo mouert, quu es na pounchu poout pas mourir carra. Mi dires , meis fr6ros , que foout pas tuar tout ce qu'esgras; que I'y a tern per lout. Vous respoun- drai que foout battre Iou ferre quand escau. Ajustas qu'es escril (|uu deou pourta Iou bast , (pic n'es — 133 - doou salul coummu deis niariagis ; ijue qaiid suuiit accourdas dins lou ciele en leiro s'accouiiiplissounl, ot qu'ooii lesto , en quu Diou vooul bensalruiol'a de cadeous. Es proiin vrai ; mai , quand I y a de Diou? Une dindouletle fa pas lou piinteiu. Diou dis ooussi : ajudo-ti iou t'ajudarai. — Foout que joui- nessu passe; lou sen es goi von lou darnier; erne lou teni leis nespos simaduiounl. — Meis fVeros, quu compto avant Ihoste compto doui les. L'honimepro- poso et Diou disposo ; hui s'assiani , denian s'assiain |)ius. l.a niouor regardo degun et foout qu'un cooup pertuarun souisse. Esensinqu'eis pus fins leis braios I'y loumljount, et, es oou d^basta de Tai que si cou- iioui la niacaduro. Per ben finir foout ben coumniengai', et es surtoul dins laffaire doou saint que foout la countuigni , aqui f^s n'en cent raanquas n en uno aves ren fa. Per un point Martin perdet soun ase. Quu b^n fara ben trouvara , et ben rira quu rira lou darnier. Aquesto vido n' es qu'un passagi , un jour si6gu6 I'aoutre , et goutto a goutlo si vegeo la bouto. Se mangeas voueste pan blanc premier , se vous gardas pas une pero per la se , seres a la fin pus en fatiguo qu'un courdounnier qu'a qu uno four- ino on (jue lou bourreou quand voout faire seis pas- quos. L'y a ren de pu mal aisa a escourtega que la — I.Ti — ifiioue, es omi t'ouii qu(> soiui( \ok especis, el qiui ooiiia begu lou viii foiina que bugiie leis oscourillos. Ootires bello alors ciidar : ooii serntirs ! nou secours ! oonres lou secours de Piso, Ires jours apres la ba- laillo. Siou pas , meis IVeros . d'aqueleis gens que trou- barien d'oues en un leou. Leis roucas sount dus per- tout n'en counveni , sabi que I'y a pertout sa leguo de marri camin ; qu oou peyroou dels doulours toui r aven nouest' escudello , et cadun soout ce que bouille dins soun oulo. Oou ben! oou mounde I'yagesde soulas que noun siegue segui dun helas ! Apres tr^s jours Ton s'ennuio de fremos, d'hostes et de pluio , mai ooumen apr^s la pluio ven lou beou tem , et fre- nio mouerto capeou noou ; quu a patiengo a paradis. Ly a r^n senso peiio, et bouen dret raeme a besoun d'ajudo. Fes vous d'aniis en fen de ben els paures : rooumouerno a janiai apauii degun. Et puis cooup d'argent n es pas oooup de mouert. Argent fa tout ben (aire passo tout. Lou b^n s'en vai etla vertu resto. Per countrari qu'es que vesen? Cadun eici precho per seis biassos ; lou gras soout pas deque viout lou maigre. Quu a ben dina cres leis autres sadouls. Ses generous ves de ce qu'es pas siou , delapaslo do moun coupaire grosso poumpoamoun filliooii. Es pas loM loiil , senso si souvenir qu'onrguil — i:<5 — etgraisso Diou I'abaisso n'en voul^s mai saclier que mestre Moiichoii; qiiaiul y'aves a la testo v'aves pas eis pes, cadiin si foiiitto a sa modo , cade jardinipv lauso seis poueiris; I'y a poiierris etpouenis; ooii jue et oou vin Thomnie si rende coiiquin ; leis enfans picliouns fant foulegear mai quand sonnt grands faiit eniabiar; leisfiihos. que vous dirai '' quu filhos gardo et pouercs meno (parlaiit senso respect) a pronn penn, leist'reinos coumrao leis carrelosse noun sount voun- ehos sount renarelos ; d'ounte deourid venir la clarta yen la soui'niero ; se sias mascara va sias (pie pei' de carbonnieis; se recebes de man es que deis vouestres; I'^s de ben a Bertrand I.ou trooup es trooup ; d'aboundanci de couar ma bouquo parlo, quu es rougnous que si gratte. M'arresli, meis freros, parce que toutos leis Veritas sount pas beu dichos , et oou mai va boulegas oou mai sente ; d'aillur , leis parau- los longuos fant leis jours courts , et puis commo si dis : es perdre soun sermouii que de prechar en de sourds. Ensin , senso sarquar miejour a quatorze houros, finirai en vous disen : quu ben mangeo et b^nbueou fague tamben ce que si dueou Oou partir d'aqui, meis freros, ce que si (^oui pas per n'aulres leissen vorabinar; quu a seis f'nados rpie leis d^bane , iou siou d'Oourueoii Adioussias. ET DU MODE A SUIVRE POUR EN METTRE LA CULTURE PLUS EN RAPPORT AVEC L ECONOMIE RURALE DANS LE DEPARTEMENT DES BOUCHES-DU-RHONR , Par M. P. deBEC, Directeur ile la Fernie-mofl^Ie ties Bouches-du-Rhiine. A r^poque ou nous vivons, places comme nous le sommes, sous l' influence d'habitudes et de con- currences qui font journellement augmenter le prix de la main-d'oeuvre, nous pouvons etablir comme principe general, applicable a 1' ensemble de notre agriculture : que si nous voulons que les produits agricoles paient les avances qu'ils necessitent, sol- 11 — 138 — (lent le cultivateur etlui donnent les moyens d'ac- ((uitter la valeur de la rente due au maitre , comme interetde ses capitaux engages dans I'exploitation ruraie , il faut que nous nous renfermions dans des condilions rigoureuses d'^conomie. La solution de ce probltMiie n' est pas sans difficuiles. Cependant nous disons que cette economie , desirable dans les moyens, est la seule voie qui permette d'esperer et d'atteindre un benefice toutes les fois que les profits qu'on attend sont plus sujets a courir des chances d' incertitude, parceque les produitsdont dependent ces benefices peuvent ^tre de leur nature plus va- riables dans leur valeur intrins^que, plus abondants et souvent trop abondants relativement aux besoins, plus subordonnes aux fluctuations coninierciales , . plus entoures d'entraves dans leur circulation ou leur libre emploi. Certainement le vin se classe au premier rang dans ces sortes de produits : aussi le voyons-nous ne pas toujours solder avec benefice les travanx exiges pour le soin de la vigne. Dans ces derniers temps , les vignobles se sont considerablement accrus au detriment des cereales dont les terres ont ete restreintes ; des charges enormes pesent sur les produits de la vigne , et souvent la fraude se mele a I'industrie pour en alt^rer les qualites. Ces trois causes reunies ont avili le prix desvins, annee commune, a tel point que cette branche importante de Tart agricole, autrefois — 139 — si lucrative pour le sol du midi de la France , y esl devenue plus d'une fois pour le cultivateur , un objel de regret, de souffrance, de delresse. C'est done particulierement a la culture de la vigne que nous devons faire 1' application du principe d'econo- mie rurale que nous venons d'enoncer comme une necessite. Aussi, disons-nous a tout agriculteur, par- ticulierement au vigneron du midi , an vigneron place dans des conditions semblables a celui des Bouches-du-Rhone : que pour maintenir I'equi- libre dans la balance des depenses et des produits , surtout pour la faire penclier en benefice, il ne lui reste que le moyen de reduire sa culture a la plus simple expression de moyens pour I'obtenir au raeilleur marche possible. Toute autre voie lui est fermee, interdite, impossible. Peut-on a volont6 cr^er 6conomie dans la culture de la vigne, sans nuire a son rapport? Lorsque le viguoble a deja ete etabli, et qu'il ne la point ete dans cette prevision d' economic ; 1' Economic que nous voulons signaler est impraticable. C'est dans le mode de plantation adopte, c'est dans la disposi- tion generale qui preside a la division de la plan- tation, que se trouve seulement la possibilite d'ar- river au bon marche dans la culture de la vigne. Car, en definitive, cette economic se trouvera dans la reduction de la culture a bras, et dans I'emploi bien ordonn^ des instruments aratoires perfec- — 140 — fionnes ; ce qui n'est pas une dconomie de peu d'im- portance dans une grande exploitation. Sans doute cette necessity do produire a bon marche est d^sir6e de tout agriculteur ; mais I'appli- cation du principe est encore aussi rare dans notre departement qu'en dehors. Aussi , peut-on dire qu'a cet egard on en est encore a la theorie. Rien en efTet n'a encore ete determine avec assez de precision sur cette economic desirable : aucune base bien sure ne semble avoir 6ie posee comme point de depart; aucune route certaine n'a ete ouverte devant le cultivateur vigneron , qui a besoin , comme tout agriculteur , d'imiter pour se convaincre et pour marcher vite. Quelquefois seulement on nous a propose de quitter nos habitudes de plantation , pour adopter celles.de nos voisins places en-dela du Rhone; etquelqueslocalites, oil I'analogie des terres a quelque ressemblance avec les terrains du Lan- guedoc, offrent des exemples de cette imitation. Mais cette imitation convient-elle a notre sol? Peut-elle y devenir generale? Examinons cette question. Nous en trouverons la solution dans les considerations qui vont suivre. Avant d'aller plus loin, j'expose ici lemode de plantation qu' on nous propose pour module, et j'indique les soins indis- pensables qui en sont la cons6quence. Je ne m'arr^te point a parler du moyen expedilif do plantation cpii consiste a placer les ceps dans le — 141 — sol adistanco voiilue, a I' aide seulement dun pieu pour faire le trou , et sans autre preparation du terrain. Cette methode que nous avons entendu proner, fut-elle excellente partout ailleurs, serait derisoire pour nous. Je I'ai fait essayer , etie resultat a ete la necessite d'en venir a un defoncement subsequent pour sauver une partie des plants , les autres n'ayant pas tarde a perir et par la secheresse et par les plantes vivaces parasites. Dans les vignobles du Languedoc, dans I'Herault, par exemple , pour obtenir une plantation de vignes bien faite , on defonce le terrain , soit a la pioche , soit a la charrue a Oâ„¢ 50° de profondcur ; on donne ensuite un on deux labours sur ce gueret, poui' parfaitcnoent egaliser la terre ; enfin avec un rayon- neur , approprie a la force dun homme , et portant des socs mobiles , on trace des raies a distances de- terminees pour espacer les plants entr'eux. Quand le champ a ete rayonn^ dans un sens , on le rayonne a angles droits dans un autre , et Ton plante le sar- menl , au moyen dun pieu , partout ou les lignes se croisenl. En general on place ainsi les ceps a 1 "° GC^ en carre, ou a 2â„¢ 50*^ dans un sens , et 0"^ 75*= dans r autre. La difTerence des distances est calculee sur la bonte du terrain , et elles deviennent moindres a mesure qu'il est reconnu plus riche, car dans cette partie du midi les vignes out envahi les sols les plus feconds. — 142 — En parlant de 1' ensemble ties cultures necessaires pour i'entretien, nous ne liendrons pas comple ici des divers soins qu'on donne a la vigne selon les diverses localit^s. Nous nous arr^terons a des consi- derations de gen^ralite. On pent dire qu'il est indis- pensable de la labourer deux fois et de lui donner une culture a la pioche. Dans les vignobles plantes selon la methode que nous examinons , la premiere raie se fait avant la pousse; alors on laboure d abord dans un sens des intervalles, et iramediatement quand le champ est fini , on le laboure dans 1' autre sens , afin de cultiver toutes les places laiss^es dans* la premiere oeuvre sans fagon. On r^duit ainsi le travail de la pioche a la moindre surface possible. II ne reste en effet pour la culture a bras que la place occupee par 1' extension de la vigne, et qu'on pent estimer en maximum a un carre de 0â„¢ 50'' de c6t6. La seconde raie se donne quand la vigne a pousse ses feuilles; cette fois on ne laboure que dans un sens pour 6viter tout dom- mage. Tel serait done le modele de plantation et de culture pour la vigne. Sommes-nous dans des condi- tions fonci^res qui nous permettent de l' adopter? On pent 6tablir que la masse de nos terrains , consa- cr^s a la vigne , n'a au contraire aucune similitude avec ceux des vignobles du Languedoc. Les terres y sont en general caillouteuses et m^lang^es d'argile — U3 - el de maine partoul permeables aux racines , et lia- bituellement placees en plaine. Les notres sont beaucoup plus accidentees; elles posent sur des roches calcaires le plus souvent tres dures et a petite distance de la surface. Cette disposition, en changeant lordre et la composition du sol, change aussi necessairement les moyens et Tindustrie. Pour nous , le defoncement a plein est impraticable ou ruineux. Le defoncement a la charrue se borne a remuer la superficie de la terre arable ; la pioche seule pent avec avantage attaquer et produire un gueret profond. Nous ne pouvons done pas aller chercher au-dela du Rhone une imitation qui , sous ce premier rapport , ne nous convient pas. Mais admettons ce genre de plantation possible ; nous apporterait-il toute 1' economic desiree dans la suite , et dans I'ordre des cultures d'entretien? Nous voyons d'abord que le premier lajjour entraine une perte considerable de temps, puisque pour remuer les petits intervalles laisses , il faut recommencer I'oeuvre dans sonentiereten sens contraire. Outre le surcroit de depenses , il y a ici grand et grave incon- venient de culture si la tcrre est molle , il y a encore inconvenient si le labour est bien execute, comme le ferait la charrue perfection nee. Dans le premier cas, on durcit le sol , ce qui ne convient point a notre climat ; dans le second , la premiere raie aura parfaitement retourne le terrain . enfoui les herl)es — 141 — et extirp6 les mauvaises raciries ; la seconde raie immediate , qui vient croiser la premiere , d^fait tout ce bon travail ; elle remet les herbes encore vivantes a la lumiere , elle enfouit de nouveau les racines vivaces. En second lieu , apr^s le labour , il faut en venir a I'oeuvre de la pioche pour le pied du cep. Ces ceps etant eloignes les uns des autres , et etant separ^s par un intervalle laboure , il y a ne- cessite que le vigneron se relive pour changer de place , ce qui occasionne une autre perte de temps , qui souvent rep^tee fait une somme considerable, si Ton tient un compte exact. Or, touteslcs fois qu'il est possible de constater des pertes de temps appre- ciables et des travaux en surcharge, il n'y a pas toute I'econumiea laquelleon pent desirer d'attein- dre. Cette observation pent n'6tre pas d'une grande importance dans un pays ou la main-d'oeuvre est d'un tiers moins ch^re que dans le notre ; mais pour nous, moins bien places, elle est d'une consideration majeure. On dira que T economic se trouve en ce qu'on obtient sur une surface moindre , des produits que nous ne recueillons que sur des surfaces beau- coup plus grandes, et par consequent, exigeantune plus forte somme de travaux. Pour trouver 6galite de benefices sur un terrain egal en surface, il fau- drait en changeant nos pratiques pour celles de nos voisins, transformer aussi la nature de noire sol, ou abandonner a la vigne des fonds de terre riches que — 145 — nous r^servonsauxc^r^ales. Nous pourrions en cela ne pas trouver un profit pour notre agriculture : nous laisserons done a d'autres pays les habitudes qui sont mieux appropriees a leur sol qu'au ndtre. Resterons-nous dans nos anciennes pratiques? Pour adopter comme pourrepousserune culture, il est necessaire de se rendre conipte des raisons d^- terminantes. Apr^s I'exaraen que nous venons de faire des methodes qu'on nous propose, il nous reste a voir ce que sont nos plantations de vignes selon nos habitudes. Nous arriverons ensuite aux conclu- sions que nous nous proposons. Nous planlons la vigne en lignes : nous espagoiis ces lignes par des intervalles que les localites font plus ou moins larges, et ces intervalles nousdonnent des recoltes diverses et des arbres a fruits dun ex- cellent produit. Dans ce sysleme on obtient du sol un maximum en rendements en diverses esp^ces. Les d^tracteurs de nos habitudes meridionales ne consi- derant notre agriculture qu'avec des yeux Stran- gers et des idees qui out ete prises en dehors des necessites locales qui nous dominent, ne font pas assez la part de cetle variete de produits, et se h^- tent trop de conclure par un blame qui s' applique a tort, parce qu'ils n'ont regarde qu'un seul des pro- duits, et lui ont fait porter toutes les charges du sol, qui pour nous sont supportees par trois ou quatre re- coltes qui sesuc^edentet s'obtiennent avec la meme — I'tG - culture. Aussi pourrions-noussoutenu" avec quelque verite, que la vigne, dans noire systeme de plan- tation ne coute que les soins de la taille, de la cul- ture a bras des ceps et les frais de vendange : mais laissant ces considerations a part, nous ne nous oc- cuperons que de la vigne seule,-comme on la Irouve assez sou vent dans 1' exploitation de nos fermes de moyenne et de grande culture. Les lignes des vignes sont ordinairement plantees sur deux ou sur trois rangs de ceps, et quelquefois sur quatre. Les ceps sont espaces d'un metre de I'un a I'autre, c'est-a-dire que chaque m^tre carre de terrain nourrit un plant. Cette disposition nous d6- raontred'abord que les frais de la culture a bras sont ^normes, puisque chaque cep oblige de remuer au moyen seul de la pioche un mfetre carr6 de terre. En second lieu, 1' inspection des plants nous prouve d'une mani^re concluante I'impossibilite de planter le terrain a plein, car les vignes du rang du milieu dans les vignes a trois rangs de ceps, sont toujours inferieures a celles des cotes. Outre ces defauts, le mode ancien de nos plantations otTre encore de grandes d6fectuosit6s dans T execution des labours donnes , dans les intervalles des lignes avec nos vieilles charrues. En effet, avec ces instruments tr^s imparfaits pour obtenir un travail qui ait une appa- rence moins mauvaise, il faut croiser les raies a oha{|ueoeuvro diiFerente. Mais, pour peu que ces in- — 117 — tervalles soient r^trecis, cc csoisemenl de mil effet n'est plus dans son execution qu'une pertede temps tr6s peu profitable. Aussi en est-il de ces considerations qui sont 1' ex- pression vraie de notre mani^re de planter les vi- gnes, que le plus souvent la vigne entre les mains d'un colon partiaire deperit rapidement, parcequ'il se refuse a la d^pense de la culture a bras, seul moyen de soutenir 1' existence de la plantation, et qui I'accable dans les annees de faibles produits on de mauvaise vente. Examine sous ce point de vue, il semble que nous n'aurions pas a hesiter a abandonncr ce mode da plantation, si dans la disposition qu'on lui donne, et la division qu'on en pent faire, nous ne reconnais- sions pas deux grands avantages : 1 ° Economic dans les frais de plantation ; 2° Conservation du sol. - Nous avons dit qu'il serait ruineux de d6foncer la totalite de notre sol, pour etablirune vigne plant6e en plein. Nous pouvons ajouter que le plus souvent ce serait impraticable. La plantation en ligne au contraire n'exige que de percer le terrain par in- tervalles, et les racines des ceps une fois etablies dans la couche inferieure ou sous sol, la vigne pros- p^re admirablement, acquiert une vigueur remar- quable, s'y maintient malgr6 la secheresse, y vit de longues annees : voila ce qui en est pour \'6co- — I'lS — noinie de la plantation, ct los bons etlets qu on en obticnt. Voyons ce que nous entendons par conser- vation du sol. La generalite de nos vignes occupe des coteaux ou des terrains plus ou moins en pente. Quelque faible que soit cette inclinaison du sol, si la charrue y trace une raie du haut dans le bas elle ouvre une issue aux eaux pluviales et une voie par laquelle une portion de la terre , et la meilleure , va s'e- chapper au profit des proprietcs inferieures. Les vignes plantees en lignes peuvent emp6cher cette ruine.-du sol. La dispositiou et la direction des li- gnes ^tant sagement calculees en sens inverse de I'inclinaison naturellc du terrain, on arrive a main- tenir sa conservation en place; chaque rang de vignes eSt un repos pour les eaux pluviales et le labour fait dans un sens prejudiciable est interdit et empeche a tout jamais. Nous arrivons done a conclure. D'une part, que des raisonstirees des dispositions des localites etdu sol ne nous permettent pas d'a- dopter les pratiques de nos voisins. D'une autre part, que des motifs de convenances nous font regarder comme utiles nos pratiques fon- dles sur les exigences de la necessite. Etquede part et d' autre, des obligations d' eco- nomic nous portent a planter la vigne en ligne. Que nous reste-t-il done a fairc a nous vigrierons — 149 — de cette partie du midi, ou la culture a toutes les en- traves de la cherte ? Nous aurons seulement a mo- difier uos usages. En conservant le mode et la dis- position de nos plantations de vignes en general comme bons en eux-memes, nous devons substituer a leur defectuosite de culture un ordre qui puisse reduire le coiit de la main-d'ceuvre a la moindre ex- pression , soil en plantant dans un systems mieux etudie, soit en nous servant uniquement des instru- ments aratoires perfectionnes. Dans ce but nous proposons comme moyen la pra- tique nouvelle, et qui doit enti^rement remplacer lancienne, de [aire les plantations de vignes enligne nayant qu'un seul rang de ceps. On ne gardera I'u- sage des rangs doubles ou triples que pour servir de bordure a un champ, place ou le rang simple serait expose a trop d'avaries de la part dun voisin entreprenant ou du contact etranger. Nous ne proposons ici que ce que l' experience nousademontre comme un avantage infiniment ap- preciable. L'homme attache a ses usages , comme Test tout agriculteur trop retreci dans le cercle de ses idees, objectera, pour repousser 1' innovation, que le terrain n' aura pasassezde plants, que les vents attaqueront avec plus de pertes les plants isoles. La premiere objection n'a point de valeur, parce que sur les lignes a un seul rang, on plante les ceps a la distance do O'" .'iO*^ ou 0"^ 60'^ I'nn de I'autre, — l.")0 - et que par consequent la in6me surface nourrit aulant de vignes que si les rangs ctaient dou- bles. Quant a 1' objection de I'aclion des vents, elle est plus specieuse que \raie. Les grands vents ne desolent les vignes qua I'epoque oil les pousjes sont encore tendres. Dans ce moment de la vege- tation, quelques nombreuses et rapprochees qu'elles fussent, elles ne sauraient se defendre de leur ac- tion d^sastreuse. Plus tard, quand les bourgeons se sont fortifies, la ligne seule se defend aussi bien et peut-etre mieux que les rangs doubles, parce que les ceps etant plus rapproches se pr^tent un appui. Lavigne, plantee ainsi en un seul rang, donneala charrue la facilite de cultiver a peu pres jusqu'au pied du ceps, surtout si Ton a le soin d'atteler les b^tesdetiragel'unedevantrautre. II ne reste sur toute la ligne que I'espace etroit de 0"^ 50" a cultiver a la pioche; ce qui s'opfere d'autant plus rapidement que le cultivateur vigneron ne se derange pas et va toujours en avant. Le benefice de cette raaniere de cultiver s'obtient dans tout son effetavec I'emploie de la charrue perfectionnee, parce qu'avec cet ins- trument seul on pent creuser et completement re- tourner le sol dans toute I'etendue de I'intervalle des Hgnes ; parce qu'avec cet instrument seul on est dispense de croiser les labours, toute la couclie arable etant toujours etpartout egalement at(aqu<§e. Avoir signale cette facjon de planter la vigne doit - 151 - suffire a toute intelligence agricole, qui comprend toute r importance des travaux promptement exe- cutes et bien faits. Ce mode de plantation est si simple qu'il ne pent que reussir toutes les fois qu'on voudra se convaincre de son utilite pour ramener la culture de la vigne aux moindres frais possibles. En effet, et c'esl par la que nous finissons ; nous po- sons en fait, que, par ce mode, la depense de cul- ture est infiniment moiudre que par toute autre pra- tique de plantation. Car si nous resumons ce que nous avons dit, la culture de la vigne exige toujours travail des bras et travail de la charrue. Dansl'une comme dans 1' autre de ces oeuvres, dans les plan- tations en lignes sur un seul rang, il n'y a jamais ni perte de temps, ni surcharge inutile de travail, et la main-d'oeuvre des bras ne reste charg^e pour chaque ceps que d'un quart de metre carr6 de terre a remuer. Nous souvenant de ce que nous avons etabli par les faits sur 1' exigence des modes de plantation de vignes tant en plein (comme en Languedoc), qu'en lignes sur plusieurs rangs selon nos anciens usages, revenant ensuite au principe pose, qu'il y a neces- site, dans I'etat actuel des clioses, d'obtenir les pro- duits agricoles dune exploitation rurale, aumeilleur marche possible; nous concluons que la culture de la vigne en ligne unique d'un seul rang de ceps ^tant — 152 — celle qui apporte seule I'economie desirable, est aussi celle qu'il nous est le plus avantageux d'a- dopter. I HISTORIQUES ET CRITIQUES SUR aUELQUES ARTISTES PROVENQAUX OU QUI FLEURIRENT EN PROVENCE , M. J. - F. PORTE. Une triste experience demontre que trop souvent des hommes de g^nie ou d'un m^rite 61ev6, vivent et meurent inconnus , si le hasard les a fait naitre loin dela grande cite. Cela avait plus commuu^ment lieu encore, avant que des voies de communication eussent ^tabli des relations continuelles , entre les points les plus eloign^s. Alors combien d' artistes habiles , mais sans ambition , ne furent-ils pas priv^s de la renommee qu'ils auraient infailliblement ac- quise, s'ils eussent habits la ville dispensatrice des 12 — 154 — reputations ! Mais s'ils passerent ignores des con- temporains , les admirateurs de leurs oeuvres , qui sont arrives apr^s eux, doivent les retirer de 1' obs- curity dont ils sont enveloppes , et indiquer la place qu'ils m^ritent d'occuper dans 1' opinion. C'est ce que nous allons essayer de faire pour quelques artistes provengaux , ou qui fleurirent en Provence. Quoi- que tardif , cet hommage aura sa port6e relative- ment a 1' opinion publique. D'ailleurs les titres a la gloire ne prescrivent point. Jean DARET, peintre. M. Robert Dumenil (1) qui ne s'occupe de Daret que comme graveur a I'eau-forte, ditqu'il naquit en Provence et peut-6tre a Aix. II se trompe. Ce peintre avait regu le jour a Bruxelles ( Pays-Bas ), de Charles Daret et de Anne Junon (2). Mais il passa a Aix la majeure partie de sa vie. On reconnait au style de ses productions, qu'il avait parcouru r Italic et que les ouvi-ages des grands peintres de ce pays avaient ^16 pour lui des sujets d' etudes et de meditations. II est probable qu' en passant par Aix (1) Lepeintre graveur frangais , toni. i, page 227. (2) Ref/istres de la paroisse Sainl-Sauveur il'Ai.v — 155 — a son retour, Uaret s'arrSta dans cette ville et qu'il r^solut de s'y fixer. Plusieurs peintres avaient fait de meme avant lui , et presque tous les grands ar- tistes frangais, en quittant I'ltalie pour se rendre a la capitale, sejonrnaient plus ou moins de temps a Aix, viile opulente alors , chef-lieu d'une province, si^ge d'un parlement et d'une cour des comptes, residence des gouverneurs et de la noblesse de Provence, et dont les habitants se distingu^rent tou- jours par ieur goOt pour les arts et leur bienveillance envers les artistes de m^rite. Daret se maria a Aix , le 3 decembre 1639 , avec Madeleine Cabassol , issue d'une famille consulaire de cetle ville. Ce fut vraisemblablement alors qu'il fit construire dans la rue Cardinale , une maison situ^e entre les rues Saint-Claude et de la Monnaie (1 ). II eut deux en- fants de son mariage , Michel et Jean-Baptiste. Lun et I'autre cultivtirent la peinture et devinrent de bons artistes. Nous aurons peut-Stre 1' occasion de nous occuper ailleurs , de ces deux freres. Nous ne parlerons ici que du p^re qui leur fut sup6rieur en m^rite. Jean Daret avait attir^ de Bruxelles, une soeur, nommee Marguerite, qui se fixa aupresde lui. Ayant regu ordre de se rendre a la cour avec Bourgoin , (II M. Rou\-Alplii^ran, Recherckes historiques sur AiJC. 156 — artiste italien, pour peindrelechcUeaude Vinconnes, il tit ce voyage , accompagne de Jean - Jaaiues Clerion , jeune sculpleur , iiatif de Trets , pres d'Aix (1). De Haitze (2) nous apprend que Jean Daret avait peint Saint Jean i'6vang61iste dans I'ile dePathmos et qu'il donna ce tableau a iachapelle de r association, chez les PP. de lOratoire a Aix, pour lesquels ilavait compost beaucoupd'ouvrages. 11 decrit ainsi le blason du peinlre , peint dans ce tableau : « Au-dessous du tableau on voit les amies de Daret, qui sont ecartel^es au premier et dernier d'or , a trois lozanges de gueules , accompagndes de deux cotices en bande d'azur : au second et troisi^me , d' argent a un chevron de sinople et deux roses de gueule en chef , et un olivier en pointe , charge de trois olives d' argent ; et sur le tout, d\)r a deux coeurs de gueules , lies de sinople , qui est Daret ; et cette devise au-dessus : CONTRE FORTUNE DARET. )) Sur la fin de ses jours , il se disait peintre du Rot et de smi academie de peintuj-e et de sculpture (3). Daret mouruta Aix, le2 septembre 1 6G8. Son corps H] Le P. Bougerel, Memoiies manuscrits sur la Provence. (2) Les curiositez les plus remarqvables ile hi ville d'Aiw. page 72. (3) M. Roux-AIph6ran , Rech. hist., etc. — i:>7 — fill enseveli dans la basilicjuo Sainl-Sauveur, a I entrc^e de la nof Corpm Domini, ot son cosnr, plac6 a I'oglise des Augustins rcform6s dits des PP. de Saint-Pierre. 11 travaillait a un grand tableau de la resurrection du Christ destine a la chapel le des pe- nitents rfe I' Observance, lorsque la mort le surprit. Voila les seals details que nous avons pu recueillir sur la vie de Jean Daret. L'absence de faits et surtout de faits caract^ristiques qu'on aime a con- nattre , quand ils se rapportent a des hommes de m^rite , peut s'expliquer ici par le genre de vie qu'avait adopts cet artiste laborieux. Ses tableaux sent en nombre considerable et leur dimension est ordinairement grande , parce qu'ils 6taient destines a I'ornement des ^glises. Tout a I'art, il aimail neceS- sairement la retraite , et d^s lors I'histoire de sa vie ne saurait fournir daliments a la curiosity du lecteur. Mais du choix , du genre et de tout ce qui distingue ses compositions , de la douceur m^rae de son pinceau et de son crayon , on peut tirer sur le caract^re de Jean Daret des inductions qu'on a d^ja devin^es et qui ne sauraient 6tre fautives. On peut en induire qu'il avait un caractfere doux , simple, 6minemment l>on , que son commerce ^tait aussi agr^ablc qu'instructif, son esprit cultive, son cceur exempt de vice et ouvert au sentiment de Tamiti^; qu'il etaitpieux , (^poux parfait , excellent p^re , bon ami; qu'il etait honuue de bien. — 158 - Fauris de Saint-Vincens a cominis bien des er- reurs quand il a ^crit sur la peinture. C'esl 1' incon- venient dans lequel tombent les auteurs qui traitenl de mati^res qui leur sont etrangferes. Dans un de ses opuscules (1 ) M. de Saint-Vincens dit qiie Daret poss^dait bien le dessin et I' art d' employer les cou- leurs. Ilajoute que la plupart de ses tableaux sont des copies ou des imitations. Ce jugement, rendu par un homme qui n'etait pas comp(^tent, ne saurait nuire a la memoire du peintre , puisque les nom- breux tableaux qui restent encore de lui , attestent I'erreur d'une pareille decision. Mais il fait un veri- table tort a Fauris de Saint-Vincens , en montrant qu'il connaissait bien peu les arts du dessin sur lesquels il a plus d'une fois hasarde son opinion. Les compositions de Jean Daret sont d'une sim- plicity s^duisante et I'ordonnance des sujets est traitee avec sagesse. II faut avouer que bien des artistes de reputation , n'ont pas ces qualites. On remarque, au contraire, dans la plupart de leurs tableaux , une confusion choquante qui s'etend jus- qu'a la manifere de distribuer la lumi^re. Ce fracas d'objets, de clairs et d' ombres qu'on y rencontre souvent, fatigue I'oeil et detourne I'attention. Le grand nombre des compositions de Daret , habi- lement varices, prouventla f^condite de son ima- [i] Description des antiqtiites, wonuwens et ciiriosilet ih la villi- d'Ai.r, depnrtemmt de.f llonrhes-dn-Hli6ne — 159 - gination. Riches de siniplicite et d'harinonie, elles ne peuvent manquer de plaire quand on les exa- mine avec soin. Cette belle simplicity se retrouve dans les personnages qui n'ont rien d'oulr6, rien qui ressemble aux attitudes th^atrales ou aux poses acad^miques. Tout y est naturel, bien que quelque- fois on desirat y trouver plus de noblesse. Les drape- ries jet^es largement et avec un grand gout , d6non- cent suffisamment le nu. L' expression des t^tes de vierge est toujours suave et souvent ravissante. Elle m^rite d'etre particuli^rement remarquee. On n'y rencontre pas la severe correction de 1' art antique. Essentiellement belles quant aux traits, ces t^tes possedent les conditions que I'art chr^tien a exig^es du peintre. Elles brillent de tout I'^clat du beau id^al, non pas tel qu'on le congoit dans sa plus commune acception, c'est-a-dire la beaute physique qui, Sparse dans la nature, a et6 r^unie sur un seul corps par le ciseau des anciens et particuli^rement des Grecs. II faut entendre ici le beau ideal Chre- tien, c'est-a-dire ( quant a Marie ) 1' expression que produisent sur des traits d^ja beaux, ce que la maternite a de plus intime et de plus tendre , le coeur d'une vierge de plus pur, I'amour divin de plus 61ev6. C'estainsi qu'on a formula aujourd'hui, les regies de I'art appliqu6 au christianisme (1 ), c'est (1) Voyez M Raoul-Rochelte, Discours sur I'origine, le developpetnent et le caractere des types imitalifs qtii consliluent I'art du christianisme — IGO — ainsi qu' environ deux siecles auparavanl , Daret ies avail devin^es. Mais le g6nie qui lui inspirait si bien 1' expression voulue par Ies convenances religieuses, quanl a la M^re de Dieu, ^emblait quelquefois lui refuser son concours, pour Ies airsde tetesapparlenantaux crea- tures d'un ordre inf6rieur, a quelqiies-uns desquels on ne pent s'empecher de reprocher de la froidour dans r expression. Le dessin de Daret fut toujours correct. Ce serait a tort que des critiques pen r^flechis diraient qu'il manque de vigueur ; que I'anatomie et le sysleme musculaire n'y sont pas suffisamment accuses. Son dessin 6tait comme il devait ^tre. En d'autres ter- mes, il se trouvait en parfaite harmonic avec la na- ture de ses personnages, la simplicity des compo- sitions et la suavity du coloris. Dans la majeure partie de ses tableaux d'^glise, ies draperies, Ies fonds et Ies ciels sont peints au moyen de tons fort temp^r^s qui, non-seulement s'harmonient avec la sagesse de ses compositions, mais qui rehaussent et font valoir I'^clat des chairs. Quelquefois il outrait cette douceur de coloration dans Ies draperies, ce qui produitde la froideur dans celte partie. Au reste, on pent dire que ces cas sont rarcs. Sur beaucoup de tableaux qui m^ritent d'etre signales par leur merite , nous n'en citerons que quelques-uns. - IGl — Nous commcncerons par celui place dans logliso Sainte Marie-Madeleine, represenlanl dans la parlie sup6rieure, la Yierge assise, donnant Ic rosaire a Saint-Dominique, accompagne dune religieuse de son ordre. On y remarque les qualites dont il a 6ie parle et sur lesquelles il serait inutile de re- venir. Dans la partie inf^rieure, sont les ames du purgatoire. Les flammes fort leg^rement peintes, semblent indiquer que la douleurdes ces ^niessouf- frantes est principalement produite par le regret d'avoir ofTens^ le Dieu d' ineffable bont6. Une faute d'invraisemblance d^pare n^anmoins cette partie du tableau. II a 6t6 universellement (^tabli que, dans le peinture, les (^tres spirituels seraient representes , rev^tus de formes humaines. D'apres ce principe , ils doivent ainsi que les v^ritables corps , part ici per aux effets de la lumic^re et des ombres , sans lesquels la peinture ne saurait avoir lieu. Jusqne-la Daret est irreprochable. C'est sur le parti de lumiere adopts par le peintre , que s'exerce notre critique. L" artiste a ^claire les figures de gauche adroite. Rien ne motive cette preference, puisque la clarte entoure ces corps. Dans les arts d'imitation tout doit etre fondesurla vraisemblance. Ainsi, il fallait que ces corps, plong^s dans un ocean de flammes , regussent le jour de toute part et d'une maniere egale. lis ne devaient done projeter d' ombre d'aucun cote , mais seulement dans la partie des — 102 — cliairs opposee aux llammes, dont la direclioii est ascendante. II eut et6 plus rationuel de projeter les oinlDres de bas en haul. Dans les niagnifiques peintures, dont Annibal Garrachea orn6 le palais Farnfeze, il a ^claire de la sortc les figures et les objets places dans ses plafonds, Us sont supposes recevoir le jour par les fenetres pratiquees au-dessous. Ce parti de lumi^re produit des effels d une grande beaute. Nous convenons neanmoins que , puisque le ta- bleau de notre artiste represente deux sujets diffi^- rents, il fallait s abstenir de donner aux figures de la portion inferieure tout feffet de lumi^re qu'elles auraient pu recevoir pour ne pas nuire a I'harmonie generaleetconserver r intention de f artiste qui avait voulu exprimer une pensee , plutot que de rendre a la rigueur un effet physique. Mais toujours fallait- il adopter le parti de lumi^re signal^. Nous parlerons aussi d'un autre tableau de la mSme ^glise, dans lequel est Sainte Ther^se, re- cevant f habit de son ordre. La figurent avec une frappante verite, des accessoires tels que draperies, tapis de pieds, etc. Quoique tr^s soign^s, ces details loin de nuire a 1' effet general, le font consid6ra- blement valoir. Les prieurs de la confrerie de Corpus Domini, fondle a la m^tropole, s'etaient adress^s a Daret, pour peindre a fresque le dessus de 1' entree de leur — 1G3 - chapelle (I ). Get artiste, convaincu de son int'eriorite a regard du prince des peintres, etait loin de vou- loir lutter avec lui. U crut, avec raison, ne pou- voir mieux faire que de copier sa transfiguration. Mais il le fit en habile homnie. Voulant, selon sa coutume, qu'il y eiit unit6 d' action dans la repre- sentation du sujet, il ne choisit que la partie sup6- rieure du tableau de Raphael, laquelle renferme v6- ritablement le sujet et tout le sujet. Selon nous, c'est la plus judicieuse critique qu'on puisse faire de ce tableau que 1' Europe enti5re a proclame a juste litre, le premier tableau du monde. Sous le regime de la terreur, I'eglise St.-Sauveur avait 616 transformee en temple de la raison. Alors on badigeonna la fresque de Daret, parce qu'elle fi- gurait un sujet chr^tien. Plus tard, et quand I'eglise fut rendue au culte catholique, le clergedela me- tropole voulut offrir ce bel ouvrage a la veneration des fidtiles. Malheureusement 1' operation du net- toiement ayant 6[6 confine a des mains inhabiles , devint fatale a la peinture. On pent n^anmoins se faire une id6e de la beauts que devait avoir ce grand morceau, par le pen qui en reste. Le Christ, malgr6 les degradations qu'ilasubies, parait s'^lancer au ciel, avec une l^g^rete admirable. (I) J.-F. Porle, Histoire de I'eglise metroiiolitaine Saint-Sauveur , de Id filkd'Aur, Ms. - 1G4 — (M>(!()!t ogiilonioni dos olof^os au t^liloaii do la Pcntocolo, qui oriio un des autels do Tcgliso Saint- Jerdmo. Qiioiqu'il n'existe plus, nous croyons devoir faire connatire la composition d'un tableau de 32 pieds, (|uc Daret avait point en plafond, pour la chaj)o!!o des Penitents blancs, 6tablie sous le litre de Notre- Dame de Piti6. Le sujet 6Uni la resurrection du Christ. Nous en ompruntons la description a un his- toriend'Aix (1 ) , en supprimanltoutefois ce qui 6tait inutile a la description. « Au mitan du tableau est rHomme-Dieu qui selance dans le ciel, portant d'une main la croix qui a etendart attach^ qui voltige, dont le mouve- ment luy cause des plis tortillez se terminant en deux poinles. II est blanc, marqu^ sur le milieu d'une croix incarnate. Los cin([ playes paroissent. « Un ciel ouvert paroit avec le Vhve 6ternel qui tend les bras pour recevoir son fils, a qui il montre un throne a sa droite et dans une gloire 6clatante. Ce throne est compost d'or et de ch6rubins : le marche-pied est un groupe de ces esprits bien- heureux. Au dessus de ce throne dans I'endroit le plus 6clatant du tableau, il y a place le Saint Esprit. Le Pere 6ternel est revetu d'une robe celeste avec (1) Pierre-Joseph de Hailze ( on prononce do Dachc ) , les Curiositez les plus rcmarquabUs de la ville d'Aix , M. DC. Lxxix, page 92 et suiv. — 105 — un grand maiiteau de mesnie; ayanl une giande barbe blanche, couronn6 de seraphins; il a ses pieds appuyez sur un globe d'azur porte par un groupe d'anges enlremelez dans de nuages. « A c6l6 da Christ paroisset deux anges , un grand vetu de verd p^le lehausse de blanc ; acconi- pagn6 dun enfant; ils raontrent avec la main le throne ou il se va asseoir et prennent leur essor du m6me cote. Un pen au-dossus sont deux aulrcs enfans, Tun avec une draperieverte, portantd'unc main une branchede palmier, etmontrant del'autro le throne, il se voit par dessous et celuy avec qui il raisonne, vole la teste en bas. Dans la gloire parois- sent trois rangees d'anges, les uns qui adorent a un genou, d'autres a deux, quelques-uns se voyent entierement, et d'autres sont a demy cacliez dans les nuages. Tons ces anges sont v6tus d'^toffes chan- geantes. « Ofi voit trois testes de cherubins au plus haut du tableau. « Autour de la teste du Christ se voyent quelques cherubins, dans le dessous de I'epaisse nue qui sen- tient le Pere-Eternel, qui sont 6claires par le Christ qui mene une clart6 avec iuy. Une nuee qui sort du sepulchre sertde fonds au Christ, etva se joindre en tourbillon avec les nues du ciel, etgrossit celles qui soutiennent le Pere-Eternel. « Au bas du tableau est une grande terrasse , — 16() — sur laquelle se voit le sepulclue, et en derriifere une grote obscure qui s'opose a la clart6 de la gloire et sert de fonds aux figures qui remplissent le devant. Le sepulchre est ouvert et la pierre qui le couvroit est renversee, au-dessus de laquelle sont deux anges y61us de blanc, qui montrent de la main aux Maries ( qui venoient avec des aromates et des parfums pour embeaunier le Christ) qu'il est ressuscit^ : sur le devant se voyent de soldats, un qui est droit \Hu d'armes a 1' antique , le corps bleu et le manteau iaune, avec les brodequins couleur de rose, comme aussi les tonelets, et les lambrequins ; il porte sur la teste un casque ombrage d'un pennache incarnat. II s'en voit un autre sur le c6t^, qui s'^veille de son etourdissenient et s'appuyed'unemainenterre pour se relever, il a le corselet de couleur de citron et le mantea« rouge. On y voit encore d'autres soldats endormis et d'autres qui presentent les piques du c6t6 du Christ. La pierre du sepulchre est marqu6e du sceau ou cachet du president Pilate. « Ce tableau est dans un ovale de 32 pieds au grand diamettre et large a proportion. « Je finis ici la description de cet ouvrage, et quand je pense aux merveilles que cette rare pein- ture renferme, je m'^crie contre la mort d' avoir si-tost priv6 la France d'un si grand homme, avant m6me qu'il edt mis la derni^re main a ce tableau, puisque cette cruelle envieuse de sa gloire ne luy a — 167 — pas permis d' en fuiir quelques figures les plus basses. >> Nous passons sous silence les eloges outres donnes a la peinture, ainsi qu'aux raccourcis de ce plafond, parceque de Haitze est naturellement port^ a Texa- g^ration. L'etude de ces peintures pourrait 6tre profilahle a bien des artistes de I'^coie moderne qui, pleins de talent, semblent, neanmoins, avoir plusd'une fois oubli6 que les figures ne doivent jamais avoir des poses exag^r^es; qu'il faut soigneusement rejeter ce qui d6tourne du sujet les yeux et I'attenlion ; le sujet devant toujours douiiner la composition, eviter la vacillation produite par les soins supei-flus donnas a des details qu'il n'aurait fallu qu'indiquer. Enfin, rechercher I'harmonie g6neralequiprovient de celle des parties entre elles. Les ouvrages me- diocres, les mauvais m^me, peuvent surprendre la multitude et I'eblouir un moment, par I'effet du clinquant qui trop souvent les accompagne. Mais cette seduction estpassag^re et le prestige de courte dur^e. Tot ou tard ces ouvrages prennent hum- blement leur veritable place dans l' opinion pu- blique. Les peintures de Jean Daret , rarement frappent au premier aspect. II faut les voir a plu- sieurs reprises pour les comprendre , les sentir el les apprecier. Plus I'ceil les examine et l' esprit les analyse, plusaussi I'estime augmente. N'est-ce pas la preuve d'un m^rite reel? — IGS — 11 oxiste poui'lant un tahlpau do Jean Daret dont I'approciatioii est inslantaiK^e , paree que le sujet ([ii'il repK^sente obligea le peintre a changer sa pa- lelle. Ce sujet aussi grand que terrible, luifit rejeter les Ions doux, seuls convenables aux compositions gracieuses qu'il traitait ordinairement. Ici pour ob- tenir une analogie necessaire entre le sujet et I'exd- cution, il fallait que I'energie du pinceau second^t I'energie de la pensee. C'est a quoi il a parfaitement reussi. Ce bel ouvrage decorait jadis la Chapelle dite dcs Mmirel, au couvent de Saint-Pierre (1). II est aujourd'huia r^glise m^tropolitaine. C'est la repre- sentation du Christ, mort sur la croix, au pied de la([uellc est assise sa Mi^re , pench6e en avant et conuiio courb(^e sous le poids de la douleur. Son sein est perce de sept glaives. D'un cote Saint- Pierre etde I'autre Saint-Antoine a genoux, con- teniplent douloureusement le Rcdempteur des hom- mes. Une touche m^le, une savante distribution de la lumiere, la noblesse des poses et le grand carac- lere des t^tes distinguent cette oeuvre dont le m<^- rite lappelle les belles productions des ecoles ila- lienne et espagnole. II est certain que lors(|ue Daret peignit ce tableau, il 6tait p6netr6 de la sublimits du sujet, le plus grand des myst^res chr^tiens. En (1) i.-Â¥. Porle, Notice historique sur I'ancien prieure de Saint-Pierre it sur le couvent de ce nom , u Aix ( Bovches-du-Rhone J , Ms. — 169 — le voyant, on est convaincu que le peintre^tait 6mi- nemment religieux. II est d'autres ouvrages qui ne participent nul- lement a la maniere de peindre dont il a ete parle. Ce sout les tableaux de clie valet. Dans ces sortes de peintures, i'artiste rehaussait le plus souvent ses tons par des coups de lumiere vigoureux , mais dis- tribues avec discernement. Aussi oblint-il un grand relief dans les objets repr^sent^s et de tres piquants efFets. Al'autel do la chapelledesMaurel, pourlaquelle avait 4te peint le Christ en croix , etaicnt places aussi les Mysteres de la Passion, peints dans la ma- niere dont il est ici question, et places aux gradins de I'autel. Le sujet du milieu 6tait Y Ecce Homo. Ces peintures jouissaient de beaucoup d'estime (1). Elles avaient paru assez precieuses pour meriter d'etre placees sous glace. On les avait bien jugees, car on pent dire qu' elles sont d'unegrande beaute. Ces deux tableaux, 6gaux en format (50 centimetres environ de longueur, sur 25 centim^res de hauteur) font partie de la collection de M. le chanoine Topin. Lun represente le portement de croix ou parait Sainte V^ronique. Une multitude de figures dispo- s6es avec art, entrent dans cette composition. Au (i) p. -J. de Haitze, les Curiositez, etc. 13 — 170 — second tableau, Darel a figure la miseau tombeau. Un souterrain, des rochers, un paysage plein de tristesse et quelques figures sur le devant, forment la composition. Dans ces deux toiles, les tetes ont una expression vraie et les figures toute la noblesse desirable. Les amateurs strangers, qui nc peuvent connailre le pinceau de Daret, ne manquenl pas d'attribuer ces prdcieuses peintures, a Frangois Bar- bieri, dit le Guerchin, au pinceau duquel, en efl'et, elles tiennent singulierement. Nous ne connaissons qu'un seul portrait peint par Daret. C'est celui dun joueur de luth , 61egamment v6tu, ayant la t^te d^couverte et dont les cheveux tombent sur les ^pauJes. Ce portrait , qui est de grandeur naturelle, orne le Musee d'Aix. Quoique tr^s nombreux et souvent immenses, on ne pourrait reprocher a aucun des ouvrages de Daret, un [aire neglige ou qui se ressente de la pre- cipitation. Tout y est sagement congu et termini avec un soin soutenu. Ce peintre possedait a fond la connaissance de r architecture, de la perspective et de ce qui s'y rattache. Ses tableaux, dans lesquels il est rare de ne pas rencontrer des morceaux ou des ornements d' architecture, prouvent combien ses connaissances 6taient (^tendues sur ce point. On peut meme citer des travaux sp6ciaux, points a I'huile. L'ouvrage le plus considerable qu'il ait produit dans ce genre — 171 — estcelui qui d6co\(i Tescalicr de 1 ancien hOtel CluV leauronanl. Dc Hailzo, dans son opuscule des cu- riositcs d'Aix, fait une description tr^s d6taillee de cette vaste peinture, qu'il dit figurer le triomphe do la vertu. M. le chevalier d'Agay, a qui appartient r hotel Chateaurenard, accueille avec la plus affec- tueusepolitesse, lescurieux qui desirent connaitrela peinture de Daret et sa collection de tableaux. Daret avail peint en outre le plafond d'une sallo du rez-de-chauss6e a I'liotel d'Eguilles. Cette pein- ture, tres belle de couleuretvigoureusementtrail6e, surpassait en m^rite celle del' hotel Chateaurenard, quoique de Haitze n'en parle point dans son livro des Curiosites d'Aix. Le propri^taire actuel del' hotel d'Eguilles a fait detruire , il y a peu d'ann6es, cc superbe plafond. Jean Daret etait aussi dessinateur habile. II exisle de lui des dessins a la mine de plomb, au lavis et a la sanguine, qui attestent la f(5condit6 de son ima- gination, autant que la grace etr esprit de son crayon ou de son pinceau. Comme la plupart des maitres de toutes les eco- les, Jean Daret a grav6 a I'eau-forte , son oeuvro n'est pas considerable. II grava uneestampe repr6sentantLot et ses filles, ainsi qu'un sujet de these. Nous ne connaissons point ces gravures et nous ignorons s'il Jes a com- posees. En 1658, il publia une suite de neuf pe- — 172 — tiles pieces de sa composition. Elles sont dedic^os a sa soeiir Marguerite Darel , ct representent les Vertus Theologalcs, sous la forme de jeunes enfants dans des paysages. Les travaux de ces diverses planches sont faciles. La pointeen est fort spirituclle. II ne faut pas confondre les gravures de notre Daret, avec celles dun autre artiste appele Pierre Daret, natif de Ponloise. Celui-ci fit parattre beau- coup d'estampes d'apres le guide , le Dominicain,. BlancRard, Ann. Carrache, leCaravage, Ottovenius, Vandyc , Phil. Champagne, S. Vouet, CI. Stella, L. Lahyre, Lesueur, Lebrun, etc. II mourut pr^s d'Ax, dans les landes de Bayonne. L'identitedenom et la ressemblance des mots Ax et Aix, pourraient produire des erreurs. Pour eviter toutc m^prise, il est essentiel de remarquer que Jean Daret gravait a I'eau-forte, et Pierre Daret, au burin. D'ailleurs, les estampes de ce dernier sont marquees du mono- gramme PD. Plusieurs productions de Jean Daret ont 6i6 re- produites par le burin d'habiies graveurs. Robert Nanteuila grave d'apres lui, le portrait de Jean de Mesgrigny , designe comme premier president du Parlement de Toulouse. Ce portrait a ^te grav6 une seconde fois au burin, par un artiste appel6 M. F. Frosne(l), pour 6tre plac6 a la tete de I' Histoire (I) M. F. Frosne, graveur nil liuriii , n'est cit6 dans aucuiie biogra- phic. Plusieurs ouvragos sur la Provence, publics a Aix, contienncuL — 173 — des- Comles de Provence, composee par Ruffi (1). N. Pitaii a grav6 d'apr^s Daret un autre portrait. Nous ignorons le nom du personiiage qu'il repie- senle. Cundier, graveur d'un talent niMiocre, neaAix, a donne au burin, celui de Mourgues, ancien juris- consulte provengal, d'apres un dessin de Daret. Le meiiie artiste a grave aussi d'aprc^s un dessin du infime, le frontispice de Y Hisloirede Provence, d'Honore Douche. des planches par lui gravees. Ce fait, s'il no pronvc pas que M. F. Frosne fiU III' en Provence, attestc du moins qu'il tiabilait ce pays. Huber et Rost clans leur Manuel des curieux el des amateurs de I'art , torn. 7, pag. 230, parlent d'un graveur au burin, nomm6 Jean Frosne, qui avail ex6cut6 beaucoup de portraits et que M. de Marolles, abb6 de Villeloin , avait occup6. Evideninicnt ce n'est pas le m^riie. (I) Jean de Mesgrigny , h. qui ce livre est dc^di6, 6lait v^ritablement premier president du parlemcnt de Trovcnce , en IG55, annee oil il cessa d'en reniplir les fonctions, et celle de.la publication de Touvrage. L'auteur de I'histoire du parlenient d'Ais ( M. Prosper Cabasse , Essais hisloriijues sur Ic parleineiU de Provence, depuis son oriijine jusqu'd sa suppresssion , lorn. I , pag. ij de la lisle des membres dn Parlement ) place sa reception dans cette compagnie, au 20 juin 1644 — 174 — CATALOGUE. Des tableaux de Jean Daret^ cUsignes dans Ic livre des Curiosites de la ville d'Aix, public parde Ilaitze^ deceux cites parcel autc\u\ et qui existent encore, avec Vindication des lieux oil Us sont places, enfin la designation des peintures dont de Hditze ne parte point. 1. La Sc^ne, a I'autelde la chapelle de Corpus Domini, a S' Sauveur. % Peinture a fresque au-dessus de cette chapelle Copie de la transfiguration de Raphael. 3. Descentedu S* Esprit sur les Apotres, a 1'^- glise S* Jerome. 4. L'ange Gardien, 5. S' Joseph. 6. Tableaux dont le nombre et les sujets ne sont point d^signes , peints pour orner la chapelle de I'Association, a I'ancienne 6gHse de I'Oratoire. 7. S' Joachim. 8. S'« Anne. 9. S^ Zacharie. 10. S''' Elizabeth. 1 I . S' Jean-Baptiste. — 175 - 12. Marie Salome. 1 3. S' Jacques, le Majeur. I 4. S' Jean, Evangelistc. 15. S' Lazare. 1 6. S'« Marthe. 1 7. S^'' Madeleine. 18. S' Maximin. 1 9. S' Sidoine. 20. S' Simeon. 21. Anne, Prophetesse. 22. S* Pierre. 23. Marie Cl^ophe. 24. S' Jacques, le Mmeur. 25. S' Simeon, Apotre. 2G. S' Thad^e ou Jude. 27. S^ Simeon, eveque de Jerusalem. 28. S' Joseph, dit Barsabas. II ne reste de cette suite que quatrc tableaux dont deux a I'eglise de I'liopital S' Jacques, et deux a celle du college Bourbon. 50. Vingt-deuxautres peintures repr(5sentant des concerts d'anges. Elles ornaient autant de compar- timents qui entouraient le haut de la chapelle. 51. Un paysage oii Ton voyait J^sus, endormi dans les bras de sa mhre. 52. S^ Joseph dormant, et un ange qui I'^veille pour fuir la persecution. « La perspective de ruines ipii y est representee dans un plafond qui se voit — 176 - de bas en haul ( (lit de Haitzo ) , quoiqu'elle n'ait en tout qu'unpied et demi, ne laisse pas de tromper la veiie. » 53. S'° Famille dans une gloire. 54. Jdsus, Marie et Joseph. 55. Peinture ex6cut6e au-dessus de I'autel, re- pr^sentant un grand rideau rouge dont deux anges tenaient les cordons. Ce morceau excitait I' admi- ration universelle. Ces peintures ornaient I'^glise de I'Oratoire. 56. Tableau ovale de plus de 32 pieds, repr6- sentant la R6surrection du Sauveur. II avait ^16 peint en plafond, pour la chapelle des Penitents blancs. 57. Autre tableau pour le maitre-autel du con- vent de S' S^bastien. 58. La Vierge du Rosaire, peinte pour le maitre- autel de r^glise des PP. Pr^cheurs , plac6e au- jourd'hui dans I'eglise de S'^ Marie-Madeleine. 59. Notre-Dame des Suffrages , a S^*' Marie-Ma- deleine. 60. Un Crucifix. 61. Un saint personnage de I'ordre des Pr6- cheurs. 62. Autre saint du mSme ordre. 63. S"' Anne, ayant a ses c6t6s S*° Agathe et gte Marguerite. Tableaux peintspour I'eglise des Grands-Carmes. 64. S' Joachim. — 177 - 65. Si« Anne. Peints pour la congregation des J6suites. 66. Petit tableau, peintpour le principal autel de r<^glise du second convent de la Visitation. 67. Annonciation. 68. BaptSme de J.-C. 69. La Pentecote. Ces trois descentes du S' Esprit furent execut^es pour r^glise de ce nom. La Pentecote seule n'a pas 616 d^truite. EUe est aujourd'hui dans I'eglise S* Jerome. 70. S*^ Ther^se , recevant les insignes de son ordre de la main de la S*® Vierge et de S* Joseph. Ce tableau se voit a S*'' Marie Madeleine. 71 . S* Joachim, S^'^ Anne et la S"' Vierge enfant, au miheu. 72. S* Jerome 6crivant dans une grotte et ecou- tant la trompette du jugement dernier. Ces trois tableaux avaient ete faits pour le convent des Carmes d^chaux (dechauss^s). 73. S^41exis. 74. Deux religieux Trinitaires. Peints pour le couvent de ce nom. 75. S^ Sauveur, religieux Recolet, execute pour r^glise de ce nom. 76. J.-C. donnant les clefs du ciel a S* Pierre. 77. S^ Pierre , pleurant son reniemont , petit tableau ovale, de 2 pieds de hauteur. — 17K — 78. Le Christ en croix, ayant la Vierge aiix [)ieds, entre S' Pierre et S' Antoine. Ce tableau est aclu- ellement a S' Sauveur. 79. Ecce-Homo. Petit tableau. 80. Jesus portant sa croix, id. , aujourd'hui dai»s le cabinet de M. le chanoine Topin, chevalier de la legion d'honneur. 81. S* Joseph d'Arimalhie el Nicod^me, ense- velissant le Sauveur. Dans le m^me cabinet. Les six derniers tableaux decoraient I'eglise des Augustins dechaux, appel6s les PP. de S^ Pierre. 82. Plafond peint a 1' hotel d'Egiiilles. II repre- senlait des ornenients d" architecture sur lesquels grimpaient des plantes rampantes, entrem616es de fleurs. De Haitze n'a pas parle de cette peinture. 83. Les Ames du purgatoire. Tableau tres en- donimag6 et convert de repeints , a S* Jerome. De Haitze n' en fait pas mention. 84. Miracles de Salvator de Horta, Recolet mi- ncur, a S^" Madeleine. U n' est pas cite par de Haitze. 85. Nativite du Sauveur. Tableau non menlionnt^ par de Haitze. Ce tableau se trouve a la chai)olle (bi chateau de Labarben. 80. Le joueur de luth. Portrait inconnu a de Haitze, et place au musce de la ville. 87. Autre portrait cju' on dit etre celui de Daret. Do Haitze le passe sous silence. 11 est a 1' hotel de Mons — 179 — 88. Endyniiou ondormi dans les bras de Diane. Plafond. 89. Endymion surpris par raurore. Plafontl. Ces deux peinlures sonl les portraits de M. do Vandome, sous la figure d' Endymion et de sa mai- tresse, sous les trails de Diane. 90. Diverses peintures en camaieu. Ces trois derniers num^ros que de Haitze ne d6- signe point, ornent la chambre d'une maison situ6e a la rue Verrerie. 91. Le triomphe de la vertu, immense peinturc a riiuile, executee a I'escalier de I'ancien hotel Cha- teaurenard, appartenant aujourd'hui a M. le che- valier d'Agay. 92. S* Joseph agonisant. Cette peinture , qui figure a un des autels de I'Eglise de Lambesc, etait inconnue a de Hailze. Elle est remarquable par la beaute d' expression de la t6te de S' Joseph. 93. La repetition du mSme tableau, maisdansun tr^s petit format, egalement inconnu a de Haitze. Cette toile orne la chapelle du domainc appartenant a M. Martin, proprietaire a Lambesc. 94. Esquisse du grand tableau representant la resurrection du Sauveur, peintau plafond de I'eglise de Penitents blancs. Cette esquisse, qui n'est pas mentionuee dans le livre des Cui'iosites d'Aix, se voit maintenant chez les heritiers Ravanas. 95. Un Christ en croix, la Madeleine au bas. — 180 — 96. Autre tableau faisaiit peudanl. Ces deux num(5ros sont des tableaux dechevalet. lis appartieunent a M. Clairian, ancieu directeur de I'f^colede dessin. De Haitze ne les mentioniie nulle part. 97. La Vierge , assise sur des nuages , ayant I'Enfant-J^sus sur ses genoux. Au bas etd'un c6te, S' Dominique , recevant le Rosaire des mains de Marie, tandis que d'un autre, I'Enfant-Jesus ofTre un coeur enflamm^ a une sainte religieuse, a genoux a droite. Tableau sur bois dont de Haitze n'a pas parle. II fait partie de notre collection de tableaux. 98. Repos en Egypte. La vierge, assise au pied d'une colonne surmontee d'une draperie, tient son fils debout sur les genoux. Des anges inclines de- votement , presentent a J^sus , des raisins dans un plat. S' Joseph , a c6t6 de la Vierge , con- temple ce spectacle. Au fond , paysage. Petit ta- bleau sur toile dont de Haitze ne parle pas quoiqu'il soil remarquable. II fait ^galement partie de notre collection. — 181 — Jean Bapiiste BOYER DE FO^SCOLONBE , Pcintre-amateur. L'homme qu'un gout prononc6 et la n^cessit^ poussent vers la pratique des arts , acqiiiert, s'il reussit, des litres legitimes a lestime des amateurs, a leur bienveillance et a des encouragements n^ces- saires. Plus tard, s'il donne des preuves de g^nie ou dun grand talent, outre la renommee, il recueille souvent 1' opulence. Telle est la carri^re de I'ar- tiste. Mais il est une autre classe d'hommes qui a droit encore a un sentiment entierement personnel, et a la reconnaissance des hommes degout. Cette classe est composee de ceux qui n'ayant pas de richesses a ac- querir, d'honneur a ajouter a leur nom , dont les occupations de toute autre nature et en apparence incompatibles avec les etudes arlistiques, prefi^rent neanmoinsauxhonneurs dont ilssontentoures etaux plaisirs qu' ils pourraient gouter , les soins inseparables — 182 — do la culture des beaux-arts, cjui y consacront leur loisirs, leurs vcilles , ot cnlin qui rcussissent comple tement. Tels sont les amateurs-arlislcs. Leurnombrc est tres petit, a cause des difficulles que le plus ardent amour des arts peut seul faire surmonter. Cette pensee ou pour mieux dire ce principe est plein de justesse. La plus exacte application peut en etre faite a Jean-Baptiste Boyor de Fonscolombe, issu d'une noble et riche famille, vou6 a la carriere des armes, force a des relations de devoir, de con- venance etd'amitie. II triompha de ces obstacles, sans negliger les obligations sociales que son rang, sa fortune et sa position particuliere lui imposaient. Aussi recueillit-il le fruit de ses nobles efforts, dans les eloges unanimes que lui valurent de bons et nombreux ouvrages. On conviendra que beaucoup d' artistes n'anraient pasagi de la sorte, s'ilsavaient joui desa fortune ets'ils s'^taient trouv6s dansune semblable position. II est done bien juste de tenir compte a cet habile amateur des sacrifices qu'il s'^tait imposes pour se livrer a I'exercice de I'art. II rdussit si bien, qu'il est parvenu a rivaliser de ta- lent avec les artistes de reputation. Ne a Aix, le 9 septembre 1719, d'Honord Boyer, sccr(^taire du Roi, et de Catherine Carnaud, Jean- Baptiste Boyer de Fonscolombe i)uisa dans sa fa- mille, le gout des sciences et des beaux-arts, (jui y est h6reditaire. Jeune encore, il embrassa I'dtat I — 183 — militaire et entra dans le r6giment de Flandre ou il fut nomm(§ capitaine, le 1 8 fevrier 1 747. La bonte de son coeur, laraabilite de son esprit et la gaile de son caract^re lui acquirent des amis veritables qu'il conserva toute la vie. Le 17 septembre 1759, il fut decor6 de la croix de St. -Louis, par le due de Villars, gouverneur de Provence. Boyer de Fonscolombe cultivait la peinture avec succes et il peignit en miniature , sur velin , des paysages qui eurent de la reputation. Ces jolies poin- turesqueTamitieobtenait de lui, ^laient fort recher- chees parce qu'elles d6celaient un veritable talent et une grande facilite. Elles lui valurent, en 1 7G6, le titre do membre honoraire associe de racaddmio de peinture et de sculpture de Marseille, qui flo- rissait alors. Boyer de Fonscolombe voyagea en- suite en Italie ou il demeura assez longtemps. 11 sul mettre a profit, le sejour qu'il fit dans ce pays, pour avancer dans la peinture. II dessina ou peignit une grande partie des monuments antiques qui avaient frappe ses yeux. Ce fut surtoutaRome, qu'il selivra a ces sortes d'6tudes. II parait qu'il s'appliquaaussi a rendre fidt^lement sur le velin, les beaux ciels de r Italie. En 1767, I'acad^mie rfe/ f/ese^no, a Rome, I'admit au nombre de ses membres honoraires. II rapporta de cette villo, non-seulement la precieuse collection d'6tudes dont il vient d'etre parle, mais encore des miniatures faitos d'aprt's plusieurs (a- — 184 — bleaux d'histoirc appartonant a lecolo italionne. Sa famillo poss^de dans ce genre une miniature repr^sentant Saint-Louis, roi de France, guerissant les ^crouelles, peinture pleine de merite. Ces divers ouvrages accrurent sa reputation de peintre et lui m^rit^rent les ^loges des connaisseurs. A partir d'a- lors, les peintures de Boyer de Fonscolombe acqui- rent un superiorite marquee sur celles d' auparavant. On les distingue de celles-ci par un ton de couleur chaud et brillant, et Ton pent dire avec v6rite qu'elles sont quelquefois admirables. En 1 773, J. B. B. Grosson ayant fait paraitre son recueil des Antiguites et Monuments Marseillms, Boyer de Fonscolombe contribua aux depenses que n^cessitait la publication de cet ouvrage, ainsi que le temoigne la note gravee au bas de la quinzi^me planche. II mourut dans sa ville natalc, le 1 1 decembre 1783, ag^ de 74 ans et trois mois, emportant les justes regrets de sa famille, de ses amis et des ap- preciateurs du "vrai talent. Ses productions sont aussi nombreuses que va- rices. Cet habile amateur avait adopts une manitire de peindre qui, siins frais de travaux, produisait tout I'effet desirable. II pouvait ainsi avec facilite, se livrer a la f^conde imagination dont il etait doue et peindre d'une mani^re expeditive. Les cielsde ses compositions produisent en general un bel effet, - 185 — el ses soleils coiiclianls soutiendraient quelquefois le voisinage de oeux de Claude Gelee. II groiipait les images avec gout, les peignait legerement, et de telle sort«, qu'en obtenant par leur secours , d'a- greables oppositions, il les faisail servir a relever le sujel principal. Les paysagcs qu'il representait ne sont pas surcharges de ces nombreux details qui de- celent une malheureuse fecondite privee de gout; mais il les enrichissait de details simples et gracieux. Ces jolies compositions, toujours animees par des figures pleines de vie, de mouvemerit et de vari6t6, sont spirituellement peintes. II disposait ses groupes avec art et savait communiquer aux figures toute la gait6 et la vivacity provengales qui dominaient dans son propre caract^re. L' hilarity et uneaimable folie president a Taction des figures. On y voit le plus souvent de riantes scenes, telles que des danses champ^tres auxquelles sont m^les des personnages grotesques. L'emploi des couleurs saillantes que n^cessite la diversity de ces costumes, est si bien combing, si bien mdnag^, que sans produire du pa- pillotage, il sert a 6viter la confusion qu'amenerait n^cessairoment la multiplicity des figures. La plu- partdes paysages peints depuis son retour deRome, repr6sentent des monuments antiques , des bas- reliefs et des statues d'apres les Etudes qu'il avait faites en Italic. Les terrains des premiers plans sont tr^s vigoureux et pleins de chaleur, ses rochers 14 — 186 — d' line forme grandiose el heureusement places. L'oei'l se repose avec plaisir sur des loiutains legers et va- poreux, ainsiquesurleseaux qui sent d'une grande transparence. Nous n'exceptons qu'un petit nom- bre de productions oii Ion remarque, comme on dit en peinture , un [aire Idche. Ce sont celles , sans M doute, qu'il enfantait dans ces moments ou 1' imagi- nation fatigu6e a besoin de repos, et auxquelles il ne travaillait qu'a contre coeur et pour se d^livrer de r importunity des pri^res indiscr^tes. Mais on y reconnait toujours la facilite d' execution, la frai- cheur de coloris et la v6ril6 de ton que I'oeil re- cherche et que le gout appr^cie. i — 187 — FRAxgois TUAIRE, Peintre. Quand la moi-t a frapp6 iin jeuiio artiste qui pai- courait sa carri^re a pas de g6ant etaliaitatteindre le but vers Icquel les plus energiques efforts et une brillante imagination le poussaient sans relache, on regrette doublement la perte du talent si prematu- r^ment moissonn6. Les regrets sont d'autant plus amers, qu'on voit, par ce qu'il a laisse , combien I'avenir du jeune artiste eiit et6 riche de gloire. Ces reflexions sont d'autant plus justes que, quoiquele talent de Tuaire n'eiit pas encore atteint son apogee, ce peintre a cependant laisse un nom qui s'6tait d^ja associe a des noms illustres dans I'art. Les goiits simples de Frangois Tuaire, la nature de ses occupations et la bri^vet^ de sa vie, prive- ront cette notice de I'int^ret des faits. Nous tache- ronsd'y suppleer, en offrantadefaut d'autres, quel- ques traits qui, quoique peut - 6tre pu^rils, sont caracteristiqnes. lis serviront a connaitre I'excel- lence du coeur de celui qui en est I'objet. — 18S — Francois Tuaire(l) na({iiil ii Aix ( Bouches-dii- Rlione ) , le 29 juillet 1 TOi, de parents pauvres et honnetes. II montra d^s la premiere enfance, une douceur de caractere qui lui altira raUachement de ses jeunes amis et la bieuveillance des personnes qui le counurent. A cet Age tendre ou cedant au l)esoin d'un mouvement salutaire, les enfants se livrent avec ivresse a des jeux bruyants, Tuaire, d'uu caractere melancoliquc, se tenaital'ecart, pour etudier plus attentivement, ou pour mediter sur ce qu'il avail lu. Le plus souvent ses petils amis res- pectaient cet isolement ; mais quelquefois ils cher- chaient a le distraire, et alors, quoiqu'il en fut con- trarie , il prenait part aux jeux communs. Vers ce temps il fut atteint de la petite verole. Forc6 de garder sa chambre et de suspendre ses etudes , il ^tait vivement atflig6. Un jour il fut trouvc versant des pleurs. Ses parents , 6tonn6s , lui en deman- derent la cause. La cause de mes larmes, dit-il en pleurant am^rement, c'esf que je ne saurai phcs mes lecons. Cette avidity d'instruction le suivit au college. 11 s'y distingua par une grande application et des pro- gres constants. Une candeur angelique, bien rare (i) II signait quelquefois Thuaire, mais la vi^Titablo ortographe de son nom est telle que nous I'avons adoptee. Cette remarque est faitc pour pr6veiiir des m^piises que la difference de cos signatures pour- rait occasionner — 189 — chcz les enfanls do cet age, en relevant les aiities qualites dont il etait dou^, 6touffa tout germe d'envie dans le coeur de ses condisciples. II recevaitsouvent lamedaille d' encouragement; mais ccdant a la mo- destie qui lui etait naturelle, il la cachait avec soin, pour se derober a des eloges qui eussenl fait rougir sa candeur, etni^mepour ne pas blesser I' amour- propre de ceux qui etudiaient avec lui. Ses debuts dans r^tude des lettresetdes sciences furent cou- ronn^s du succ^s. Cet int^ressant enfant edt 616 un savant ou un litterateur, si un entrainement irre- sistible ne I'avait pouss6 vers la peinture. II employait au dessin, le temps que lui laissait r etude, et les essais qu'il avait faits dans ce genre, etonnerent les connaisseurs. De toutes parts on en- gagea ses parents a lui ouvrir la carri^re de la pein- ture. Tuaire s'y livra alors avec une ardeur incon- cevable. II surpassa bientot , non-seulement les autres Aleves, mais encore le maitre auquel il avait 616 confie; etal'^ge de quatorze ans, ilputentre- prendre le voyage de Paris, pour se perfectionner dans I'art. Recommande a Prudhon , il fut admis aupr^s de lui, malgr^ la resolution de ce peintre de ne plus faire d'eleves. Cetteexceptionenfaveur d'un enfant pauvre, sans appui et etranger a la capitale , si elle honore le coeur du maitre, est aussi, suivant nous, I'eloge le plus eloquent que Ton puisse faire de relive. La coudnifp nt Ips orosr^s du jeune — 19.) — Tiiaire, jnstifi^rent la bonno opinion que Prucllion avail congue de lui. Cheri de son maitre et docile aiix avis qu'il en recevait, il fut bientot en 6tatde peindre des morceaiix dignes d'estime. Les secours qu'il recevait de chez lui ne suffi- saient pas a tous ses besoins. II laissait ignorer cette circonstance a ses parents, afin de ne pas augmenter les privations qu'ils s'etaient iniposees a cause de lui. Pour se cr6er quelque ressoiu'ce, il fut oblige de donner des legons; mais il le faisait a I'insu de Prudhon qui, en ignorant la cause, I'aurait for- tement improuv^, dans la crainte que cela ne re- tardat ses progres. Pour recouvrer le temps donne a ses lemons , Tuaire commit une faute qui lui devint fatale dans la suite : il consacra au travail les heures de nourriture et de repos. La privation continuelle des premiers besoins de lavieetle sur- croit de labeur auquel il s'ctait assujetti altererent peu a peu sa constitution deja delicate. II ne dut le retour d'une partie de ses forces, qua la jeunesse et a la purete de ses moeurs. Les eloges que les artistes distingu6s ne cessaient de donner a Tuaire, parvinrent jus([n'aux oreilles de I'epouse de Napoleon, Timpc^ratrice Josephine qui protegeait les arts. Youlant encourager un jeune liomme que ces lonanges unanimes rendaient inte- ressant, elle lui fit conmaander un tableau. Trans- porte de joie, Tuaire sentit ses forces doubler a un — 191 — si honorable appel. II oiitreprit celte peinture avcc ardeur et choisit pour sujet, Venus entouree d'a- mours. Le style, ledessin, la couleur et la suavite dupinceau donn^rentaux connaisseurs, de grandes esperances sur ce qu'il pourrait faire un jour. Apr^s avoir temoigne sa satisfaction, Josephine desira voir le peintre, et lui fit un accueil plein de grace et de bonte. Ce n'est pas tout ; elle voulut lui faire vi- siter sa collection de tableaux et compter ]e double du prix convenu. Un encouragement aussi flatteur fut tr^s profi- table a Tuaire. Le genie du jeune peintre prit un vigoureux essor. Ses nouvelles productions s'en res- sentirent. On y remarquait un style plus 61eve, im travail plus fini. Aussi sa reputation s'accroissait- elle de jour en jour , aussi de partout lui deman- dait-on des tableaux. Plusieurs portraits de Louis XVIII et du comte d'Artois lui furent commandes pour les villes de Paris, Arras, Tai-bes, etc. Nous citerons a ce sujet ce que lui ecrivait le general Bache d'Arbaud, son compatriote, dont les connais- sances dans la peinture, rendaient les 61oges verita- blement honorables : « J'ai regii, mon cher Tuaire, lui disait-il, les portraits du Roi et de Monsieur. Je vous assure que j'en suis tres satisfait; coloris, des- sin, ressemblance, tout s'y trouve r^uni. » En 1 821 , un nouveau tableau lui fut demande pour orner les appartementsde Fontainebleau. Quoi- — 192 — que le prix lut moiliquc, Tuaire , fier d'une telle destination, voulut travailler pour la gloire. II y mit tons ses soins et produisit un excellent mor- ceau. Le sujet compose dune seule figure, 6tail Psyche, condamneea separer des grains et secourue par la puissance de 1' amour (1). L'artiste avait pro- (0 « En disant ces mots , elle (V^nus) fit venir Psych6, lui ordonna de la suivre. et la inena dans une basse-cour du chAleau. La sous une esp6ce de halle, 6taient entass6s p61e-mtle quatre difTerentes sortos de grains , lesquels on avait donnas a la d6esse pour la nourriture de ses pigeons. Ce n'6tait pas proprement un tas, mais une montagnc. 11 occupait toute la largeur du magasin et touchait au faite. Cyth6ree dit a Psyche : je ne veu.x. dor6navant nourrir mes pigeons que de mil ou de froment pur ; e'est pourquoi s6parc ces quatre sortes de grains , fais-en quatre tas aux quatre coins du monceau , un tas de chaque esp6ce. Jo ni'en vas a Amathonte pour quelquos affaires de plaisir. Jc reviendrai sur le soir. Si, a men retour, je ne trouve pas la tAche faite el qu'il y ait seulement un grain de m616 , je t'abandonneral aux minislres de ma vengeance. « A ces mots elle monte sur son char et laisse Psych6 d6ses- per6e. En effet, ce commandement 6tait un travail, non pas d'Her- cule, mais d'un d6mon. « Sit6t que I'amour le sut, il en envnya avertir la f6e qui, par ses fumigations, par ses cercles, parses paroles, contraignit tout ce qu'il y avait de fourmis au monde d'accourir a I'entour Uu tas ; autant celles qui habilaient aux extr^mites de la terro, que celles du voisinage. U y eut telle fourmi qui fit ce Ijour-la quatre mille liouos. C'6lait un plaisir que d'en voir des hordes et des caravanes arriver de tous les c6l6s. CI n en vient des climats ou commence I'aurore, De ceux que ceint Th6tis, et l'0c6an encore ; L'lndien dt^garnit toutes ses regions ; U en pari du couchant des nations entiferes; Le Word ni le Midi n'onl plus do fourmilidres ; II semble qu'on en ail epuis6 I'univers : — 193 — fondemeiit medit6 ce sujet. Le d^sespoir de Psyche a I'aspect dim travail au-dessus de toule puissance liumaine que vient de iui prescrire une d^esse eu- nemie, edt offert des images disparates avec les lieux oil le tableau devait Hre plac^. En efFet, re- pr6senler dans les appartements de Fontainebleau, Leg chemins en sont noirs, les champs en sont converts : Maint vieux ch6ne en fournit des cohortes nombreuses. n n'est arbre niang6 qui sous ses vofttes creuses SoufTre que de ce peuple il reste un seul essaim. Tout d61oge, et la terre en tire de son sein. a L'6thiopique gent arrive et se partage. On cr6e k chaque troupe un mailre de I'ouvrage. II a I'oeil sur sa bando; aucun n'ose faillir. On entend un bruit sourd; le mont semble bouillir D6ja son tour d6crolt, sa hauteur diminue. A la soudainet6 I'ordre aussi contribue. Chacun a son emploi parmi les travaillcurs. L'un siipare les grains que I'autre eniporte ailleurs. Le monceau disparait ainsi que par machine. Quatre tas dilT^rents r6parent sa mine : De bl6, riche present qu'a I'homme ont fait les cieux, De mil, pour les pigeons manger d^licieux ; De seigle, au goiit aigret ; d'orge rafralchissante : Telles qu'on d6molit les maisons quelquefois : La pierre est mise a part ; k part se met le bois. « Les fourmis s'en retournferent aussi vile qu'elles etaienl venues et n'attendirent pas le rertierciement. Vivez heureuses, leur dit Psych6. — ID'i — le d^couragement de 1 aiiic el la crainte des sup- plices, aurait produit vine impression p^nible, in- convenance que Tuaire devait eviter. 11 pref^ra ex- primer les sentiments qu' ^prouva Psych6, lorsqu' au point d'expirer de douleur, elle voit arriver des milliers d'insectes qui, en un instant, ex(^cutent on tel travail. La diversity des sentiments que doit faire naitre une pareille situation, fut parfaitement sentie par Tuaire, et e'est ce qu'il chercha a fixer sur la toile. Psyche est representee dans le sombre magasin de V^nus, assise sur de la paille infecte, la tete pen- ch^e vers I'epauledroiteetlescheveux en desordre. Elle laisse tomber ses bras delicats , en contem- plant le sujet de son mortel decouragement. Tout a coup s'op^re le miracle de I'amour. Toute 6puis6e qu' elle est , elle sent couler doucement dans son coeur I'espoir, la tendresse et la reconnaissance. Ces sentiments difficiles a rendre s(^par(^ment, plus dif- ficiles encore a reunir sans confusion, sous 1' empire d'un abattement excessif, sont exprimesd'une ma- ni^re juste sur la belle tetede Psyche et s'y trouvent places de telle sorte qu'on les distingue tons a Ira- vers I'accablement de I'li^roine. Cetle composition Je vous souhaite des magasins qui ne d6semplissent jamais. Si c'est nil plaisir de se tourmonlor pour les biens de ce nioiide , tournienlez- vous et vivez heureuses. » ( Ue Lakontaim;, les Amours de I'syclie. liv. II. ) — 195 — fait connaitre retendue tin genie de i'auteur ct la profondeur de ses meditations. Elle nitrite en outre des (?loges ponr la simplicite du style, une carnation vraie, autant que brillante, fruit de I'entente des couleurs et de la juste distiibution des ombres. Le faire de cet ouvrage rappelle la mani^re du maitre de Tuaire. Le tableau de Psyche avait 616 distingue a 1' expo- sition de 1 822. M. deForbin, directeur des musses de France, t^moigna a I'auteur ses regrets de ne pou- voir convenableraentretribuerune oeuvrefaite avec talent. 11 aurait desire que le prix fut proportionn6 a la bonte de 1' ouvrage. Mais cela ne pouvait Hvc, attendu qu'il avait et6fix6 a I'avance. Tuaire n'etait pas int6ress6. Heureux de voir son travail agree, il n'eut demande aucune retribution ; aussi regut-il celle qu'on lui offrit, sans temoigner de meconten- tement. M. de Forbin sut appr(5cier ce desinteres- sement qui prouvait eminemraent I'amour de la gloire. II procura a Tuaire le dedommagement le plus digne de lui, en lui faisant accorder une m6- daille d'or. Ici commence une seconde epoque dans la vie artistique de Tuaire. Quittant la mani^re du maitre, il se livre entiferementa la sienne et s'exerce d'a- bord a des compositions ou il savait maitriser i'a- bondance des idees qui, sans ce frein salutaire, I'efit infailliblement egare. II disposait ses groupes avec — 190 — sagcsse ot un calcul tcl que les accessoircs faisaitMil valoir le sujet. Nous avons vu des dcssins de cede seconde 6poque qui m6ritont des 61oges. Les plans en sont artistement degrades eH'oeil embrasse sans peine, la composition entitire. Les figures d'un style et d'une forme Raphaelesques, se font remarquer par la correction du dessin. Des contours purs et fermement arretes prouvent que I'artiste avail suf- fisamment medit6 les sujets qu'il traitait, etquesa main exercee a la pratique de fart, suivaitsans peine I'intentionqui la dirigeait. Ces qualit^s rendent les productions dont nous parlons , v6ritablement esti- mables. Les tableaux qu'il peignit alors brillent d'une vigueur de coloris que n'avaient pas les ou- vrages anterieurs. Les privations que Tuaire s'6tait impos^es lors- qu'il 6tait sous la direction de Prudhon et le surcroit de travail auquel il s'^tait \\\r6 pour ne pas inter- rompre le cours de ses progr^s, lui avaient 6t6 fu- nestes, ainsi qu'on I'a d^ja vu. Maintenant I'exces- sive ardeur qu'il porte a la pratique de fart, ach^ve de ruiner sa sante. Une maladie de langueur se ma- nifeste. Mais , loin de ralentir I'amour du travail, elle semblait faugmenter encore. Cependant Tuaire ne se fit point illusion sur son etat. 11 vit bien qu'il fallait se resoudre a mourir. Du moins il vouiut em- ployer a des travaux honorables, le peu de temps <]ui lui restait a vivre. Ses efforts no furent pas vains, - 197 — et ce qui doit augmenter les regrets tVune perte si prematur^e, c'est qu'il fut enlov6 a la pcintiire, lorsque son g6nierinitiaitaux grands secrets de Tart. Le travail etait une habitude si imperieuse pour lui, que, malgr^ I'epuisement presquc total de ses forces, il dessinait constamment. Peude jours avantsamort, il composa un croquis a 1' aquarelle, represenlant deuxguerriers qui visitentdes mines. Cette derni^re production prouve que, malgr6 rafVaiblissement du corps, r esprit n'avait rien perdu de son Anergic. Le 28 Janvier 1823, jour de sa mort, il paraissait etremieux qua r ordinaire, ce qui fit naitre quel- que espoir a ceux qui I'entouraient. Mais Tuaire sentait la mort approcher. II profita de ce calme, pour faire appeler un pretre. Apres avoir regu les secours de la religion , il employa quelques ins- tants a 1 arrangement d'affaires d'interets, puis il chargea les personnes presentes de faire parvenir ses derniers adieux a des parents cheris qu'il re- grettait am^rement de ne pas embrasser , et peu d' instants apr^s Tuaire avait cesse de vivre. II 6tait ag6 de vingt-huit ans et six mois. Le talent de Frangois Tuaire n'etait pas un talent ordinaire. II eut rendu son nom c^lebre, et une il- lustration nouvelle en aurait rejailli sur sa patrie, s'il avait pouss6 sa carriere au terme que la purete de ses moeurs pouvait lui faire esperer d'atteindre. On doit cependant direavec verite que les ouvrages - 198 ~ qu ilalaisscs, suffisont a sa gioiie, ol doiinent, a la ville d'Aix, le droit do se feliciter de I'avoir vii naitre. I HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE SUR L'EGLISE SAI^T JEA^DE MALTE. aujourd'hui paroisse saint jean (intra muros) DE LA VILLE DAIX , Depuis I'Elablissement de I'Ordre dans cette Ville jusqu'a I'annee 1791 , PAR L'Abbe E.-F. MAURIN, Aum6nier du Chapitre de la M6tropoIe. CHAPITRE PREMIER. De rOrigine de I'Ordre de Malte et de la Commanderie d'Aix. Les lieux ou s'etaient accomplis les my stores du christianisme n'avaient cess^ depuis la predi- cation del'Evangile d'etre visiles paries fideles, raais les Sarrasins s'6tant empares en 636 de la ville — 202 — do Jerusalem, les Chretiens se trouv6rent exposes a mille avanies de leur part. Leur z51ecependant ne se refroidit point. La foi vive qui leur faisait entre- prendre ces \oyages les soutint et leur fit braver tons les perils. Plusieurs si^cles apr^s, de pieux marchands d'ltalie, ayant a leur tete Gerard Tenc, de Tile Saint-Geniez , aujourd'hui les Martigues (Bouches-du-Rli6ne), tout a la fois pleins de pitie pour les souffrances des pelerins et d'amour pour celte terre dcsolee, obtinrent du sultan d'Egyple et de Syrie, la permission de construire une eglise a Jerusalem. lis la dedi^rent a Sainte-Marie la Latine, et la direction en fut confiee a un abb6 de I'ordre de Saint-Benoit, d'autres disent de I'ordre de Saint- Augustin (1). Lorsqu'en 1066, les Turcs eurent chasse les Sarrasins de la ville sainte et de la Pa- lestine, on vit les chretiens exposes a de nouvelles persecutions. lis ne se livr^rent point pour cela au decouragement, et I'abondance des aumones permit quelques annees apres, en 1080, a 1' abbe de Sainte- Marie , de batir tout pres des murs dune Eglise grecque dediee a Saint- Jean et non loin du tombeau du Christ , un hopital pour les pelerins malades. Gerard, dont les vertus ^taient connues au loin, en fut nomme le premier superieur. Les Chretiens (5tant rentres en 1 099 a Jerusalem (I) Michiiiul, llio()r(iphic utiivcrselte , torn. 17, pag. t75. — 203 — ct le royaumc de co nom ayant ^t6 donn6 a Gode- froi de Bouillon, ce prince ceda au maitre et aux Freresde I'hopital, I'eglisede Saint- Jean (1). Ceux- ci choisirent alors le saint pr^curseur pour patron. Bientot plusieurs gentilshomraes de I'armee des Croises, temoins de leur zele charitable envers les fideles, se joignirent a eux et se devou^rent a Icur exeraple a I'exercice de I'hospitalite. Ainsi fut fonde I'ordre hospitalier de Saint-Jean de Jerusalem. La foi ardcnte de ces temps, la charite, fonde- ment du christianisme , soutenaient ces hommes vertueux dans les entreprises les plus difficiles. lis ne tarderent pas a se lier par les voeux ordinaires des religieux et a y joindre celui de recevoir, de nourrir en sante et en maladie et de defendre les p^lerins. Dela, par la necessity d'escorter ceux-ci, d' assurer les chemins publics infestes par des bandes de voleurs ou des d^tachements d'Arabes, ils eurent a combattre et s'accoutumerent a la guerre. L'ordre d'abord purement hospitalier, fut tout a la fois hos- pitalier et mihtaire. Avec le triomphe de la Croix dans ces contrees s'augmenta le nombre des pfelerins. La charite des hospitaliers redoubla. Les rois et les princes de I'Eu- (t) Hisloire manuscrile du grand prieur6 de Saint Gilles, par Jean Raybaud, hisloriographe do la langue de Provence, a la bihliothfequo M^janes, a Aix. — 204 — rope leur donu^rent des biens immenses pour en consacrer les produits au soiilagement des Chretiens. Alors la pensee des pieux associes s'agrandit , ils songerent a fonder un grand sysl^me religieux et militaire dans le monde chretien. Des succursales, repandues partout, devaient selieralamaison-mere, etablie presdusepulcrede I'Honime-Dieu. C'etaient tout autant d'ecoles pour former les jeunes cheva- liers, c'etaient des retraites ou les vieillards devaient se reposer apres le combat, c'etaient des maisons d'hospitalite ouvertes aux chevaliers voyageurs. Ajoutons qu'il entrait dans les vues de I'ordre de creer au sein de ces dtablissements secondaires, des asiles pour les diverses infortunes. Gerard vintdebarquer a Saint-Gilles, en HOi (1). Cette ville n' ^tait alors eloignee que de trois lieues de la mer. Ellc avait un port considerable ou abordaient les vaisseaux de toutes les nations et d'oi^i partaient presque tons les p^lerins frangais qui allaient visiter la Terre-Sainte. En dehors de la ville el tout pres de ses remparts, Gerard Tenc fonda une maison, devenuecelebredans la suite, sous le nom deGrand- Prieur6 de Provence. Lordre de Saint- Jean de Jerusalem prit ainsi possession de 1' Occident. Cependantia puissance de I'Ordre s'augmentant avec ses biens, il fallut organiser 1' exercice de 1' une et (1) Raybaud , Hi.ttuire Ms. du finind iirieure dc Saint Gilles , I. 1. 1. I. — 505 - radniinislration des autres. Les divers domaines fu- rent divises d'apr^s de certaines regies, en 6tablis- sements particuliers, sous I'autorit^ des chevaliers nomm^s pr^cepteurs ou commandeurs, qui faisaient leur residence dans le manoir principal de chaque direction. Ces dignitaires furent naturellement char- ges de la surveillance des maisons de novices, des hopitaux, etc. II fut n^cessaire en m^me-temps de placer dans chaque commanderie un ou plusieurs pretres pour le service Divin, et encore des laics, non nobles, propres dans les idees du temps, a rem- plir certains offices inferieurs. De la, en 1130, le grand-maitrc Raymond du Puy, divisa I'Ordre en trois classes : de chevaliers pro- preraent dits de race noble ; de pretres , appeles chevaliers-diaco, etde chevaliers-servants prisdans les families bourgeoises. II y eCit ainsi dans la reli- gion de Saint-Jean de Jerusalem, la representation de ces trois 6tats , connus dans les nations euro- p^ennes. Cette distinction de classe fut completee par une division territoriale, dans laquelle, par rap- portal'Ordre, I'Europe fut separ^e en huit langues, savoir : la langue de Provence, celles d'Auvergne , de France, d' Italic, d'Aragon, d'Allemagne, deCas- tille et d'Angleterre. Comme on le voit, la Gaule eut la meilleure part dans ce systeme, puisqu'elle renferma trois langues sur huit, et la langue pro- vengale obtint le premier rang de cette classificatioii — 206 — hi(5rarchique, et cela 6tait juste. Cette langiie, qui comprenait la Provence proprement dite, le Lau- guedoc et le Dauphine, poss^dait dans I'ile de Sainl- Geniez, la patrie de Tenc (1 ), et dans la maison de Saint-Gilles, le premier etablissement del' Ordre en Occident. Les peuples, les princes et les 6veques de cette partie de la France, ne resterent pas en arri^re de ce mouvement general. lis accord^rent a 1' Ordre des egliscs, des terres et des immunitcs. Les villes d'Aix, d' Aries, de Manosque et le village de Puy- moisson eurent, les premiers, des asiles gouvernds par r Ordre. La maison d'Aix fut 6tablie au sud-est, et a une petite distance des murs de la ville comtale. II a €i€ impossible, jusqu'ici, de retrouver les titres de cette fondatiou, et nos historiens provengaux different sur la date ou n'en parlent point. DeHaitze (2) la fixe a I'annee 1111, le dernier president de Saint-Vin- cens (3) etlechanoine Castellan (4),d'apresd"anciens historiens qu'ils ne citent pas , la font remonter a (!) N6 dans Tile de Martigues, appel6e autrefois saint;Geniez , vers ran 1040. (2) Vie du bienlieureuxG6rard Tenc, pag.'2. (3) Notes sur I'Histoire d'Aix Ms., torn. i. (4) Nous devons a robligcanco do M. le conseiller Castellan Ui communication des iiombreux manuscrits du savant et jpicux abbii Castellan , son oncle, d6c6dc , professeur-doyen do la Facult6 do th6ologie de cette ville — 207 — I'annee 1100. Ces divers auteurs se trompent : la fondation de la maison d'Aix ne pent 6tre rapportee a I'an 1 100, Gerard n'ayant, d'apr^s les autorit^s les plus certaines, fait son voyage en Occident qu'en 1101; elle ne pent I'etre non plus a I'an 1111, puisque le pape Pascal II, dans sa bulle de 1113 oil il mentionne tons les etablisseinents de I'Ordre en Occident, ne parle point de celui d'Aix. Resterait I'autorite de Piton (1) , qui place cette fondation avant celle de la coramanderie de Trinquetaille- 16s-Arles, etablio en 1117, sur le motif que, dans une charte donnee I'an 1 1 80, par Guillaume, comte de Forcalquier, aux hospitaliers de Manosque , le prieur d'Aix est nomme avant celui de Trinque- taille. Nous croyons encore que Piton se trompe, et que cela n'indique tout au plus que le rang d'an- ciennet6 de ce chevalier, dans la maison duquel la charte fut donnee. Selon nous, cette fondation doit etre plac<^e dans la derniere moitie du douzieme si^cle, et nous adop- tons en cela le sentiment de I'historien anonyme des archev^ques d'Aix. « C'est au commencement de « I'episcopat de Montlaur, dit-il, c'est-a-dire, en « 1 1 66, que les hospitaliers de Saint-Jean acquirent « I'etablissement qu'ils out a Aix (2). » De tons les (I) Annales derfeglise d'Aix, pag. H8. (•2) Cetle liisloire fait partie de.la pr6cieuse bibliotheque de Mb' Rey, ancien Eveque de Dijon, acluellcmeiit chanoine de premier ordre du - 508 — auteurs provengaux qui ont traits ce point, celui-ci est le plus rassurant. La designation faite par lui de la premiere ann^e de I'^piscopatde Montlaur, offro un caract^re de precision qui commande la con- fiance. II avait sans doute puis6 dans des sources encore ignorees et qu'on pourra, nous I'esperons, retrouver un jour. Apr^s cela vient la charte du comte Guillaume, a la date de 1 1 80 oii figure Gau- tier, commandeur d'Aix, prenoier titre authentique connu de cette maison. Si une complete certitude historique nous manque surl'epoque ou fut cr66 I'etablissement d'Aix, nous ne savons pasdavantage comment il obtint le terrain sur lequel il s'etablit. Nous conjecturons qu'ils le regurenten don du comte alors regnant, et voici nos raisons : les terresenvironnants les trois villes d'Aix, appartenaient comme 6tant les plus pr6cieuses, soit al'eglise, soit au domaine. L'archevequeet le clerg6 avaient de belles etimportantes possessions au nord, le comte en avait a Test et au midi. Jusqu'au moment de la reunion de la Provence a la couronne, les comtes ont poss^de le domaine dit JardinduRoi, qui s'^tendait vers le sud-est de la ville. Au commencement du XIII"^e si^cle, ils en d^ta- cliapilre royal de Saint Denis , qui a eu la bont6 de nous le commu- niquer. — 509 — cliferent une partie en faveiir de la maisou coiiven- tuelle de? freres Prdcheurs. On voit aussi dans leurs mains de vastes terrains ced^s ensnite a I'arche- v^qued'Aix, parleroi, comteRene. On pent done raisonnablement penser qii'en 1166, ils avaient donn^ aux hospitaliers, le local necessaire a leiir 6tablissement. Ce terrain parait avoir et6 consacre sous le paga- nisme, a I'une de ses fausses divinites. Car au rap- port de I'historien Bouche, en 1593, on y trouva une tr^s grande pierre portant ce mot Minervce, a Minerve. Si nous en croyons une ancienne inscrip- tion, peinte autrefois sur un vieux tableau de cette eglise et rapportee dans un manuscrit de la biblio- th^que Mejanes (1), il y aurait eu la une ecole de- diee a Minerve ("2) ; en rapprochant cette inscription del' inscription lapidaire donnee par Bouche (3), on peut en conclure qu'il y avail en cet endroit un temple dedie a Minerve , et pres du temple une ^cole. C'est ainsi que I'empereur Adrien avail etabli a Rome, une sorle d'academie dans un Edifice con- sacre a cette m6me deesse (4). Ce local aurait ete dans la suite Iransforme en chapelle par les premiers (1) Portant le no lOH. (2) Pifeces justificatives Ms. ( Ces pieces seront imprimees plus lura avec I'Histoirc de la paroisse dont elles font partie. ) (3) Chorographie do Provence , torn. \ , pag. 198. (4) Adam, AnliquiUs romaines , torn. 2, pag. 465 — 210 — chrotiens, et de la serait venue la premiere ^glise des HospiUiIiers. Voila tout ce qu'on sait de la maison d'Aix en ces premiers temps , en y ajoulant le nom du comman- deur Gautier , qui se lit dans la charte de 1 1 80. C'est sur cette premiere maison que s'etendirent les bienfaits du comte Alphonse 1*^% en 1182(1), et ceuxd'Alphonse II en 1192 (2). C'est la que fut enseveli ce dernier, en 1 209. II en a et6 de la mai- son d'Aix comme de I'Ordre lui-m6me, dans la suite des temps elle ajete un grand eclat, ses commen- cements furent obscurs et modestes. CHAPITRE DEUXIEME. Fondatioii do I'Eglise actuelle. Le XIII*"® siecle commence en Provence avec le regne du dernier des Berenger. Ce prince poita sur le trone cette piete et cet amour de la chevalerie qui distinguaient son epoque. Les temps, comme les hommes, ont, en effet, un caract^re a eux propre. Le catholicisme etait alors parvenu a son apogee, et (1) Raybaud , Histoire Ms. du grand prieurii de Saint Giltes, torn. 2. Pifeces justiflcatives. (2) Papon ,' Hiiloirc gemralc de Provence , loin. 3 , Ji la fin du vol. , aux preuves de I'hisloiru, pas 28. — 211 — les arts, expression toiijours ficlMe de la religion ct des moeurs, ne contribu^rent pas pen a entretenir les peuples dans ces sentiments eleves. Raymond-Berenger IV fut, comme son pere. cn- tierement devoue aux hospitaliers de Saint-Jean de Jerusalem. Apres leur avoir accorde de nouveaux privileges et de nouvelles franchises, il voulut en- core que la maison possedee par I'Ordre dans sa ca- pitale, fut distinguee de toutes celles de son comt6. De la, d'abord la construction de I'eglise de Saint- Jean, d'Aix, I'une des plus belles de la province et plus tard 1' erection du prieure , le premier de la langue de Provence apr^s celui de Saint-Gilles. Bertrandde Comps, grand-prieur de Saint-Gilles, et chef en cette qualite de la langue de Provence, entra facilement dans les intentions du souverain. II y trouvait d'ailleurs 1' occasion d' employer d'une maniere digne et utile, la portion des revenus de la commanderie d'Aix, qui ne servait pas aux depenses ordinaires. Berenger Monge, commandeur de Ma- nosque et d'Aix, fut en consequence charge defaire construire une vaste eglise, pour remplacer la pe- tite chapelle alTectee a I'Ordre. Le nom de I'archi- tecte qui presida aux travaux est reste ignor^, comme on le voit souvent a cette epoque. Commencee enl'annee 1233 (I), cette eglise fut achevee, sauf {i) RaybauU, ibid. , torn. 1 , pat; 122 — 212 — quelques details, en Tannee 1 251 , el, c'est ici le lieu de la d^crire telle (jii'elle sortit des mains de son architecte inconnu. Plus tard , en avangant dans notre r6cit, nous fairons successivement connailre les modifications subies par elle. Mais auparavant , il convient de donner une idee gen^rale du sys- ti^med' architecture qui fut employ^ dans cet edifice. Depuis environ deux cents ans , rarchilecture romane regnait en France, mais la pesanteur et le mauvais gout qui la caracterisaient, en degoutereuj les ^v^queset les abbes des monasleres, (c'etaient les seuls arciiitectes de cette epoque). La fermentation quiagitaitalors les peuples pour le recouvrementde leurliberteoupourla veritable gloire de la religion, se fit egalement ressentir dans 1' esprit des hom- mes livres a la culture des lettres ou a celle des beaux-arts. Honleux de leur obscurit6 et peut-6tre ausside la decadence del' architecture, les artistes de r (Epoque chercherent un nouveau genre de cons- truction qui, tout en modifiantles parties de 1' edi- fice , repondit davantage aux sentiments rcligieux des peuples. L' ogive employee jusque-la comme simple ac- cident en devint la base. Le prolongement de I'arc- aigu, lasolidite des voiltes, 1' elevation et la hardiesse des edifices, la legeret6 des b^tisses et la variete des symboles represent^s dans tons ses ornements, forment les caracteres generaux de cctle architec- — 213 — t lire chretienne, designe sous le nom tie style ogival primitif, et qu'on pourrail encore appoler mystique. Lorsque cette revolution architectonique eut lieu, la Provence etait couverte d' edifices sacr^s cons- truits dans le style Romano-Bysantin. Les Hospi- taliers, voulant Clever un monument digne de la religion qu'ils defendaient avec tant de gloire, du- rent sans aucun doute appeler dans ce pays quel- ques-uns de ces ouvriers si habiles et si modestes tout a la fois, pour la construction de leur 4glise. Le plan qu'ils adopterent fut celui d'une croix la- tine, sans bas-c6t6s et parfaitement orientee selon r usage du temps fond6 sur I'autorit^ des consti- tutions apostoliques (1). Son chevet ou abside ne fut pas comme celui des ^glises romanes en rond- point, ni m^me a pans coupes, mais carr6, ainsi que ses transsepts ou crousillons. Cette innovation , dit M. Knigt (2) , commenga de paraitre a la fin du XII""® si^cle et dans la premiere moiti^ du XIII'"^. Les cathedralesde Digne, de Poitiers, de Strasbourg, etc., quoique d'un style different, ont ^galement leur abside carr6. Cette disposition du chevet donne un air severe, et , Ton doit ledire, borne la vue (1) Ac primum quidein sit aedes oblongua orientem versus navi si- milis, etc., Constitutions apostoliques , lib. 2, cap. 57, eUitione Parisiis , MDLXXI. (2) M6moire sur I'architecture religieuse de Normandie et d'Angle- terre, ins6r6 dans le bulletin monumental , torn. 4 , no 4 , pag. 208. — 214 — d'lino manierc dt'sagreable. Ce qui distingua celui- ci du clievet des ^glises dont nous venous de parlor, c'est qail ne fut eclaire que par une seule fenetre dont I'ouverture fermee se voit encore en dehors, tandis que les autres en ont trois. Ce vaisseauoffre, dans oeuvre, 45 metres de lon- gueur, 21 metres 65 centimetres de largeur dans ses deux transsepts, 9 metres 25 centimetres dans sa nef, et 16 metres 35 centim^resd' (Elevation, non compris I'epaisseur de sa voute. Elle a sept trav^es formees par des faisceaux de colonnettes arrondies appli- quees contre le mur. Leurs bases sont sexagones et une double couronne de feuillages leur sert de cha- piteaux. Au-dessus de leurs abaques ^galement sexagones, s'elevent majestueusement les arcades principales en forme de bandeau, et les nervures qui vont se rajuster aux clefs de voute orn^es de ro- saces. Celle qui est entre les deux transsepts repr6- sente la croix de Jerusalem, et celle du fond de I'abside un agneau pascal avec sa banderole. Vingt grandes fenetres geminees de 10 metres de haut (kilairaient ce magnifique vaisseau , et toutes , ex- cepts celle de la fagade occidentale, ^talent divisees en lancettes. Cette derniere, de forme ronde , se faisait remarquer par les mcneaux de six trilobes qui la traversaient dans tous les sens. Divers me- moires nous apprennenl qu'elles etaient toutes or- nees debrillantsvitraux, representant selon I'usage — 215 - flu temps, des fonds de mosaique, des fleurons et des legendes de Saints qui tcnaient lieu de tableaux. La clarle douce et myst^rieuse qu'ilsrepandaientdans le temple , inspiraient le recueillement et la piet^. Sur ceux de la fenetre du cliancel divisee, proba- blement en trois lancettes, devait etre peint 1' image du saint precurseur patron des Hospitaliers et de la nouvelle 6glise. On voyait au cote droit, les amies de Berenger Monge, commandeur do Manosque et d'Aix. Ellesetaientecliiqucteesd'argentetdegueules et surmontees d'un casque. Au c6t6 gauche, l' ins- cription suivante en lettres majuscules, dites go- thiques : JmUv Scrcncjarius illuiiaciji praccfptor MXanm^cae €tii(icatov (icdeeiae Banctt Joannb ^Iqufnsie 2lnno IDomini m. cclxiiii. Cette date est probablement celle de la pose des vitraux. L' eclat et la magnificence ne furent point reserves a r enceinte seule du temple , son exterieur ne le ceda point a la majeste de son interieur. La nouvelle nef eut vingt-neufcontreforts disposes dans tons ses angles et de chaques cot^s ; ils fi]rent surmont^s d'une aiguille, terminee elle-meme par — 120 — nn bouquet de I'eiiilles do choux fiis(^s, ce qui loui' donne la forme de clocliotons. Quatorze d'ontre eux sont perces a la hauteur du sol de la terrasse de I'e- glise, et des gargouilles figurant des animaux fan- tastiques rejettent loin du mur les eaux pluviales. Une petite muraille d' enceinte sert de parapet a la plateforme qui regne tout autour. Les quatre faces de la croix se terminent par un fronton triangulaire, mais plus aigu que ceux employes dans le style grec. On les perga d'un oeil-de-boeuf rempli par les meneaux de divers trilobes qui jamais n'eurent de yitraux. On voit encore derriere les angles des frontons, des pierres d'attente qui fairaient supposer a I'ar- chitecte 1' intention de sur^lever les voutes ou de faire une autre construction jusqu'a cette hauteur. Plus tard, le monument fut couvert dune charpente et de tuiles ordinaires an lieu de dalles , comme le sont encore presque toutes les eglises romanes. La vue de tons ces clochetons, s'^langant dans les airs avec les croix des pignons triangulaires, donne a cet Edifice un air pittoresque que n'offrent aucun de nos monuments sacr^s. La fagade, d'un style simple et severe, futflan- quee de deux contreforts, et n'efit pour lout orne- ment que la fen^trc ronde dont nous avons par]6. Elle se terminait par un fronton triangulaire simple, surmonte dune croix. — 217 — Tel fut ce temple que la pi^te tie nos anciens soii- verains et lezeledescharitables chevaliers elev^rent dans I'ancienne capitalede la Provence. S'iln'estpas le plus vaste et le plus magnifique du pays, il en est du moins le plus regulier et le plus riche en sou- venir. II est aussi, pour les artistes comme pour les archeologues, le plus curieux et le plus respectable monument de I'epoque. Mais ce qui doit le plus ^tonner, c' est que, malgre les guerres continuelles et la misere publique de ces temps-la, cette grande construction fut achevee dans I'espacede dix-huit ans. Commence en 1233, ainsi que nous I'avonsdit plus haut, il fut termine en 1 231 . Une piete eclairee suffisait seule alors pour I'adoption dun plan et pour son execution. Souvent meme les fonds n'6taient pas faits, mais le zele et la foi ne comptent point,- la charity des fideles pourvoyait a tout, et alors, les architectes et les entrepreneurs ne faisaient pas un vil trafic de leur 6tat. Quoique tons les details de son ornementation ne fussent pas entierement lermines, comme 1' observe un historien, cependant Pierre de Colmien, cardinal- ev^que d'Albano, vice-gerant du pape Innocent IV, dans cette province de Provence, nevoulutpas diCFerer da vantage la ceremonie de sa consecration. II y proceda done le 3 mai de cette annee 1231, assiste de leveque de C^saree de Philippe en Syrie, en presence des Hospitallers, avec toute la pompe 16 — 218 — du culle catholique. II accorda m6me, par ordre dii Pape, des indulgences a ceux qui, chaque ann^e, au jour anniversaire, visiteraient cette 6glise. Quelques ann^es apr5s, on construisit dans les an- gles formes par les transsepts nord-est et sud-est de la croix de leglise, deux grandes lours oruees dc cr^neaux et de machicoulis, signe de la puissance d'alors. En 12G0, le tiere Feraud de Barras, grand- prieur de Saiut-Gilles, et en cette (pialite , grand- commandeur de Tordre de Saint-Jean de Jerusalem, fit construire celle du nord. EUe servit de logement aux chevaliers proposes a la garde de I'eglise, et devint la maison de la commanderie sur la porte de 1 laquelle on lisait 1' inscription suivante, gravee sur une plaque de marbre : :2lnua Bni. mcclx 2. Itattv Jexa\iifm trt fiarracio illflignus praccfpt0r 3. pavtib. cis iltavinis 3. fi>if icatu. l^omu. On ignore le nom de celui qui fit construire cello du sud-est et I'epoque de sa construction (1 ) , nous (I) Pieces juslificatives, Miinioires du Bailli de Beauchamp. — 2i9 — avons lieu de croire cependant quelle 6tait enti^- rement conforme a celle du nord. C'est dans sa partie inferieure qu'etait placee la sacristie. Cette pi^ce existe encore en avant de ia sacrislie actuelle. Sa voute en est basse et ses nervures viennent re- poser sur leschapiteauxdespetites colonnes placees dans les angles. Elle n'ofFre dailleurs rien de re- marquable. Le reste de la tour devait coramuniquer avec la maison prieurale ou r^sidaient les pretres charges du service de I'eglise. CHAPITKE TROISIEME. Le Clocher. J'usqu'au XIII""® si^cle, les clochers des grandes ^glises de Provence n'avaient et^ remarquables que par leur masse imposante, comme ceux des cath6- drales d" Avignon, de Frejus, de Grasse, de Saint- Quinin de Vaison , |et de Saint-Sauveur de Ma- nosque, ou par leur position sur le chalcidique des ^glises, comme ceux des cathedrales d' Aries, d'Apt et de Forcalquier. Mais, places depuis a c6t6 de la porte principale, ils furent presciue toujours sur- montes dune pyramide aerienne couverte de den- licules aux angles. Leur elancement etlour legt^ret^ — 220 — rappel^renl aux yeiix des fiddles le prodige de I'as- cension du Christ; et la croix qui les surmonta tou- joursl'empire de la religion sur Ics peuples. Celui-ci, construit presque en nienie-temps que la nef, est le plus svelte, le plus elegant et le plus elanc6 de la province. II ne ressemble en rien aceux qui font precede. Carr6 jusqu'au-dessus des combles de 1'^- glise, il est divise en plusieurs etages par des cor- niches exterieures semblables a des ceintures. Chacune de ses faces est percee de deux fen^tres. La premiere, au niveau de la terrasse du temple, est divisee en deux lancettes surniontees d'un qua- trefeuille. La seconde ou la superieure, est excessi- vement elancee et comme la plus basse, de forme ogivale. C'est laqu'etaient suspendues les cloches. Les extremites de la tour sont terminees par des fron- tons triangulaires perces de trifles. II est enfin cou- ronne d'une pyramide a huit pans coupes, ayant chacun de ses angles ornesde crochets. Lesespaces triangulaires existant entre les quatre angles sup6- rieurs de la tour et la base de la fl^che sont occupes par des clochetons orncs connne elle de crochets et surraont^s d'un bouquet de feuillage. lis sontega- lement perces d'une petite fen^tre ogivale sur cha- que face. Ce clocher n'a subi aucun changement depuis sa construction, si ce n'est qu'en 1754 , comme nous le dirons plus tard, on raccourcit la fl^chesur laquelleon pla^a uno croix de malte dor^e, - 221 — au lieu du globe et de la croix latine qu'il y avail. Get edifice avail dans le principe, depuis sa base jusqu'a la croix, 1 92 pieds. II ne fut termine qu'eii 1 376, avec le produitde divers terrains vendus aux religicux Augustins par les Hospitaliers, moyennant la somme de 20 florins d'or (I). On commengait a peine sa construction en 123i, que sur les rMa- mations du chapitre, une sentence arbitrate, emanee des archeveques d' Aries etdeYienne, reunisal'e- vequedeRiez, d^cida qu'on n'yplacerait que deux cloches et qu'on ne les sonnerait qua petit bruit (2). La premiere et la plus ancienne fut suspendue a la fenetre du levant. L'inscription qu'elle portait en donnait I'historique. Nous observerons seulemenl avec le pere Dumoulin (3) , que le prieur Isnardi, dont il est parle, asiege depuis 1 264 jusqu'en 1 276. Voici cette inscription : 30tam rampanam ffcit firri ntagister l^ospitalie JvaUv <6otiffrii>iis IDuilsoii quam xeUc'U frat. HagmuntJus 30nari»r. « Le fr^re Ravmond Isnard a fait refondre cette (1) Kauris de Saint-Vincens , Notes sur I'Histoire d'Aix, torn. \ , pag. 262, Ms. a la bibliothfeque M6janes. (2) Ibid. , torn, i , pag. 186. (3) Recueil de loutes les inscrlpllons renferm6es dans les Edifices sacrfede celle ville , d6pos6 a la bibliotlitque M6janes. ^ — 222 - « cloche que le frere Godefroi Duilson , maitre de « I'hopital, avail fait faire. » La seconde, fondue aux frais du commandeur Ren6 Martin, portait encore une inscription ainsi congue : Jvatcv E^natue iltartini prafccptor Ttqufngis Jecit iicti l)anf rampanam. Plus tard, c' est-a-dire en 1 292, lorsque la tour 6tait surle point d'etre terminee, I'archev^que et le cha- pitre permirent au commandeur de I'hdpital Saint- Jean d' Aix, de mcttre quatre cloches a son clocher, ce qui fut confirme par les leltres-patentes du roi Charles II, en date du 22 avril meme ann^e (1). Ce ne fut cependant que plus d'un siecle apres, que le prieur MathieuHonoratfit faire la troisieme cloche avec cette inscription : JvaUv illatl)(us fjonorati prior Bancti Joannis iHqufnsie ferit fieri l)anr rampanam. En 1 536, R6n6 de Montejean voulant fortifier la ville pourlamettre a convert del'arm^e de Gharles- {») Saint-Vincens , Notes sur I'Histoire d'Aice, torn. 1 , pag. 207 — 223 — Quint, qui avail envahi la Provence pour sen em- parer, resolut, au grand deplaisir dcs habitants, d'a- battre I'eglise de Samt-Jean et son docker, situ6sa cette epoque en dehors de la ville, pour y 6tablir a leur place un camp fortilie. Mais il fut bieutot oblige d'y renoncer, par I'ordre du grand-maitre de Montmorency, et dans la craintc que ces fortifi- ne servisscnt aux ennemis ( 1 ). Temoin de ces preparatifs , Antoniiis Arena nous en a depeint toutes les circonstances dans ses vers macaroniques : CLOCBERIVM PVLCHRVM SANCTIQUE J(M1NNIS AQVENSIS FOYGARVNT MVLTVM FORTE CAVANDO PEDEM. PLVRES MARTELLOS DE FERRO RVMPERE Vmi : PONERE PER TERRAM QVANDO VOLEHANT EVM. JAM QVASI PER VENTOS ILLVM TRAMBLARE VIDEBAM : ET TOTVS POPVLVS FORT REGRETABAT EVM , ETC. (2). L'elancement de sa flecheet son elevation sem- blent defier les nues, aussi la foudre en a-t-elle abattu (1) Honor6 Bouche , Histoire chrotiologique de Provence , torn. 2, liv. 10 , pag. 577. (•2) Meygra entreprisa catoliqui imperatoris, quando de anno Do- mini 1536, per Antoniuni Arenam, Bruxellee apud J. Van Vlandereni typographuni , 1748, pag. 17 — 224 — plusieurs fois la cimc. Le 28 mars 1 658, Ic toiineire I'ayant perc4e, et ayant detruit le frontispice de la fagade et la derni^re trav^e de I'^glise, leParlement nomraa trois cominissaires pour examiner les dom- mages fails a ce grand edifice, et donna les ordres les plus precis pour leurs entieres reparations. Ce qui obi igea les chevaliers d'y faire travailler incessam- ment afin d"6viter la saisie de leur temporel (1 ). CHAPITUE QUATRIEME. Fondation du Prieur6. Apr^s avoir donne au commandeur d'Aix des di- rectes (2) affecteesau luminairedel'eglise, et con- tribue par ses abondantes largesses aux nouvelles constructions, Raymond Berenger c^da en 12i1, au grand-prieur de Barras, vingt mille sols cou- ronn^s a prendre sur ses albergues (3) de Nice et de Grasse, pour I'entretien de deux pretres. II fit ensuite batir pour le logement des ecclesiastiques un presbytere ou maison prieurale attenant au chevet (t) Pieces justificatives , ML^moire Ms. du prieur Viany. (2) Rentes sur ilcs fonds soigneuriaux. (3) Exirait des privileges.— Histoire du granij. prieure de Sainl-Gilles. loni. 2 , pag 95. — 225 — de I'eglise el communiquant avec die. Ce prince mourut ensuite, le 19 aout 1245. Son testament, fait a Sisteron le 24 juin 1238 (1), par lequel il choisit sa sepulture dans I'eglise de Saint-Jean, a cote de celle de son pere, et un codicille ecrit peu de temps aprfes, contiennent de nouvclles liberalites en faveur de cette maison. II lui legua la seigneurie de Vinon, sous la condition d'etablir trois autres pr§tres, charges de celebrer tous les jours les saints myst^res a son intention, et les cinq pretres regu- rent pour leur vestiaire une rente de quarante livres, assise sur les albergues des vigueries de Draguignan et de Grasse. Quelques ann^es apres la raort do son mari , le 1 1 Janvier 1 237 , Beatrix de Savoie , sa veuve, donna a cette ^glise plusieurs heritages, situes dans le terroir d' Aix, sous la condition d'entretenir trois autres pretres, qui prieraient Dieii, pour son ame et pour celle de son mari clout le corps reposait clans cette eglise. Tous ces ecclesiastiques furent loges dans le presbyt^re, et leur chef eut le litre de prieur (2). Par son testament, Beatrix legua encore a la mai- son d' Aix, le lieu de Lescale, quelle avail eu pour (1) Honore Bouche, Histoire chronologique de Provence, torn. 2, liv. 9, sect. 2, pag. 242. — Ruffi , Histoire des Comtes de Provence, Chap. 4, §10, pag. 100. (2) Archives du prieure d'Aix, hasse 2, n" 2 et 5. — 22() — sondouahc (1), avec la* charge d'entrelenir cinq nouveaux pretres, iin diacre et un sous-diacre qui devaient prier pour son ame. Villaret, grand-niaitre de rOrdre prit, d' accord avec Charles II, les me- sures propres a faire sortir a effet les intentions de sonaieule. Ce m6me Villaret avait, lorsqu'il n'etait encore que grand-prieur de Saint-Gilles, etabli dans I'eglise de Saint-Jean d'Aix, un pretre charge de prier Dieu pour lid. Toutes ces chapellenies, reunies a celles de B6- renger-Monge, de Pierre Corsin, tresorierdu roi, et de Dragonetde Montdragon, etaient au nombre de dix-neuf. Charles II y en ajouta cinq autres; et par ses leltres-patentes donnees a Draguignan , le 1 9 fevrier 1294- (2), il en fixa le nombre a vingt- quatre. En 1330, Helion de Villeneuve ayant pass6 du grand-prieure de la languc provengale qu'il occu- pait depuis 1319 a la grande maitrise del'Ordre, se reserva expressement la collation du prieure de Saint-Gilles et des commanderies qui en dopen- daient. Pendant qu'il etait grand-prieur, iln'avait point tenu de chapitre, mais, des qu'il fut reconnu chef (1) Archives du roi d'Aix, registre Pergamciioittm, piig 107. — Livre dos Privileges des Comtes de Provence. (2) Archives du Prieure, sac 2, n« 6. — 227 — (lel'Ordre, il s'empressa, dil I liistorien de Sainl- Gilles (1 ), d'en assembler iin a Aix, le dimanche 1 mars de cette meme aiinee 1 330. II regla le service qui devait se faire dans I'eglise de Saint- Jean de cette ville., D'apres sa bulle de reformation , I'eglise devait etre desservie par dix-huit pretres. tons religieux del'Ordre, au lieu de vingt-quatrc. Douzed'entre eux furent destines aux fondations du comte Ray- mond-Berenger et de Beatrix, reine de Naples, sa fille ; deux a la fondation de Pierre Corsin , treso- rier du roi ; un a celles du grand-maitre Guilleaume de Villaret et du fr^re Berenger-Monge , comman- deur d'Aix; un a celle du grand-prieur Dragonet de Montdragon. Les deux derniers furent charges de servir, I'un la chapelle de Sainte-Gatherine, au- paravant des Templiers, et dependante alors de la maison d'Aix, I'autre la chapelle qu'ilavait erigee en I'honneur de Saint-Louis, ev6que, et des onze mille Vierges dans Thopifal qu'il avait fonde. II ordonna ensuite qu'il y aurait toujours dans la maison d'Aix , un diacre , un sous-diacre et deux clercs. II chargea le commandeur d'Aix , de nourrir tons ces pretres et chapelains , et voulut que leur entretien fut pris sur le revenu des commanderies d'Aix , de Bayle et de Ca- (1) Tome 1", pag — 228 — Ussaue. II assigna pour le vesliaiie iles nitimes pretres et ecclesiastiques la rente de 300 gillals ou florins d' argent que le grand-niaitre Guilleaume de Villaret avait achet^e pour I'entretien du pr^lre qu'il avail fonde, et qui etait imposee sur la propriele de Gaudi, situ6e au terroir de Manosque ; celle de 300 gillats, quelui, grand-maitre, avait achet^e sur I'affar de Boniface de Bertrand, de Forcalquier. situee dans le meme terroir, et qu'il avait assignee pour le chapelain de Ihopital qu'il avait fonde; 400 autres gillats de rente imposes sur des fonds de terre situes au terroir de Volx, et enfin 300 gillats sur les seigneuries de Vinon et Ginasservis. II ordonna aussique les pretres iraient tons les dimanches en procession a son hopital, et y chanteraientl'Epitre et I'Evangile, ainsi qu'on le pratiquait a I'eglise con- ventuelle de Rhodes (1). Ge reglement fut confirm^ par le chapitre-g6n6- ral, c^lebre dans I'ile de Rhodes, le 23 decembre 1344. 1 (t) Archives du prieurt^, privileges d'Aix, liasse 2, no 8. — Livre des Privileges des Comtes de Provence, pag. 124etsuiv. — U n'esl pas dit qu'on y r6cita 6galement les pri^resde la messe selon I'usage de ce temps-la. D^sla plus haute antiquity quand onenscvelissait les morts ou qu'on administrait les malades, on 6lait dans I'habitude de reciter 'es pri^res de la messe, sans prononcer cependant les paroles sacra- mentelles, ni celles de la communion. Onappelail ccla dire la messe s^cho. Cetto pratique fut interdite par le Concile de Trente, dans sa 22o»! session — 229 — Quelque temps apres, un college fut attache an prieur6 de Saint-Jean, pour 1' education desjeunes clercs, et, par une convention passee entreleprieur Matliieu Honorat et le recteur de I'universite de cette ville, en 1 462, le premier fut mainlenu dans le droit de nommer seul les regents, Ce prieure etait dans I'etat le plus prospere , lorsque tout a coup Tinvasion de Charles-Quint vint porter la desolation dans cette ville. On ordonna de demolir tout ce qui, horsde la cite, pourrait servir a I'armee ennemie. Tout fut rase, le bourg Saint- Jean et le presbytere bilti par Raymond-Berenger. Quelques annees apres, c'est-a-dire en 1540, le prieur Valentin Dubois le fit reconstruire, mais avec beaucoup raoins de solidity et de magnificence que le precedent ; ce qui n'empecha pas Marie de M6- dicis de s'y loger le 16 novembre 1600 , lors- qu'elle vint en France pour y epouser le roi Henri IV. Les troubles suscites par I'invasion de Tcmpc- reur ayant foit suspendre le culle public dans cette eglise, le Parlement rendit un arret le 6 fevrier 1 543, par lequel il ordonna que le chant des offices et la distribution des aumones seraient renouveles, cette (Eglise etant de fondation royale. Tons les pr6tres attaches an prieure formaient un espece de chapitre, exempts de la juridiction de — 230 — I'ordinairc (1), d apn'^s une bultc dii pape Paul V, envoyee an prieur de Naberat, en 1 606; le prieur devait etre prof^s conventucl del'ordre de Malte, licencie en theologieou en droit canon, ct i) jouissait de la cure attachee a cette ^glise. De plus , il avail le droit comme certains abbes de monasti^re, de porter la mitre et lacrosse lorsqu'il officiait (2). A I'av^nement de Ms". de Vintimille a I'ai-che- veclie d' Aix, le prieur et le sacristain qui, jusqu'a- lors avaient porte le surplis a grandes manclies re- couvert de la mosette noire, furent autorises, par le souverain pontife, a porter comme les pr^tres con- ventuels de Malte, le rocher a petites manches avec la mosette violette. Ceprieur6 rapportait 12,000 livres de rente a celui qui en jouissait, mais, outre les reparations qu'il 6tait oblige de faire au presbyt^re, il devait encore nourrir et donner des emoluments a plu- sieurs ecclesiastiques qui desservaient cette 6glise avec lui. Dans ces derniers temps, le nombre avail ete r6duit a six. Divers arrets du Parlement, entre autres celui du 13 fevrier 1638, avaient fix6 la somme n^cessaire a leur subsistance. (1) Voyez aux pieces justificativos le Mi^nioirc du prieur Viauy, a(lress6 h Mer. I'archevfique d'Aix. (2) Procfes-verbal de la visile faite en 1681. - 231 — CHAPITRE CINQUIEME. Tombeau des Biirengers. Pendant scs discussions avec I'empereur Frederic II, le pape Innocent IV crut devoir semettrea I'abri de ses coups, en clioisissant la ville de Lyon pour le lieu de sa residence. C'est la que le comte de Provence vint lui rendre ses hommages et qu'il regut de ses mains la rose d'or. A peine de retour dans la capitale de ses etats, Raymond-Berenger tomba malade et mourut, comnie nous I'avons dit, le 19 aoiit 1245. Agrege depuis longtemps dans I'ordre des Hospitallers dont il avait pris r habit en presence des prelats et des hauts ba- rons de cette province, il avait choisi le lieu de sa sepulture dans I'eglise de Saint-Jean d'Aix, a cote de celle d'Alphonse II, son p^re. Mais comme le nouveau temple n'etait pas encore termine au mo- ment de sa mort, son corps fut mis en d^pot dans la metropole de cette ville jusqu' en 1251, 6poque de sa translation, dans le magnifique mausolee que la reconnaissance des chevaliers lui avait 6le\e. C'est peut-etredans rornementation des tombeaux quel' art chretien produisit le plus de chefs-d'oeu- vre. Tout y rappelle la spiritualite, tout y annonce rimmortalite de I'ame. L6gerete des colonnettes, — 232 — richesse des dcntolures, ondiilalion dos moiilures, clancement des pyramidcs, expression des person- nages emblematiques, figures sur les bas-reliefs on dans les statues isol^es, tout en un mot rappelle au Chretien que la mortn'estqu'unsommeil, un passage du temps a leternite. C'est ce qui nous explique I'attitude douce et tranquille dans laquelle sont re- presentes les illustres defunts sur leurs lombeaux. Celui-ci est divise en trois parties : celle du mi- lieu est en forme de baldaquin soutenu par cinq faisceaux de colonnettes arrondies, dont trois sur le devant et deux sur le derriere appuyees contre le mur du transsept. Les chapitaux sont composes d'une double couronne de feuilles d'ache. La partie sup6i'ieure du monument est un fronton triangulaire orne dans ses angles de denticules ou crochets. Le tout est surmonte de trois pyramides cgalement cou- vertes de feuillages. La partie inferieure de ce fronton est cintree en ogive au haul de laquelle est une grande rosace paraissant elre soutenue par trois anges. Cette arcade se subdivise au-dessous en deux plus petites egalement ogivales. Dans la partie su- p6rieure des ogives est une petite couronne soutenue par deux anges de chaque cot^s, appuy^s sur une autre arcade infdrieure ressemblant a un trifle. On voit aux deux extremites lateralcs du fronton supd- rieur, deux chiens de difTerentes especes fixant Tun et I'aulre leurs pattes sur une tete humaine. — 233 — Sur la tombe plac^e en-dessous de cette archi- tecture et dont la bordure est ornee dune petite guirlande de lierre, repose un homme v6tu de la robe, du maiiteau et du cordon que portaient les chevaliers Hospitaliers. Ses pieds, selon 1' usage du temps posent sur un levrier, pour marquer la fidelite et la promptitude avec laquelle le defuntamarchedans le cliemin de la vertu. Ses mains sont jointes comme celles dun suppliant. C'est 1' image d'Alphonse II, comte de Provence, raort a Palerme, en 1 209. A gauche est une niche carree, form^e de quatre colonnettes isol^es et soutenant un esp^ce de pi- nacle. On voit a chacune de ses faces un fronton triangulaire orn6 de feuilles de chene an lieu de crochets, etl' arcade inf^rieure est a trifle. Les an- gles de ce petit monument ainsi que la partie sup6- rieure sont couronn^s de clochetons surmont^s eux- m^mes d'une petite pyramide dentelee. C'est dans cette niche quest la statue de Raymond- B6renger IV. II est debout et entierement convert d'une cotte de mailles; ses gantelets, son haubertet son cuissart sont 6galement maill^s ; ila, pardessus, une cotte d'arme. Une grande 6p6e est suspendue a sa ceinture. II tient de la main droite la rose d'or que le pape Innocent IV lui donna en 1245, II s'appuye de 1' autre sur un grand bouclier, pareil a celui qui est supendu au-dessus d'Alphonse II, son pere. 17 — 534 — La niclio de droitc est a pen pr6s semblahle a celle-la, mais 1' architecture en est plus simple, plus degagee, et les clochetonspyramidauxplus elances. La statue quelle renferme est celle de Beatrix de Savoie, epouse de Rayniond-Berenger, morte en 12GG. La figure de ces statues est assez expressive, et laraideurque Ton remarque dans 1' ensemble est peut-^tre I'effet de I'armnre pesante du prince et du costume de son epouse. Ce caract^re d'immobi- lile, qui frappe an premier abord, est le symbole de r eternity. Nous avons a examiner maintenant les bas-reliefs du mausolee d'lldcfonse. Toutes les faces concou- rent a representer le meme sujet qui est I'ouverture du tombeau et I'enterrement du comte. Le petit cote a gauche represente quatre personnages, peut- etre des pr6tres plus ou moins affect^s de la c6r6- monie a laquelle ils assistent. La premiere chose qui s'offre a nous sur le grand c6t6, c'est le cercueil dans lequel va reposer le prince. Deux religieux soutiennent avec effort la pierre destinee a le couvrir. L'archeveque d'Aix, prcsidant a cette ouverture, leve une main vers le ciel, et semble annoncer que Dieu a admis Ildefonse au nombre de ses 6lus. Un moine ^coute avec attention le discours que I'evfique fait a cette occa- sion. Un autre pr6tre porte la croix. Cette c6r^- - 235 — monie devantStre toujours sanctifi^e par la presence de ce signe sacrt^. Pendant ce temps un moine lit imecrit, probablement le testament de Raymond- Berenger on le proces- verbal de cette inhumation, et celui qui Taccompagne en suit la lecture comme pour voir s'il ne commet pas quelque erreur. C'est la partie du bas-relief la mieux entendue etla mieux ex6cutee. L' invention duresten' en est pas aussiheu- reuse. Ce sont des pr6tres et des moines, tons at- tentifs a cette c^remonie , et remplissant chacun quelque fonction. Le premier pres du tombeau tient unbenitier, le second 61eve un encensoir. Le pretre qui suit, convert d'une grande chappe, estle fr^re Didier, premier prieur de cette 6glise qui, ^levant les mains, semble prier. Derri^re lui est le com- mandeur B6renger-Monge, tenant un rouleau d6- ploy^; c'est la charte des donations qu'Ildefonse et Raymond ont faites a son Ordre. Ceux qui viennent ensuite, dit Millin (1), sont deux chanoines dont I'un est vupar derriere et 1' autre par devant. lis ont sur la t^te en-dessous du capuchon de leur man- teau, un bonnet releve et plisse toutautour. Le bas-relief est termini au petit cdt6 de droite par un pleureur qui s'arrache les cheveux, et une pleureuse agenouillee, couverte d'un grand voile, exprimant le plus affreux desespoir. (I) Voyage dans le Midi de la France, torn. S, pag. 290 — 236 — Ce bas-relief est precieux en ee qii'il nous fait connaitre la forme des habits des 6veques , des pretres, deschanoines, dos hospitaliers et des clercs ail milieu du XIIl'"° si^cle. A toutes ses fondations, Raymond-Berenger en avait ajoute une autre. Deux ans avant sa mort, il avail fait diverses donations a I'archev^que et au chapitre de Saint-Sauveur, afin qu'un service so- lennel fut cclebre ehaque annee, le premier jeudi a|)i'^s la Saint-Michel, pour le repos de Tame de son pere, de sa mere et de la sienne (1 ). Tons les ans en effet, a dater du jour de la trans- lation et a I'epoque indiquee, le chapitre se rendait processionnellement a I'eglise de Saint- Jean, et y chantait une messe de requiem, suivie do I'absoute. II avait soin toutefois de faire transporter dans cette 6g!ise, tout ce qui etait necessaire au saint sacrifice, non-seulement les vases sacrdfs et les ornements, mais encore la cire, le pain et le vin. Ce service n'a cess6 d' avoir lieu qu'en 1 790. CHAPITRE SIXIEME. Tombeau de la Reine B6atrix. A r entree du transsept du sud, en face du tom- beau des comtes, etait celui de Beatrix, quatrieme (1) Piton, Anualei de la sainle ec/liae d'Ai.v, pag. 147. — 237 — fiUe tie Raymond-B^renger. Cclle princessc avail Spouse le fr^re de Saint-Louis , roi de France, Charles, comte d'Anjou, devenu par son manage comte de Provence. Soeur de trois puissantes reines, son unique ambition etait de le devenir comme elles, et, lorsque la victoire I'eut couronnee reine des Deux-Siciles , la mort vint la surprendre au milieu de ses triomplies, en 1267, dans la villc de Nocera, a I'&ge de 38 ans (1 ). Longtemps avant sa mort , dit Ruffi (2) , elle avail fail son testament et avail choisi le lieu de sa sepulture dansl'^glisede Saint-Jean d'Aix, ou deja reposaienl les corps de son aieul, de son p5re et probablemenl desam^re. Quoiqu'elle fulvivement regrett^e de son mari, les embarras de sa nouvelle royaute parurenl lui fa ire oublier les derni^res vo- lonles desonepouse. C'esl pourquoi les chevaliers de celte ville s'adress^renl au souverain pontife, pour engager le roi-comle a faire ex6culer son tes- tament. Clement IV 6crivil en effet une leltre de Viterbe oil il residait (3) par laquelle il pressait ce prince de faire transporter le corps de la reine dans Teglise de Saint-Jean d'Aix. Cette lettre produisil son effel, et la translation eul lieu en 1 268. {i) Saint-Vincens, NotesWs. sur I'Hietoire d'Aioo, torn. 1", pag. 189. (2) Histoire des Comtes de Procence, pag. 212. •(3) Ruffi, Idem, pag 213. — -238 — Son tombeau n'^tait pas moins remarq liable pouf rornementation que celui de son aieul. Il^tait menie plus riche sous le rapport de la statuaire. Neuf grandes statues poshes sur des bases elegantes cou- ronnaient ce magnifique mausolee. Cinq bas-reliefs, renfermes dans des medaillons dune forme parti- culifere, ornaient les diverses faces du tombeau ; et deux autres representant les Apotres ^taient plac(^s au fond du monument, a cote de la statue couch^e de la reine. Ces derniers paraissent avoir ete beau- coup moins soignes que les autres. A 1' exception de deux ou trois, les figures de ces fondateurs de 1'^- glise ^taient presque toutes grotesques, etl'on s'a- percevait que I'artiste n'6tait point encore fixe sur la forme qu'il devait Icur donner. II y avail, en tout, cinquante figures composant les tableaux de la resur- rection des morts et du jugement dernier. En ge- neral, toutes ces statues avaient du naturel et une grande vi^rit^ d' expression. CHAPITKE SEPTIEME. Tombeau du Grand Prieur Dragouet de Monldragou. Au commencement du XIV'"" siecle, Dragouet de Montdragoii, grand-prieur de Saint-Gilles, etant mort a Aix, il fut enseveli dans cette eglise, qu'il — 239 — avail d^sigii^e pour le lieu de sa sepulture. Cost dans cette vue qu'il laissa des rentes a prendre sur des fondsde terre situcs a Manosque, pour I'en- tretien d'un pr^tre qui devait chaque jour dire la messe a son intention (1 ). Ce chevalier , proven^^al d'origine, ne dut qua son merite personnel d'avoir el6 choisi par le grand-inaitre des Hospitallers, son lieutenant en-dega des mers. Non-seulement il jouis- sait de I'estime generate de tons ses fr^res d'armes, mais encore il avait toute la confiance du roi Charles II, son souverain, qui le fit son conseiller intime et son commensal; ce qui I'obligea de fixer sa residence dans cette ville ou il d^ceda le 22 Janvier 1 31 0. Ce fut dans un enfoncement en forme de grande niche pratiqu^e dans le mur a droite, en entrant par la porte principale et sous la troisieme trav^e de la nef, qu'on 61eva son tombeau. On y plaga dessus une statue qui le repr^sentait concha, la t^te ap- puy6e sur un coussin et les pieds sur un socle, re- \Hu de la robe des chevaliers avec la croix de son ordre. Le tout 6tait surmont6 d'une arcade sur- baissee en-dessous de laquelleon voyait au milieu, son ^pitaphe encadree, ecrite en lettres majuscules, dites gothiques. Elle est ainsi congue : (I) Proc^s-verbal de la visite faite en 1613, sous le prieur de Naberat. — Histoire du grand prieurii de Saint-GiUe.s,' torn. 1«r, pag. 205 — 240 — IDomimis fratf r Braconctus 'ife MowWifvacoiu , Iprior l)onorabilis sancti e^Mi d vice matjistcr 3n partilme c is-marinie l)tc \accl qui mi0rayit 2lb l)Of ^oemio anno lUomini m. cccx. xi kal. i^fbruarii. (Eju6 nnima rrquifscat in pare. Timen. pain nostcr. « Ci git le seigneur frere Dragonet de Mont- « dragon, honorable prieur de Saint-Gilles, et lieii- « tenant du grand-maltre en-dega des mers, lequel « quitta ce si^cle, I'an du Seigneur mil trois cent « dix, le onzi^me jour des kalendes de f6vrier, que « soname repose en paix. Ainsi soit-il. Notre pere.» En-dessous 6tait la representation de son bou- clier , place entre deux ecus ; du c6t6 droit 6lait celui de ses armes, form6 de gueules a un dragon ayant la tete de lion, le col velu et la poitrine ; les ailes d'aigle; la patte gauche aboutissant a quatre griffes, chacune d'elles se terminant en gueule de dragon , de m^me que la queue ; la patte droite lev^e et semblable a un bras d'homme, dontiltient un serpent qui le mord au coude. Le tout d'or (1). Du cote gauche ^tait un autre 6cu charge de six dragons en pal. L' antique cath6drale de Vaison et son ^glise pa- (!) Raybaud, Uisloin Ms du urand ijrieure da Saint-Gilles, torn. <<• — 541 — loissiale actuelle, conservent encore plusieiirs mau- sol^es de cette esp^ce ; ils sont places dans des enfoncements pratiques dans les murs, en forme de grande niche. Ce ne fut probablement que vers le milieu du XIV'"'' si^cle , lorsque 1' usage d' Clever des clia- pelles particuli^res aux saints dans les parlies la- terales des eglises s'etalilit , qu'on origea un autel devant ce tombeau, en I'honneur de Saint-Roch et de Saint-Louis , roi de France. Le premier , comme on le sait, raourut en 1 327. Get autel fut, plustard, cMe a la confrerie des botes etp^tissiers de cette ville. C'est alors qu'il changea de titulaire et qu'on le consacra a Sainte-Marthe, I'hotesse du Sauveur ; le tableau du fond representait la sainte avec sa soeur Madeleine aux pieds de Jesus. En avant de I'oratoire de Sainte-Marthe, contre le mur de la seconde trav^e et ou fut perc^e dans la suite la chapelle du Purgatoire, on avait ^lev6 un autel a Saint-Antoine, premier ermite , surmont6 d'un tableau. II existait une porte conduisant a la maison prieu- rale en-dessus et contre le mur de la quatrieme trav^e, touchant le transsept du sud. Les deux transsepts furent ^galementorn^s d'un autel chacun , mais leurs titulaires vari^rent. On consacra celui du nord tantot a la Sainte-Vierge, et tantot a Saint-Jean levangehsle. II en futde m6me — 242 — (\e cclui du siul que I'on dedia d'abord a Notre- Dame des Neiges, et ensuite a Sainte-Madeleine. On aurait pu, ce nous semble, supprimer plus tard ces autels ou les faire bcaucoup plus petits. Ces emplacements etant deja suffisamment occupds paries tombeaux des comtes et comtesses de Pro- vence. C'est dans ce dernier transsept ( celui du sud ), que les fr^res Geraud et Valentin Dubois firent cons- truire en face de I'autel, vers le milieu du XVI""' si^cle, le caveau destin6 a la sepulture des prieurs de cette eglise, ainsi que nous I'apprend 1' inscrip- tion gravee autour de la pierre tombale : HVNC TVMVLVM CONSTRVERE FECERVNT FRATRES GERALDVS ET VALENTINVS DE BOSCO PRIORES HVJVS ECCLESIiE AC NEPOTES REVERENDISSIMI DOMINI BALIVI MANVASC^. CHAPITRE HUITIEME. Cimetifere de Saint-Jean Comnie toutes les anciennes 6glises appartenant a une corporation religieuse, celle de Saint-Jean avait un cimeti^re particulier. II etait situ6 au nord, a Test et au sud-est de I'ancienne chapelle des che- valiers, et de la nouvelle eglise qui la rempla^a. — 543 — La quantite d'ossements que Ion a trouves en creusant les caves des maisons situees dans ces di- verses parties, ne laissent aucun doiite sur cette position. II parait cependant, qu'a I'epoque de la suppression de I'hopital ii avait ete reduit, puisque, dans le plan de la ville donne par Belleforest, au XYjme siecle, il remplissait seulement I'espace situ6 au commencement de la rue Cardinale, c'est-a-dire le sol occupe aujourd'hui paries maisons adossees aux chapelles laterales du nord, et par les maisons en face, jusqu'a Tangle nord-ouestdu clocher. Pendant la construction de J'eglise en 1233, le chapitre de Saint-Sauveur, alors cure primitif de toute la ville, voyant I'empressementdes habitants a choisir le lieu de leur sepulture dans ce cimeti^re, et se trouvant par-la frustr6 des droits qui lui re- venaient sur les inhumations, voulut arreter ce qu'il croyait un abus et m6me une injustice, en defendant aux hospitallers de n'y recevoir, a I'avenir, d'au- tres personnes que les membres de leur ordre. Ceux-ci s'adress^rent alors au saint siege, et le Pape nomma une commission de cinq membres, au nombre desquels etaient les archeveques d' Aries, de Vienne et de Riez, pour juger ce dififerend. Les arbitres s'etant rendusjlans cette ville le 18 juillet, le 29 du m6me mois ils rendirent une sentence par laquelle il fut decide : 1 ° que toutes sortes de per- sonnes pourraient se faire ensevelir dans le cime- — 544 — liere do cette eglise et s'y fairc administrer les sa- croments : 2*^ que le clocher ne pourrait avoir que deux cloches, qu'on ne sonnerait qua petit bruit ; 3° que le chapitre aurait le quart de ce qui lui serait Iegu6 par les laiques qui s'y fairaient ensevelir. Ou ne comprenait point parmi les laiques, lesfr^res laics portant la croixde I'ordre, ni ceux qui, y ayant elu leur sepultuture, pendant lour maladie sans ^tre en- core affilies a I'ordre, y etaient cntres apr^s leur con- valescence : et on refusait au chapitre tout droit sur les armes, chevaux valant plus dedix sols couronn6s et le propre cheval du testateur. Du reste, on assi- milait aux chevaux lesjuraents, palefrois, roussins, mulcts et mules, etc. ; 4° Enfin, que tous les biens appartenant a la commanderie seraient exempts de la dime. Ce cimeti^re (1) 6tait, en 1668, dans un dtat complet d' abandon, aussi le commandeur de De- mandolx ordonna-t-il , dans sa visits faite cette ann^e, d'en reparer les mu rallies et d'y planter une croix. II nefut entierement supprime qu'en 1681, lorsque le prieur Viany en vendit le terrain pour la construction de diverses maisons. C'est dans son en- ceinte, dit de Haitze (2) , que furent enseveUs B6- (1) Proc6s-vorbaI de cetto visile failc en 1668 (2) Topographie Ms. de la vUle d'Aix. pag. 102. — 245 — renger-Mongo ct les premiers religieux attaches a cette 6glise. CHAPITKE NEUVIEME. L'U6pital tie Saint -Jean. Un ties plus beaux titres de la ville d'Aix est, sans contredit, celui que lui donne un de ses historiens (de Haitze) lorsqu'il I'appelle : la ville hospitaliere par excellence. En efFet, d^s les temps les plus an- ciens, les malheureux trouv^rent dans son enceinte des asiles ouverts k toutes leurs mis^res. II y avait, dit Piton (1), presque autant d'hopitaux que d'e- glises. Les mendiants, les vagabonds, les orphelins, les aveugles, les enfants abandonn^s, les p^lerins, les passants et les malades de toute esp^ce , trou- vaient des refuges ou des rem^des aux maux divers qui les affligeaient . Mais Miopital priiwipal, le plus riche et le mieuoo meuble, comme le plus necessaire, ajoute le'm^me historien, ftit celui des malades (2). II fut fond6 par le grand-mailre Helion de Villeneuve, en 1331, etnon par les princes de la maison de Barcelonne, comme le dit encore Piton (3). (1) Annalesdela siiints egtise cl'ALv, pag. -il^. (2) Idem, idem. (3) Idem, pag. -21'* — -I'm - Cctauleur n'a pas vii quo les biens etles immii- nites accordes aux liospitaliers de Saint-Jean de Jerusalem, par Alphonse II, Berenger IV, Beatrix sa fille et Charles II, ne leur furent point donnes precis6ment pour fournir aux besoins de I'hopital des malades de Saint-Jean de Jerusalem d'Aix, mais pour les fondations diverses qu'ils firent dans leur ^glise oil ils choisirent leur sepulture; pour la cons- truction decette m^me 6glise, pour le prieure, c'est- a-dire, pour le logement des pr6tres et pourlanour- riture et I'entretien de ceux-ci. C'est pendant qu'il 6tait grand-prieur de Pro- vence, c'est-a-dire de 1317 a 1319, que le pieux Helion de Villeneuve congut le projet d'un hopital pour les malades indigents de cette ville. Penetr6 plus que tout autre des devoirs et des obligations de son etat, il voulut leur ouvrir un asile oii tons les secoursspirituelsetcorporels leur fussentprodigu^s. II paratt, par certaines dispositions prises dans le chapitre provincial tenu a Aix en 1 331 , que cet hopital fut r6gi par les monies reglements que I'ho- pital de Rhodes. Leprieur et les autres pretres de Saint-Jean devaient oiler tons les dimanches en pro- cession , visiter les malades, et y chanter solennel- lernent I'Epitreet V Evangile du jour (1). (I) Archives (In Vv'mwt'i. — I'riviUcien d'M.v. liasse'2, ii" 8 — Livn des Privileges (Ic Provein-f, pag. 124 01 siii\ — 247 — La pi(5t6 et la charite avec laquclle les Hospi- taliers traitaient les malheureux, en augmeiUait sans cesse le nombre, de sorte que les secours ne tar- d^reiit pas a manquer. Mais pourobvier a cet incon- venient, le grand-maitre y unit, le 8 octobre 1 333, les rentes que I'Ordreavaitacquis de Pierre Despr^s, cardinal-ev^que de Palestrine, pour I'echange de la comnianderie de Saint-Vincent, et plusieurs autres rentes imposdes sur diverses terres, situees soit dans le terroir de Tarascon, soit dans celui d' Aries. Mais les guerres intestines qui desolerent cette province pendant tout lecours du XV"^® si^cle, en multipliant le nombre des malheureux diminu(^rent aussi les revenus necessaires a leurentretien, et, soit afTaiblissement de zele et de charite de la part des chevahers, soit diminution des ressources, cet ho- pital fut supprime le si^cle suivant (1 ). Enfin, le 8 du mois d' octobre 1531, le conseil de ville , preside par noble Bernard Bochadin, vi- guier et commandant pour le roi dans cette ville d'Aix, decida que tons les hopitaux de cette ville, seraient reunis a celui de Saint-Jacques, nouvelle- ment fonde par Jacques de la Roque, et que les pauvres disperses dans les autres hopitanx y seraient conduits, et leurs revenus seraient pergus et ap- (5) Raybaud, llistoire Ms. du gyand prieuri' de Suint-Gille.':, Unu. 1" a la bibliollit'que M6janes. — 248 — pliqiK^sselonla voloiU6(lcsadininistralcurs du susdit liopilal Saint-Jacques (1). Les chevaliers Hospitaliers s'engagerent alors a entretenir treize pauvres malades dans ce nouvel hospice, mais diverses circonstances , notamment la negligence desrecteursdel'hopital Saint-Jacques, furent cause que cette prestation fut discontinu^e : ensuite, les mferaesrecteurs s'^tant pourvus au Par- lementcontre les chevaliers, ceux-ci firentevoquer r instance, dit Pilon (2), au conseil du roi qui jugea la prescription en leur faveur, et debouta les admi- nistrateurs en 1636. CHAPITRE DIXIEME. Des chapelles en g6n6ral el'de celle de S' Louis, 6v6que, en particulier. Nous avons dit ailleurs (3), en parlant des cime- tieres chr^tiens, quelle avail ete I'origine des cha- pelles ; nous allons d6crire maintenant celies qui furent successivement fondees dans cette eglise. Au commencement du XIV'"*' siecle, les archi- tectes n'avaient point encore adopte, du moins en {{) Mouan, Notice historique sur Jacques de la Ror069l9 I)f 2lqiu5 miles, iiuie ciiulie profreeor, €tiu miiivacit irie tJfcimd nond maii , trccimd Cluintd iuMctione onno IDomini 1347 cujus anima in pacis bcatituiJine rcquicscat. i- 3lmfn -^ « Ci-git noble homme le seigneur Francois de « Grossis, d"Aix, chevalier, professeur de droit « civil, qui mourut le dix-neuvi5me jour de mai, la « quinziemeindiclion, I'andu Seigneur 1347. Que « son ame repose dans la beatitude de la paix. « Ainsi soit-il f. » Cette inscription, trescurieuse par la forme deses lettres, nous fait connaitre un savant de ce paysdont aucun historien (du nioins que nous sachions), n' avail encore parl6. II fut du nombre de ceux qui ensei- gn^rent le droit civil dans racad(^mie gen6rale des - 2:)') — sciences, i'ond6e a Aixen 1 100, par le conile Ilde- fonse I*"", et Lien avant la foudation de rUniversile. par Louis II, en 1 409. Cette chapelle ne fut, jusqu'en 1G80 , qu'une chapelle sepulcrale. A celte epoquc, le prieur Viany la restaura et y eleva un autel. CHAPITRE DOL'ZIEME. Avt?nenient du fr6re Jean-Claude Viany au Prieurci dc S'-Jean Depuis I'edit du mois de Janvier 1 646, par lequel Louis XIV autorisait I'agrandissement de la ville d'Aix, une nouvelle enceinte avait et6 tracee dans la partie raeridionale. Outre le jardin dc I'Arclie- vSque (I ) ; I'eglise de Saint-Jean, sa maison prieu- (I) Le jardin et les pr6s do l'archev6quc comprenaient la majeure |)arlic du Cours actuel , comincn(;ant a I'extremite du jardin do I'ancien inonasiere dos Carnieliles; se prolongeaient en droite ligne dans la direction dn couchant jusqu'a la rue Saint-Lazare, qui 6tait alors un chemin puhlic conduisant ix Marseille, longeaicfit ce chemin du nord au midi, jusques a peu do distance de I'ancicnne mala- drerie Saint-Lazare. La ils conlournaient vers le levant en suivant eel autre petit chemin qui de cette maladrerie aboutit aux batiments de la Boucherie , ot de ce dernier point ils remontaient vers le nord jusqu'au jardin des Carmelites dont nous avons parl6 plus haut ot dont ils 6taient s6pares neanmoins par un troisifenio chemin qui conduisait a Marseille, lorsqu'on sortait la ville par la portc Saint-Jean ( Memorial d' Ai.v . du iS fevrier 1844 J — 257 — rale et son enclos s'y trouverent ronfermes. Des cette opoque, un grand mouvemcnt de construction cut lieu, et la noblesse se hata de faire Clever, dans le nouveau qnartier, de magnifiques hotels qu'elle vint habiter. Depuis plus de vingt ans on travaillait aux nouvelles b^tisses, lorsque le grand-maitre dom Nicolas Cotoner nomma, le 22 avril 1667, Jean- Claude Viany, auparavant pretre del'Oratoire, pour succeder au fr^re Pierre Cheilan, prieur de Saint- Jean. Des qu'il eut pris possession de sa nouvelle dignity, le13juinde la m^me annee, le nouveau prieur resolutd'executerles grands projets de res- tauration qu'il avait formes. A une science etenduo, a un esprit actif et remnant, ce pretre chevalier joi- gnit une grande ambition. Jaloux des prerogatives de sa charge, il ne laissa echapper aucune occasion de les exposer au grand jour, et, souteuu par le credit de sa famille, il osa tout entreprendre. Jusque-la ses predecesseurs, on negligents oude- pourvus des moyens necessaires, se contentaient de remplir leurs devoirs religieux sans etre fort sou- cieux de reparer et d'embellir leur eglise ; souvent m^me , a la requete du procureur-general du roi, le Parlement avait ete obhge d'intervenir et de forcer les Hospitallers a faire les restaurations les plus urgentes. Une seule fois il etait intervenu contre le commandeur d'Alvis dc Castellane qui, en 1598, avait voulu faire fermer une partie des fen^tres et — 258 — changer la forme de la vitrerie , et par son arr^t du 5 juin de cette annee, il lui avail ordonn6, sous peine de la saisie de son teinporel, de r^tablir les choses dans leur menie 6tat, avec inhibition de clore., fermer, ni changer la forme des fenfires et des vitres. Comme nous ne connaissons pas les travaux ex6- cut6s par ce commandeur et ses projets ulterieurs, nous ne pouvons pas les apprecier au point de vue de I'art. On pent cependant conjecturer quelePar- lement etait fond6 a emp^cher cette innovation. Ajoutons ici que cette Cour profiita de cette circons- tance , pour enjoindre a lOrdre de retablir dans r^glise d'Aix, les reliques et la vaisselle d'argcnt qui appartenaient a celle-ci, et qui avaient et6 trans- port's aMalte avec les les archives, lors del' inva- sion de Charles-Quint. Le premier soin de Viany fut, au contraire, de mettre de I'ordre et de la r'gularit6 dans son (^glise, d'y faire c616brer les offices avec toule la pompc et ladecence qu'exige la saintet' des myst^res sacres. II rechercha ensuite tons les litres de son prieur', perdus pour la plupart , et fit rentrer dans la mense de son 'gUse, les pensions et les droits suspendus depuis longtemps. La raaison prieurale etait presque inhabitable et tombait en ruine, Viany resolut d'en construire une plus digne et sur un nouveau plan. Le 6 novembre 1670, il oblint a eel elTel rautorisalion necessaire — 250 — de la laiigue tie Provence, ot lo 25 fevrier de I'annde suivante, il en posa solennellemenl la pre- miere pierre sur laquelle on grava ces mots : D. o. M. PONT. MAX. CLEMENTE X. GALLIARVM REGE LVDOVICO XIV MAGISTRO TOTIVS ORDINIS JEROSOLY. DOM. NICOLAO COTONER EJVSDEM ORDINIS MAG. ET GEN. PRIORE R. R. ET ILLVSTR. IN CHRISTO R. F. PETRO VIANY. R.*^"* IN CHRISTO P. F. JOANNES CLAVDIVS VIANY S. T. D. VIC. GEN. ORDINIS PRIOR ECCLESIiE AQVENSIS. DOMVS QVAM SIBI ET SVIS IN PRIORATV SVCCESSORIBUS iEDIFICAVIT, PRIMARIVM LAPIDEM POSYIT ANN. SALVT. 1 G71 DIE 5.'^ FEBRVARII ALPH. DVMAS FR. COLLACTANEVS. D. PRIORIS TOTIVS EDIFICII FORMAM DELINEAVIT. « A Dieu tr^s bon et tres grand , sous le sou- « verain pontifical de Clement X, Louis XIV ctant « roide France, le seigneur Nicolas Cotoner, maitre « de tout I'ordre de Jerusalem, le tr^s reverend « et tres illustre p^re en Jesus-Christ, le fr^re Pierre « Viany, etant grand-prieur du raeme Ordre. « Le rev6rend pere en J. -C. le frere Jean-Claude — 2G() — « Viany, docteur en saiiite Iheologie, vicairo-g6- « n^ralde rOrdre, prieur de leglise d'Aix, posa, « le 25 fevrier de I'annce du salut 1671, la pre- « mi^re pierre de la maison qu'il batit pour lui et « ses successeurs dans le prieur6. « Alphonse Dumas , fr^re de lait du seigneur a prieur, donna le dessin de tout I'^difice. » La fagade nionumentale du nouveau prieur6, tourneeau nord, est situee sur la place del'^glise. Elle correspond parfaitcment , quoique d'un style different, a la majeste de la fagade du temple Chre- tien. Du cote du sud, elle tourne dans un grand jardin pris sur une partie de lancien enclos. Pendant que Ton travaillait a cette nouvelle cons- truction , le prieur ne resta pas inactif. Voulant donner plus d'6clat a I'annonce des solennit^s de son ^glise, il prit la resolution de faire refondre les deux plus anciennes cloches de la tour felees dcpuis longtemps et trop petites a son gr6. II choisit pour cela , dit de Haitze (1 ) , le plus habile fondeur de la province, et voulut que I'habilet^ de I'ouvrier r6pondit au gout de celui qui en faisait la depense. Les inscriptions qu'il y fit graver rappel^rent tout a la fois et leur origine et le z^le de Viany. On lisait sur la premiere ces paroles : (I) Hishiirede la villc d'Ai JP. toil), i, Ms. a la bil)liotli^(|uo M6jaiios — 261 - FRATER RENATVS MARTINI, PRyECEPTOR AQVENSIS FECERAT HANC CAMPANAM : RVPTAM, AVXIT ET RESTITVIT R. IN CHRISTO P. FRA. JOANNES CLAVDIVS VIANY PRIOR HVJVS ECCLESIiE ANNO 1 G71 . TE DEVM LAVDAMVS TE DOMINYM CONFITEMVR CLAVDIVS PEYROVS. « Le fr^re Rene Martin, commandeur d'Aix, c( avait fait cette cloche : s'etant brisee, le reverend « pere en J.-C. frere Jean-Claude Viany, prieur « de cette ^glise, I'a fait refondre et augmenter, « I'an 1671. Dieu, nous vous louons. Seigneur, « nous vous confessons. Claude Peyrous, L' inscription de la seconde etait : FRATER MATHEVS HONORATI , PRIOR SANCTI JOANNIS AQVENSIS, FECERAT HANC CVMPANAM : AVXIT ET RESTITVIT. R. IN CBRISTO P. F. JO. CLAVDIVS VIANY EJVSDEM ECCLESIyE PRIOR. AN. 1671. CLAVDIVS PEYROVS. « Le frere Mathieu Honorat , prieur de Saint- « Jean d'Aix, avait fait cette cloche. Le reverend « p^re en J.-C, le frere Jean-Claude Viany, prieur « de la m6me ^gUse, la fait augmenter et refondre « Ian 1671. Claude Peyrous. » — '262 — Cos (lonx (lorniors nonis sont ccux dii Ibndeur , (|i]i etait d' Avignon. CHAPITRE TUEIZIEME. Chapcllc (le Sain I Blaise. Le c^lebre Jacques Viany, avocat au Parlement de Provence, voyant le zeledeson fils pour I'embel- lissementdercgliseSaint-Jean,voulutycontribuerde son cote, par la construction d'une cliapelle qu'il fit 6Iever sur le sol du cimetiere immediatement apr^s celle situee en-dessous du clocher ; il y fit creuser un caveau pour lui et tons Ics membres de sa fa- mille, quelques ann(^es avant sa mort, c'est-a-dire en 1672. On y voit encore a la clef de voute 1'^- cusson de ses amies qui sont d'azur a un chien d'ar- gent sur une face d'or surmont6 du casque, duquel pendent des lambrequins. Cette cliapelle est divis^e en deux parties bien distinctes : la premiere en entrant est plus ^troite et n'est pas sur le raenie axe de la seconde qui est plus large et plus profonde. Nous pensons que la crainte d'affaiblir le contrefort du clocher adoss6 contre la muraille principale de I'eglise est la cause unique de cette irr^gularite. — 203 — A peine termine, cet oratoirc fut cledi6 a Saint- Blaise. Ce saint, de la vie duquel on ignore presque toutes les circonstances, avail ete eveque de la ville de Sebaste et fut martyrise par les ordres d'Agri- colaiis, gouverneur de Capadoce et de la petite Ar- menie versl'an 316, durant la persecution de Li- cinius. Les Grecs en c^l^brent la f^te le 1 1 f^vrier, et les Latins le 3. Ses reliques ayant et6 transport's en Occident pendant les Croisades, son culte s'y r6- pandit bientot. Plusieurs gu'risons miraculeuses, oper6es par son intercession, augmenterent encore la v6n6ration des peuples, et depuis qu'une partie de ses reliques a 616 donnee a cette eglise , on y cel^bre sa fete comme celle d'un patron. Apr6s lui avoir elev6 un autel, le frere du prieur, conseiller a la Cour des aides et son neveu, firent peindre, par Garcin, un tableau qui repr'sente le saint faisant une oction sur le front d'un enfant malade present' par sa mere. II 'taitentoured'un cadre en stuc, ayant deux colonnes de chaque cotes egalement en stuc. M. de Venel legua par son testament a cette cha- pelle, une belle lampe d'argent, du prix de 400 livres. Le. prieur fit ensuite creuser dans I'epaisseur du mur, a gauche en entrant, une niche dans laquelle il pla^a le buste du saint, au pied duquel est une partie de ses relicfues : il la feima ensuite avec une belle porte en fer. — 204 — Lo 18 (111 mois d'aoiM 167i, ic I'oiuiateiii de la chapelleetantmort, on le deposa le lendomain dans son caveau , etl'^pitapho suivante, coniposoe par Gaspard Varadier, de Saint-Andiol, archidiacre de leglise d' Aries, fntgrav^e surlapierre tombale : HIC JACET HUMANI DECVS ET FACVNDIA JVRIS : SISTE GRADVM (lECTOr) FLETIBVS OSSA RIGA. NOMEN SCIRE CVPIS : MEMORABILIS ISTE VIANY EST , QVI COELO, ET MVNDO PIGNORA MVLTA DEDIT. BINA PRIORATVS DECORANT FASTIGIA NATOS ; VRBS MELITENSIS ERIT TESTIS, AQUENSIS EHIT. FASCIBVS ORNATVM MERITIS BIS PATRIA VIDIT , MISSVS ET AD REGEM PVBLICA VOTA TVLIT. ET TIIEMIDEM FLEVISSE , PATRES FLEVISSE SENATVS ET MVSAS LACRYMIS INTEPVISSE FERVNT. PONE MODVM LACRYMIS; FLORET VIRTVTE SVPERSTES, MORTVVS IN SALIO PECTORE VIVIT ADHVC. Louise de Balbi, Spouse de Jacques Vianyet m^re du prieur, 6tant decedee quolques leinps aprt;s, on la deposa dans le meme caveau. EUe legua par son testament, la sonune de dix livres pour la fondation de quelques messes. — 265 — Ind6pen(lamnienl de cette fondation , la dame Catherine Amphoux, 6pouse de M. Chaix, secre- taire de la Coiir des comptes, en avail fait une autre, pour faire dire dans lam^me chapelle, tons les lundi de lannee, une messe de re^m'em pour le repos de sou ame . CH.iPITRE QL'ATOR/IEME Chapelle de N. - D. d'Esp6rance. L' enceinte delaville raoderne se remplissant de plus en plus par les nouvelles constructions quon y ^levait, I'ancien cimetiere, conserve jusqu'alors, se trouva bientot resserre entre leglise et I'ile de mai- sons formant le commencement de la rue Cardinale. Voyant done r impossibility de le conserver, leprieur fit exhumer, en 1 680, une grande partie des osse- ments, et les fit transporter dans des tombes creu- sees a cet effet dans le temple. Ge fut alors qu'il voulut utiliser la chapelle sepulcrale des Gi^ossis, situee sous le clocher. Sa voute en etait tr^s 61ev^e et en disproportion avec son etendue. Viany en construisit une seconde et la coupa ainsi par le mi- lieu. Mais comme la })arlie superieure n avail point — 2t)G — (Fissuo, il lil cncoro perrer dans la uiiiraillc du clo- clier line poitc qui lui servit d'enlree el creaainsi un appartement tr^s utile comme entrepot. Ensuile , le caveau du chevalier Grossis dtant reste dans le domaine dc I'eglise par I' extinction to- tale de sa famillo, M. Barret, avocat en la Cour du parlement , I'acheta pour sa sepulture el celle de sa famille. Cefutavecscs deniers que Ton fitcons- truire I'arcade de coinmunication avec I'eglise. La partie du fond de la chapelle fut exhaussee de deux marches, et on y eleva un autel en Ihonneur de N.-D. d'Esperance. Le peintre A rmelin fut charge den faire le tal)leau , et deux pilastres canneles surmontes d'un entablement en formerentle retable. Un individu nomm^ Rodoiphe peignit, aux frais du conseiller Duchaffaut , une partie des raurs. Les principaux traits de la vie de la Sainte-Vierge y sont assez mal repr^sent^s. Une table de communion en bois sc^parait ce petit sanctuaire du reste de la chapelle, fermee ellc-meme par une grille en fer. C'esl dans cette enceinte que se reunissait une confrerie de personnes pieuses pour y assister a diverses pratiques de devotion, et y vaquer a la pri^re en commun. — 267 — f.HAPITRE QIINZIEME. Restaur a tion du Cliceur. Quoique les hisloriens et les divers m^moires quo nous avons consultes ne pr^cisent pas I'epoque ou le prieur Viany changea les anciennes dispositons de I'abside, nous avons cependant quelques raisons de croire que ce fut en 1 680. Jusque-la, I'aulel principal orn6 de ses colonnes, avail et6 6x6 contre le mur en-dessous de lagrande fe- nfire. Le choeur occup6 par trente-huit stales dont 22 en haul et 1 6 au bas de chaque cote , etait sur le devant et au niveau de la nef; au milieu etait le lutrin avec les quatre sieges que le prieur avail fait faire la premiere annee de son administration. Cette ann^e 1 680, I'aulel fut deplace elmisau milieu comme celui de I'eglise primatiale de Saint- Jean de Malte, et le presbytere dispose par derri^re. Le sol de I'ancien choeur fut exhausse comme le sancluaire primilif et ferrn^ par une magnifique table de communion en fer. C'estalors que Viany deplaga deux petits mo- numents encastr^s dans la muraille occidentale de I'abside. Le premier etait une elegante piscine sem- blable a une fenetie geminee eta lanceUes dans le — 268 — style du XV '""^ si^cle; le second, un petit tombeau dans lequel reposait un joune prince, moissonn^ par la mort dans la premiere enfance. On croit, dit le proc^s-verbal de la visile faite en \ 696, que ce jeune enfant etait le fr^re de la reine Beatrix. II fit placer la piscine dans le transsept du sud en face de I'autelde Sainte-Madeleine, et le petit tombeau dans celui du nord en face de I'autel de Saint-Jean, aujourd'hui de la Vierge. On transporta ensuite dans la tombe commune des prieurs de cette ^glise, placee en- dessous de la piscine, les restes mortels du frere Poncetd'Urre, commandeur d'Aix, enseveli aupa- ravant dans le chceur. Son epitaphe grav^e sur la pierre tombale 6tait ainsi congue : HIC JACET FRATER PONCETVS DE URRO BALIVVS MANVASCvE PR,f;r.EPT0R HVJVS ECCLESIv^E ET SANCTIJOANNIS MASSILI^ QVl SEPVLTVS FUIT DIE 14." MENSIS OCTOBRIS 1548. TOLLITE HVNC LAPIDEM ET SEPELITE DEFVNCTVM. Depuis plus d'un demi-si^cle, un illustre cheva- lier avail 6te 6galement enseveli dans ce m6me transsept. Lei 9 decembre 1616, Latour-Landry, de ChA- teauroux, etant de relour de Malte, s'enibarqua an portde Mallemort ol toniba dans la Durance ou il se — 5G9 — noya. Selon ses clernieres dispositions, son corps fut transporle a Aix , et enseveli dans leglise Saint- Jean. Le prieur de Naberat lui fit construire un torabeau a cote de celui de la reine Beatrix. Mais ayant neglig^ d'endemanderTautorisation au Parlement, I'avocat- gen^ralDecormisen porta plaintealaCour; et, sans r intervention du prince de Conde, qui declara dans une lettre adressee au procureur-general Guerin , que ce chevalier avait des alliances avec la cou- ronne, ce monument aurait eteabattu. On voyait grave sur la pierre tombale son portrait en pied, ainsi que I'inscription suivante toutautour . de plus, une plaque de cuivre indiquait les fonda- tions qu'il avait faites dans cette ^glise. ICI GIST FREBE FRANgOIS DE LATOUR LANDRY DE CHATEAVROVX, CIIEV. DE L'ORD. DE SAINT-JEAN DE illERVSALEM, LEQVEL PAR VNC TRES GRAND MAUHEVR SE NOIA DANS LA RIVIERE DE DVRANCE, PASSANT LE PORT DE MALLEMORT, REVENANT DE MALTE, LE LUNDI XIX DEC. 1616, A DEVX HEVRES APRES MIDI. PRIEZ DIEV POVR LVL On voit egalement encastree dans le mur occi- dental du transsept dunord, a cote du petit tom- beau dont nous avons parle ci-dessus , I'epitaplie singuliere du chevalier Gallard, enseveli probable- blement dans I'ancien cimetiere. - 270 — Nous [ix Iransciivous ici telle quelle est, avec i' ex- plication dans les inteilignes • G.9 MILS. lACO. SB. TEGMIE. TE.° Gvillermvs miles jaceo svb tegmine tetro. GALLARDVS QONDA. VIXl. Q. HEPE . RET." Gallardvs qvondam vixi , qui tempore retro REB9. HONORE MICAS. GENVIT QVE . TE. A Rebvs honore micans, genvit qvem terra BEATV. VI FLETE, PCB9. DNO. ME. Beatum vi flete, precibus Domino me. FACITE GRATVM. C'est a la m^me 6poque qu'il fit disparaitre la grande fen^tre du fond, dont on trouve encore I'in- dice dans la petite maison adoss^e centre le mur du chancel sise ala rue d'ltalie, n° 22. Le choeur 6tant ainsi dispose derriere I'autel, 11 y fit placer un orgued'accompagnement. Rien en effet ne contribue davantage a la majesty du culte que le chant grave des Psaumes accompagn6 par cet admirable ins- trument (1). Plus tard, c'est-a-dire en 1683, un orageayant eclatesur r^glise la veille de la Saint- Jean, il fut presqu' enti^rement detruil par 1' eau qui decoulait perpendiculairement de la voglise, dans la ruo Cardinale. Cette maison est celle occup6e actuellemeut (1844) par M. le doc- teur d'Astros, et qui appartenait alors a un maitre Granier , pro- cureur en la Cour des comptes, connu dans le monde sous le nom de Granier-Toilette, parco qu'il 6lait habituellement pinc6, fris6, musqu6, etc. , comme un v(;Titable petit-maitrc de I'ancicn r6gime. 11 se m61ait aussi de faire des vers provencaux, el se permettait quelquefois des 6pigrammes qui lui avaient fait des ennemis. Un de ceux-ci profitant de la eirconstance, supposa qu'Appollon avait voulu se venger du po6le provengal, quo I'auleur compare a un crapaud, en lan^ant sur lui une pierrc qui devait d6sormais le r6duire au silence, en le tuant. Tel est le sujet de la pi^ce de vers qu'on va lire : » LOU CLOUCHIER DE SAN-JEAN. Lou Diou dels vers, sus un nuagi Saviset d6 fair^ un vouyagi, S6 Iroubct, en voulastregeant Sus nouestr6 clouchier de San-Jean, Daqui v6sidt pas maou la villo, Des questiens n'en faguet cent millo ; Mai entr'autr6 d'un air fachous, Demandet : « quu est avaou dessous, u Semblo qu6 v^si uno vip^ro a Ques habillado en proucurous. » Vous troumpas, counessi lou pero, « Li diguet aqueou eme quu ero, u Es Toilette, qu'en prouvencaou « Fa d6 vers qu6 vous farien gaou, — 297 - Oil n ait pas rcmplac6 toiites les pierres tombees, el place les crochets des angles sur la meme ligne que les autres (1). On ne verrait pas aiijourd'hui une difformite qui cheque I'oeil et le bon gotit. C'est en faisant ces reparations qu'on trouva vers I'extr^mit^ de la fl^che deux pierres blanches sur lesquelles « Siou cstouna qu'a soun alliiro, « (Car est un *'oiiert pouli moussu ) a N'agues pas d'abord couneissu a Lou bras drecb, Tami do Mcrcuro, « Eou quaro limo en luroluro. » Lou saciebion pren Apoulloun a Ah! li diguet, lou v6si doun « Lou marii grapaou que m'haiceb> ! » Dins lou premier fuech de soun zelo, Mando un cop de man per darrie ; « Quand sooubiiou de ruina Gigelo (*) « Sera sa derniere foulie ; (1 N'a proun fach, foou plus que n'en fasse. » Derrabo lou d'haut doou clouchier, Patoou sus lou paoure Granier, Messies, Requie scat in pace . (*) Ce mot veut dire bon-enfant: c'6tait le sobriquet (ionn6 au fr6re Jean-Baptislo de Viguier, d'une famille noble et ancienne d'Arles, alors prietK de Saint-Jean, auquel il en cottta beaucoup d'argent pour faire r6tablir la croix au haut du clocher. ( Ecotrait du Memorial d'Aix, du 3 oclobre 1840. ) (1) II n'a plus aujourd'hui quo 60 m6tres et 3 centimetres d'6I6- vation depuis sa base jusqu'au centre de la croix. Environ ) 85 pieds. 21 - ^298 — ciaient gravees en caracleres golhiquos, de la lon- gueur lie trois pouces, deux inscriptions semblables que nous allons rapporter : JfjpS. (€l)ri6tug) vex vcnii in Pacf 2Dfus l)omo Ces deux inscriptions furent replacees en-dessus des plus hautes lucarnes dela fl^clie, Tune sur la face meridionale, I'autre sur la face septentrionale. On les distingue a I'oeil-nu, mais il faut des lunettes- d'approche pour les lire. Ce qu elles ont de sin- gulier, c'est que ces mots Christus rex venit in pace homo [actus est forment la l^gende des ^cusd'or a la couronne, frappds a la fin du XIV"^® siecle et au commencement du XV™« ( de 1 384 a 141 7 ) , sous le regne de Louis II , roi de Naples et comte de Pro- vence. Ce monument prouverait contrairement a r opinion du dernier president de Saint-Vincens cit^ plus haut, que la fl^che de ce clocher n'aurait 6t6 termin^e que huit ou dix ans plus tard. On apergoit encore encastr^e sur la face orientate de la tour, a la hauteur de la seconde fenetre, une autre inscription tr6s curieuse, en mc^nc-tcmps tr^s difficile a oxpliquer. — 299 - Pilon nous assure (1) quelle avail ete trouvec dans le territoire de Puyricard, maisonne sail qui la fit placer en cat endroit, ni pourquoi elle y fut plac^e. Quoi qu'il en soit, elle a exerc6 la sagacite des plus illustres arch^ologues de la province. Nous allons donner 1' explication des uns ct des autres, sans adopter aucune opinion particuli^re. Nous laisserons le lecteur libre de choisir celle qui lui paraitra la plus probable. Elle est ainsi congue : 10. MA. UP. p. p. p. p. p. p. p. F. F. F. F. F. F. F. Jules Raymond de Sobers I'explique ainsi : Jovi Maximo optima septem fratres posuerunt, sept fr^res d^di^rent ( cet autel ou ce temple ) a Jupiter tr^s grand et tr^s bon. L'historien de la ville d'Aix, voulant connaitre le sentiment de I'illustre eveque de Vaison, Joseph- Marie Suares, celui-ci donna 1' explication suivante : Jovi optima Maximo ; papuli. Per pravinciam. Propria pecunid. Pie posuerunt. Fortissimi. Feli- cissimi. Florentissimi. Forum trium, nempe Jidii, Voconii et Neranis. (2) Histoire d'Aioj, pag 636. — 300 — «Les peuples epars dans cetlc province, Ires forts, tr^s fideles, tr^s heureux et tres puissants, ont con- sacr6 de leurs propres deniers ( ce temple ou eel autel ) a Jupiter tres grand et tr^s bon. » Apr^s avoir repare tons les degats occasionnes par la foudre, le frere Jean-Bapliste de Viguier jouil encore de son prieur6 pendant I'espace de vingt ans. II mourut ensuite en 1774 et eut pour successeur Joseph-Felix Alpheran. Celui-ci administra le prieure pendant I'espace de quatorze ans, apres lesquels il r6signa son benefice en faveur de Jean-Frangois Al- pheran, son neveu, destine par la providence a clo- turer la liste des prieurs de cette illustre eglise. En effet, a peine le frfere Jean-Fraiigois avait-il pris possession de sa nouvelle dignite, que 1' As- semble Constituante decreta le 4 aouti 789, la sup- pression des dimes de toute nature possedees memepar I'ordre de Malte. Bientot parut le ddcret de la m^me assembl^e du 2 novembre suivant, qui mettait sous la main de la nation les biens ecclesiastiques, sans distinction aucune. Gependant le 23 octobre 1 790, I'ahenation des biens de 1' ordre de Malte est ajournee. Ce ne fut que deux ans plus tard environ, le 1 9 sep- tembre 1 792, que les biens de cet ordre furent en- ti^rement assimiles aux autres propri6t6s ecclesias- tiques ; d^s cet instant I'ordre de Saint-Jean de Jerusalem fut consider^ comme n' existant plus en France. — 301 — Nous allons maintenant clonncr aiilant qu'il a de- pendu de nous, le nom de tons Ics prieurs que nous avons pu decouvrir soil dans divers ouvrages-ma- nuscrits, soil dans les archives de I'Ordre, depos^es a la prefecture de ce d6partement. CUAPITRE VIiVCT-SIXIEME Catalogue des Prieurs qui ont gouvern6 cette Eglise, depuis Raymond B6renger IV , fondatcur du prieur6 , jusqu'en 1790. FF. KOMS. PRENOMS. de EPOQUE leur administration DiDIER 1250. ISNARDI Raymond 1264. Lance B. DE ClERIO Jacques 1338. DE GraSSE Isnard. CURTI Pierre 1408. HONORAT Mathieu 1424. Honorat Antoine 1468. DE RONCHINOL Guilleaume 1484. Nicolas Jean. Dubois Geraud 1540. Dubois Valentin 1 555. DE Pace Angelo 1593. DE Castellane Dalvis 1594. DE NaBERAT Anne 1613. — 302 — Pellegrin Honorc 1038. DE BeRRE Hercules 1G40 Cheilan Pierre 1658. VlANY Jean-Claude 1667 Alpheran Paul 1720 DE ViGUIER. J. -Baptiste 1754. Alpheran J. -Felix 1784 Alpheran J. -Frangois 1788, CHAPITRE VINGT-SEPTIEME. Inventaire du Tr6sor de la Sacristie de I'Eglise prieurale Saint Jean. Extrait des procfes-verbaux des visiles. 2° Un magnifique osteiisoire en argent avec son croissant dore, orn6 d'une croix en dia- mant, estimee le 10 octobre 1708, a la valeur de 800 livres. Get ostensoire pesait 9 marcs 5 onces et 4 gros. Un ciboire en argent, dore en dedans, pesant 1 marc 4 onces. 3" Trois calices avec leurs pat^nes dor6s en de- dans, le tout en argent, pesant 1 marcs 3 » ros. — 303 — i" Deux belles lampes en argent , pesant 1 8 marcs 5 onces. L' une d' elles avail 6i6 donn^e a la chapelle de Saint-Blaise , par M. de Venel, comme nous I'avons dit. 5° Une chapelle d' argent , compos^e de deux chandeliers, deux petits bassins, quatre bu- rettes, une croix sur laquelle etait en relief r image du Christ. Un petit pot-a-eau avec une boite pour la grande hostie, le lout pe- sant 1 6 marcs 6 onces. G^* Un bras d' argent dans lequel etaienl des re- liques de Saint-Blaise el une croix del'Ordre toute 6maill6e , pesant en tout 1 marcs 4 onces. 7" Un encensoir et sa navette, pesant 6 marcs 6 onces. 8" Un reliquaire de Sainle-Marthe, dont le pied seulemenl 6tail en cuivre, pesant 5 onces. Un autre reliquaire d' argent renfermant d'un c6l6 du bois de la veritable croix, et de I'autre une fiole fermee avec un verre, pesant 1 marc el 3 onces. 9*^ Un autre petit reliquaire en vermeil avec une ampoule de cristal , dans laquelle etaienl renferm^es deux epines de la couronne de Notre Seigneur. — 30 'I — 1 0" Un autre reliquairc en vermeil ou il y avail aussi une ampoule renfermanl une dent de Saint-Jean-Baptiste. 11" Un reliquaire en vermeil, ayant la forme d'un clocher,dansrinterieur duquel^taitun doigt de Sainte-Madeleine. 12° Un autre reliquaire, en forme de cassette, soutenu par quatre pieds, dans lequel il y avail une cote de Saint-Clair. 13° Un petit reliquaire d' argent, sur un pied de cuivre, qui contenail un des 30 deniers, auquel reliquaire sonl attaches deux yeux d' argent. 1 4° Un autre reliquaire d' argent a jour, en forme de boite, garni de perles et de coraii, avec des reliques , pesant 5 onces 4 gros. Un anneau d' argent dore, avec une pierre vio- lette, 6tait attach^e au reliquaire ci-dessus. 15° Deux cassettes de cristal, dans lesquelles il y avail des reliques bris6es. 16° Une croix processionnelle a lames d' argent, ayant le Christ el la pomme en cuivre jaune. 1 7° Une croix double, garnie de pierreries, a la- quelle il en manquait quatre des principales. 11 y avail dans l'int6rieur du bois de la vraie croix. — 305 — 18" Une petite boite d' argent, avcc une chaine appelee le collier de Saint-Blaise, pesanl 3 onces, les reliques comprises. 1 9° Un bras d'argent, aux armes de la ville d' Aix et celles de I'Ordre, garni de perles , dans lequel 6taient renfermees des reliques de Saint-Symphorien. 2,0'^ Un autre bras de Saint-Jean, en bois argente avec son piedestal, dans lequel etait ren- ferm^e une boite d'or, avec des reliques de Saint-Jean-Baptiste, dont le nom etait grav6 sur la susdite boite. 21 " Un calice a 1' usage de la chapelle de Sainte- Catherine avec sa pat^ne, pesant i marc 6 onces et 6 gros. 22° Un petit autel portatif d'ivoire a trois pointes. 23° Un autre petit autel portatif a trois pointes, peint et dor6. 24° Une petite croix ancienne. 2o° Une mitre brod6eetune crosse d'ivoire en diverses pieces. 26° Un peigne de corne, ayant appartenu a Saint- Thomas de Cantorbery , lequel etait con- serve dans un vieux breviaire. — 306 - 27° Quatre bourdons en cuivreargente, une masse et une baguette pour maitre de ceremonies. 28° Une custode, ayant servi a ['exposition du Saint-Sacrement, elle ^tait en cuivre, sans pied et sans cristal. 29" Une cr^mi^re en ^tain. 30" Un bassin de porcelaine verte, plus une pe- tite caisse en ivoire et deux boites de la m^me mati^re dans lesquelles il y avait quelques reliques. L'^glise de ia comraanderie de Marseille ayant ete demolie en 1 664, ^poque de la construction du tbi't Saint-Jean, le tresor de la sacristie fut transfere dans celle du prieur^ de cette ville d'Aix. Nous allons en donner I'inventaire, pour faire connaitre au lecteur les richesses dont la pi^tedesfidMes avait otiriclii ces sanctuaires. Iiivi'iilaire de rArgenlerie de TEglise et de la Sacristie de Marseille. 1 " Un grand ostensoire d'argentavec son croissant dore, pesant 6 marcs 4 gros. — 307 — 2° Un enceiisoir avec sa navette d' argent, pesanl 3 marcs 4 gros. 3" Une statue de la vierge, en argent, pesanl trois marcs. i*' Un ciboire, dans une bourse de toile, pesant 1 marc 6 onces. 5° Une statue de Sainte-Anne et de la Vierge se joignant, pesant 5 marcs et 2 onces. 6" Deux vieux calices avec leurs patfenes d'ar- gent, a un desquels il y avail un petit Christ et a I'autre une pierre bleue et une figure, pesant 4 marcs 4 onces. 7° Quatre poissons, une petite jambe, une cuisse d'argent et deux petites bagues d'or, le tout pesant 7 onces. 8° Trois petits reliquaires et un chapelet de cristal oil il y avait une bague d'or, le tout pesant 7 onces. 9" Un bras d'argent avec son piedestal , pesant 6 marcs 2 onces 4 gros. 1 0'^ Un chapelet d" Agate , avec un corail au bout et diverses branches de corail separees. 11" Une grande croix d'argent a huit pointes, pour servir aux processions, la boule etait — 308 — en fer-blanc. Elle pesait en tout 8 marcs 6 gros. 12" Qiiatre lampes d' argent, dont une grande et trois petites , pesant 21 marcs 'i- onces o gros. 13'^ Enfin, un calice d'argentavecsapatene, pe- sant I marc 7 onces 6 gros. Tons ces vases sacres, tons ces ustensiles el tous ces reliquaires en or ou en argent, dont nous venons de faire ['enumeration, ne manquerent pas de fixer I'attenlion de ceux qui pretendaient, en 1 790, faire revivre les beaux jours de la primitive ^glise. Aussi se Mta-t-on d'en faire dresser I'inventaire et de faire transporter a la monnaie nationale ou ailleurs, tons ces dons que la pi^te de nos peres avait reunis dans ce temple. On voulut , avant de I'eriger en succursale, le depouiller de tout ce qui pouvait rap- peler sa majeste premiere, et la religion de ceux qui i'avaienl construit etdecore. iE(E®TO§ m manim PRONONCE A L'ACADEMIE D'AIX LE 20 NOVEMBRE 1844 Par M. XKM COQIA^D. Appel6 par vos bienveillants suffrages, bien plus que par mes faibles litres a I'honneur de faire partie de votre savante society , je voudrais , Messieurs, que ma premiere parole, en paraissant au milieu de vous, put vous exprimer aussi vivement que mon coeur les 6prouve, mes sentiments de profonde gra- titude pour une faveur si precieuse et si peu me- ritee. Car, Messieurs, cetitre de membrede I'Academie d'Aix, que votre indulgence a daigne m'accorder, qui m'ouvre cette enceinte consacree par le souvenir '25 — 310 — de tant de noms c^lel)res et ou se rencontreiit en- core tant d'esprits ^minents qui sont los gloires vi- vantes de noire cite; cc litre , je I'ai accueiili avec bonheur, non-seulemenl coninie une distinction flat- leuse, mais encore comme un poissant encourage- nnenl offerl a mon sincere amour de l' elude, comme un noble motif d' Emulation, et a ce point de vue, il a acquis, ames yeux, toute la valeur d'une rc^com- pense. En effel, quels avantages pr^cieux n'ai-je pas d(i me promellre de ces relations inlimes de la pens^e, de cet echange mutuel de Iravaux , cnfin , de ce doux commerce des letlres qui fait vi vre d' une meme vie inlellecluelle lous les membres d'unc society; comment ne pas m'applaudir d'entrer en partici- pation des fruits de vos eludes, riches tr^sors dont s'accroit chaque jour r heritage de science qui vous a6t6l6gu6? Mais, en me felicitant de cet utile rapprochement avec des intelligences d' elite, j'eprouve cependant un regret, c'est d' avoir si pen a rendre en retour de tout ce que j'aurai regu; el ce sentiment de mon insuffisance s'accroit encore par la pensee que je suis appele a remplacer dans cette academic , un professeur dont I'eloge m'estinterdit, mais en faveur duquel neanmoins, il doit m'^tre permis de cons- later, comme un fait notoire, qu'il travailla avec une infatigablc aidour de proselitisme a propager — 311 — au milieu de nous, le godt des sciences naturelles ct surtout do la g6ologie. Pendant trois annees , les legons de son cours public de geologic furent accueillies par un nom- breux auditoire avec une assiduite et un empres- sement qui temoignaient du vif interet qu'on prenait dans notre ville 6clairee, a I'enseignement de cette science ; ce fut pour mon frere un puissant encou- ragement et a la fois une bien douce recompense de son zele ; mieux que tout autre peut-^tre, je me trouvais dans une position favorable pour m'initier dune mani^re plus intime aux connaissances du professeur. Je pus I'accompagner dans la plupart de ses cour- ses , apprendre en detail le r^sultat de ses explo- rations, examiner les roches et les fossiles qui ser- vaient a la demonstration de son cours, saisir avec exactitude le caractere des phenom^nes, en deduire la valeur intrins^que, et puis, de 1' ensemble des fails bien connus, rigoureusement constates par I'obser- vation , remonter a la cause qui les a produits ; grace a cette m^thode d' experimentation, je voyais les principes de la science se derouler avec darte, un ordre admirable jaillir de ce chaos apparent, au sein duquel, par un eflfet des preventions de mon igno- rance , je croyais que la masse entiere du globe devait rester a jamais ensevelie. Ainsi, des mondes inconnus se montraient a mes regards emerveilles; — 312 — ces cinies abruptes des grandes chaines de monta- gnes qui s'6l6vent majestueusement sur nos t^tes, ces immenses cretes qui se dessinent en relief sur les flancs dechir6s de la terre et forment comme sa charpente osseuse; ces couches de nature et de composition si diverses, dont les unes, 6tendues ho- rizontalement en larges plateaux, marquent encore le niveau des anciens Oc(^ans qui les d^poserent, tandis que les autres inclinees, contournees en tout sens suiventlespittoresques ondulations descoUines, s'enfoncent dans les goi-ges des vallees, descendent dans la plaine, disparaissent dans les profondeurs des abimesdela mer ; enfin, tons les accidents si nombreux et si varies qui out affecte I'enveloppe du globe que nous habitons, me revelaient le secret de leur origine , me deroulaient les fastes des 6ton- nantes revolutions quelaspheroide terrestrea subies et qui Ton fait arriver par une longueserie de modi- fications et a travers mille changements dont il porte les traces evidentes a I'^lat d'equilibre et de repos ou il est aujourd'hui place. Ainsi, je voyais avec ravissement, sortir de leurs ruines et se reconstituer avec leurs propres debris, ces mondes antiques que la geologic a decouverts et dont r esprit de I'homme, il y a a peine un demi- si(icle, ne soupgonnait pas, meme l' existence, bien que leurs vestiges fussent continuellement expos^'s a ses regards. Je les voyais apparallre, chacun avec — 313 — sa creation distincte , occupant une position deter- min^e dans les assises dont se compose I'ecorce so- lide de notre plan^te ; un examen attentif des di- verges formes d' organisation, que rev6tirent a ces epoques recul^es les habitants de ces mondes eteints, medemontraient ['existence d'un plan g^n^ral congu et execute avec une pr^voyance merveilleuse, car il n'est pas un seul des innombrables fossiles de plantes et d'animaux exhumes des entrailles fe- condes de la terre, auquel la science n'ait restitue ses formes et ses caract^res, auquel elle n'ait assign6 avec la plus rigoureuse exactitude une date chro- nologique, en fixant I'age relatif de son apparition. Chose admirable ! Amesure que 1' edifice geologique s'^levait sur des bases plus larges et plus solides, a I'aidedes nombreux mat^riaux que les observateurs lui apportaient de tons les points du globe, I'ordre et r harmonic des grandes lois de la nature brillaient d'unnouvel eclat et recevaient, en s'appliquant aux formations soit min^rales, soit inorganiques des ages qui nous ont precede, une magnifique confirmation ; car il est impossible de ne pas reconnaitre, dans les diverses conditions del'etat passe du globe, un ache- minement a son 6tat present. La science a done etendu son domaine sans rien perdre de son unit^. Les limites du temps ont re- cule devant elle, plus loin peut-6tre que celles de I'espace. Justement fiere de ses nouvelles d^cou- — 314 — vertes, elleaeu raison den proclamer avec con- fiance rinfaillibilit6 du jour oil elle a pu raltacher r ensemble des fails soumis a ses investigations, aux monies causes physiques qui president aux d6ve- loppements des phenomenes del'epoque actuelle, et r^gissent le monde adamique dont nous faisons partie. Mais j'ai hate, Messieurs, de justifier ces asser- tions par r exposition sommaire des decouvertes et des progres de la g^ologie. Vous faire I'histoire de cette science, ce sera en m^me-temps vous fournir la plus complete demonstration de la solidity des fondements sur lesquels elle repose, et vous donner une id6e de la haute importance philosophique des questions qu elle soul^ve. Oui, Messieurs, la geologic est arriv6e a des con- clusions incontestables, son rang lui est assign^ d6- sormais parmi les sciences du premier ordre : elle a pris place a cote de 1' astronomic • les principes sur lesquels elle repose ne sauraient 6tre regardes comme des conjectures imaginaires congues apriori, en dehors de 1' appreciation raisonnee des faits ; les lois generales auxquelles elle s'est elev^e relative- ment a la foi-mation du globe terrestre, sont le r^- sultat logiquement deduit des phenomenes direc- tement soumis a nos investigations , semblables a ceux qui se produisent de nos jours, etdontlape- riode actuelle nous offre la continuation. Vous allez en jugei' : - .'51;) — L hisloire de la terre est le but ties rccherclies g6ologiques, mais pour composer une histoire exacte et complete, il est n^cessaire de bien connaitre les faits qui se rapportent a I'epoque que Ion veut d6- crire, d'en saisir la signification, den appr^cier la valeur , de les classer d'apr^s I'analogie de leurs caract^res, et enfin d'extraire la formule des lois generates dont ces faits eux-m^mes ne sont que la manifestation ; eu un mot, il faut observer , ana- lyser et induire ; or, c'est a lemploi rigoureux de cette m(§thode philosophiqiie que la geologie est re- devable des progr^s rapides et assures qui out mar- que sa marche depuis le commencement de ce si^cle : aux vagues theories des esprits aventurei^x, aux conceptions quelquefois brillantes, souvent bi- zarres, des fabricateurs de syst^mes du monde, ello a substitue la froide et minutieuse analyse des phe- nom^nes; elleaabandonn^ 1' interpretation des r^ves pour s'altacher a celle de la nature, elle a recueilli une immense serie de faits a 1' empire desquels il n'a plus 6l6 permis a I' esprit humain de se soustraire, et qui sont devenus l' Element indispensable et le fondement solide des nouvelles theories scientifiques. Car la terre conserve d'imperissables monuments de son passe ; elle possMe, dans un 6tat de conserva- tion admirable, desarchives d'uneprodigieuseanti- quite qu'il faut prealableraent apprendre a dechi- frer, si Ton veut arriver a une determination exacte — 3IG — des divers Sges de son existence : ses annales sont inscrites en caract^res indestructibles sur ie granit et le marbre de chacune de ses formations; et de plus, les innombrables debris des Hres organises dont elie rec61e les depouilles fossiles, sont comme autant de m^dailles caracteristiques des mondes an^antis aux- quels elles ont autrefois appartenu, portant , pour ainsi dire, I'empreinte du millesime des creations distinctes et successives qui ont marqu^ le d^velop- pement progressif du globe. Or, c'est a I'aide de ces monuments dont I'au- thenticite ne saurait Hre r6voqu6een doute, c'est parune6tude approfondie de ces mines imposantes, que la geologic est parvenue a 6tablir avec certi- tude les notions fondamentales de I'histoire si int6- ressante de notre plan^te. Le premier principe qui sert de base a 1' Edifice g6ologique, c'est celui de la fluidity primitive du globe terrestre ; il est d^montr6 que notre globe a 6te dans I'origine une masse incandescente et liqui- fiee par le feu, et qu'il est arrive a la temperature qu'il poss^de aujourd'liui parl'effetde son rayon- nement dansl'espace, lequel a amene son refroidis- sement progressif; cette theorie est un accord par- fait avec tons les phenom^nes observes, elle est ne- cessaire pour que 1' ensemble de tous ces faits puisse fetre compris et expliqu^. La forme de la terre est imparfaitement sphe- — 317 — rique : elle est applatie aux pdlesetrenfleearequa- teur. La difference de ces deux diam^tres est 6va- lu^e a un trois centi^me. La m^rae depression se fait remarquer a toutes lesplan^tes proporlionnellement a la rapidite de leur mouvement de rotation ; elle est presque nulle aux planfetes inferieures a la terre qui se meuvent plus lentemeut quelle ; elle va jus- qu'au treizi6me et au onzi^me de leur diam^tre pour Jupiter et pour Saturne dont la marche est in- comparablement plus rapide (1). Or, cette forme de la terre ne saurait 6tre at- tribute au hasard ; elle est le resultat des grandes lois fondamentales du syst^me du monde. Elle est justement ce quelle aurait du ^tre si cette plan^te tournant sur elle-meme s'etait trouvee a I'etat li- quide. Sa rondeur spheroidale, son excentricit^, les dimensions respectives de ses deux axes polaire et (I) La th6orie des forces centrales avail fait prt^sumer a Huyghens que raxe polaire etait moins long que le diam^tre Equatorial de 1 1 578. Newton ayant introduit denouveaux Elements dans son calcul, Evalua cette difference d 1|230. La theorie plus exacte de Clairaut ne porta cet excEdant du diamEtre Equatorial sur celui des p61es qu'a 1/305. Les diverses mesures gEodEsiques exEcutEes sur divers points de la surface terrestre, sont conformes aux calculs de Clairaut. Les ob- servations de Laplace, relatives aux inEgalitEs lunaires, ont donnE k peu de chose prEs, les mEmes rEsuItats. De toutes ces obser- vations on peut conclure que le globe terrestre est un sphEroi'de applati aux pEles et renflE a I'Equateur, et dont les deux axes ne diffErent que de 1 1300. {Voyez MEmoires sur la rotation de la terre, lu a I'AcadEmie des Sciences, 18 niai 1818. — Cours de GEologie, par H. Coquand, Tn"' leyon ) — 31S — equatorial se Irouvent exactement dans les propor- tions prescrites par lo rapport de sa masse supposee lluide avec la vitesse connue de son mouvement dc rotation , ce qui a fait dire au cel^bre Haiiy, que rapplattissement de la terre a ses poles « est un fait geologique et le plus grand de tons (1 ). » 11 y a plus : r etude des phenom^nes astronomi- ques a enseign6 aux geometres, que la densile des couches dont la masse du globe est composee allait en diminuant du centre a la superficie, el le plus il- lustre de nosastronomes, Laplace, ayant observe que la densite moyenne de la terre 6tait de beaucoup superieure a la density de la couche aqueuse, vit dans cette difference une preuve nouvelle de la flui- dite originaire de la masse terrestre, en vertu de la- quelle les couches les plus denses ont dii se porter au centre (2). Newton avait pressenti ce r^sultat que Laplace a 6tabli par ses calculs (3). Plus tard, Elie de Beaumont confirma cette brillante induction, en (1) Voyez les Essais de G6ologie de Reboul. (2) n La pr6cession des Equinoxes et la nutation de Vaxe ter- « restre , dit Laplace , indiquent une diminution dans la density « des couches du sph6roide depuis le centre jusqu'a la surface, « sans cependant nous instruire de la veritable loi de cette dimi- « nution. La mer est dans un 6tat staljle d'6quilibre, el cette sta- « bilit6 cesserait d'avoir lieu, si la moyenne density de la mer « surpassait celle de la terre. Enfin , les principes de I'liydrosta- '< tique exigent que si la terre a 6t6 primitivement lluide, les parties « voisinos du centre soient en m6me temps les plus denses. » (3) Uranographie de Francocur, pag. HI — 319 — d^montrant par les fails, que la pcsanteiir specifique des roches massives , il existe des roches qui n'ont jamais pu Olre dissoutes dans I'eau, et la quantite necessaire pour dis- soudre les aulres est 6norme. Enfin, en supposant cette dissolution comme ayant pu 6tre operee, on arrive a cette conclusion neces- saire, d'aprt!S les considerations tirees de la quantity relative des roches et des eaux : qu'mi litre d'eau a dii tenir en dissolution 50,000 kilogrammes de matieres minerales! Cequi est ^videmment impossible. — 322 — Les adversaires do la goologie out suuveiit reproduit ce passage et en onl lait une grave objection contre la th6oriedela fusion ignee, mais par I'effet deje ne sais quelle fatale inadvertence, dont on a de la peine vraiment a se rendre compte, ils ont toujours oubli6 d'ajouter que le grand naturalisle s'^tait r6- tracte lui-meme, lorsque mieux informe il declarail a une epoque plus avancee, en signalant le mode de r^composition de la plupartdesroches cristallines opereesal'aide des hauts fourneaux, par le c^lebre Micherlitz. « Cette pr^cieuse decouverte parait « enfin porter presqueau degr6 dune demonstra- •<( lion rigoureuse, une hypoth^se c^lfebre avanc6e « sans preuve par Descartes, Leibnitz et Buffon, et <( a laquelle les travaux r^cents de Laplace avaient (( d^ja donn6 un haut degr6 de vraisemblance ; on « peut done regarder aujourd'lmi comme chose a « pen prtis prouv6e, que la terre a une chaleur « propre, independante de celle quelle regoit du « soleil, et qui est un reste de la chaleur originaire, « ce retour, aux idees 6nonc6es jadis par nosplus « grands hommes, prouvequ'il ne faut jamais me- « priser les conjectures m^me les plus hasardees « des hommes de g6nie; c'est un de leur privilege « que la v6rit6 leur apparait sou vent j usque dans « leurs r^ves. » Ainsi, la fluidite primitive et incandescente du clobe, appuyoe sur les deductions les plus rigou- — 353 — reuses des lois g^nerales du monde, est devenue le point de depart de tous les ph^nomenes g^ologiques. L'astronomie , la physique , la chimie ont con- couru a I'etablissement des bases d6sorraais inebran- lables de cette theorie. Chacune de ces sciences po- sitives, en etudiant notre plan^te sous ses aspects divers, est arrivee par de voies dif!F(^rentes et qui peuvent se servir r^ciproquement de controle, a des conclusions identiques relativement a I'etat origi- naire et au mode de formation de noire planete. Get accord est, sans contredit, un des resultats les plus imposants de la science moderne. La geologic a le droit de sen prevaloir vis-a-vis certains esprits qui trouvent plus commode de nier ses progres que de discuter ses principes. Mais a ces arguments a priori, la geologic a ajoutc^ des preuves plus nombreuses encore, plus irrecu- sables, d'une evidence plus palpable , et quelle a puisees dans I'examen des ph^nomenes direclement soumis a nos investigations. Ces fails d' observation concordent admirablement et avec une justesse frappante avec la theorie fondamentale de 1' incan- descence primitive du globe terrestre. Qu'il me suf- fise, Messieurs, de vous en indiquer sommairement les principaux : Les recherches thermoscopiques ex^cut^es dans les mines ont decele sous toutes les latitudes une chaleur progressivement croissante a mesure que — 324 — Ton penelre plus profonderaentdans les cntrailles de la terre. Les sources thermales que Ton rencontre surtous les points du globe mais qui jaillissent plus abon- dantes pr^s des grandes chaines des raontagnes , parce que la, les soul^vements en fracturant le sol ont ouvert de plus nombreux passages aux eaux souterraines , accusent une chaleur ordinairement tr^s elev6e, mais toujours egale et par consequent independante de 1' influence des rayons solaires et des variations de la temperature atmospherique. Les eaux que la sonde art^siennevachercher dans les profondeurs des couches de I'^corce solide du globe au sein desquelles elles 6taientemprisonn6es, et que le seul effort de la pression fait remonter a la surface, sont donees d'une chaleur d'autant plus considerable que leur lieu de provenance se trouve plus rapproche du centre de la terre. Les roches appartenant a la serie ign^e (1 ) , de- (1) Les mat6riaux qui entrent dans la constitution de Fdcorce solide du globe depuis sa supcrficio jusqu'a la roche primitive se pr6sentent dans deux 6tats essentiellement diff^rents et accusent , soit par leurs relations degissement, soit par leur composition intime deux origines distinctes. Les uns se monfrent en couches ^6guli^^es, horizontales ou inclines , 6tendues les unes sur les autres, iniitant quelquefois des assises de maconnerie ; leur configuration annoncc I'action sedimentaire des eaux , et les terrains qui ofTrent celte dispo- sition s'appellent terrains slrati/ies. Les aulres, tels que les granites , les basaltes allcctent au contraire une forme massive, compacte et so trouvent intercal6s au milieu des terrains strallfl^s dont ils ont — 325 — puis les granites sur lesquels reposent les premieres couches sedimentaires jusqu'aux laves modernes dont les coulees s'etendent sur les terrains au- jourd'hui en voie deformation, offrent, ainsi que trouble rarrangement primitif; leur caractfere min^ralogique les rap- proclie des mati^rcs vomies par les volcaiis , les substances qu'ils renfermont peuvent 6tre produites dans nos fourneaux , ils soiit souvent ^panch(§s au-dessus des terrains formes sous les eaux. Leur origine doit tvideminent 6tre attribuee a I'action du, feu. Ainsi toutes les roches peuvent 6tre rapport6es a deux modes bien distincts de formation. Dans le premier ordre se rangent les roches ignees ou (Vepanchement ; Ic second ordre comprcnd les roclies sedi- mtntaires ou stratifiees, c'cst-a-dire, ^tcndues en couches ou divis6os en feuillets. C'est done a ces deux agents antagonistes I'eau et le feu qu'appartiennent certainement toutes les r6volutions lentes ou subites que le globe terrestre a vu s'accomplir. Apr6s la consolidation de la premiere enveloppe du sph6roide en incandescence, quand I'abaisse.ment de sa temperature par I'effet du rayonnement dans I'espace , permit aux vapeurs suspendues dans I'atmosph^re de se condenser et de descendre sur la surface refroidie , les eaux rema- ni^rent les mat^riaux fournis par lo feu el apr^s leur avoir fait subir des renouvellements et des transformations de diverse nature les 6tendirent en couche, et en formferent des terrains nouveaux. Alors s'6tablirent les deux ordrcs bien tranches de ph6numenes dont nous venons de parler et qui n'ont pas cess6 de se rcproduire jusqu'a nos jours en conservant leurs caract^resdistinclifs : carles alluvions et les d6p6ts s6dinientaires qui se forment au fond des mers actu- elles, continuent les formations aqueuses. D'autre part , les (Ejections volcaniques se rattachent au feu central qui a produit les trachytes , les basaltes, les porphyres et les granites, dont la rt^union compose la s6rie des roches ign6es. L'erreur des Neptuniens qne nous avons signak^e dans une note pr6c6dente, n'6tait done pas de soutenir que des terrains eussent 6t6 formes sous les eaux , ce qui est par trop evident, mais ils pr6- tendaient que la masse entiere du globe avail 6t6 primitivement tenue en dissolution dans les eaux. Cette opinion succomba au premier choc d'une serieuse discussion. II no fut pas difficile aux Plutoniem de la couler a fond. 23 — 320 — nous Tavons deja observe, des densites respecli- veraent plus fortes, suivant r ordre de leur apparition: cette consideration, jointe a celle de I'honaog^neite des produits de chacune des grandes divisions dela s6rie ignee, qui pr^sentent la m6me constitution min^ralogique sur quelque point du globe qu'on les observe , nous est une preuve evidente de la lique- faction de la couche int^rieure, dont ces produits faisaient primitivement partie, et d'ou ils ont ei6 rejet^s par la force expansive des gaz. Les soulevements des montagnes operas , a di- verses ^poques , a la suite d'epouvantables convul- sions dont notre planete a ele agitee, qui ont fracture son enveloppe , et fait surgir ces puissantes masses granitiques qui forment I'axe principal des grandes chaines ; les modifications que ces roches brulantes ont fait subir aux terrains soumis a leur contact; les filons metalliques qui ont accompagn^ remission de ces matieres ^laborees par les feux interieurs , voila tout autant de faits qui se lient in- tim6ment a une m^me cause generate et qui ne re- solvent d' explication satisfaisante que par la theorie de la fluidity incandescente du noyau central. Enfin , nous trouvons encore des indices indu- bitables de cette fluidite dans la haute tempe- rature qui regnait a la superficie du globe pendant les p6riodes recul^es qui ont pr^cMe I' apparition de I'homme. Car les v^g^taux et les animaux dont — 327 — les debris sont enfouis dans les couches anciennes, ^tablies siir toas les poitits du globe, n'ont pu vivre et se developper qua I'aide d'une chaleur au raoins egale a celle des regions equatoriales. Et si les etages des dernieres formations montrenl des esp^ces commenQant a se rapprocher de celles qui s'y remarquent aujourd'hui, on y trouve aussi des debris de plusieurs aulres qui n'appartiennent njaintenant qua des climats plus chauds que le notre (1). Or tous ces pli6nomfenes que nous venons d'6nu- m(^rer, nousparaisseutd6raontrer jusqu'a 1' Evidence que la terre posss^de une chaleur qui lui est propre et d'une intensity prodigieuse , puisqu'elle est ca- pable, m^me a une faible profondeur, de fondre les mati^res les plus refractaires qui enlrent dans la composition des ejections volcaniques. Ainsi , la forme ^lypsoidale de la terre, sa density, sa chaleur interne, independante de l' influence des rayons solaires, le decroissement graduel de sa temp(^rature, aux divers ages de son developpement, la production alternative ou simultanee des roches ign^es et des roches aqueuses ou s^dimentaires , les soulevements inegaux des unes et des autres , les [i) Tcls sont les restes de mastadontes , de crocodiles, de tortues ; destiges, des feuilles, des fruits de palmiers que Ton trouve en obondance dans les tl-tages des terrains tertiaires d'Aix. — MS - modifications iinposees par la succession des temps aux phenomenes do ['organisation des vegetaux et des animaux, I'ordrc invariable de superposition des terrains dont la formation a exige une serie vraiment prodigieuse de si^cles , et qui a permis a la science d'etablir la pagination complete du grand livre de la nature : tel est 1' ensemble imposant des phenomenes generaux qui constituent les bases fon- damentales de la geologic et qui tous sans aucune exception viennent aboutir a ce fait primordial d'un globe qui, roulant dans I'espace, a 616 origi- nairement en pleine fusion. Voila ce qui fesait dire a Ampere dans son der- nier ouvrage sur la philosophie des sciences et la classification naturelle des connaissances humaines: « remonter aux causes des lois de la formation de « la lerre, decouvrir quels changements succes- « sifs et quelles revolutions soudaines ont mis le « globe dans I'^tat ou nous levoyons, les causes « qui ont amen^ ces formations successives dont « nous reconnaissons 1' existence et qui ont incline « etbris6ga et la la couche composant I'ecorce du « globe , tout cela est I'objet d'une science qui « complette 1' ensemble de nos connaissances rela- « tives au globe terrestre et qu'on appelle theorie « de la terre. Sous ce nom on a design^ autrefois « des hypotheses qui n' etaient que de vains romans; « niais aujoiud'hui , grace aux travaux de nos geo- — :5'29 — « logiies modernes et surtout a ceux de M. Elie de « Beaumont, la theorie de la terre s'est^ievee au « rang d'une veritable science ; et plus loin M. Am- « pere a j cute : la reunion de la geographic physi- « que, de la mineralogie eleraentaire d'une part, « et de I'autre la geonomie et la theorie de la terre « qui forment la geologic compar^c, constituent « une science du premier ordre appel^e geologic « (1834 ). » Le fameux geom^trePoisson qui a essaye de faire prevaloir un syst^me particulier sur le mode de re- froidissement du globe, syst^me que la physique a repousse, nous declare, et en ceci il est d' accord avec tous les geologues , les astronomes et les physi- ciens , que la forme spheroidale de la terre et des autres plan^tes prouveavec evidence qu'ellesont^te primitivement a retatfluide et m^me aeriforme. Et s'il fallait recourir au temoignage des grands hom- mes qui ont ecrit sur la geologic pour nous montrer combien elle merite la preeminence qui lui est de- cern6e , je citerais ce passage des Merits de Herschel ou je trouve ces remarquables paroles : « que cette « science par la grandeur et 1' importance de ses « observations et de ses decouvertes prend place a « cote de 1' astronomic. » Certes ce jugement dun de nos plus celebres astronomes ne saurait etre suspect. Je lis dans Bukland si justement appele le Cuvier — 330 — de I'Angleterre « de ce que de vieilles opinions qui ne s'appuyaient que sur des mat6riaux sans valeur ont disparu devant des decouvertes plus dtendues , on a conclu qu'ii n'y a rien de certain de ce que Ton a dit au sujet de la theorie de la terre, et que toutes les deductions sur lesquelles la geologic est fondee n'ont rien que d'indigeste et de purement conjectural, c'ests'armer contre la geologic d'un jugement faux et injuste » Nous pouvons des maintenant atteindre a des conclusions d' une impor- tance et d'une certitude inconteslables, et la somme de ces conclusions, a mesure quelle s'accroit fournit a cette theorie, qui un jour sera I'une des richesses de r esprit humain, un point d'appui de plus en plus ferme. Arago, Cordier, Brongniert, Fourrier, Poisson, Laplace , Cuvier , Lyeel , Bukland , filie de Beau- mont et un nombre infini d'autres geologues, repan- dus aujourd'hui sur toute la surface du globe, en un mot toutes les celebrites scientifiques qui illustrent le 19â„¢^ si^cle; voila tout autant d'autorites impo- santes que nous pouvons invoquer en faveur de la geologic, et contre lesquelles personne n' a jamais reclame. Mais, tandis que la geologic demandait des bases a I'astronomie, a la physique generale etalachimie, tandis que ses magnifiques theories embrassaient dans leur rapide developpement et liaient dans un — 331 — indissoluble faisceau tons les fails qui devaientservir a la composition de ses annales, son influence rayon- nait sur les autres branches de I'histoire naturelle. L'anatomie comparee se trouvait en face d'un monde nou veau. La zoologie descriptive s' enrichissait d' observations curieuses sur les generations fossiles. Les lacunes signalees par la science dans I'echelle graduee del'animalisationappartenant a la creation actuelle, se comblaient a I'aide des genres et des es- p^ces aneantis ; ainsi non-seulement la geologic re- trouvait un immense prolongement de la chaine des etres , mais elle fournissait encore les anneaux in- termediaires qui raltachent les unes aux autres les creations distinctes qui ontmarqu(§ les diverses phases du developpement de la vie , depuis son origine jusqu'a nos jours. Et chose etonnante ! C'est dans le temps ou les recherches suivies simultanement sur toutes les parties des anciens et des nouveaux conti- nents , etablissaient un ordre de superposition inva- riable dans les depots formes sous les eaux, fixaient la chronologie des terrains , et inspiraient au genie d'fihe de Beaumont sa brillante theorie de I'&ge du soul^vement des montagnes; c'est a peu pr^s a cette meme ^poque que le genie de Cuvier , en restituant aux antiques generations exhum^es des entrailles de la terre , les organes qui leur avaient appartenu , dotait la geologic d un code de lois, au moyen des- quelles tout se debrouillait , tout s'expliquait dans — 332 — le chaos des anciens Ages. L'arch6ologie cle la terie 6tait d6voilee ! Alors se d^roula aux regards ^tonn^s de rhorame le plus beau et le plus inatteudu des spectacles. Ces roches abruptes, ces picsmajestueux, ces masses colossales des grand es chaines de mon- tagnes que la terre dans les convulsions dun tita- nique enfantement a pouss^s vers le ciel , se mon- tr^rent a lui comme les mines cyclopeennes des vieux mondes aneantis , comme les gigantesques mausolees ou la nature garde la muette et froide poussi^re des generations eteintes , dont la vie et la mort se sont mille fois disputees les depouilles. Eh ! qui pourrait dire , en efFet, la joie du geologue , lorsque a sa voix les races, enfouics depuis des inilliers de si^cles dans les profondeurs des couches , semblent se reveiller de leur long sommeil et lui apparaissent avec les formes qu'elles revetirent autrefois ; lorsque semblable a un prodigieux necro- mancien , promenant sa baguette magique sur ces vastes amas d'ossements petrifies, il evoque les esprits des mondes que le passe a engloutis. Et ne croyez pas, Messieurs , que ce soil la un tableau de fantaisie ou la realite des faits soit sacrifice au prestige de 1' imagination : si le geologue foule sous ses pieds les couches de la formation primaire , sa pensee le reporte a ces temps reculds oii une chaleur intense ne permettaitpas auxetres organises de vivrc et de se developper sur un sol brulant, et — 333 — a mesiire que les coaches de cette premiere serie s'el^vent, il voit les materiaux primitifs arrives a une decomposition plus avancee, offrir des elements graduellement plus rapproches des conditions de r existence organique et surtout la segregation plus complete des mati^res argileuses , siliceuse et cal- caire avec lesquelles devaient specialement s'allier les quatre principes elementaires (1), alors com- pl^tement isoles , destines a la constitution vegetale et animate. S'il parcourt les bassins houilkrs , il con- temple les premiers indices de la vie animale se developper au sein des eaux , tandis que les conti- nents emerges se couvraient de foug^res arbores- centes , de gigantesques equisetacees , vegetation luxuriante qui s'etalait majestueusement sous un ciel des tropiques. La periode secondaire le ramene vers ce vaste ocean sillonne par de monstrueux reptiles auxquels il restitue leur effrayante dimen- sion , leurs formes bizarres et pour ainsi dire fabu- leuses, vrais tyrans du globe qui exergaient leur vo- racite sur les races pacifiques dont ils avaient pour mission d'arreter 1' excessive propagation. II re- trouve sur les bords des lacs tertiaires les elegants (0 L'oygfene , rhydrog^ne, Tazote el le carbone sont les quatre ele- ments dont se composent les materiaux exclusivement propros A I'existence organique , c'est-a-dire , a la vie vegetale ou animale. — 331 --- paliniers et les touffes tie joucs ou so cacluiieut los crocodiles et les gavials; il apergoit encore appendus aux berges des fleuves le monstrueux dynolheriiim aux defenses verticales, le megathorium aux pro- portions demesurees , il admire avec une inexpri- mable emotion de curiosite cette legion de races an^anties, cette prodigieuse variete d'esp^ces per- dues, dont 1' organisation s'harmonisait si admirable- ment avec les circonstances exterieures sous l' in- fluence desquelles elles vivaient: cnfin, tout s'anime a chacun de ses pas dans les contrees geologiques, et dans son exaltation, il se croit transporte dans les regions lointaines ou se developpent sous Taction d'un climat plus fecondant que le notre , une faune si riche , si abondante , une si puissante vegetation ! Et si vous hesitiez, Messieurs, a croire a la jus- tesse de ces apergus , je vous dirais : ^coutez Cuvier lui-m^me ; il serait difficile de montrer avec plus dechaleur et d' eloquence qu'il ne I'a fait dans son immortel ouvrage sur les ossements fossiles, la sin- gularite des arrangements systematiques, suivant lesquels se montrerent a son genie les debris des animaux qui peupl^rent les mondes antiques. « Je « me trouvais , nous dit-il , dans le cas d'un homme « a qui Ton aurait donne p6le-m61e les debris mu- te tiles et iucomplets de quelques centaines de sque- « lettes appartenants a vingt sortes d' animaux , il « fallait (jue chacpie os allat retrouver celui auquel — 335 — « il devait tenir, c'etait presque une resurrection « en petit, et je n'avais pas a ma disposition la trom- « pette toute pnissante; mais les lois imniuables « prescrites aux 6tres vivants y supple^rent , et a « la voix de I'anatomie comparee , chaque os , « chaque portion d'os reprit sa place. 11 n'y a point « d' expression pour rendre le plaisir que j'eprouvai « en voyant , a mesure que je decouvrais un ca- « ract^re , toutes les consequences plus ou moins « prevues de ce caractere se developper successi- « vement , les pieds se trouver conformes a ce « qu'avaient annonce les dents, les dents a ce qu'a- « vaient annonce les pieds, en un mot, chacune « des esp^ces renaitre pour ainsi dire de chacun « de ses elements. » On n'est plus surpris apres ces magnifiques de- couvertes que les hommes a la raison fi-oide , aussj bien que les esprits enthousiastes qui se sont serieu- sement occupes de geologic aient ete subjugues par les fastes d'une liistoire aussi grande par 1' elevation du sujet qu'elle embrasse, que par la haute antiquite a laquelle elle remonte, et tel est I'inter^t drama- tique que presentc son etude, qu'en parcourant la serie des phenomfenes dont se composent les annales du monde , on se demande si les descriptions qui s'y rapportent ne sont pas plutot les r^ves d'une imagination fantastique quel' exacte expression des fails observes. Comment s'est-il done fait qii'uue science dont les documents ont de tout temps 6[6 places sous la main de I'homme, qui deroulait a ses regards les archives completes de I'histoire physique du globe, qu'une science si facile dans son etude, si attrayante dans ses merveilles, si feconde dans ses applications, si importante dans son but philosophique ait si peu attir^ r attention dessi^cles qui ontpr6ced6 le notre? La cause de cette iongue et t^nebreuse enfance de la g^ologie se trouve dans 1' imperfection oh etaient les diverses sciences creees pour ainsi dire a son usage, qui devaient lui preter le secours de leurs lumiferes, diriger sa marche, (^clairer chacun de ses pas. II lui fallait des flambeaux pour ne pas se perdre dans 1' exploration des immenses cryptes des vieux mondes ou gissaient tant de generations ensevehes. Aussi , est-ce du jour memo que ces sciences auxiliaires ont el6 form^es, que la geologic a pu dater I'^re veritable de sa naissance et de ses rapides d^veloppements. D^s lors elle a abandonne les utopies imaginaires pour s'6tablir sur 1' observa- tion positive des faits et asseoir ses theories sur la base inebranlable de 1' induction' philosophique. Oui, il est donne maintcnant a I'ecrivain qui vou- drait aborder I'histoire naturelle du globe, de s'ap- puyer non-seulement sur les branches les plus trans- cendantes des sciences physiques, mais aussi sur les decouvertes recentcs qui viennenl d"6trc faites en - 337 — mineralogie, en chimie, en zoologie, en bolanique, en anatomic comparee. Ainsi arni^e des progrfes nouveaux et des moyens infaillibles d'exprimenta- tions que toutes ces sciences, ses devanci^res lui ont fournis ; « debarrassee du bandeau qui obscurcissait sa vue et maitresse de parcourir en tout sens 1' ho- rizon immense qui s'etend autour d'elle: si on en excepte I'astronomie, la geologic embrasse plus en surface et en profondeur qu'aucune autre science physique » (Bukland. ) Sansdoute, il semble an premier coup d'oeil que ce travail dc mille si^cles ne soit defmitivement qu'un jeu du hazard et un pele-m^le desordonne : il semble que la serie des evcnements qui ont amen^ la situation presente du globe n' offre qu' une succes- sion de catastrophes ayant pour seule cause des forces aveugl^ment perturbatrices; mais quandavant de se prononcer sur la nature de ces evenements, on s'appUque a en saisir I'origine, a en ^tablir la con- nexion , a en constatcr les resultats, on est bien force d'en prendre d'autres idees, on ne pent plus y voir que les conditions calculees d'une elaboration progressive qui se developpait d'apres des lois in- variables, on reconnait alors que les revolutions qui ont agile Ic globe , le rendaient apte a recevoir des existences de plus en plus elevees auxquelles il etait destine ; car chaque crise marquait un pas de plus vers I'ordre, chaque mouvement convulsif etablissait — 33S — line transition a un arrangement meillenr. Et ces perturbations, cent fois renouvelees, etaient neces- saires a la constitution de I'etat present de la terre. Cette voie seule a pu preparer ces combinaisons infinies de toutes les substances, ce melange des matieres diyerses, les plus fixes s'etant combinees avec celles qui etaient les plus volatiles et qui na- geaient originairement dans T atmosphere ; alliance que nous pr^sentent la plupart des mineraux. — Ces bouleversements ont produit ces dispositions int6- rieures de la terre qui mettent a la port6e de l' In- dustrie de Ihomme, tout ce que son g^nie devait faire servir a 1' utilite et a l' agrement de son existence. — lis ont donn6 lieu a la decomposition chimique de cette premiere masse cristalline qui enchainait presque tons les elements fixes dans une combinaison tout a fait st6rile et morte pour en faire des roches distinctes de calcaire , d'argile , de gr6s auxquelles laperiode secondaire doit ses principales formations, magasins in4puisal)les ou I'^ge tertiaire a pris en- suite les materiaux dont 11 a fait de nouveaux em- plois et d'ou a ^t6 retiree, apr^s avoir regu de nou- veaux germes de fecondite par les depouilles des v^g^taux et des animaux , cette couche de terre suporficielle si belle et si riche qui fournit abondam- ment aux besoins de I'homme. Ainsi , Messieurs , du plus loin que Ton prenne Ic point de depait des fails dont se compose la science — 339 — geologiqiie , leur suite aussi bien que leiir ensemble caracterisent visiblement un plan dont I'objet 6tait r adaptation graduelle du globe terrestre a une grande fin et 1' adaptation de chaque partie a une fin particuliere,concourant a preparer cette fin com- mune et derni^re. L'homme destine a ^tre le maitre de la terre n'en a ete mis en possession par I'auteur de son 6tre, que lorsque par\^enue a un etat suffisant de perfection et de stabilite , cette terre n'avait plus a eprouver de commotion g^nerale qui put com- promettre le sort d' une espece destinee a y d^ve- lopper de si beaux attributs. Car la serie des ^tres par perfection vient se terminer a l'homme: aussi, tout sur le globe relive de l' espece humaine ; reine de la creation , elle commande aux elements , fait servir aux progr^s de son industrie les richesses minerales des epoques anciennes ; tout se plie a son usage , tout se range sous sa domination ou s'aneantit sous les efforts de son puissant g^nie : et cette suprematie n'est pas une usurpation, c'est I'avantage de sa nature, c'est le privilege de sa sup6riorit6, c'est son droit ! Je me borne, Messieurs, a cet aperQu general de la marche philosophique d' une science qui a fait dans un demi-siecle de si etonnantset de si incontestal^les progres, et dont de nouvelles decouvertes viennent chaque jour agrandir le domaine. Science admi- rable, qui deja occupe un rang si eleve dans la — 340 — classification ties connaissances hnmaines ; science eminemment religieuse dont 1' elude approfondie est destin^e a deveiiir une des plus abondantes sources de reconnaissance et d' admiration pour tout coeur sincere , pour toute intelligence droite qui ne veut pas se derober aux ravissantes emotions des merveilles geologiques , car ces merveilles, sorties de la main de Dieu, portent I' eclatante empreinte de sa puissance et brillent a nos yeux comme autant de chefs-d'oeuvre de sa sagesse supreme. La geologie en elevant nos pensees a la contem- plation des lois immuables qui out constamment preside au developpement des phenom^nes cons- titutifs du globe, proclame done aussi bien que les autres sciences nalurelles , la gloire des attributs createurs. Gr^ce aux investigations geologiques, la ])hilosophie sest enrichie d'arguments nouveaux , de preuves irrecusables, quelle peut faire servir a la demonstration de quelques verites fondamentales de la religion. Car la geologie a ^tabli sur des preuves physiques qui ne laissent aucune place au doute et defient toutes les subtilit^s du raisonnement que la terre a 6te creee; que notre globe, masse' purement min^rale a son origine et aux %es recuMs de sa formation, n'a pas toujours ^te propre a la production des phenomenes de 1' organisation vegefale et animale , (ju'a une certaine epoque la vie s'v est manifestee comme im fait sans — 341 — precedent, qu'elle n'a done pas exists de toule eternite dans les conditions qu' elle presente de nos jours, mais qu'elle y est arrivee par des creations dislinctes qui se sont succed6 durant des periodes consecutives, d'une etendue considerable, mais par- faiteraent limitees entre elles. Nous croyons que ce sont la des sources de certitude d'une extreme importance pour la theologie naturelle; nous nous contentons de les indiquer a peine aujourd'hui, nous reservant d'y revenir dans un travail special sur la concordance des faits g6ologiques avec le texte de nos livres sacr^s , etque nousaurons I'honneur de soumettre , Messieurs , a votre judicieuse appre- ciation. ii — 343 Wrponge a ill. r^lbbf Coquanti, Par M. l'Abbe SIBOUR, Pr6sident de I'Acad^mie. Monsieur, Si I'Academie avail besoin de justifierle choix qu'elle a fait de vous, pour remplacer le savant professeur auquel vous venez succeder ici, le dis- cours si elegamment ecrit et si plein de hautes con- siderations et de fails importants que vous venez de nous faire entendre, serait pour cela plus que suffi- sanl. Vous devrez done desormais a notre societe , heureuse de vous ouvrir son sein, le tribul de vos travaux scientifiques et litteraires , vous lui devrez tres peu celui de voire reconnaissance. En vous — 3ri — appelant an milieu d'elle pour y reniplir le vide que I'eloignement de I'un de ses membres les plus distin- gues y avail laisse, notre Academie n'a consuUe que ses inter6ts qu'il ne lui est pas permis de s^parer des interets de la science. Que serait en efFet une societe de la nature de la notre, si elle n'offrait la representation la plus coniplt'te possible de toutes les parties principales dont les sciences humaines se composent ? Elle oublierait son nom et son but, et au lieu d'etre une societe savante elle ne serait plus qu'une coterie. L' Academie d'Aix pent se glo- rifier de ne s'etre jamais laisse jconduire par cet esprit etroit et exclusif, d' avoir toujours fait ses choix avec des vues larges et d'avoir accueillis dans son sein, autant qu'il a dependu d'elle, tous ceux qui pouvaient I'aider a accomplir sa mission scien- lifique. A ce titre , les Geologues avaient droit a trouver place au milieu de nous. Par la noblesse de son but, par la giandeur de sondoniaine, par I'etendue de ses investigations et par r importance des fails quelle a deja constates , aussi bien que par l' eclat de ses theories, la solidite de ses principes et I'utilite pratique de ses resultats, la Geologic a d^sormais pris un rang distingue dans la famille des sciences nalurelles, elle se detache de I'arbre (|ui les repiesente comme un rameau vi- goureux, plein do jounesse et de seve. - 315 — Nous ne saurioQs oublier, Monsieur, que celui que vous venez remplacer parmi nous et que nous nous fi^Iicitons de ne pas avoir perdu tout a fait , puisqu'il demeure toujours attach^ a notre society par le titre de membre correspondant, a puissani- mentcontribue parsestravauxamaintenirla science geologique dans la direction qui lui a ete recem- ment iniprimee, direction que vous venez de carac- t^riser si bien et qui doit la conduire par la voie sure de I'experience , loin de la region n^buleuse des syst^mes, a des resultats toujours plus surs, et a des decouvertes toujours plus importantes. Nous re- grettons vivement que les liens etroits qui vous unissent a lui ne vous aient pas perniis de nous donner ici une appreciation de ses travaux et de rappeler qu'ils lui out valu dans le monde scientiti- que une celebrite aussi precoce que legitime. Nous le regrettons d'autant plus,qu'enreconnaissant notre incompetence pour suppleer a votre silence , nous reconnaissons en m^me-temps que personne n'etait plus capable que vous de remplir la t^che dont nous venous de parler. Car vous lui ^tes uni par une double fraternite. Non-seulement par celle de la nature , mais encore par celle de la science. Et voila pourquoi 1' Academic vous appelle au- jourd'hui a ^tre son successeur. Ce n'est pas le fr^re qui vient remplacer lo frere. C'estle savant rpii fait — 34(3 ~ place au savant, et le premier disciple, pour parlcr comme vous, qui vient prendre la place du maitre. S'il avail 6le possible de Irouver ailleurs plus de z^le, plus d' aptitude, une vocation scientifique plus prononc^e, des connaissances acquises plus 6tendues, nos suffrages vous auraient fait defaut; ce n'esl pas votre nom qui les a conquis , ce sont vos nierites. Pour moi , je demande , qu'il me soit permis en ce moment de me f^liciter et de feliciter notre Academic de deux choses : la premiere c'est que vous ne serez pas seulement au milieu de nous le representant de la geologic, mais encore 1' expression de I'alliance de la geologic avec la religion. II me semble que tout antagonisme 6tant au fond impossi- ble entre la vraie science et la vraie foi , lorsque quelque divorce de cette nature se declare , cela vient ou de ce que les hommes de science ne con- naissent qu'imparfaitementla religion ou de ce que les defenseurs de la religion se font des idees inexactes de la science. Votre double vocation sacerdotale et scientifique, en vous faisant parcourir le double do- maine de la foi et de la science vous a mis compl^- tement a I'abri du funeste mal-entendu que je viens de signaler. II est un autre accord. Monsieur, done je suis heu- reux de saluer en vous l' expression, c'est celui de la — 347 — science et des lettres. Heureux accord qui a produit les Buffon et les Cuvier, et qui distingue aujour- d'hui les professeurs et les academiciens les plus habiles, tels que les Arago, les Orfila et les Flourens. Sans doute la science pent se passer quelquefois des formes litt^raires, mais quand il lui est permis de les rev^tir, elle est sure d'6tendre son domaine et son influence et d' assurer 1' immortality a ses inves- tigations. 349 — Par M. le marquis d'AUBAUD-IOUQUES. Paris, 2 Decoinhrc 1801 ODE. 3 mon illuetrc ami Cl)cnfTraUc, Auteur du po6nie du (;6nio de I'hommo. Ainsi, lorsque le bras qui lance le tonnerrc, Eiit, des voutes du ciel au centre de la terre, Precipite I'orgueil des feroces Tilans, Les Muses fugitives Revolerent aux rives Qu'ombragent des lauriers d'un eternel prinlemps. lis sont passes ces jours de honteuse memoire Qui de pleurs et de sang souilleront notre histoire. Tout pouvoir qui detruit, est detruit a son tour; Et c'est sa propre rage Qui disperse I'orage, Qui decliire la nue et ramene le jour. — 350 — Ahl que dis-je! de Dieu benissanl la clemence, Recoanaissons ici I'ceuvre de sa puissance C'esl elle donl la main dans le port nous conduit, Et dans ce grand d^sastre A fait lever cet astre Dont les premiers rayons eclaircirent la nuit ; Cet astre, qui bientot s'^lancant dans sa course, De I'aurore au couchant, de I'^quateur a I'ourse, Par son eclat vainqueur rassurant I'univers, Dissipa les tempetes Qui roulaient sur nos tetes, Qui menacaient la terra ct soulevaient les raers. toi, Chenedolle dont le male genie, S'allume chaque jour au flambeau d'Uranie , Puisqua tes vers, sortant de I'empire des raorts, L'antique Pythagore Groirait entendre encore Des globes radieux les nocturnes accords ; R(^ponds-moi,dans quelscieuxet pres de quelle sphere, Tes chants placeront-ils cet astre tutelaire Qui de notre patrie a change les destins ? Est-ce Mars dieu du Thrace Qui lui cede sa place Ou Saturne le pere et I'amour des Latins ? C'esl par lui, par lui seul, que des tyrans serviles La torreur de nos champs, la honte de nos villes, — 351 — Dans leur fange nalale onl ele rejeles. C'est lui qui les devoue A cacher dans la boue Leur fatale existence et leurs fronts detestes. l-'infortune, jete sur dcs rives ingrates. Par lui seul retrouva ses malheureux Penates, Ses Penates 6mus de ses longues douleurs Et sous ses vieux portiques, De ses Lares antiques Adora les debris huraectes de ses pleurs. souvenirs! c'est la quest son berceau fidele, 11 voit le lit d'hymen et I'urne paternelle, Et pale de bonheur, il benit le h^ros Par qui seul la patrie De ses maux attendrie, Lui rouvre un sein de mere, asile du repos. Tels, les essaims dores des volantes abeilles, Au retour du printemps assiegent ses corbeilles. Tel, quand un chene eleve un front majestueux, Poursuivis par I'orage, Sous son vaste feuillage Accoureut les oiseaux, a flots tumultueux. II a donne la paix, aux peuples, aux monarques Un seul s'agite encor; mais avant quo les Parquos Roulent un nouvel an sur leurs sombres fuseaux, La superbe Tamise Alliee ou soumise Dans son sein orageux recevra nos vaisseaux. — 3:)2 — Mais quel jour plus brillaiU luil dcja sui nos teles ! I)u Dieu de nos aieux nous revoyons les fetes. Nous luisacrifions dans son temple affranchi. Eclatanle victoire, Qui surpasse la gloire Do Manloue errasee et de I'Adda franchi. Qui; que la France espere et I'Europe s'elonnc. Qui releva I'autelMoit relever le trone. Sans doute, un grand dessein agile son grand coeur. Sa genereuse audace Va, d'une antique race Rendre aux voeux des Francais le sceptre protecleur. II le pent. Erinnis baisse sa tele impure. Ses serpents, autrefois sifflantc chevelure Pendent inanimes, voilent ses yeux hagards, Et sa rage etouffee Fremit sous un trophee Ou sonl assis la paix, le commerce et les arts. Les Muses, de nos bords si longtemps exilecs, Par son vaste gdnie aujourd'hui rappelees, Retournent le front ceint d'olivcs et de fleurs. Je leur prete I'oreille, Et mon ame s'eveille Aux sons harnionieux de tes vers enchanteurs Soil qu'a I'astre du jour adrcssant Ion hommage D'un encens (jue pour liii ne briila point le mage, — 353 — Tu parfumes le trone ou ce sublime roi Regne entoure des mondes Que ses flammes fecoudes Font rouler dans I'espace et liennenl sous sa loi j Soil que sa soeur I'appelle a ces heures nocturnes Ou ses nyraphes pies d'elle accouiant laciturnes, Traversenl Thorison d'un pas silencieux, Et reloutnent la tete Pour sourire an poete Qui celebre leur gloire eu vers oielodieux. Soit, qu'enfin, par Hersrhell ta muse soutenue, Monte de globe en globe, et de sa course (^mue Sur le grand architecte interroge les cieux, Elevant sa pensee, Ues astres elancee, Lumineuse, bi'illante et sublime comrae eux : Mais alors, efifraye d'un elan si rapide L'ombrage me rappeile^ oiseau faible el limide, Et je le laisse seul, francbir noire horizon. Plane; moi je voltige El me perds sous la lige De ces modestes fleurs qui parent le gazon. II. HYMNE. 71 la &m\U UicriK. EXORDE. Salul ! reine immortelle, toi, qui dans les cieux, Triomphanle montas sur les ailes des anges. Salut ! charmc elernel, tresor myslerieux Des celestes esprils et des saintes phalanges. Je t'invoque ; sur moi daigne abaisser tes yeux. Sans cesser d'etre enfant, je suis devenu vieux. Des foUes vanites je porte encor les langes. Trop longteraps prodigu^e a de frivoles jeux, Qu'au moins roa voixs'eteigne enchantant les louanges . l"" Strophe. — Laus. De millc harpes d'or les celestes concerts, Des astres descendus dans des flots de lumiere, Avec toi remontant dans le vague des airs, Celebraienl ton triorapbe, o Glle, epouse et mere Du Dieu qui creant I'univers, — 455 — Y deployanl partout sa puissance infinie, Ne Qt rien d'aussi grand, d'anssi beau, d'aussi pur Que I'humbleet royalc Marie; Marie, Eve innocenle et des sifecles benie ; Marie, aux voiles d'or, etde pourpre, et d'azur, Dont le sein virginal fut I'arche d'alliance Oil le Verbe fait chair daigna prendre naissance. Anti-strophe. Rose de Jericho, ton parfum precieux Est I'encens que le ciel offre a son roi supreme. Ton trone est pres du sien. Les astres radieux Ceignent ton front auguste et sont ton diadorae. Du serpent infernal, ton pied victorieux Ecrase avec mepris la menacante tcte ; Et fille de David, la tour du roi prophete Offrait a ses vaillants guerriers Moins de lances, de boucliers, Qu'un seul de tes regards pleins de celestes charnnes, Ne donne a tes enfanls de triooiphanles armes. S""" Strophe. — Deprecatio. Mere de rHomme-Dieu , redempteur des humains, Puisqu'il s'est fait ton Gls, il s'est fait notre frere Sa parole ^lernelle a fixe nos destins. II a dit sur la croix sa volonle derniere. « Vierge, voila ton fils, Chretiens, voila ta mere. » Tu peux tout sur son coeur, et tu tiens dans tes mains Et le bonheur du ciel et le sort de la terre. - 356 — Viergc sainte et sacree, exauce ma priere. Ne laisse pas jusqu'a la mort, Sur Tabime de I'onde aniere, Ma vagabonde nef flolter au gre du sort. Brillante etoile de I'aurore, A ce soir de mon jour, sois nion tHoile encore. Fais-raoi franchir I'ecueil. Guide-moi vers le port. Anti-strophe. Dejd, pres d'un haineau solitaire et tranquilie , De mon p6re martyr heritage sacr^, Dans un temple rustique, et sous Fautel d'argile. De ta douce image par6 De mon dernier sommeil, j'ai prepare I'asile. Miserable pecheur! A I'inslant redoute, Oil ton fils, ou mon Dieu me dira d'y descendre, Vierge dont la puissance egale la bonte, Prends pitie de mon ame, et protege ma cendre. CALENDRIER I)E FAUNE ET DE FLORE CALENDRIER m mmm m m m&m POUR LES ENVIRONS DAIX ov PREMIERE APPARITION DES PRI\CIPAIX INSECTES ET PREMIERE FLORAISON DES VEGETAUX qui s'y trouveiit, PAR M. ROYER DE FONSCOLOMBE. AIX, LMPKOIEIilE DE M"' VEUVE TVVERMER, Rue (lu College , 20. M DCCC XLV. AVANT PROPOS. -C W •-'.^ L'iDEE de designer lepoqije de chaque saison par les plantes qui s'y developpent, den former un calendrier , comma aussi un horloge de Flore en observant les heures du reveil ou du sommeil des fleurs ; cette id6e aussi po^tique qu'exacte , est due au genie de Timmortel Linnee qui en a consacre la pens^e dans ses Amcenitates academicoe. II est bien naturel aussi de chercher a comparer , a ac- corder les moments de 1' existence des insectes avec celle des plantes, puisque 1' habitation, la nourriture de ceux-la est presque constamment dependante CCCLXII de celles-ci ; et cette derni^re idee nest pas iiori plus nouvelle. J'ai cm que 1' opuscule que je pr6- sente aux amateurs de I'histoire naturelle, pourrail etre de quelque utilite a ceux qui voudraient ex- plorer les environs de notre ville. C'est le fruit de plus de quarante ans d' observations, le r^sultat de toutes les notes que j'ai rassembl^es dans cet espace de temps. La forme que je lui ai donnee, et que j'avais toujours en vue dans mes recherches, m'a paru , conform^ment a ce que je viens de dire , plus piquante et en m^me temps plus usuelle et plus commode. Je ne puis me promettre d'une maniere absolue que ce travail soil exempt de fautes, que tout ce qui y est enonce soit d'une exactitude scrupuleuse. Quelque soin que j'aie pris de noter chaque jour les insectes que je rencontrais, les plantes que je voyais fleurir, il est ais6 de concevoir qu'une foule de circonstances locales et variables, peuvent faire, que toutes les ann^es et dans tous les cas, on ne trouve pas toujours pour la premiere fois , au jour marque, soit les insectes, soit les v^g^taux en fleurs. Les chaleurs plus ou moins precoces ou retardecs , cccLxm la difference d'abri, de culture, de situation, peu- vent avancer ou reculer la naissance des insectes , la floraison des plantes. II est possible encore que , malgre 1' exactitude que j'ai tach6 d'y apporter, quelques fautes m'aient echappe tant pour la no- menclature, que meme pour les epoques que j'ai assignees. Je prie les personnes sous les yeux de qui cet ^crit tombera, d'en signaler les erreurs et de vouloir bien me les faire connaitre ; ce sera me rendre un vrai service , et me procurer le moyen de les corriger dans une nouvelle Edition, s'il y a lieu. Au reste j'ai indique la premiere ^poque, la pluspr^coce, dans tousles cas, de 1' apparition des insectes et de la floraison des v^g^taux. C'est le moyen, ce me semble, de se tromper le moins possible dans leur recherche. J'ai suivi la nomenclature la plus nouvellement adoptee, autant que j'ai pu en avoir connaissance. Pour les plantes, c'est la Flora gallica de Loiseleur avec les supplements, edition de 1806, 1807 et 1810; Gerard et Garidel, quoique encore Strangers a la nomenclature Linneene m'ont bien servi pour la fixation des noms de beaucoup de plantes, et CCCLXIV r indication des lieiixou on les trouve. M. Caslagnc, charge par la confiance des frangais residant a Cons- tantinople, dans I'absence de la legation franf;aise, de leurs interets pendant deux ann^es emigres , aussi excellent botaniste que bon observateur ni'a donn6 les noms d'une multitude de plantes int^res- sanles, surtout de Marseille et de Miramas. II les a acconipagne denotes etd' observations qui m'ont ele d'une grande utilite. M. Teissier, piofesseur de bo- tanique a Aix, m'a fourni les noms et les epo(}ues de la floraison de beaucoup de vegetaux des environs d'Aix, et des renseignemenls bien exacts sur les localitos. M. de Fontverd, president du tribunal de Sisteron, m'a aussi communique des notes qui m'ont ete tr^s utiles. Je n'ai pas connu et pai'[cons(5qucnt pas c\[6 tout ce qua cite Garidel (que j'ai trouve d'ailleurs tr^s exact dans toutes ses indications) ; mais en revanche je donne beancoup de vegetaux qu'il n'a pas indique. Quand j'ai cru devoir m6- carter de la nomenclature de Loiseleur, je d(^signe I'auteur que j'ai suivi. Quant aux insectes je me suis conform^ pour les coleopleres au catalogue de la collection de M. le CCCI.XV coiiite Dejean, pai' M. Boisduval, tioisieiiie edition. Le catalogue methodiquc des lepidopteres par le m&me auteur (1840) m'a servi de regie pour cet ordre, eta son defaut M. Duponchel (Hist, naturelle des lepidopteres de France). Les ouvrages de La- treille , surtout les plus nouveaux , ( par exemple , les cnistaces, etc. , pour (aire suite an regne animal, de Cuvier) m'ont dirige pour la nomenclature des autres ordres en general , tels que les apteres , hy- nienopt^res , orthopteres , nevropteres et h6mip- t^res , conjointement avec Fabricius , du moins quant aux noms sp6cifiques de ce dernier auteur ; et les dipt^res , concurremment avec Meigen et M. Macquart. J'ai suivi litt^ralement le savant ouvrage deM. Gravenhorstsur les Ichneumonides, etdeM. le comte Lepelletier pour la famille des Tenthredes. Mes guides pour les Libellulid6es, que j'avais etudi^ sp6cialement moi-meme , ont ete , Vanderlinden , Toussaintde Chaipentier et M. de Selys-Longchamp dont les conseils me les ont fait encore mieux con- naitre. J'ai cru pouvoir citer quelquefois le travail que j'ai fait moi-meme sur les cinips , les diplolepes et les pucerons, insere dans les Annales des sciences (XCLXVI naturelles et dans celles de la Society entoinologique de France. Je ne puis trop temoigner ma reconnaissance a M. Solier de Marseille , capitaine dans ie genie , col^opt^riste distingue , et connu de tous les ento- mologistes. II m'a fourni beaucoup de notes, m'a indiqu^ une foule d'insectes int^ressants, surtoutde Marseille et de Marignane ; ses observations et ses conseils obligeants nn'ont et6 de la plus grande utility. Pour faciliter aux amateurs qui seraient encore peu inities aux nouveaux progr^s de I'entomologie, j'ai marque, entre parentheses, a la suite du nom nouveau , le nom g^nerique plus anciennement connu, surtout pour les coleopteres et les lepidopteres. Je I'ai fait ^galement pour les plantes lorsque jadopte des noms encore peu connus, surtout dans la cryp- togamie. Le rayon de mes observations comprend princi- palement les environs d'Aix. Jel'ai etendu souvent jusqu'aux limites de notre d^partement, et Marseille m'a fourni beaucoup d'insectes et de plantes. II en est do memo des parties du Var assez voisines et ClCLXVIl m6me liiuitiophes des Bouclies-du-Rlione, telles que Salnt-Zacharie et la Sainte-Baume , oil j'ai souvent prolonge mes excursions. Al'exemple de Garidel, je n'ai pas cru devoir me priver de citer quelquefois les especes interessanles que j'ai pu rencontrer m^me dans des localit^s un peu plus eloignees. J'ajoute dans le courant du calendrier quelques notes , quelques observations sur les moeurs des in- sectes , quelques particularites concernant les plan- tes, qui m'ont paru presenter de I'interfit. J'ai cru aussi devoir indiquer les epoques des recoltes prin- cipales et de la maturity des fruits plus remarfjuajjles. Enfin je donne les noms frangaiset provengaux. Une table alphabetique qui termine I'ouvrage, servira a trouver dans I'instant I'epoque oii Ton devra cher- cher une plante ou un insecte quelconque. Je m'estimerai heureux si ce travail, plus ponible sans doute que d'un merite r6el, pent devenir de quelque utilite. 370 JANVIEil j-»"^ liisecles (|iii |iaraissenl raieiiieiil dans a mm. t . LICINUS AGRICOLA SOUS IgS pioiTeS. 2. ORTHosiAPisTACiNA (Noctiia) — trouvoo dans Tinterieur dune maison. 3. HAMMATicuERus HEROs (Ceiambyx) — dans rinlerieur duboisde chene — I'insecte parfait forme, quoique encore tendre el mol, cache dans le bois. 4. DiPLOLEPis scuTELLARis, OHv. — daus une galle sembla- bleau fruit de rarbousier, sur les feuilles du chene — eclos ce meme jour. FORMICA PUBESCENS — dans le bois pourri. 5. FORMICA MARGiNATA — daus Igs bois caries — la chaleur du foyer la fait sortir du bois et courir , m6me par 4 degr^s de froid aTexterieur; en automne sous les pierres, dans les bois. (). PEzoMACiius FESTiNANS, Gr. (Crvptus) — CCS 1 5 jours sont dans notre pays I'epoque des froids les plus rigoureux : I'hiver est ordinairement plus doux avant comme apr^s. 7. HELOPHiLUS TENAX, Latr. — lauguissaot a cette epoque et cach6 entre les petales de la Rosa indica — la larve,dans les eaux stagnantes, le fumier. Elle subit presque sans perir, 1' effort du pr csso'ir (Lvmee). 8. COCCINELLA SEX-PUSTIILATA. JANVIEH. 371 juurs Vegelaux qu'on voil deja on eiu'oie eii lleuis. j viBURNrai TIMS — Ji Marseille, gorges de Marseillo- veiro , rochers inaccessibles ( M. Castcuine ) — /â– /•. laurier-lin. II commence a tleurir. 2. \.\RcissLS TAZETTA — il tleurit en bocal sur les chemi- nees , fr. narcisse. 3. ALYSSUM MARiTiMUM (Glypoeola) — sur les lochei's, au bord des sentiers — tleurit tout I'hiver. i. siNAPis ERucoiDES — dans les champs — lleuril plei- nement a present. ;i. viciA FABA — dans les lieux cultives — //•. fe\e, pr. favo. 0. HELLEBORus FOETiDus — bois de Trevarcse , a Puyri- card — fr. pied de griffon, hellebore noir. CHEiRANTHus iNCANUs — dans Ics jardins — il persiste a tleurir, fr. girotlee, violier, pr. garanier. 7. uRTiCA URENS — claus les chauips , les jardins — elle commence a tleurir , fr. ortie . pr. ourtigue. 8. ROSA iNDicA, Decand. — dans les jardins; exotique — cessanta peine de tleurir avec la neige. L'hiver rigoureux a encore sa coiu-onnc. //•. rose de Ben£;ale. J.urs. -2 .lA.WIER 9. FORFicuLA AURu.iiLAuiA — SOUS Igs pieiTes , dans celle saison; en elo siir les plantes, dans les fruits — /'/•. perce-oreille , pr. taille-sebe. 10. AGABUS niPusTULATus , Aubp — daus I'eau, aux Pin- chinats, etc. I 1. HvPvENA ROSTKAHS, Dup. (P\ lal. ) — tiouvee a Saint- Zacharie , tombee d'une fenStre , languissante, niais en vie , par i 3 degr^s de froitl. \2,. ACKYDiiJM LiNEOLA, Oliv. — frequcnt daus les lieux abi'ites, parmi les oliviers. 1 3. iiYDROPORus GEMiNus — daus Ics caux. ACRVDIUM PEDESTRE , Oiiv. I 4. REDuvius PERSONATus (Laiva) — dans les maisons — toujours sali de poussiere , dont il se fait un vMe- ment. II devore la punaise des lits, selon Fabricius. 1,'j. r.ALATHus LATus — apei'Qu aujourd'hui, couranl sur le gazon. AGABUS BiGUTTATus , Aube — dans les eaux , aux Pinchinats. AGABUS DiDYMUs, Aube — daus I'Arc, aux Pinchinats. ELOPHORus GRANDis — daus Ics caux , Ics bassius , etc. ] G. AGABUS BRUNNEus , Aubc — eaux , Pinchinats. PARNUS PROLiFERicoRNis — Icseaux, lesHcux bourbeux. uYDROBius GRisEus ( Hydi'ophilus ) — dans I'eau, les bassins , etc. BEHONus LURUMJs ( Hvdrophilus ) — dans lean , les bassins. Jours. JANVIEK. 37a 9- VEROMCA AGRESTis — les chamj).s. 10. ROSMARINUS OFFICINALIS — SUP los colliiics , (laiis les bosquets — fr. romarin , pr. roumaniou. Fleiirit presque toiite I'ann^e, la glace I'arrete a peine. I I . CALENDULA ARVENSis — fv. souci , pr gauclie-fer. Fieui'it m^me avec la gei6e. \ 2. SENEcio VULGARIS — dans les champs cultives — //â– . senegon, pr. senigoun. 1 3. HYACiNTHus NON-scRiPTus — fr. jacintlie. Fleuiit en bocal sur les chemin6es. \ i. BELLis PERENNis — Ics gazoHs — fr. paquetette , pr. maigaridetto. Fleuril tout I'hiver, a peine arr^t^e par la gel6e. 15. CREPis NEMAUSENSis — tr^s comniun au Ijoid ties champs, des chemins — commence a fleurir. 6. SALVIA c.LANDESTiNA — 1)01x1 dcs scutiers , levees de lene — elle commence a fleurir. .AGROSTis MINIMA — les champs snhlonnenx 26 H7'i JANVIEH. jouis. NOTOMiCTA MACULATA — iia^eant. VEUA luvuLORUM — iiai^eant. VANESSA ATALANTA — elle soit (lo sa retraite et volo, quand la chaleur se fait sentir pendant quolques beaux jours. 1 7. HYDROPORus HALENSis — aux Piuchinats , etc. HYDROPORUS LiTURATUs — il)idem. iiYDROBius 2-pusTULATus ( Hydropliilus ) — ibidem. TAGENIA FILIFORMIS SOUS les piciTCS. MELOE RUGULOSus — SOUS les pieri'es ; aux nioulins au-dessus de T Hospice des Insensos , a Fons- colonibe , prtis Le Puy-S*°-Reparade. ANTHICUS PEDESTRIS SOUS los pieiTCS. 18. ASTENus FILIFORMIS, Dalil. — SOUS les pierres. 1 9. HYDROPORUS NiGRiTA — daus les eaux. HYDROPORUS LEPiDus — les bassius. cHiRONOMusPLUMOSus — daus I'int^rieur des maisoiis, contrelesfenetres — c'est sa premiere apparition. 20. cocciNELLA 7-puNCTATA — cach6e dans les raisins sees, panses , gardes dans les maisons. 21 . DROMiNUS 4-siGNATus — souslespierres,danslescollines. 22. opHONus puNcncoLLis — sous les pierres. 2.'} PROCRUSTES coRiACEus — cache sous les pierres dans cette saison. 2i. PSYCiiODA PHALiENOiDEs, Latr. (Tipul. ) — fWx|uemiiieiit sur les murs. JANVIER. 37.-) Jours. 1 7. ARBUTUS UNEDO — colHnes de Saint-Zacharie (Var) — il reste en fleurs tout I'hiver. fr. arbousier, jw. darboussier. 18. AMYGDALUs COMMUNIS — fv. amaiidier, /)r. amendier. En fleurs malheureusement trop tot, quand les chaleurs sent pr^coces. 1 9. iBERis SEMPERFLORENS , Linn. — tlcurissant dans les serres — fr. thlaspi des jardiniers. 20. CHEIRANTHUS CHEiRi — sui' Ics murs — fr. violier janne, pr. garanier jaoun^. II commence a fleurir. 21. JASMiNUM ODORATissiMUM , Valil. — daus les serres. 22. VERONICA HEDER.5EF0LIA — l8s chaiiips — commencc a fleurir. 23. ERoDiuM PRiECOx — Ics pelouaCs — commenceafleurir. 24. THL.\spi BURSA-PASTORis — /V. bouise 3 paslcur. Com- mence a fleurir. Jour. ^'^ JANVIER. 25. VANESSA L-ALBUM — Oil la vii volei* ce jour la, ayant passe I'hiver cach6 et abrite. 26. SATYRus M^RA — m^iiie observation que ci-dessus pour la V. L-Album. 27. BRUCHUs Pisi — courant dans 1' interieurd' une maison , V. 2 avril — les jardinicrs de Monlreuil, environ de Paris, ont observe que les pois semes en avril pour sen procurer jusqu'a r^te, n'etaient jamais touches par cet insecte ; et ce sont ceux-la qu'on r^colte en sec et qu'on garde pour les semis des anneessuivantes; lagraineestfranche, tandis que lesautreschezqui, sinon legerme, au moins lep4- risperme est entani6, levent moins bien et donnent des plantes Ir^s inferieures [note cleM. Teissier). siTONA LiNEATUS — SOUS Ics picrrcs. 28. oxYTELiis CARiNATus — SOUS Ics picrrcs , dans les excrements , et aussi voltigeant. CORYNETES RUFicoLLis — daus Ic fromagc, les latrines. 29. PULEX iRRiTANS — dcja malgr6 le froid, fr. puce, pr. niero. 30. iiALiPLus LiNEATOCOLLis, Aubc — dans les eaux, Pin- chinats. 31- ACARiDi^ Qu^DAM — SOUS les picrrcs — plusieurs es- p^ces; j'omets leurs noms sp6cifiques, les con- naissant imparlaitement. scuTOPTERUS coRiACEus (Dytiscus) — dans I'eau, niAme sous la glace. ATT A STRUCTOR, Latr. ( Formic. ) Jours. JANVIEH. 377 "25. TORTULA MUU.4LIS, Duby ( Bryuni ) — sur Ics murs au nord. 26. EUPHORBi.v HELioscopiA — les cliamps — fr. reveille- matin. Ella commence a fleurir. 27. ULMUS CAMPESTRis — il flcurit deja si I'liiver s'adoucit, fr. orme, ormeau, pr. oum6. 28. THUYA oRiENTALis, Linn. — les jardins, les bosquets. Originaire de la Chine — fr. thuya de la Chine. II croit ici en pleine terre. 29. BETULA ALNus — au bofd des rivieres, des ruisseaux, dans les sables de la Durance — fr. aulne, jor. verno. 30. HOLOSTEUM UMBELLATUM — dans Ics cliamps. scoRZON'ERA L.\ciMATA — Ics Icvccs dc torrc au bold des chemins , des champs. 378 FEVIUEU. Jours. Insecles qui coinmenccnl i\ parailre. 1 . TiMARCHA TENEBRicosA ( Chrysom. ) — Elle reparail. % scATOPHAGA sTERCORARiA , ^. — sur les excr^meiits. 3. CHRYSOTOXUM ARCUATUM. 4. psocus puLSATORius , F. — suF les vieux meubles ; dans les collections d'histoire naturelle. COLIAS EDUSA — soi'tant de sa retraite , indice troni- peur du printemps , Linn. 5. OPATRUM SABULOSUM — dans les gazons, a I'abri. 6. XYLOCOPA VIOLACEA. 7. SCORPIO EUROp^us — contrc un mur abrite. 8. CYMINDIS HOMAGRICA VoT. MERIDIONALIS — SOUS IcS pierres. 9. ANCHOMENus pRASiNus — cn famillc, sous les pierres — tres commun. 10. nARPALUs msTiNGUENDus — SOUS Ics picrrcs dans les pr6s, au bord des chemins, etc. — tres commun. FEVIUKU. 379 Jours. Yegetaux qiii flcurisseiil. 1 . ROSMARINUS OFFICINALIS — fr. romariii, pr. rouiiianiou. II fleuiit de nouveau , ineme malgre 4 degres de fro id. 2. PRIMULA vERis — les jai'dins. Garidel I'indique an Prignon — fr. primevere. 3. RESEDA ODORATA — Igs jai'dins. FUMARiA OFFICINALIS — Igs champs — fr. fumeterre pr. ubriaguos. 4. ALLIUM CHAMiEMOLv — Foz-Ies-MartiguGs. DRARA VERNA — au bord des chemins , an pied des murs, etc. 5. CLYP.EOLA JONTHLASPi — les coteaux gazoniies. C). TARAXACUM OFFICINALE — (laiis les pi'^s , ail l)oid des sentiers, partout — fr. pissenlit. 7. LEPIDIUM PETR^UM — COllilieS. 8. cupRESSus SEMPERviRENS — acclimate chez nous — fr. cypres. 9. JUNiPERus viRGiNiANA, Liiiii. — patHe , TAnK^rique septentrionale; croit facilementdans nos bosquets. II est i\6 spontanement dans mon domaine de Fonscoiombe , de graines des arbres deja ages — fr. cMre de Virginie. l(). CALLiTRicHE VERNA — (lans los Fuisseaux , Marseille. ANEMONE coRONARiA — au-dessous dc la Trinity , a la Pinelte , a Saint-Mitre. jouis. 380 FEVIUE!!. I I . iiARPALus iENEus — SOUS Igs pieiies , pies cle Fenouil- I6re. )2. AGRiOTEs SEGETis ( Elater ) Gyll. — dans les pres , sous les pierres. 1 3 EMUS CYANEus ( Staphylinus ) — sous les pierres. astrapjEus ulmineus — sous les pierres , surtout au pied des ormeaux , a Fonscoiombe. ENNOMOS LUNARiA ( PlialaBiia ) — 6clos aujourd'hui. j ^ HARPALUS PYGMiEUS — autour d'Aix , sous les pierres — assez rare. TENTYRiA MUCRONATA — a Marseille , plus rare aux environs d'Aix — elle coniiiience a paraitre si le temps devient un pcu chaud. j\ 3. CYMiNDis HOMAGRiCA — SOUS les pierres. \ (). ARGYNMS LATONiA — dans les pres , vers le pavilion de r Enfant. Jours. FEVIUEU ;iSl II. viscuM ALBUM — SUP lainandioi", laubepin. jMiasile — fr. le guy, pr. guis. I 2. PHYLLIREA ANGUSTIFOLIA — lieUX SCCS Cl IllOlltllCltX , coteaux de la Bla(}uc, cliemin de Maiseille. HYACiNTHus ORiENTALis — jaidins. Spoiitaiie pr^s de Toulon. 1 3. RANUNCULUS FALCATus — dans les champs , tr^s com- mun. JUNIPERUS PHOENicEA — SUP les hautcups , collines du Tholonet — pr. moupv^n. I 4. IRIS LUTESCENS — Heux sees et montueux. HYACINTHUS RACEMOsus — daiis Igs champs , au hopd des sentieps — pr. pichot barpalet. 1 5. ULMUS suBEROSA — au bopd des puisseaux, des champs — est-ce bien une esp^oe distincle ? on pliilol une vari^te accidentelle que I'cige fait dispapaitpc. viNCA MAJOR — le long des ha yes. ERODiuM MALACOiDES — SUP les Icv^es , au l)OPd des chemins , des champs. I (j. FUMARiA spic.vTA — Ics champs sablonneux — ies phar- maciens doivent ppendpe gapde de melangep cette espece avec la F. offtcinalis , quand ils donnent celle-ci en remade. La Fum. spicata est poup le moins un pupgatit" violent et dangepcux, tandis que la F. officinalis n'a que de bonnes qualiles. Observations et expcpiences faites pap M. Teissiep et M. Boyep, phapmacien. .i„u,> '^-^^ I'EVKIEK. I 7. piERis DAPLiDicE — clieiiille sur le choii — passe 1 hy- ver en chrysalide. 1 8. GLOMERis pusTULATA , Latr. — SOUS les pierres , centre les rochers humldes. MELOE ciCATRicosus — fr^qucnt dans lesjardins, lelong des senliers, au-dessus de I'Hdtel-Dieu. 1 9. SATYRUs ^GERiA , Vav. MEONE — dans les bosquets. ECHINOMYIA FERA. 20. CLEONis OPHTHALMICUS — SOUS Ics pieiTcs , rampant aussi a terre, dans les gazoiis. CHRYSOMELA SANGUINOLENTA. APHIS H YBERNACULORUM — daus Ics sciTCs, sur Ic Daplvic indie a. piERis RAPiE — chenille sur le chou , le reseda odorata des jardins. ^21. LEBiA CYATHiGERA — SOUS Ics ccorces dcs arbics a demi detach^es. BRACHYCERUS UNDATus — SOUS Ics picrrcs , au pied des murs abrit^s. i% OTiORHYNCHUS MERiDiONALis (Gurculiou. ) — caclic daus la terre pendant le jour au pied des oliviers , des cypr6s — la nuit il monte sur les oliviers , ronge lesfeuilles, les bourgeons, lesjeunes ponsses. II fait beaucoup de degats aux oliviers du Var. Se- lon M. Laure agriculteur distingue de Toulon , il ronge aussi les feuilles des orangers. II parail ((uil alliupic pres(|ue tons les arbios loujonrs verds. Jours. FEVKIEH. 38o 17. RANUNCULL's FiCARiA — los cliauips liumidcs — pr. aoureilleto. 18. ANAGYRis FOETiDA — MoiU-Majour pr6s d' Aries. ANEMONE HEPATiCA — bois de Saiiit-Zacliarie ; for6l dc la Sainte-Baume — fr. hepatique, /)r. herbo doou f6g6 ; violetto d6 Sante-Madeleine. 19. DAPHNE LAUREOLA — aMiiiiet. (M. CastagiiG. ) PRUNus spiNOSA — daos les haies , bord des chemins — fr. le prunelier, pr. agranas. 20. PRUNUS ARMENiACA, Vav. Pra3Cox — les jardins Iruitiers — fr. abricotier alexandrin. 21 . LAURUS NOBiLis — dans les jardins. Spontane a Sollies, au bord de la riviere. cupRESsus HORizoNTALis , Miller — transplante; ilcroit tr^s bien dans uns bosquets. 22. s.AXiFRAGA TRiD.\CTYLiTES — Igs pclouscs, ail Montei- gues , plaine Deis dedaous. GRiMMiA puLviNATA ( Bryiim ) Duby , botan. gallic. — siir les murs exposes au nord. Jours "i^'i FKVUlEn Ses degats sonl cuiuuis sous Ic iioin vulgaire o\ provengal de chaplun. CLEONis ciNEREus — SOUS les pierres, dans les gazons. MOLYTES DAJULus (Curculioii. ) — cache sous les pierres, rarement a decouvert et marchant. SCATOPHAGA STERCORARIA $ Ct ^ OU la troUVC SOU- vent accouplee a cette epoque. 23. DERMESTES MURINUS piiYTONOMus FASCicuLATus (Curcui. ) — SOUS les picrres d^tachees des vieux murs, collino d'Entreniom. VANESSA poLYCEiLOROS — olle passe souvent riiivor dans les maisons ; dbi que la chaleur se fait uii peu sentir, elle paralt au dehors. Chenille sur I'orme, le peuplier hlanc , lecerisier, le caprier, etc. 24. LYGi^Eus APTERus — comuiuti partout , dans les jardins , les champs, le long des murs — accouple a cette epoque. 25. DiTOMus CALYDONics — rare a Aix. Sur la coUine au nord de la Trinite, ou couvent des Capucins. j>(3. ACiNOPCs MEGACEPHALus — courant dans les chemins , les gazons. EMUS iENEicoLLis ( Staphyliuus ) — sous les pierres. PANDARus TRisTis ( Deudarus ) — sous les pierres , a Entremont ; dans nion bois de Monhcrd , aSainl- Zacharie. SATYRUS MEG.IiRA. FEVHIEH. 38 j Jours 23. SISYMBRIUM TENuiFOLiuM — SUP les murs, le long (los cliemins , tres commun partoiit — pi\ rou(|iioto fero. Odour el saveur forte et desagreable. vALANTiA MiiRALis — Ic loiis; des iiiurs, sur les roehers. '2'*- GYMNOSTOMUM TRUNCATL'M , Diihy ( Bryum ) — nuns an nord. ^•^- TiissiLAGO FARFARA — daos les vignes , les champs , les lieux humides — fr. tussilage, pas-d'ane; pr. herbo de la piito. II fleurit a present, sans feuilles qui ne paraissent qu'en ele. 26. F,M.Ai.YPTA viiLGARis, Dubv ( Bryum ) — les nuns. 386 FEVKIEU Jours. 27. Lixus ANGDSTATis — sui' los plautcs , la hardanc . I'ai- tichaux. CLEONis OBLiQuus — SOUS Ics piei'ies , plus tard dans les gazons. BANCHus piCTus — SOUS uuc picrrc , colline d'Entre- mout. 28. TAGENiA INTERMEDIA — Marseille , sous les pierres — rarement melee avec le Tag. filiformis (M. Solier. ) DORCADioN MERiDioNALE — eutie les pieiTes ; le long des sentiers, au nord de I'Hotel-Dieu, au jeu de mail. CASSIDA MERIDIONALIS SOUS leS pieiTGS. RiiODOCERA RHAMNi ( CoUas ) — a LuyuGs; a la Sainte- Bamiie, M. Marloi, m^decind'Auriol — rare aux environs d'Aix. FEVRIER. 387 27. IRIS PUMILA — ail Monleigues, au boid des champs. MARCHANTiA cRuciATA — ppfes du poiit de Beraiul , dans les mousses. 28. EUPHORBIA PEPLUS — les Ugux cultives. AMYGDALUS COMMUNIS — sa floraison ne pent Hre plus longtemps relardee. Le froid et la gelee ne I'ar- r^lent plus a cette epoque. , , ;58« WARS. Joiirs. Pi'omkM'c apparition dcs Insoclos. ,j BUACIIIMJS SCLOPETA SOUS IcS pieiTGS. <:arabus auratus — courant dans les champs, les gazons. APiiODius PUBESCENS — tlaiis les crottins , les bouses. POLVOMMATUS PHLOEAS. BiBio HORTHLANUs — tr^s commiin , endoiiimage les fleurs. 2. BRAcniMis EXPLODENS — 3 Fonscolombe, etc. , sous les pierres. CLiviNA ARENARiA — au bord dc la Durance, de I'U- veaune a Saint-Zacharie , sous les pierres. NEBRiA BREvicoLLis — SOUS les picrres , dans la terre. CAPNODis TENEBRicosA ( Buprestls ) — plus commuH a Marseille qu'aulour d'Aix. LiMOMus NiGRiPES (Elatcr) — sur les plantes. 3 ciiL/ENius MELANOcoRMR — SOUS Ics pierrcs. P/EDERUS RIPARirS id. HELIOPATES HYBRIDDS — id. 4. siLPHA GiBBA — couraut a teire. ATTA r.APiTATA , Latr. — elle construit soul nid dans la terre. HALICTIIS SELADONIUS, F. ( Sul) niCgillA. ) 5. ANTiioMENrs PALLiPES — SOUS Ics picrres , (H'diiiaire- ment en laniille. iiMAHCii A coRiAHiA ((^luvsoin. ] — coniumiie . raui- panl a lenc. iCHNEL'MUN cuKuiPToK. i)li\. ((;ry[)tiis. (Jrav. ) Jours. MARS. 389 Premiere floraisoii des Y(Jgelaux. 1 . VIOLA odorata — les pr^s, les bosquets. BRYUM CyESPiTiTiuM — Qvec Igs auties mousses. 2. popuLus ALBA — an bord des terres, des livitres />•. peiiplier blanc, aube, pr. aoul)ei-o. 3. FRAxiNus EXCELSIOR — dans les bois , au bord des ri- vieres, des ruisseaux. VALERiANELLA PUMiLA — dans les chaiiips. 4. AMYGDALUS PERsiCA — dans les jardins fruitiers — fr. prober, pr. pess^guier. ANEMONE NEMOROSA — 3 la Touesso , chez M. Depe- rier. 5. POA ANNUA — dans les jardins potagers. NARCISSUS JONQUILLA , Vuv. Flore duplici — dans les jardins. 27 Jours 390 MAUS. 6. scuTiGERA ARANEOiDES, Latf. (Araii. ) — dans les mai- sons, les lieux humides. PHYTONOMus VARIABILIS (Curcul. ) — SOUS Igs pieppes. DicRANUR.\ viNULA ( Bombyx ) — la chenille sur le saule , le peuplier — 6close ce jour-la ; elle avail pass6 I'hiver en chrysalide. nELOPniLus? METALLINU3, F. — les murs a I'abri. 7. POECILUS CUPREUS. PHALERiA CADAVERiNA — a Marseille. GERRis LACusTRis — tres fr^queut dans les eaux — pr. pesqu6-pei. DiLOPHus VULGARIS , Latr. Meig. — sur les plantes , les fleurs. OESTRUS Bovis, Larva. — elle produit et habile les tumeurs du dos des boeufs — a celle epoque a peu pr5s, elle quitte ces tumeurs, se laisse lomber a tcrre et s'y change en nyniphe. 8. ICHNEUMON SALUTATOR, Rossi — SOUS I'^corcc d'un arbre mort — plus de 50 r^unis ensemble. osMiA CORNUTA , Latr. — elle creuse son nid qui est un simple trou cylindrique, dans une terre sablo- neuse, compacte, dans une porte, dans un raur bfiti avec de la terre. piERis BRASSic^ — cheuille sur le chou — 6close ce jour-la. 9. TRACHYSCELis APHODioiDEs — 3 Marseille. ANTHicus ATER — SOUS Ics pierics, dans le sable d'unc cave , sur les plantes. LA PERLE BRUNE A PATTES JAUNES , (lOoHV. Jours MARS. 391 G, oRMTnoGALUM i.uTEUM — (Uiiis les cliamps (le bl^. 7 PRUNus ARMENiACA — les jardiiis friiiliers — //•. iihri- cotier, pr. ambricoulier. cYNOSLRiJs c^RULEUs — a Notre-Dame-des-Anges. g BROMus RUBENS — SUP les muis. HYPNUM SERPENS IgS TOCherS. 9. POTENTILLA OPACA — au bonl cles sentiers , les lieux gazoimes. popuLiJs NIGRA — fr. peiiplier, pr. piboule , pible. Jours. 392 MARS. osMiA BicoRNis , Panz. Latr. — nid semhlable a celui de \os. cornuta. V. le 8. FiDOMA ATOMARiA — coiimiune dans les pr^s au bord de la Durance, iscles ; chenille sur la luzerne, le lotus cornkulatus — 6clos ce jour-la, parait deux fois I'ann^e. V. 4 decembre. \ 0. NOTiopHiLus 4-puNCTATus — Ics sables , dans de la sciure de bois entass^e dans un chemin. TAGISNIA MINUTA SOUS IcS picrrCS. TRACHYSCELis RUFUs — Marseille. Lixus poLLiNOSus — colliue dEntremont, sous les pierres. \ j. LEBiA FULVicoLLis — SOUS les pierrcs ; en juillet sur les plantes. DROMIUS GLABRATUS SOUS ICS picrrCS. STAPHYLI.NUS VARIANS , GraV. DRusiLLA CANALicuLATA (Alcochara) — SOUS les pierres. HELOPS TESTACEL's — Marseille, M. Solier. 1 2. OTiORHYNCHus LiGNEus ( CurculioH. ) — SOUS Ics pierrcs. TRACHYPHL^US SCABRICULUS — id. CASSIDA FRRRUGiNEA — SOUS les pierrcs , contre les racines de Ihym et de lavande, assez commune a Fonscolombe. CLOSTERA RECLUSA ( Bombyx ) — chenille sur le saule , vivant cach^e entre les feuilles pli^es. 1 3. OMASEus NiGRiTA — Ics pr6s des Fenouilli^res , sous les pierres. EMUS OLENS (StaphylJnus) — tres coramun sous les pierres. Jours. MARS. 393 1 0. coRNus MASCULA — dans les bois, a Beaurecueil, etc. FUNARIA HYGROMETRICA , Dubv ( MlliuiD. ) 1 1 . ROSMARINUS OFFICINALIS — les colHnes — il est en pleiiie floraison. II fleurit m6me presque toute I'ann^e. MYOsoTis ANNUA — le long dcs hayes, au Prignon, etc. JUNGERMANNiA coMPLANATA — suF Ic tronc dcs aibrcs. 1 % HELiOTROPiuM PERuviANUM — cultivc dans iios jardiiis. HYPNUM CRiSTA-CASTRENSis — Ic bois dc Montvcid , a Saint-Zacharie. 1 3. coRONiLLA GLAucA — daiis les bosquets — fleurit a plein a present et presque tout I'ete. MEDicAGO LUPULiNA — daiis Ics chaiiips. JUNGERMANNIA PLATYPIIYLLA — SUF I'^COrCG dcs aibrCS. j„„rs. ^94 MARS. VESPA VULGARIS ff. gu6pe , pV. gUGSpo. 1 4. oPHONus OBSCURus — sousles pierres ; aFonscolonibo. siTONA HisPiDULA — SOUS Igs picrres, niarchant aiissi sur la lerre. UOLERUS GONAGER, Lepell. 1 5. AMAR.4 TRiviALis — (lans Igs chaiiips. iiARPALus TENEBROsus — SOUS les picrres. HISTER CORVINUS. oTiORHYNCuus PROviNCiALis , Dej. 1 "•■ catal. — lieux arides, Marseille, sous les pierres, M. Solier. HALicTus vuLPiNus , F. ( Sub Aiidreu^. ) MuscA coESAR — daiis les champs. I *>• XANTHOLINUS PYROPTERUS. CHRYSOMELA FEMORATA — SOUS les pierres, collines de S'-Canadet — I'^t^ on no la trouve plus qu'avec les cuisses toutes noires. NABis APTERA , Eucycl. ( Reduvius ) Fabr. REDUVUIS ^GYPTIUS. 17. IXODES RETicuLATus — rampant dans les gazons. ONiscus MURARius — SOUS les piorres, les murs humi- des — fr. cloporte, p\ pou6r d6 Sant-Antoni. Lixus soBRiNus — Marseille. GRYLLO-TALPA VULGARIS , Latr. — trouv6 ce jour-la dans la ville, se trainant le long d'un ruisseau. — fr. courtilli^re, taupe-grillon, pr. boubiou. BOMliUS TERRESTRIS — uid SOUS teriG. Jour. MARS. 395 i 4. SAMBucus NIGRA — dans les haies, le bord des champs, des chemins — fr. sureau, pi\ samboquie. CREPis DioscoRiDis — Ics cliamps , le bord des pr6s , des chemins. Buxus sEMPERviRENs — Ics coUiiies de Meirargues , etc — fr. buis, pr. bouis. \ 5 iiORDEUM MURiNUM — bord dcs chemins , des champs, etc. TARAXACUM OFFICINALE ( Lcontodon ) — dans les pros, le bord des champs, partout — fr. pissenlil, dent de lion. II fleurit a present constamment. ^ "• NARCISSUS DUBius — Ic Montcigu^s. ROSA iNDiCA , Decand. — les jardins — a parlir do cette 6poque elle fleurit toute I'ann^e. SALix CAPREA — au boixl des ruisseaux — fr. saule- marceau. ^ '• PRIMULA AURICULA — cultiv6 dans les jardins — fr. oreille d'ours. Jour>. •J'H-' Mx\RS. 1 8. ANCHOMENus ANGLSTicoLLis — SOUS les pieiTGS, a Bcau- val , pr^s de 1' Arc — assez rare. cETONiA HiRTA — sur les fleurs qu'elle endommage beaucoup, celles dii rosier, poirier, pommier, etc. CRVPTus MOscHATOR, Grav. EMPUSA PAUPERATA ( Larva ) — dans la ville ce jour- la; sur les collines abrit^es. 1 0. oxYTELus piCEus — volant partout, sur les excrements. ciiRYsoMELA BANKSii — encore cacliee sous les pierres. RHODOCERA RHAMNl , Vai\ CLEOPATRA chcnille SUr \alaterne, le rhamnus catharticus. poLYOMMATus RUBi — la cheuille sur [ hedysasum ono- brychis. 20. TROx PERLAirs — SOUS les pierres. i.ACiiNAiA CYLiNDHiCA ( Clythra) — Marseille; plus rare autour d'Aix. NOTODONTA DicT^EA, ( Bombyx ) — eclos ce jour-la, passe I'hiver en chrysalide. ENisoMOS iLLUSTRARiA , ( Phalssna ) — chenille sur le saule. Qi oPHONus GERMANus — SOUS Ics pierres. EMUS MAXiLLOSus — SOUS les pierres, dans les crottius. CORYNETES RUFIPES. ORTALIS CERASI ( MuSCa. ) 22. BRAceiNus CREPITANS — SOUS les pierres. EMUS ERYTIIROPTERUS — id. PEUIMJS FEMUIULIS — id. JOU.S MARS 397 18. TULiPA ocuLus-soLis — les champs ensemences, sur- tout au-dessous du jardin des capucins ou de la Trinile, terre de Faye — racine tr^s profonde. cocHLEARiA DRABA — les champs, le bord des terres, des pres, tres commune parlout. 1 9. iiEDYSARUM ONOBRYCHis — cultive ; mais on le Irouve sauvage — fr. sain-foin, esparcet. SALix BABYLONiCA — acclimate chez nous — fr. saule pleureur. 20. VERONICA ARVENSis — Ics cliamps, les jardiiis. CERASTiuM vuLGATUM — Ic loug dcs gcntieis ^/j. VALERIANELLA C.ORONATA ICS cliamps. THYMUS VULGARIS — Ics collincs, Ic bord des sentiers fr. thym , pr. faligoule. 22. FRAGARiA VESCA — les jai'dlns. Croit spontanement au pic de Saint-Cassien , a la Sainte-Baume. — fr. fraisier. TEUCRIUM CHAMiEPITYS IcS champS. GERANIUM MOLLE — les prcs , les cndi'oits cullives. Jours. :5'.)8 MAllS 23. BRACHiNUS psopuiA — SOUS les pierres. BADISTER BIPUSTULATUS id. CHLiENius vESTiTus — dans les cailloux , les sables , au bord des rivieres. OMASEUS iTALicus , Bonell. — sous les pierres. HELOPS ROTUNDicoLLis — Marseille. ARCTIA LUCTIFERA ecloS 06 jour-la. 24. PTEROSTicHus NIGER — SOUS les picrres, au bord des eaux. iiARPALUs SEMiviOLACEus — SOUS les plerres, commun par lout. CARDioPHORus EXARATus ( Elater ) — Marseille. scARABiEus puNCTATus — 3 terre, dans les gazons , le long des chemins. APHIS RADicuM , Nob. — en terre , contre diverses racines — Annal. entom. 1841. ALYSiA MANDUCATOR , Latr. — dans les champs , cou- rant a terre. OSMIA LATREiLLEi , Spin. — 3 la Touesso, creusant son nid dans une terre compacte, sablonneuse, expo- s6e au midi. lycjEna argiolus, (Polyomm. ) ORTHOSIA MIMOSA — CCloS 06 jour-la. 25. ciciNDELA cAMPESTRis — les Heux sablonneux, les che- mins aulour de la ville. opHONus MACULicoRMS — SOUS los picrrcs, rives de la Durance. Jours MAKS 399 23. SISYMBRIUM iRio — daiis les champs, autour des ba- timents ruraux. 2« CYNOGLOSSUM ciiEiRiFOLiuM — au Ijoid dos cluiinps EUPHORBIA SERRATA dailS IgS cliailipS. 25. scANDix PECTEN — Ics cliaiiips, les endroits ciiltivds — fr. peigne de V6nus. HippocREPis UNisiLiyuosA — Ics livcs , Ic boid des champs. Jours 400 MA US. uiSTER LUNATus — SOUS les pieiTes , Fenouill^re , le bord de I' Arc. CASSiDA viRiDis — dans rint6rieur d'une maison. 26. MELOE BREvicoLLis — Ics Hcux gazoiines des coUines, Marseille — M. Solier. RHYNceiTES BACCHUS — sur la vigne. — il contourne ses feuilles eu cornet cylindrique et pond ses oeufs dans les replis, il entame le pediciile. APJON TAMARisci — Marseille , sur le tamarix gallica. CHRYSOMELA H^MOPTERA — SOUS les pierres el rodant dans les gazons. LEMA MERDiGERA — sur Ics feuiUcs du UUum candidum — la larve y vit aussi et les salit, en se couvrant de ses excrements corame d'un manteau. MACROGLOSSA STELLATARUM , ( Sphinx ) — elle passe I'hiver dans les maisons. On la voit a cette 6po- que-ci volant dans les champs. Chenille sur le galium et en general les plantes a fleurs (^toil6es. 27 CHL^Nius HOLOSERiCEus — les pres de Fenouill^re, sous les pierres — rare. PRiSTONYCHUs vENusTus, Clairv. — a Fonscolombe, sous les pierres — trfes rare. HARPALUS SERRIPES SOUS IcS picrrCS. LiBYTHEA cELTis — chenille en famille sur Ic micocou- Her, celtis australis — le papillon passe I'hiver ca- ch6, il reparait a present, ainsi deux fois I'annee. HELOPHILUS ARBUSTORUM , Latr. Jours. MARS. 401 20 ORNITHOGALUM UMBELLATUM — Igs cliamps CultiveS. PRUNUS DOMESTiCA — Igs jardiiis — fi\ prunier , pr. pruni^.ro. OPHRYS psEUDOSPECULUM, Decaiicl. — sur les hauteurs. M. Castagne. 27. SYRiNGA VULGARIS — les jardios, acclimate — fr. lilac. PLANTAGO LANC.EOLATA — daos Ics pr6s, au boid des champs, des sentiers. zosTERA MARINA — Ic golfe de Marseille. M. CasUigne. Jours ^02 MAHS 28. lULUs TERRESTRis — daiis Ics d6bris dc v6g^taux al- ler^s ; dans les lieux humides et has des maisons. Lixus vENusTULus — dans les champs , les sentiers , sous les pierres. FORFicuLA APTERA — SOUS les pierrcs — commune. EPHIALTES MANIFESTATOR ( Pimpla. ) 29. ONTHOPHAGus NucHicoRNis — dans les bouses. ARCTIA MENDICA. CABERA PERMUTARiA ( Phal. ) — chenlUe sur le saule , les osiers — dolose ce jour-la ayantpass6 1' hiver en cocon. SYRPHUs PYRASTRi , Latr. Meig. — la larve est aphi- divore. 30. CARDiopHORus THORAcicus ( Elatcr. ) MALACFUCS DILATICORNIS. BARis NiTENS ( Curcul. ) — sur les plantes. CHRYSOMELA DiLUTA — Marseille. 3i . OMASEus MELAs — SOUS les picrrcs. ONTHOPHAGUS FRACTICORNIS — leS boUSeS. CYRTONUS ROTUNDATus — Marseille — indiqu^e par M. Solier, capitaine au corps royal du g^nie a Mar- seille, qui a dcrit sur les ins . col^opteres qu' il studio et recherche avec assiduite , qu'il connait parfai- tement ; et qui m'a donnc les renseignements les plus utiles. POMPILUS FUSCUS. ANTHOPnoRA niRSUTA, Latr. LEUCOPHASIA SINAPIS ( Picrls ). Jours. 28. TULiPA CELSiANA — au Monteign6s, a Sainte-Victoire. PRUNUS CERASus — dans les fruitiers, cultiv6 ; sauvage et spoQtan6 au bord des ruisseaux, etc. — fr. c6- risier, pr. ceiiier, cerrilier. ERYSIMUM ALU ARIA — au bord des ruisseaux, des pr^s vers le pavilion de I' Enfant — fr. alliaire. 20. PLANTAGO PSYLLIUM — au boi'd des champs, des che- chemins — fr. herbe aux puces. RHAMNus ALATERNus — les bois, Ics colliues — fr. lila- ria des jardiniers, alaterne, pr. darad^ou. TURRis GLABRA — a Repcntancc. ZANNiciiELLiA PALusTRis — Ics mai'ais de Saint-Cha- mas. M. Castagne. 30. POA BULBOSA, Fttf. Vivipara — bord des sentiers, le- vees de terre. PLANTAGO LAGOPUS — collincs aHdcs, moulins au-dessus des insens^s, ou de Saint-Eutrope. 3/| _ TRAGOPOGON poRRiFOLiuM — les champs. opiiRYs ARACHNITES — au bord des champs, des ruis- seaux , les gazons yuERcus cocciFERA — Ics c6teaux arides — fr. ch^ne- kerm^s, pr. avaou, avaouss6. Jours ^<>* AVHIL rremiere apparition des Insectes. 1 . BRACHiNus CAUSTicus — Marigiiaiie. M. Solier. LACHNAiA RUFiPENNis ( Clythra ) — Sur le chene-ker- mes, I'yeuse. PSYLLA OLE^ , Nob. — sur I'olivier; plus tard sa larve produit le coton des fleurs sous lequel elle s'abrite — trouv^e ce jour-la en etat parfait ; elle a done passe rhiver dans cet ^tat. Ann.Soc.entom. 1 840. PEZOMACHUS FORMICARIUS. MUTiLLA HALENsis , Fabr. — couraut a terre. HYL^us ANNULATUs , Latr. — sur les fleurs. ANTHocHARis cARDAMiNEs ( PieHs ) — la chenille sur les plantes cruciferes — elle est reside en chrysalide depuis la fin de juin. 2. RHizoTROGus RUFESCENS (Mclolontha) — a S'-Zacharie, les pres, les arbres. BRucHus pisi — dans les pois , les lentilles — V. 27 Janvier. APiON VERNALE — les prairlcs, Marseille. BLATTA ORiENTALis, Fab. — dans les caves, les cuisines. uROPus ULMi (Bombix) — chenille sur I'orme — 6clos ce jour-la, avail pass6 I'hiver en chrysalide. 3. DROMius 4-siGNATus — dans les coUines, sous les pierres. LYCiENA ADONIS ( Polyomm. ) — bord do I'Arc, bois de Montvcrd. LYCyENA iiYLAS ( Polyomm. ) — Tinsecte parfait sur les collines de Bariet , etc. , sur le thym fleuii — pa- Jour- AVHIL. 405 Premiere floraison des Y^gelaux. NARCISSUS JONQuiLLA — collines de Barret, de Fonsco- lombe — fr. jonquille sauvage. juNcus BUFONius — dons les mares. ANEMONE coRONARiA — les champs UH pcu hiimides, pr^s de la Trinite, champ de Faye; a la Pinette. isATis TiNCTORiA — Ics champs — fr. pastel sauvage. CYATHus vERNicosus , Dub. ( Pcziza ) — sur les debris de veg^taux. Une fois sous une pierre — rare aupr^s d'Aix. 2, ALSiNE MEDIA — bord des champs — fr. morgeline , mouronblanc, mourondes oiseaux, pr. paparudo. SYMPHYTUM OFFICINALE — la TouGsso , pont dc Bcraud fr. consoude. ORNiTHOGALUM NUTANS — Ics champs, les bl(^s. BRASSICA OLERACEA — cultiv6 daiis les jardins — fr. chou, pr. cooule. o NARDUS ARisTATA — les licux sccs et 41ev6s — M. Cas- lagne. HYACiNTHUs coMosus — les chaiups — ;jr. gros bar- ralet, s(^biIloun. EUPHORBIA CHARACIAS — Igs champs, les coteaux. 28 Jours l.M 400 AVRIL. rait deux fois I'annee, mais la seconde apparition a lieu assez rarement. PHLOGOPHORA METicuLOSA (Noctua ) — clieniUc sur les plantes basses, polyphage. 4. lULUS vARius , Fab. — les lieux humides, les maisons, les v6getaux en putrefaction. NECROPHORus vESPiLLO — les cadavres d'oiseaux, de serpents. HLAPS OBTUSA — les Heux humides des maisons REDuvius iEGYPTius — rodaut sur les gazons, les che- mins. GERRis LACusTRis, Latr. Vflv. iNALATA — daus les eaux qui ne coulent pas rapideraent. DiPLOLEPis galljE-ramulorum, Nob. — galle cylindri- que ou ellipsoide, produite par le renflemenl des rameaux du quercus coccifera — eclos ce m^me jour. Ann. sciences natur. 1832. 5 GLOMERis LiMBATA , Latr. — SOUS Ics picrrcs , sur les rochers, dans les lieux humides. BLAPS FATimcA — trfes commuu a Marseille. ACRYDiuM MACULATUM , Euc. — les coteaux arides. COREUS NUGAx — sur X cuphorbia serrata — tres sou- vent accouple sur les plantes. FORMICA RUFA — uid cu tas pyramidal compose de terra et de debris v^getaux, dans les bois. FiDONiA PLUMiSTARiA — chcniUe sur le dorycnium fru- ticosum; lopidoptere dans son dernier 6tat sur les collines — les oeufs 6closent 20 jours environ apr^sla [)ontc, lajeune chenille a son premier Age. Jours. AVRIL. 407 ALYssuM c.ALYCiNUM — Igs cliamps, le borcl dcs chemiiis. GERANIUM ROTUNDiFOLRiM — les terrains ^lev^s, au bord des chemins, les gazons. FESTDCA ciLiATA — Ics champs incultes. SYMPHYTUM TUBEROSUM — les pres du cote dii pavilion del' Enfant, les Pinchinats. ciSTUs HiRTUS — ics collines. RANUNCULUS ACRFS — ies prcs. PRUNELLA VULGARIS — les pres , le bord des champs. CHEiRANTHus ruEiRi — Ics niurs — ff. giroflier, violier jaune sauvage, pr. garanier jaoune fer. U fleurit a plein a cette epoque. :if GLOBULARiA VULGARIS — Ics colcaux — fv. globulaire. TULiPA SYLVESTRis — dans ies champs au nord de I'Hotel-Dieu; au mont Perrin pr6s le chcmin de Marseille. PYRUS MALus, Var. Pumila — dans les jardins — plus pr^coces que les autres varietes. TURRiTis HiRsuTA — au boi'd des champs, des senliers. CAREx ovALis — Ic long dcs ruisseaux. Jours. 408 AVBIL. est noire avec des cercles blancs ; elev6e dans des boites, apr6s la 1 ""^ mue et alors toute grise, elle se fixe, reste immobile et finit par p^rir. Sans douledans les champs elle reste engourdie I'^t^, I'automne et partiede I'hiver, comme la plupart des chenilles de salyres. Elle doit reprendre le mouvement d^s que la saison s'adoucit, et accom- plir alors ses metamorphoses. Je ne I'ai jamais re- trouv^e dans ces derniers etats. / u SARCOPHAGA CARNiARiA (Musca), Latr. — la larve dans les cadavres, les viandes gard^es. g scoLOPENDRA ELECTRicA — SOUS les pierres, dans lieux humides. MEGACHiLE MURARiA , Enc. $. — • nid de terre pattrie construit autour d'un ranieau. Les males 6closent reguli^rement avant les femelles. Tr^s differente de la xylocopd murarid de Fabr. PAPiLio MACHAON — chcnille sur la rue, la carotte. MELiT^EA ciNxiA — voltigcant ordinairement dans les chemins. SATYRUS PAMPHILUS. opiiiusA LUNARis (Noctua. ) 7. PAPILIO poDALiRius — chenillc sur le poirier , le p6- cher, I'abricotier. VANESSA 10 — elle a passe I'hiver, chachde dans quel- que retraite. LYC^NA ALEXIS. LYCiKNA AGESTIS. Ws AVHIL. 409 !Jin9il> 6, IRIS GERMANiCA — sur les terrains 61ev6s, au bord des champs — fr. iris, flambe, jjr. glouojoou. LITHOSPERMUM PURPUREO-C^RULEUM Igs pr6s. ANCHUSA TiNCTORiA — a Istres. M. Castagne. BUNiAS ERUCAGO — Igs cliamps. CERCis siLiQUASTRUM — les bosquets , les jardins — exotique, mais bien acclimate chez nous. Fr. ar- bre do Judeo, gainier. CAREx GYNOBASis — sur Ics hauteurs. EUPHORBIA CYPARissiAS — dans les champs. PYRUS COMMUNIS — dans les fruitiers; naturellemenl, mais assez rarement dans les bois — fr. poirier , pr. periero. AJUGA REPTANS — les pr^s , les lieux gazonn^s — fr. la bugle.^ - " "â–  TRiFOLiuM PRATENSE — Ics pr6s — fr. trifle, pr. trioulet. iio AVniL. 8. HiSTER LUNATUs , Vav. Nigra — sous les piorres. ciMBEx amerinjE — suF le salix viminalis, etc — passe I'hiveren chrysalide. PACHYMERUs CALCiTRATOR , Gi'. — sa larvc vit daiis celle du cephus pygnKeus , compensant par-la li' dommage que celle-ci cause aux c6r^ales. DioxYS ciNCTA , Euc. — sur les fleurs du thym ; il fr6quente les nids des apiaires, il doit etre parasite. KiDONiA PENNiGERARiA — la clienille sur le thyin ; Ic l^pidopt^re sur les collines , du cote du Tholonel — en chrysalide en mars. Eclose a cette epoque-ci. MELANTHIA FLUCTUATA ( Phal. ) ELAcmsTA OLEELLA , Dup. Suppl. — chenillc mineusc log^e entre les deux pages des feuilles de I'olivie — elle ronge m6me les jeunes bourgeons quan( elle est vers la fin de sa croissance. 9_ ARANEA DOMESTiCA — Ics recoius dcs maisons — tout( I'annee. Fr. araignee, pr. aragne. y^ni') PERiPHUs RUPESTRis — au bord des rivieres , dans le sables , les graviers. SAPERDA popuLNEA — la larvc en automne dans les rameaux de peuplier quelle fait renfler en bosses cylindriques. L'insecte parfait se trouve aussi sur le popidus nigra — elle eclot a cette epoque ayant pass^ I'hiver en chrysalide. TENTIIREDO GERMANICA — ICS licUX luiUlideS, les JOUCS, Jours. AVIUL. 411 viciA SATivA — les champs, cultivee — fr. vesce, ;ii pesotie, pr. pesarotte. 8. IRIS FLORENTiNA , Liiin. — campagne de Bel-Air , a demi-lieue au nord de la ville, chemin de Venelle. CAMPANULA HYBRiDA — les chaiups , M. Castagiie. GLECOMA HEDERACEA — tei'ties gazoiin^s pres du pa- vilion de r Enfant — fr. lierre terrestre. MEDICAGO ORBICULARIS. MEDiCAGO coRONATA — Roquefavour. EQuiSETUM .\RVENSE — boi'd des inisseaux, la Touesso, lArc. 9. ASCLEPiAs viNCETOxicuM — le bord dos hois , Sainl- Zacharie. RUMEx ACETOSELLA — les hauleuis. ERICA ARBOREA — bois Gt coUines des Maures , dans le Var. PYRUs CYDONiA — plants dans les fruitiers , spontan^ dans les haies — fr. cognassier, pr. coudounier. EUPHRASIA L.\TiFOLiA — S^'^-Victoiie, M. Castague. ANTIRRHINUM SIMPLEX — IcS chaiMpS. jou... ^*l^ AVKIL. ICHNEUMON CASTIGATOR — sopli d'uiie cheiiille. ICHNEUMON SATURATORius , Gr. — sorti d' line clieiiillc. VANESSA URTIC/K — clienille en famille sur rortie dioi- que. CECiDOMYA? TRiTici — sa larve habile en autonme et en hivor le has des tiges de ble, les ronge , les fait jaunir et peiir ; surtout quand les froids ani- vent tardivement. 1 0. zABRUs GiBBUs — fp^quemment con rant a terre. PERiPHUs CiERULEUS — SUP les sables, au bord des ri- viferes, I'Arc, la Durance. PERIPHUS RUFIPES id. iiARYNOTus OBSCURus ( Curcul. ) — SOUS les pierres. ciMBEx NiTENS, Lcpcll. — suF les coUiues, pres de la ville. ICHNEUMON FossoRius — eclos d'une chenille. j\ \ siALis NIGER — SUP los joucs, les cypevus, au bord des eaux. EPHEMERA cuLiciFORMis, Fab. — sur les fenfires, dans I'interieur des maisons. SATURNiA PYRi (Bombyx) — chenille sur le poirier, le sorbier, le maronnier d'Inde — la chenille et le bombix tres communs. II a pass6 quelquefois trois ans en chrysalide. sciAPHiLA wALUBAUMiANA — cUc SB voit ffequemment dans les vergers d'oliviers. Chenille sur le cen- taurea coUina. Jours. AVHJL. 413 1 0. SALVIA PRATENSIS. VERONICA TRiPHVLLOs — les chaiiips. GLODULARiA NANA — les coUiiies, vers les Pinchinats. PLANTAGO piLOSA — 3 Montredoii pvbs. Marseille. PHUNus MAHALEB — Ics bois, les Ijosqucts — fr. bois de S^^-Lucie. Devaste chaque annee par la che- nille de X kyponomcuta cognatella qui devore les feuilles, ne laissant intact que le bois. Heureux encore quand elle n'attaque pas les pruniers et los pommiers quelle devore souvent. \ \ , BROMus sECALiNus — Ics cliainps, le long des sentiers. VIBURNUM LANTANA — les cotcaux — fv. viome. soRBus DOMESTicA — les bois, les champs — fr. sor- bier, cormier, pr. sourbi^ro. LATiiYRUs ODORATus , Liuu. — oHginaire de la Sicile, cultive dans nos jardins. Jours. 'tl4 AVlilL. 1 2. PERiPHUS CRuciATus — tiux nvGs cles fleuves, des niis- seaux, dans les sables ou cache sous les cailloux. siLPHAGRANULATA— dans les charognes,courant a teiTC. MACROTOMA GERMARi ( Prion. ) — a la MoUe , le Var, les chanliers de bois de pin, volant a la lumiere, $ ^. Je ne suis pas certain de I'^poque deson apparition. ciMBEx nuMERALis , Lcpcll. — sa larve se nourrit des feuilles de poirier — elle passe Ihiver en chrysa- lide et eclot a present. PEzoMACuus GRAVENHORSTu , Nob. (Ichn. ) — sur les murs ou courant dans les champs — non decrit dans le grand ouvrage de Gravenhorsl; tout noir , les pieds bruns , distinct des autres par son aiguillon plus long que I'abdonien. «;yl yi MuscA voMiTORiA — les cliarognes, les plantes. XKOir MUSCA DOMESTiCA — Ics niaisous, les champs, parlout, J9 8ie trop connue par son importunite. i 3. GAMAScs coLEOPTRATORUM, Lali". — sur divcrs insectes, v6 parasite. PHALANGiuM opiLio — sur les uiuraiUes , les gazons. -lOc; . scoLOPENDRA MORSiTANS — SOUS les pierres. HARPALUS TARDUS id. PERIPHUS DECORUs — daus les graviers, au bord des courants d'eau. ocHTEBius RiPARius — Ics flaqucs d'eau, le bord des rivieres, les lieux humides. PLATYSOMA ANGUSTATUM ( Histcr ) — SOUS I'ecorcc des pins morts. APHOmUS SUBTERUAKEUS. AVIUL. 415 1 % SECALE CEREALE — fv. le scigle, pr. segue. TULiPA CLUSiANA — los vigiies , a la Touesso , Montei- gues. CISTUS HELIANTHEMUM — ICS Collilies. GENISTA HISPANICA id. sALix TRiANDRA — Igs bords sabloiineux de la riviere ye ■■■•■">•• b i 3. LAMiuM puRPUREUM — los potageis. viciA HYBRiDA — los chaiiips, le bord des seiUiers. STACHvs RECFA — les cliaiiips, Ibs coteaux. QUERCus ILEX — Igs i)ois , Igs colUnes — fr. yeuse , chene vert — pr. eouv6. n CAREx scHREBERi — suf les pelouses. Ruscus ACULEATcs — Ics bois , les coteaux , pres de Barret — fr. petit houx , houx frelon , fragon — pr. prebouisset. SAux viMiNALis — les bords sablonneux des rivieres, les torrents — fr. osier , pr. vese , v<^ge. Jours 410 AVUIL. DORCADiON MEKiDiONALK — SOUS les pierros aux envi- rons de la ville, se glissant aiissi entre les gazons quand la saison devient cliaude. MiCROGASTER GLOBATUs (Sub Crypto, Fab. ) — la larve vit en famille nomlireuse dans le corps d'une seule chenille — elles en sortent en grand noni- bre, et filent ensemble iin cocon globuleux, frise, semblable a du colon jaune-souffre ou blanc, fix(^ autour d'une tige de plante, renfermant tous leurs cocons. PSYCHE MuscELLA — volaut daus les collines, la Tr6- var^se, a Saint-Canadet, 1 4. oPHONus OBSOLETus — 3 Foz, Mangnanc. M. Solier. HETEROCERUS MARGINATUS IcS CaUX , IcS CndroltS inondes. HYLESiNus OLEiPERDA — la larvc daus I'aubier du bois d'olivier — fr. ciron, taragnon. coccus ROSMARiNi , Nob. $. — sur le romarin — Ann. sciences natur. 1 833. Apres I'accouplement la fe- mellecroiten forme de petite galle ou gall-insecte. OSMIA TRicoRNis , Eucycl. — SOU uld est un trou cy- lindrique creuse dans les murs enduits de terre. NEMATUS ciNCTus, Lepell. SYRicHTus MALViE ( HespcHa ) — chenille se cachant et vivant dans les feuilles de mauves, de passerose. iiEXATOMA NIGRA — sur les joncs et les saules an bord de I'Arc. \ o. CYMiNDis LiNEATA — SOUS Ics pierfes. Le rossignol commence a se faire entendre. AVIUL. 417 Jours. MORCHELLA ESCULENTA , Decaiid. (Pliallus) — dans Igs bosquets — fr. morille. \ 4. MESPiLus AMELANCHiER — Igs coleaux, les bois — /"r. am^lanchier. cisTus ALBiDus — Ics colUnes , du c6t6 du Tholonet — pr. messugo. ,^ ^, GENISTA piLOSA — Ics Ugux sgcs, sablonneux. SALix ALBA — fv. Ic saiile, pr. saouz6. pisTAciA TEREBiNTHUs — Igs collines — fr. ter^binthe , pr. pelelin. I liiJUlTj 15, PYRus AMYGDALiFORMis, Dub. — dans les terrains incultes, les champs, au bord des cheniins — Jours. 418 AVIUL. TALATHUS MELANOCEPHALUS ill. MALACHius DENTiFRONS — pres de Marseille. ANTHOPHORA HIRSUTA, LatP. ) ,^^ j^^^^,^ ^^^ ,..^^^ (megilla pilipes, Fab. ) ^et?. j aureum, dnlyciumbarbarum, danslesjardins, etc. ANTHOPHORA BALNEORUM, Lepoli. ^ et ^. — ellc cieusc son nid dans des terrains sablonneux, compactes, coupes a pic au midi ; en le creusant elle pratique enavantde 1' entree une galerie courbe, compos^e de parcelles de terre a jour ; elle la d^truit lors- qu'elle bouche le nid. osMiA MELANIPPA, Spin. — crcusaut aussi son nid dans un tertre expose au midi. EUCERA LONGH'.ORNis, . — tr5s commune sur les fleurs. VANESSA cARDUi — chcnille sur tous les chardons, sur toutes les plantes de cetle famille — tr^s com- mune, si multipliee qu'on rencontre souventces chenilles en troupes traversant les sentiers , soil pour chcrcher une nouvelle nourriture, soit pour alier se metamorphoser. Repandue presque dans toutes les regions temp6rees du monde. THAIS HYPSIPYLE aU TholoUCt. EucHELiA jkcoBMJE (Litliosia) — cheniUc sur le se- negon commun , a Pelissane , a Gr^oulx — a passe I'hiver en cocon. DiANTHvEciA cucuBALi ( Noctua ) — clieuille dans les capsules des caryophylloes — oclose apres avoir avoir passe r hiver en chrysal. Paratt deux fois Tan. Jours. AVUIL. 419 pr. perussier. Fruit tr^s apre; les brebis, les dindes s'en nourrissent. HiERACiuM piLOSELLA — le boi'd des champs, des sen- tiers, les terrains eleves. — fr. piloselle, oreille- de-rat. ORCHIS MiLiTARis — Ics collincs , les bosquets.,., ORCHIS MORio — Marseille. M. Gastagne. CAREX GLAUCA — Ic loug dcs sentiers. SALix viTELLiNA — au boid des cours d'eau. Oil â– â– At. 'J.f>. ! eiol jLuah Jifc i&J LARENTiA vKNOSATA ( Plial. ) — a Fonscolombe. La chenille dans les capsules du cuciibalus behen. CHKSiAS HippocASTANATA ( Phal. ) — M. Martin conscr- vateur du musee d'Histoire naturelle I'a trouv6e aupr^s d'Aix. BOTYS poLYGONALis — la cheuilje suF \e spartium jiin- ceum, dont elle ronge I'ecorce jusqu'a la moelle — 6clos ce m^me jour , parait deux fois. cuLEX piPiENS — les jardins, les pr6s, les ombrages. 1 6. AMARA FUSCA — Marseille. HisTER 4-MACULATus — daus Ics crottins de cheval , etc. HISTER SEMi-piiNCTATus — rare a Aix, plus commun a Marseille. BARis ARTEMisiiE — les prairies. HALicTus 4-STRiGATUs , Vav. — sur les fleurs — re- marquable par 3 ou 4 filets terminus en houppes semblai)les a des diamines, implantes sur le front; variety accidentelle. BOMBUS ITAHCUS. ANTHOCHARIS EUPHENO ( Picris. ) SMERiNTHus POPULi — sur le peupHer, le saule. ASPiLATES ciTRARiA ( Phalasna ) — chenille sur le plan- tain — paratt deux fois I'ann^e. TINEA GRANELLA — dans Ics grenicrs; la chenille rdunit avec de la sole plusieurs grains de bl6, et les ronge — elle a passe I'hiver en chenille ou en chrvsalido. JdUIS. 1 6. ANTHOXANTiiuM ODORATUM — les praiiies (le S'-Zaclia- rie — fr. flouve. FESTUCA DURiusc.uLA — les elevatioiis de terrain; au bord des teiTes,des sentiers, les endroits gazonnes. LiNUM PERENNE — Ics cliamps, les gazons. VIOLA CANINA Q Saloil. LOTUS siLiQuosiJs — Igs prcs. 29 Jou,^ '»'22 AVRIL. 1 7. DiTOMijs CAPiTO — raie a Aix, moins a Marseille. CALATHus ocHROPTERus — SOUS les picrres. psAMMODius poRcicoLLis — Marseille, clans les sables. DONACiA DENTiPEs — tscks (le la Durancc , les joncs des ruisseaux cocciNELLA BIPUNCTATA — larve sur le cucubalus hehcn, la saponaria officinalis — beaucoup tie coccinelles vivent de vegetaux , en etat de larve ; la plus grande partie cependant est aphidivore. lYGMVs SAXATiLis — les pres, surtout les pr^s sees. HEMEROBius CHRYSOPs — les arbiistes, les plantes. — les larves d'hemc^robe mangent les pucerons. 1 8. MYGALE CiEMENTARiA — nid crcusd dans la terre, for- me par une trappe de terre battue, revetue de soie, mobile, qu'elle referme en entrant dans son Irou. poLYDESMus coMPLANATL's — SOUS les pierres , lioux humides. DASYTES PALLiPEs — sur les fleurs du cistus albidus , etc. inSTER BIMACULATUS. AsiDA DEJEANii , Sol. — a Marseille , sous les pierres , toute I'annee. M. Solier. TYCHius cupRiFER (Curcul. ) — les herbes des prairies. TRuxALis BREvicoRNis — Ics Hcux iucultes, Ics colliues, toujours aux abris. ANTHiDiuM sTir.TicuM— butiuaut sur les fleurs labiees, odorantes, le thym, les teunimn. Jours AVRIL. 423 1 7. VALERIANELLA ECHINATA les chaiUpS — ff. iMche. CH^ROPHYLLUM SYLVESTRE — Igs prairies — fr. persil d'ane, cerfeuil sauvage. RHUS coTiNus — le (l^feiis de S'-Zacharie, les coteaux boises — fr. fustet. LAMiuM ALBUiM — les bois de S'-Zacharie , a Sistcron — fr. ortie blanche. \ 8. MESPiLus PYRACANTHA — coteaux du Tholoiiet , les haies pr^s de Pertuis — fr. buisson ardent. c.OLUTEA ARBORESCENS — les bois , cotcaux des Pin- chinats — fr. baguenaudier. ARUM iTALicuM — au bord des champs, sous les buis- sons, endroits un peuhumides — fr. pied de veau, pr. fugueiroun. r.HARA VULGARIS — les eaux stagnantes. SALix iNCANA — au boi'd de I'Arc, des torrents — fr. osier, pr. ves6, veg6. EQuisETUM FLuviATiLE — iscles de la Durance , Pey- roUes, Meirargue — fr. pr61e , queue de cheval , pr. cooussoudo , fretadou. J ours 424 AVRIL. piERis NAPi — les bosquets, vers le pavilion de T En- fant — assez rare ici. ANTiiocHARis BELLEziNA (Pieris) — les collincs arides, a la tour de la Kerie — la decouverte de cette es- p^ce est due au comte de Saporta. MELiT^A PHiEBE — chenille sur le plantain ; le papil- lon dans les pres. EREBiA EPiSTYGNE ( Satyrus ) — coteaux arides des Pinchinats, de S'-Marc, ou croit la festiica ccespi- tosa , le chene kermes. ORGYA PUDiBUNDA ( Bombyx ) — rare autour d' Aix — eclose ce jour-la, ayant passe I'hiver dans son cocon. CYMATOPHORA ocTOGEsiMA ( Noctua ) — cheniUe sur le peuplier. ACRONYCTA RUMicis ( Noct. ) — clieniUe sur le fraisier, le prunier, etc. — Eclose ce jour-la. HiLARA ciLiPES, Macq. — se balangiant en foule au- dessus des ruisseaux , rabies et femelles. 1 9. CHL^Nius SPOLIATUS — asscz rare autour d' Aix ; plus commun a Marignane. CALATHus LATus — SOUS Ics pierrcs — toute I'annee, tr^s commun. OPHONUS SABULicoLA — SOUS Ics pierrcs, a Fonscolombe — assez rare. BYRRHUs STRiATUs , Euc. ( Sub Nosodeudro ) — dans les sables del' Arc, coUines de S'-Canadet, sous les pierres. Jours. AVHIL. 42;-) 1 9. BROMus STELiRis — au borcl des champs, des sentiers. NARCISSUS poETicus — Igs praiHes — pr. jusi^vo. juNcus MAxiMus — a la S'®-Baume. M. Castagne. ERODIUM ROMANIJM SUF IgS peloUSeS. juGLANS REGiA — ff. noyer, fr. nouguier. Jours. 420 AVIUL. ^ APHODIUS CARBONARIUS. BBACUYCERus ALGiRus — lodaiit dans les gazons abiitcs, sous les pierres ; la larve vit dans le bas du Ironc des oliviers, an collet de la souche. M. Mille, docteur-m^decin. CLYTUs ARvicoLA — Ics fleiirs. MICROGASTER GLOMERATUS , F. ( Sub CryptO ) leS larves vivent en famille dans line seule chenille ; en la quittant, clles filent en commun leurs cocons dans une m6me enveloppe, mais oil elles sevoient distinctes et separees. V. 1 3 avril. ciNips SAPPHYRINA, Nob. — Ann. sciences natur. 1 832. CHRYSIS AUSTRIACA. MELiT/EA DiuYMA — chcnille SUP le pla7itago la7iceolata. cROCALLis LENTiscARiA , Donz. (Phal^En. ) — Ann. Soc. entom. sYRPHus MENTHASTRi — suF Ics plantes, Ics fleurs. 20. DROMius coRTiCALis — MaHgnane. LEiSTus spiNiBARBis — SOUS Ics picrres. DASYTES c^RULEUs — SUP les plantes. HiSTER siNUATus — SOUS les picFres. APATE LUCTuosA — jc ue I'ai trouv6 qu'une fois pr6s de I'Hotel-Dieu, le matin, volant. CASSIDA VIBEX. APHIS isATiDis , Nob. — SUF le pastel isalis tinctoria — Ann. Soc. entomol. 1841. DOLERus NIGER — SUF Ics plautcs, volant au boFd des scntiers. Jours AVKIL. 427 20. PHYLLiREA MEDIA — les bois — pr. daraddou. GLOBULARiA ALYPUM — coteaiix dc Barret, colline des pauvres, le Prignon, le Monleigues. CERASTIUM SEMIDECANDRUM — IgS champS. CYTisus SESsiLiFOLius — Igs bois ; du c6t6 du pavilion de r Enfant, vers la Touesso. HiERACiuM MURDRUM — les murs , les chemins — fr. pulmonaire des frangais, pr. herbo d^ la guerro. ARUM ARisARUM — a la Molle, dans les Maures — pr. calen. OPHRYS MYODEs — Marseille. j.,u,s 't28 AVIUL. ARGYNNis EUPHROSYNE — sui" la viold odovatd — rare ici. Eclosece jour-la. osciNis OLEVE , Latr. — la larve ronge la chair de I'ojivier et gate les huiles — eclose a present, niais aiissi dans les greniers a la fin de novembre, quand la temperature reste douce. V. 27 nov. 21 . LEPisMA LiNEATA, F. — Ics licux huuiides, les niaisons. DROMius sPiLOTus — Marignanc. scARiTES ARENARius — au bord dc la mer, Montredon pr^s Marseille, Foz, Marignane. AGONUM PARUMPUNCTATUM — isclcs dc la Diirauce , sous les pierres. CARABUs CATKNULATus — Marseille — rare. CANTHARis FuscA — comuiuue sur les plantes. MISTER cRuciATus — Ics charognos. BiJBAs BISON — Marseille, le Var, rare a Aix. scuTELLERA MAURA , F. ( Sub TetyrA. ) HEMEROBIUS PERLA. OPHION LUTEus , Gr. — cclos ce jour-la de la chrysa- lide de la dicranura x^inula. i.Y(:(Hi:NA MELANOPS ( PolyomiH. ) — dans les bois de pin, vers leTholonet, a la Trevarese — decouvertc la premiere fois par M. le comte de Saporta. MACROGLOSSA FUciFORMis ( Sphiux ) â