i -' 4f-> " '&£$* ^ L-rtAM 3> .*< 6 VJ r 4L . 7 ANNALES DE LA SOCIETE BELGE DE OPIE \J— cxx>oo- TOME V Année 1898-1879. BRUXELLES H. MANCEAUX, LIBRAIRE-ÉDITEUR IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE Rue des Trois-Tétes, 12 (Montagne de la Cour). 1879 ANNALES DE LA r * SOCIETE UELGE DE M1CR0SC0P1E ANNALES DE LA SOCIETE BELGE DE ICROSCOf D E -«>C»C«^ TOME V. MEMOIRES. Année 1899. L1BRARY BOTA!^ I BRUXELLES H. MANCEAUX, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIB Rue des Trois-Tétes, 12. 1879 N O T E SUR UN MODÈLE SIMPLIFIÉ nu NOUVEAU SYSTÈME DE SLIDE l'Ait Ernest VANDEN BROECK LIBRARY NEW YORK Séci7ice du 29 mai 1879 PI. I. BGTAMCAL QARDEN. Nous avons publié, dans le tome IV des Annales de- là Société belge de Microscopie, la description d'un nouveau système de slide destiné au montage à sec et particulièrement recommandable pour les collections d'étude de microzoaires, tels que Foraminifères, Ento- mostracés, etc. Une planche accompagnait cette notice et montrait le détail des pièces composant le slide. A la suite de cette description, nous avons mentionné, sans la décrire en détail et sans la figurer, une disposi- tion analogue, mais beaucoup plus simple et surtout moins coûteuse. C'est sur cette forme particulière du nouveau slide que nous désirons revenir aujourd'hui. Rappelons d'abord que le principe fondamental sur lequel repose la construction de notre système de slide consiste en ce que les objets sont placés sur une plaque mobile, formant le fond de la préparation et s'adaptant et s'enlevant avec facilité du côté de la face inférieure de la préparation. Cette disposition, que nous croyons 6 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. avoir été le premier à proposer, offre le précieux avan- tage de permettre le déplacement et le remaniement des objets en cellule sans qu'il soit nécessaire de toucher ni au verre couvreur, ni aux étiquettes de la préparation. Dans la forme de slide que nous avons décrite et figurée précédemment, la plaque mobile était constituée par une lame de verre permettant l'éclairage par trans- parence. Mais cet éclairage est rarement nécessaire pour les préparations de microzoaires formant une collection ou série d'étude. Autant la lumière transmise est usitée pour l'étude des détails de structure des Foraminifères et des autres microzoaires montés au baume, autant la lumière réfléchie est nécessaire pour l'observation et l'étude des caractères spécifiques, pour les recherches de comparaison et de détermination de ces organismes montés en cellule sèche. Notre plaque mobile en verre peut donc, sans inconvénient, être remplacée par une plaque de substance opaque, telle que le bois ou le carton. Or, de cette modification, il résulte, comme on va le voir, une grande simplification dans la construc- tion du slide et par conséquent une diminution sensible dans le prix de revient. La figure I de la planche jointe à cette note repré- sente deux plaques rectangulaires de carton A et B, épaisses chacune d'environ l ,,,m et fixées l'une à l'autre. La plaque,!, inférieure dans la figure, mais destinée à devenir la face supérieure de la préparation, est percée au centre d'une ouverture qui peut être rectangulaire, ou bien ronde, comme nous l'avons représentée. Cette ouverture est destinée à former la cellule. Si celle-ci devait recevoir des objets très-volumineux il suffirait, sans changer de carton, de fixer ensemble deux plaques MÉMOIRES. 7 A à une plaque B, ce qui doublerait la hauteur de la cellule. La plaque B, de mêmes dimensions extérieures que la plaque A (1), est percée d'une ouverture rectangulaire assez grande, disposée comme le montre la ligure, et légèrement échancrée en x (2), sur la partie médiane de l'un des côtés transversaux. 11 est à noter que, avant d'être débitée en plaques, la feuille de carton lisse qui doit servir à obtenir les pla- ques B a été soigneusement recouverte d'une mince feuille de papier de couleur, dont la teinte peut varier suivant la nature des organismes à monter et suivant les goûts personnels du micrographe. Nous avons adopté le papier noir et lustré pour les objets à fixer sur le fond de la cellule et le papier bleu et mat pour les organismes à laisser libres. C'est la surface de ce papier coloré qui doit se présenter comme constituant le revêtement du fond de la cellule et c'est sur elle que se détacheront les objets. La figure II montre le fragment C — recouvert du papier coloré mentionné ci-dessus — enlevé, par l'em- porte-pièce, de la plaque B avant l'application de celle-ci au carton A. Ce fragment C entre donc parfaitement dans la cavité rectangulaire de la plaque B et, lorsqu'il y est placé, sa partie centrale apparaît sous le verre couvreur. (Voir fig. IV.) Celui-ci s'applique sur la face (1) Nous recommandons de préférence 76 inm sur 25 pour les dimen- sions des slide, mesures généralement adoptées par les micrographes et constructeurs anglais. (2) On verra plus loin le but de celle échancrure, que l'on produit au moyen d'un emporte-pièce circulaire, placé dans la cavité centrale du carton B, de manière à n'enlever qu'une minime portion du carton en x. Cette opération doit être faite avant le fixage de la plaque B sur la plaque A . 8 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. extérieure de la plaque A, au-dessus de l'ouverture circulaire dont elle est nercée au centre. La figure III montre un fragment rectangulaire D de papier de soie très-légèrement gommé d'un côté et dont les dimensions, supérieures cà celles de la plaque C, n'atteignent cependant pas celles du slide, c'est-à-dire des cartons A ou B. Ce fragment de papier gommé sert à fixer et à retenir, solidement appuyé contre A et dans la cavité de B, le carton C chargé intérieurement d'organismes. C'est lui qui constitue le système de fermeture de la prépara- tion. Pour rouvrir le slide il sufïit, comme nous l'avons dit dans notre précédente notice, de passer légèrement un pinceau mouillé sur la feuille mince /), qui — à condi- tion de n'avoir pas été trop fortement gommée — se détache immédiatement et permet l'enlèvement du car- ton C, sans que la face supérieure de la préparation ait à souffrir en rien de cette manipulation si aisée. On peut facilement préparer soi-même le papier gommé D, de sorte que la fabrication du slide exige simplement la confection de deux emporte-pièces, l'un circulaire, l'autre rectangulaire et le découpage de deux plaques de carton A et B ; le fragment C provient de l'enlèvement de la partie centrale de B. A ces deux plaques de carton, il reste à ajouter, comme dans les préparations du modèle ordinaire, un verre couvreur, une enveloppe gommée recouvrante et des cliquettes adhésives. Les modèles du commerce, et spécialement ceux dc'fahrication anglaise, conviennent parfaitement, ainsi d'ailleurs que tous ceux de forme et de dimensions idenliques. Chacun pourra, de cette ma- MÉMOIRES. 9 nière, donner à ses slides l'aspect et la couleur qui lui plairont le plus. Quelques mots maintenant sur les manipulations né- cessitées par le montage des objets dans le nouveau slide. Les plaques A et H sont fournies fixées ensemble, par le cartonnier que l'on aura chargé de leur confection. Au dessus de l'ouverture circulaire de la plaque A on fixe par ses bords un verre couvreur, de préférence rectangulaire. Au-dessus du carton A on fixe ensuite une feuille de papier de couleur, gommée, percée au centre d'une ouverture correspondante à la cellule (1). (Voir fig. IV a.) Les bords de cette feuille ou couverture se replient sous le slide, mais de manière à ne pas atteindre ou dépasser l'ouverture rectangulaire du carton B. (Voir figure V a.) Les inscriptions et indications relatives aux orga- nismes montés peuvent, à volonté, s'écrire directement sur la feuille a ou sur les petites étiquettes adhésives ordinaires (voir fig. IV b) que l'on fixe alors de chaque côté du slide sur la couverture. Dans cet état et prête au montage des objets, la pré- paration, vue par dessus, a l'aspect représenté par la fig. IV, qui montre par transparence, derrière le verre couvreur, la face colorée de la plaque C, destinée à recevoir les objets. Pour le montage proprement dit, deux cas peuvent se présenter : les objets doivent rester libres dans la (1) Les plaques adhésives perforées employées en Angleterre pour la face inférieure des slides conviennent très-bien pour recouvrir le dessus de notre modèle. Elles reviennent à environ 0.75 le 100. On peut aussi employer des couvertures plus riches, ornementées et dorées. Celles-ci reviennent à fr. 1 25 le 100. 10 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. cellule ou bien ils doivent être fixés dans une position déterminée. Dans le premier cas, on retourne le slide de manière que le verre couvreur constitue temporairement le fond de la cellule. On y dépose les objets et l'on place la plaque C dans la cavité rectangulaire de li. On scelle ensuite à l'aide du fragment gommé D, préalablement humecté et la préparation est faite. Dans le second cas, à l'aide d'un mucilage composé de gomme arabique, très-légèrement glycérinée, (1) on fixe les objets sur la partie centrale de la plaque C, ou bien encore sur un fragment de mica indépendant du fond de la cellule, et d'où il puisse se retirer à volonté. Dansle cas où cette dernière disposition serait adoptée, il conviendrait de choisir la cellule rectangulaire. A. l'aide de ciseaux on découpe facilement de petites lamelles de mica de même forme et de mêmes dimensions que la cellule (2). Pour la manière d'employer le mucilage et de l'étendre, soit sur le papier mat ou glacé, soit sur la lamelle de mica, nous renvoyons aux indications données dans notre première note sur le nouveau système de slide. Lorsqu'on veut modifier la préparation, enlever, dé- placer ou ajouter des organismes, il suffit de retourner le slide et d'humecter à l'aide d'un pinceau le fragment de papier de soie I), qui se détache sans peine au bout de quelques secondes. m La glycérine introduite dans le mucilage a pour but d'empêcher sa dessiccation trop complète, laquelle pourrait endommager les orga- nismes fragiles. '- On peul se procurer chez les opticiens «le Londres des cahiers de touillas de mica, d'une admirable pureté et parfaitement appropr - MÉMOIRES. Il Si les organismes sont libres dans la cellule, ils reposeront alors sur le verre couvreur; ce qui fait que, introduisant l'ongle dans l'échanerure x (voir fig. I et Y), on enlève aisément, par un petit mouvement de bascule, la plaque C. On trouve alors les objets libres sur le cover, où on peut les manipuler aisément et même, si cela est nécessaire, les observer à l'aide de la lumière transmise. Si les organismes sont fixés, soit sur la plaque C, soit sur une lamelle de mica reposant sur celle-ci, on devra avoir soin, après avoir opéré le détachement du frag- ment D, de replacer le slide dans sa position normale; puis, on retire par dessous la plaque C chargée d'orga- nismes ou bien supportant la lamelle de mica. L'emploi de cette dernière, permet d'étudier aisément par transparence les objets fixés. 11 suffît pour cela de faire glisser la lamelle sur une plaque de verre, qui est ensuite portée sur la platine du microscope. Pour refermer la préparation on remet en place la plaque C et l'on applique un nouveau fragment de papier de soie D, dont on aura toujours a sa disposition une quantité suffisante, toute préparée. Rien de plus simple, comme on le voit, que la con- fection du slide et rien de plus aisé que sa manipulation, ainsi que celle des objets montés qui, tout en étant her- métiquement enfermés, peuvent s'enlever et se replacer avec la plus grande facilité, sans que le slide en soit le moins du monde endommagé. Le prix de revient du nouveau slide est très-minime. Il n'y a pas lieu de s'occuper du verre couvreur ni des étiquettes, qui sont ceux du commerce et que l'on peut donc se procurer aux prix ordinaires. 12 SOCIÉTÉ BELGE [tE MICROSCOPIE. Quant aux cartons A et /i, ce dernier comprenant C, ils peuvent être livrés, par un cartonnier bien outillé, à raison de fr. 12.50 le 1000. Ils nous sont fournis à ce prix dans d'excellentes conditions, découpés mécaniquement, fixés ensemble et prêts à servir, tels en un mot que le montrent les fig. I et II. Les fragments de papier de soie gommé D, sont découpés mécaniquement ou, plus simplement, à la main, dans de grandes feuilles qu'il faut avoir soin d'enduire régulièrement de gomme très-légère et en minime quantité. Si l'on n'observait pas cette recom- mandation, la plaque D du slide se détacherait difficile- ment de la face inférieure de celui-ci. Tout en conservant la disposition du modèle décrit ci-dessus on pourrait, lorsque cela serait nécessaire, arriver aisément à obtenir des préparations permettant d'une manière permanente l'éclairage par transparence. Pour cela, il suffirait de découper à l'emportc-pièce dans la plaque C un fragment correspondant à l'ouver- ture rectangulaire ou circulaire du carton A et qu'il serait bon alors de ne pas rendre trop grande afin de ne pas déformer la plaque (l sous le choc de rem- porte-pièce. Sous la cavité produite, on fixe un verre couvreur (voir la fig. YI, qui représente la plaque C vue par des- sous). Celui-ci, qui dépasse alors de toute son épaisseur la surface extérieure de la plaque B, doit être accom- pagné de deux petits fragments de carton b et b' de même épaisseur que le cover et servant à protéger celui-ci contre les chocs, et en même temps à bien MÉMOIRES. 13 équilibrer le slide lorsqu'il reposera sur la platine du microscope (1). Les objets à monter sont collés, ou simplement placés, sur ce cover qui, remplaçant la partie enlevée du carton C, forme le fond de la cellule. Le carton C ainsi modifié (fig. VI) étant placé dans la cavité correspondante de la plaque B, on scelle le tout comme précédemment, mais avec un fragment de papier de soie perforé au centre, de manière à laisser passer les rayons lumineux au travers du cover transformé en fond de cellule. La disposition qui vient d'être décrite pourrait, dans certains cas, être considérée comme un peu fragile au point de vue de la manipulation du slide. Aussi, lorsque la nature des objets à préparer exige l'emploi de la lumière transmise, donnerions-nous la préférence au dispositif décrit dans notre première note et dans lequel la plaque C, au lieu d'être en bois ou en carton, est constituée par une lame de verre. Il est très-facile — comme nous l'a montré notre collègue et ami M. H. Miller, qui nous a suggéré l'em- ploi de cette matière, — de découper soi-même, à l'aide d'un diamant de vitrier et de réglettes appropriées, les lames de verre nécessaires pour remplir la cavité rectangulaire de la plaque B. L'emploi d'une lame de verre pour la plaque C élève assez sensiblement le prix de la préparation ; mais, en (lj Les fragments de carton b et b' dont le principal but est d'empêcher la préparation terminée de reposer sur le cover inférieur, pourraient sans inconvénient être placés aux extrémités du slide, aux deux bouts de la plaque B par conséquent. Cette disposition offrirait même l'avantage de rendre plus facile l'adhésion du papier de soie D sur la surface extérieur dei?. 14 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CR0SC0PIE. compensation on obtient l'avantage d'avoir une solidité beaucoup plus grande dans l'ensemble du slide et celui de pouvoir examiner les objets à l'aide de la lumière transmise. D'autres modifications pourraient encore être appor- tées à notre système de slide, mais nous croyons inutile de les signaler, chacun pouvant aisément les varier et les multiplier suivant ses propres nécessités. Le point capital de la construction du slide, qu'il ne faut point perdre de vue, consiste à respecter le principe fonda- mental exprimé dans notre première note et rappelé au commencement de celle-ci. Bruxelles, le 29 mai 1879. ! LES APPARENCES MICROSCOPIQUES Dl'S VALVES DES DIATOMÉES Julien DEBÎ Vice-Président de la Société belge de Microscopie, ete. — Séance du 28 août 4879. — La plupart des diatomistes modernes sont aujourd'hui d'accord pour considérer la diatomée comme un petit organisme recouvert d'une enveloppe protectrice sili- ceuse et bivalve. Chacune des deux valves est munie d'un rebord ou connectif (cingulum) formant un anneau qui l'entoure. L'un des connectifs est toujours légèrement plus étroit que l'autre, dans lequel il peut glisser par frottement. Les formes sectionnelles des connectifs sont aussi variées que celles des valves auxquelles ils sont attachés. Les valves une fois formées paraissent cesser de croître, tandis que les connectifs peuvent continuer à se développer en largeur, par accessions subséquentes, à leurs bords libres, de matière siliceuse. Dans une notice publiée précédemment (i) nous avons essayé de résumer, en aussi peu de mots que possible, (1) Ce que c'est qu'une daltonien? (Mémoire Société belge de Microsco- pic, vol. III, p. CXLVII.) ig SOCIÉTÉ BELGE IŒ MICROSCOPIE. nos connaissances générales relatives à la structure et au développement tics diatomées; nous n'y reviendrons donc plus aujourd'hui. Il est souvent difficile à première vue, de bien inter- prêter les apparences que présentent sous le microscope, certaines diatomées vues par transparence; un examen attentif des détails peut cependant donner l'interprétation de tous les faits observés. Les problèmes même les plus incompréhensibles se résolvent alors, comme par enchantement. Afin de faire bien saisir la signification de ces apparences, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de passer en revue l'organisation d'un certain nombre des formes qui paraissent spécialement difficiles d'inter- prétation, quoique leur simplicité soit, en réalité, toute aussi grande que celle des types les plus faciles. Notre première étude comprendra celle du genre : \itschia. De même que toutes les autres diatomées, les frustules du çenre Nitschia présentent deux valves et deux con- nectifs. Les valves plus ou moins allongées varient de l'ovalaire au linéaire ; chacune d'elles est de forme convexe, ou plutôt, représente la forme d'un toit de maison; c'est-à-dire, une section plus ou moins angu- laire ou pyramidale. Le faîte du toit porte une carène longitudinale formée de gros grains siliceux. Deux pans de valve, l'un situé à droite, l'autre à gauche de la carène sont apparents et ces pans sont pourvus de stries transverses en nombre égal ou dou- ble à celui des grains de la carène. La carène des Nitschia est fort rarement centrale, mais occupe d'habi- MEMOIRES. 17 C. carène. gp. grand pan pp. petit pan. Fi?. 2 Fis. 3 tude une position excentrique par rapport à la ligne médiane longitudinale de la valve. Il découle de cette excentricité de la carène, que l'un des pans de la valve est presque toujours plus large que le pan situé du côté opposé de cette même carène. Une section transversale, par le milieu d'une telle valve, est représentée à la fig. 1. L'excentricité de la carène peut varier de manière à produire d'un côté, comme ex- trême, la presqu'égalité des deux pans de la valve, et de l'autre côté, la disparition presque complète de l'un des pans. Les figures 2 et o montrent la section de deux Nitschia appartenant à ces types opposés. Chaque valve porte son connectif pendant la vie de la diatomée, et ne le perd que par l'action de violences ou à la suite de procédés chimiques tels que le traitement par les acides. La ligure 4 nous montre une section transverse d'une valve munie de son connectif : Le bord libre du connectif c c est tou- jours parallèle à la ligne imaginaire a b qui unirait le bord libre du petit pan de la valve au bord libre du grand pan au point qui lui est opposé. Dans une préparation que l'on exa- mine, l'on rencontre d'ordinaire les deux valves d'un frustule réunis et se tenant par les connectifs dont le plus étroit pénètre dans l'intérieur du plus large. — Nous nommerons pour plus de clarté 18 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. la valve portant le plus grand connectif, la valve supé- rieure et la valve portant le connectif le plus étroit, la valve inférieure. La section transverse diagrammatique par le milieu d'un frustule de Nitschia serait donc à celle repré- sentée par notre fig. 5. Dans la fig. G, les deux valves et leurs connectif's ont été séparés, et dans la fig. 7, le frustule se trouve analysé en ses quatre éléments constitutifs. Fig. 6. v. s. valve supérieure, v. i. valve inférieure. c. s. connectif supérieur, c. i, connectif inférieur. Une section longitudinale diagrammatique par le milieu d'un frustule de Nitschia serait approximative- ment la suivante fig. 8. L'excentricité de la ca- rène des Nitschia se repro- duit sur chaque valve d'un frustule, mais avec renver- sement, de telle sorte que le grand pan de la valve supérieure se trouve toujours du même côté que le petit pan de la valve inférieure et vice- versa. MÉMOIRES. I!) Lorsque l'on étudie les Nitschia sous le microscope, ce n'est malheureusement pas .en sections qu'on peut les observer, mais bien en plan, et vus par l'un ou l'autre des côtés du frustule. Celui-ci présente un côté liant, un côté large et un côté épais, comme tous les parallélipipèdes quelconques, mais en général, la posi- tion d'une diatomée sur le porte objet n'est réglée que par la situation de son centre de gravité qui la fait reposer sur son côté le plus large. Disons d'abord que l'angle du faîte d'un Nitschia, la partie qui porte la carène, peut être aigu, ou obtus et que les pans qui en dépendent de chaque côté, peuvent présenter ou bien une surface plane ou bien une surface courbe ou bombée. Ceci nous fournit les divisions sui- vantes : Fig. 9. Formes à angle : aiguë : à pans plans (fig. 9 a.); à. pans courbes (b.). — Obtus : à pans plans (c.) ; à pans courbes {d.). Chacune de ces quatre sections, peut à son tour se subdiviser en trois sous-sections, d'après la position plus ou moins excentrique de la carène par rapport à une ligne médiane longitudinale imaginaire de la valve. La carène peut être presque centrale et les deux pans par conséquent presque égaux : la carène peut être normalement excentrique, l'un des pans étant nota- blement plus grand que l'autre; enfin, la carène peut être submarginale, de manière à rendre presque obso- lète l'un des pans de la valve. Les fig. 10, 11 et 1°2 tu SOCIÉTÉ HELCK 1>E UICliOSCOPIE. donnent un exemple de chaeun de ces cas en section transversale. Fig.'lO. Fig. 11. Fie. 12. Par la combinaison des formes aiguës et obtuses, de celles à pans plans ou bombés, ainsi que par la position plus ou moins excentrique de la carène, nous obtenons 12 éléments propres à la classification des espèces en dehors des caractères que l'on peut tirer de la forme générale des frustules, des granulations des carènes et de la striation des valves, etc. Sans faire la monographie des Nitschia, il nous serait impossible de décrire toutes les variations de forme et de détail des valves qui s'observent dans le genre actuel. Nous nous bornerons donc aujourd'hui à prendre pour type des apparences microscopiques, un Nitschia de la section transverse que l'on rencontre le plus fré- quemment. Fin. 13. L'apparence d'une telle forme, couchée sur son cou- MKMOIRKS. 21 nectif supérieur, que l'on regarderait perpendiculaire- ment à cette position dans la direction de la flèche, se représente en projection comme nous tâchons de le montrer à la fig. I i. c. s. carène supérieure. g. p. s. grand pan supérieur. b. v. s. bord de valve supérieure. b. c. i. bord du connectif inférieur. b.c. s. bord du connectif supérieur. b. v. i. bord de valve inférieure. p.j). i. petit pan inférieur. c. t. carène inférieure. Une diatomée du genre Nitschia, couchée sur son connectif, montrerait donc en même temps à l'œil de l'observateur : 1. La carène supérieure et la carène inférieure I, II, L s , L,. 2. Un grand pan et un petit pan appartenant chacun à une valve différente a, b, a', b'. 5. Les lignes indiquant les bords libres des deux connectifs. La partie centrale ombrée de la fig. 14 indique la portion où les connectifs sont en recouvrement et où par conséquent le frustule est pourvu d'une double enveloppe, ou plutôt, d'un double anneau siliceux. Cette même valve, vue par dessus, nous fournirait une vue de sa carène dorsale en même temps qu'une vue en perspective de ses deux pans adjacents, fig. 1T>. 22 SOCIÉTÉ BELGE HK MICKOSCOP1E. Fis». 15. Dans toutes les espèces à carène excentrique, il est manifeste que le renversement de l'objet, doit causer le renversement relatif des pans, c'est-à- dire que si Ton examine le Nitschia par la face il, l'on y trouvera le grand pan et le petit pan dans la position inverse de celle qu'ils occuperaient, si l'on examinait le frustule parlecôté B. Les formes les plus extrêmes de Nitschia, par suite de l'excentricité poussée à l'excès, de leur carène, se signalent simplement par la plus grande différence relative de largeur entre les deux pans d'une même valve. Le fruslu.e vu de côté, en ce cas, nous exhibe souvent, l'un des pans d'une des valves ayant pris (rénormes pro- portions, tandis que l'autre pan, visible en même temps, sur l'autre valve, est devenu si exigu qu'on l'aperçoit à peine. Fig. 10. Fig. 16. Une simple inspection de celte ligure nous démontre qu'un Nitschia de cette section ne reposera pas sur le porte objet par sa région connective, mais que l'un des grands pans de l'une ou de l'autre valve lui servira de MÉMOIRES. 23 % Fig. 17. base. C'est donc en prenant la ligne qui représente la surface du grand pan, comme notre horizontale, et en lui élevant des perpendiculaires, que nous obtiendrons la vraie projection microscopique d'une telle diatomée. C'est ce que nous avons essayé de montrer dans la 17. Un Nitscliia de la conforma- tion ci-dessus, de petite taille, montrerait à peine son petit pan ; et vu par le dessus, son angle d'ouverture étant aigu n'exhiberait qu'une carène, munie d'un unique pan. L'ap- préciation de la valeur de l'angle formé par la jonction des deux pans de la valve d'un Nitschia, ainsi que la nature plane ou bombée de ces mêmes pans, ne s'effectue d'une manière certaine que par une vue prise par dessus la carène, au moyen d'objectifs puissants et à forte pénétration, ou ce qui vaut mieux encore, par l'emploi de binoculaires sté- réoscopiques, tels qu'on les construit pour les forts gros- sissements, en plaçant les prismes à l'intérieur du corps même de l'objectif et presque en contact avec ses len- tilles postérieures. Il arrive fréquemment qu'au lieu de rencontrer des frustules de Nitschia dans l'état que nous venons de décrire, on en récolte qui sont en voie de se multiplier par voie de déduplication, et qui, par conséquent, contiennent dans leur intérieur de jeunes valves, iden- 24 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. tiques par la forme et la structure, aux valves extérieures qui les protègent. La complication des apparences microscopiques n'est ici encore une fois qu'apparente : un peu de réflexion nous faisant promptement com- prendre la structure que nous avons sous l'œil. La section transverse diagrammatique d'un Nilscliia du type ordinaire, au moment de la déduplicalion, nous donnerait la projection suivante, qui explique mieux que ne le ferait une longue description, l'apparence d'un tel frustule sous le microscope. Outre les initiales employées précédemment : m. bord de la valve supérieure et de sa jeune valve. n. petit pan déjeune valve supérieure. o. carène de nouvelle valve. q. bord de la valve inférieure et de sa jeune valve. c. région connective. Il arrive souvent que la carène interne de la nouvelle valve inférieure (x) se montre au travers de l'épaisseur même du frustule à un niveau plus bas que la carène interne o de la jeune valve supérieure qui lui est opposée, auquel cas, l'on aperçoit deux lignes de gros MÉMOIRES. -2S points, deux carènes parallèles au lieu d'une figurée, sises à côté Tune de l'autre, vers la partie centrale du frustule dans toute sa longueur. Les variations de section des valves mères, ainsi que le degré d'excentricité des carènes, produisant une foule de variations d'aspect des frustules en déduplication selon les espèces, il nous est impossible de les mettre sous les yeux du lecteur; mais nous pouvons l'assurer, que s'il a bien saisi le type de structure que nous avons figuré ci-dessus, il parviendra sans aucune peine à déchiffrer tous les autres cas qui pourraient se présenter à son observation. Dans tout JSitschia en voie de déduplication on retrou- vera : 1° deux carènes des valves mères; 2° deux carènes des jeunes valves (ces dernières carènes se recouvrant ou non); 5° deux pans à chaque valve mère; 4" deux pans à chaque jeune valve; 5° deux sutures indiquant le point de jonction des jeunes valves aux anciennes; 6° deux sutures indiquant le bord libre des connectifs supérieur et inférieur et appartenant aux valves mères, les jeunes valves n'en possédant pas encore de propres à cette période de leur existence. La situation relativedes sutures connectives varie selon le degré d'avancement du développement des jeunes valves qu'elles circonscrivent. Au moment de la séparation des valves mères, ou immédiatement après, les jeunes valves reculent de leur ligne de jonction avec la valve mère, pour se placer près du bord libre du connectif. En ce moment le nou- veau frustule n'est pourvu que d'un seul connectif, celui de la valve mère, et aucune suture n'est visible dans toute la région connective. Fig. 19. m SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. Fis. 19. Le frustule à cette époque ne présente par le milieu qu'un seul anneau de silice. Ce n'est que postérieurement à sa mise en liberté que la jeune valve développe son connectif propre à l'intérieur du connectif de la valve mère. Le jeune connectif com- mence à croître à partir du bord de la jeune valve et finit par se dessiner à l'œil armé du microscope sous forme d'une fine v. m. vaive mère. s ( r i e unique, située dans la réeion con- c. connectif unique _ ; 7 .° . , sans sutures, ncctive. Fm. 20, s. ou la partie ombrée /. r. jeune valve. e * indique le recouvrement des connectits. Fis. 20. Le nouveau connectif de la jeune valve (valve inférieure), atteint enfin le bord de la valve mère, puis il com- mence à s'éloigner de celui-ci en glis- sant à l'intérieur du connectif de cette dernière. Dès ce moment, deux sutures deviennent visibles dans la région con- «. suture unique. ncctive, indiquant les bords libres de chacun des deux connectifs fig. 15. Bientôt après le phénomène de la déduplication commence à se manifester. Fa.- suite de ce qui précède l'on est porté à conclure qu'il e.^-1 nécessaire d'apporter plus de soin et plus de détails que par le passé dans la desciiption des nom- breuses «spèces, si difficiles à distinguer les unes des autres, du genre Nitschia. Dans le signalement de toute espèce il est devenu nécessaire de : 1. Décrire la forme générale du frustule et d'indiquer les relations de la longueur totale à la largeur des deux pans situés de chaque côté des valves; 2. Indiquer la position de la carène par rapport à une MÉMOIRES. 27 ligne médiane centrale imaginaire à la valve; c'est-à-dire indiquer la grandeur relative des deux pans île la valve ou le degré d'excentricité; 4. Déterminer le nombre de stries des pans, par rap- port aux nodules de la carène; 5. Compter les grains siliceux de la carène, les stries des pans et le nombre de points par strie, par micro- millimètre; 6. Indiquer si la valve forme un angle aigu ou obtus, et si ses pans sont plans ou à face bombée. Le lecteur qui serait désireux de s'instruire à l'égard de l'organisation interne des Nitschia pendant leur vie, organisation qui présente des caractères spéciaux bien marqués dus principalement à l'étroitesse de la capacité interne du frustule de beaucoup d'espèces, et à la perforation de l'endochrome, ne peuvent mieux faire que de consulter à cet égard les travaux conscien- cieux du professeur Pfitzer et ceux de notre ami et col- lègue M. Paul Petit, de Paris. Il existe plusieurs genres voisins des Nitschia pro- prements dits, tels que les Tryblionella de W. Smith, les Perryia de Kitton, etc., qui mériteraient d'arrêter notre attention, mais leur structure diffère si peu de celle du genre typique, que nous pensons pouvoir les passer sous silence dans un aperçu aussi général que celui-ci. Nous nous proposons d'expliquer successivement dans de prochaines communications les apparences microsco- piques de divers autres genres de diatomées dont l'inter- prétation semble au premier abord, présenter quelques difficultés. Les Amphora, les Epithemia, les Tiddulphia, les 28 SOCIÉTfi BELGE DE MICROSCOPIE. Isthmia, ainsi que quelques genres intéressants dont les rejetons par déduplication restent adhérents pendant la durée entière de leur existance, nous fourniront d'intéressants sujets d'étude et l'explication de quelques faits mal compris à ce jour. SUR LA MICROSTRUCTITRE OK QUELQUES PRODUITS DE FUSION DU QUARTZ PAR A. Renard, S. .1. Ces observations microscopiques sur la structure de quelque produits quartzeux vitrifiés furent faites en vue d'éclaircir l'origine d'un fragment pierreux recueilli à Tongres, il y a quelques mois, et auquel on attribuait une origine extra-terrestre. Je pense qu'il n'est pas bors de propos de faire connaître ici les circonstances, qui me déterminèrent à m'occuper de la soi-disant météorite de Tongres. Les détails dans lesquels j'entrerai permettront d'apprécier l'attitude que j'ai prise dans cette discussion; ils indiqueront quelle est l'interprétation à laquelle on doit s'arrêter relativement à l'origine et à la nature minéralogique de ces échantillons réputés cosmiques. Il y a quelques semaines, j'appris par M. Vanden Broeck qu'on avait recueilli à Tongres, deux mois aupa- ravant, des fragments de pierre auxquels on attribuait une origine cosmique. On assurait qu'après un orage des témoins de la chute de ce météore avaient ramassé les pierres au point où ils avaient vu tomber la foudre. 30 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Désireux d'avoir à ce sujet des renseignements plus détaillés, j'écrivis à M. Lamine de Tongres, entre les mains duquel se trouvaient les fragments que l'on avait recueillis. Il eut l'obligeance de m'en faire parvenir une toute petite esquille, d'un centimètre à peine, tout juste ce qu'il me fallait pour en faire une préparation micros- copique en lame mince. En même temps. M. Lamine me fournissait des indications assez détaillées sur les circonstances dans lesquelles on avait trouvé les échan- tillons. La simple inspection de cet éclat, malgré l'affir- mation des témoins qui attestaient avoir vu tomber la pierre, me convainquit qu'elle n'avait point l'origine extra-terrestre qu'on lui prêtait. Elle ne montrait pas la moindre analogie de structure ou de composition avec les types de météorites signalés jusqu'aujourd'hui. Le fragment taillé en lame mince était exclusivement com- posé de grains de sable plus ou moins fondus sur les bords, criblés de bulles d'air et cimentés par une matière vitreuse, produit de la fusion partielle des grains de quartz. Je reviendrai bientôt plus au long sur ces détails de structure; il suffit de les avoir indiqués tels que je les observai sur le seul échantillon que j'avais à ma dispo- sition. Les renseignements que je possédais au moment où je fis ce premier examen étaient incomplets; mais il paraissait ressortir cependant de tout ce que j'avais appris que l'échantillon, que je découvrais être formé de grains de sable agglutinés par une fusion partielle, avait été incontestablement ramassé au point où on avait vu tomber la foudre. On me donnait ce détail avec des affirmations réitérées. Aussi, quoique j'eusse d'abord écarté l'hypothèse d'une origine cosmique, je pensai MÉMOIRES. SI un moment que les fragments de grès vitrifiés, dont je ne connaissais alors ni la dimension ni les caractères macroscopiques, avaient peut-être été fondus au passage de l'éclair. On connaît, en effet, de nombreux exemples de grès dont la surface est vitrifiée par la foudre, et les fulgurites, dont nous parlerons plus bas, sont à cet égard incontestablement les formations les plus intéres- santes. Si les fragments pierreux ne sont pas une scorie, me disais-je, peut-être pourraient-ils bien n'être que du sable agglutiné sous l'action delà chaleur de l'éclair. Mais pour me prononcer sur ce point il était indispensable de voir le> caractères macroscopique < d'échantillons beau- coup plus grands, que possédait M. Lamine; il était nécessaire aussi de voir si les conditions du sol, où l'on avait ramassé les fragments en question, permettaient l'interprétation à laquelle je m'arrêtai provisoirement, jusqu'au moment où je pus me rendre à Tongivs. Ajou- tons que l'étude microscopique m'avait montré de grandes analogies de structure et de composition entre l'esquille envoyée par M. Lamine et ces agrégations de matières quartzeuses fondues produites par l'action de la foudre qui, en pénétrant dans le sol, vitrifie et agglutine le sable sur son passage. Je m'abstins de formuler d'une ma- nière positive une opinion sur la question. Certains détails peu vraisemblables la rendaient d'ailleurs plus que problématique. Toutefois, il est un point que je n'ai jamais laissé indécis : celui qui est relatif à l'origine cosmique des fragments quartzeux. Les échantillons de la soi-disant météorite que je vis à Tongres, les renseigne- ments que M. Lamine eut la bonté de me donner, enfin l'inspection du lieu que l'on m'indiquait comme le point où la foudre était tombée, me convainquirent immédia- ;t-> SOCIÉTÉ BELGE DE MICR0SC0P1E. tement que je ne pouvais m 'arrêter un instant à l'idée de sable fondu sous l'influence de la chaleur de la foudre; car, d'après les personnes qui m'attestaient avoir assisté à la chute, la foudre était tombée sur un seuil de calcaire dans une rue de la ville; c'était à cet endroit et au milieu du pavé qu'on avait ramassé, le lendemain de l'orage, les fragments en question. Il est inutile d'insister sur l'invraisemblance de l'ori- gine extra-terrestre : cette origine ne nous est pas montrée par les circonstances qui accompagnèrent la chute ; et la composition de ces pierres ainsi que leur structure n'ont rien de commun avec celle des météo- rites. D'un autre côté, j'arrivais à la conviction que les échantillons recueillis ne pouvaient avoir été fondus par la foudre, et j'admis la conclusion que les frag- ments en question n'étaient autre chose qu'une scorie artificielle (1). Je viens d'indiquer les motifs qui me firent entre- prendre quelques recherches sur les caractères que pré- sentent au microscope les grains de quartz plus ou moins fondus, des scories artificielles, des fulgurites et des grès vitrifiés au contact des roches éruptives. (1) En relisant une notice publiée par M.Cohen, professeurà l'Univer- sité de Strasbourg, sur la météorite de Zsadany ( Verhandl. d. Natur. med. Vcrcins. Heidelberg, vol. II, l'asc. 2i, je fus frappé d'une singulière coïncidence : on avait confondu avec la météorite des fragments de scorie quarlzeuse. J'écrivis à ce savant qui eut l'obligeance de m'envoyer quelques éclats de ce sable fondu. Soumis au microscope, ils me mon- trèrent identiquement la même structure que la scorie recueillie à Ton- gres. M. S. N. Maskelyne, conservateur au British Muséum, me parlant un jour des pseudo-météorites, disait que les scories qu'on lui avait pré- sentées comme étant des météorites et qu'on affirmait quelquefois avoir vu tomber, formeraient à elles seules une collection plus nombreuse que les plus riches collections de météorites. MÉMOIRES. 33 Ces observations n'avaient d'autre but que celui de m'as- surer de la nature des fragments quartzeux de Tongres. Ces recherches, je l'avoue, n'amenèrent aucun ré- sultat bien saillant. En les publiant, je veux simple- ment exposer les raisons qui m'ont guidé dans mon appréciation sur les fragments quartzeux de Tongres, auxquels on avait cru devoir attribuer une origine cos- mique. Les divers échantillons que j'ai eu l'occasion de voir chez M. Lamine ou au secrétariat de l'Académie royale, mesuraient 5 ou 6 centimètres en moyenne. Examinée à l'œil nu ou à la loupe, cette masse pierreuse, de cou- leur grisâtre, se montre à grains fins avec structure scoriacée; on ne discerne aucun élément porphyrique et la pâte semble parfaitement homogène. Les surfaces de cassure et les fissures des échantillons sont revêtues d'une couche incolore vitrifiée de très faible épaisseur; cette espèce d'émail se retrouve aussi à la surface externe des fragments. La cassure de la scorie est plane. Un échantillon que j'ai vu entre les mains de M. Lamine pré- sente des plans de séparation réguliers qui donnent naissance à une cassure polyédrique imitant celle qu'on observe dans les plans de séparation des basaltes , du coake et des scories. Les minces esquilles sont légè- rement transparentes sur les bords, elles entament faci- lement le verre et sont difficilement fusibles au chalu- meau. Le poids spécifique est d'environ 2,5, mais le grand nombre de pores microscopiques qui criblent la masse peuvent rendre cette détermination incertaine. Il faut tenir compte en outre des différents états physiques du ' quartz qui compose cette scorie. Pour certaines plages, 34 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. ces grains sont presque entièrement fondus, dans d'au- tres ils sont encore cristallins. Or, on sait que Cli. St- Claire Deville (I) a reconnu que le quartz fondu et refroidi brusquement, a pour poids spécifique 2, 22, tandis que la densité moyenne du quartz atteint 2,656. Examinés au microscope, ces fragments scoriacés se montrent formes, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, d'une masse de grains de sable qui peuvent avoir en moyenne 0,5 mm. de diamètre. Ils sont généralement arrondis; ceux qui possédaient des contours polyédriques ont leurs angles émoussés par la fusion qui a effacé les contours primitifs de ces granules. Les caractères phy- siques doivent faire considérer ces sections comme appartenant au quartz : limpidité, transparence, polari- sation chromatique avec teintes vives, absence de cli- vage, etc. Je ne pus toutefois découvrir qu'exceptionnellement des inclusions liquides, telles que nous les montrent si fréquemment les grains de sable taillés, lorsqu'on les étudie sous de forts objectifs ; mais par contre la masse dans laquelle ils sont empâtés est criblée de vacuoles qui ne renferment pas de liquide visible et dont les pro- portions sont toujours plus grandes que les proportions ordinaires des enclaves liquides des sections quartzeuscs dans les roches. Ces bulles, qui abondent dans les plages produites par la fusion du quartz, diffèrenl seulement des enclaves liquides par leurs dimensions (elles peuvent atteindre I millimètre; en moyenne, elles n'ont (pie 0, 1 mm.). Ce qui ne permet point de les confondre avec les inclusions liquides, ee sont les larges traits noirs foncés dont elles sont entourées : (!) Comptes rendus, tome 40, p. 7(>:>, is:>:>. HÉMOIRES. caractère distinctif bien connu pour les pores ou les huiles gazeuses emprisonnées dans les minéraux. Ces pores sont généralement sphériques, ils appa- raissent à la lumière transmise comme des globules noirs avec un point brillant au centre. Lorsqu'ils sont entailles par le polissage, on observe que l'intérieur de la bulle est comme garni de matière pigmentaire, qui aug- mente l'opacité produite par la réfraction. Dès que la section a entamé la bulle sur les deux faces de la lame, on voit le pore se dessiner par un trait circulaire ou elliptique. On peut passer par toutes les transitions de grandeur depuis les bulles microscopiques jusqu'aux pores visibles à l'œil nu, qui donnent au fragment la structure scoriacée. L'abondance de ces pores constitue un trait distinctif de toute les matières quartzeuses fon- dues que nous avons étudiées : les fulgurites, les grès vitrifiés au contact des roches éruptives, le sable fondu à l'aide de chalumeau oxhydrique, ont leurs grains de quartz fondus criblés de ces bulles; et cette particularité permet de saisir les relations d'origine qui existent entre ces divers produits. D'un autre côté, je ne connais pas de roche, pas même les laves les plus celluleuses, qui montre au microscope ce fait d'une manière aussi pro- noncée (l). I 1 , Nous avons fait remarquer que les sections quartzeuses fondues ne contiennent pas les enclaves liquides si caractéristiques de ce minéral. Si l'on tient compte en même temps de l'abondance des pores que nous \enons de décrire, on pourrait peut-être interpréter ce fait de la manière suivante. Lorsque les grains de sable auront été soumis à la chaleur intense qui détermina leur fusion plus ou moins complète, le quartz passa par un elal de viscosité, et l'eau contenue dan;- les inclusions se transformant en vapeur, agit par expansion sur les parois île la bulle qui l'emprisonnait. Ces parois se dilatèrent et prirent des dimensions beau- coup plus considérables que celles des enclaves liquides. Lors du refroi- dissement de la masse fondue, ces pores conservèrent a peu près la forme qu'ils venaient d'acquérir. L'eau que renfermait la bulle s'étant ■Mi SOCIETE BEJbGE l>K MICROSCOP1E. Pour ! > i e 1 1 juger des modifications que la fusion a apportées à cet agrégat de granules quartzeux, pour se rendre compte de la nature et du mode de formation de la matière vitreuse qui les cimente, il faut étudier les préparations à l'aide de la lumière polarisée. On distingue alors nettement les fragments de quartz non altérés des parties fondues. Entre les prismes de nicol croisés, la base vitreuse s'éteint et reste obscure pour une rotation complète, les grains de quartz non altérés se détachent avec de vives couleurs. Mais on remarque qu'ils ont perdu la biréfringence sur le boni des sections; les teintes de la polarisation chromatique s'atténuent peu à peu sur le contour des grains et finissent par passer à la nuance noire de la masse vitreuse. C'est surtout par leur isotropisme qu'on peut discerner les plages pro- duites par fusion ; sans cette propriété on ne saurait les distinguer que difficilement du quartz cristallin; car à la lumière ordinaire, on ne peut pas discerner de structure spéciale pour la matière fondue. Elle présente tout à fait l'aspect du minéral dont elle dérive et condensée après que l'enclave eut pris sa nouvelle l'orme, resla empri- sonnée', mais elle devint invisible par suite du volume relativement con- sidérable que l'enclave a pris. Cette interprétation est, au fond, la même que celle suggérée par Walt, à la tin du siècle dernier, pour rendre compte des cavités lubulaires dans les fulgurites. Il les envisageai! comme étant «lues à l'expansion de la vapeur d'eau : la pluie qui accom- pagne l'orage pénètre le sable ei la vapeur qui se produit sous l'étincelle de l'éclair détermine la formation de la cavité. M. flarting (Mon. de l'Ac. néerlandaise, 1874, p. 15) signale aussi qu'il a observé, à la surface vitri- fiée i\r^ fulgurites, des fossettes arrondies, profondes, à bords relevés, ayanl un diamètre de (>,.'> a 2 mm. Il les considère comme de petits cra- tères par où la vapeur d'eau surchauffée s'est frayé un chemin en faisant éclater la paroi qui s'oppposait à son expansion. Je crois inutile d'ajouter que je n'attribue pas, dans la scorie recueillie à Tongres, la formation de tous les pores indislinctemenl a l'expansion de l'eau que pouvaient ren- fermer les enclaves microscopiques : l'interprétation que je donne s'ap- plique, dans ma pensée, aux pores \i si Itles au microscope, phi loi qu'aux cavités qui donnent la structure scoriacée à ces fragments. MÉMOIRES. 37 auquel elle est intimement associée. Toutefois, quelques particularités lui semblent propres; elles sont assez pro- noncées dans certains cas pour permettre de discerner l'élément vitreux, même à la lumière ordinaire : ce sont ces plages fondues qui fourmillent de bulles, dont nous avons parlé tout à l'heure. En outre, elles ne sont jamais crevassées; tandis que les fragments de quartz qui ont conservé leurs propriétés physiques sont très souvent sillonnés de fissures irrégulières, craquelures qui rap- pellent exactement celles du verre ordinaire refroidi brusquement. Ces plages vitreuses, enfin, montrent des traces de structure fluidale, indiquée surtout par des filaments de matière brunâtre ou noirâtre, ferrugineuse, qui colorent le verre et s'allongent dans le sens du mouvement qui animerait la masse vitreuse au moment où elle s'est figée. (La fig. 5 de la planche qui représente une coupe de la fulgurite de Starczynow montre les fila- ments brunâtres, qui suivent les étirements de la masse vitreuse dans laquelle ils sont empâtés. Voir pour toute cette description micrographique du fragment scoriacé la fig. 5 et l'explication de cette figure.) Quelques plages sont entièrement opaques, par l'accumulation de parti- cules noires qui nous paraissent ferrugineuses ou char- bonneuses. Si nous comparons maintenant la microstructure de ces fragments quartzeux, auxquels nous attribuons une vitrification artificielle, avec celle que présentent les produits de fusion naturelle du quartz, les fulgurites, par exemple, nous voyons immédiatement de profondes analogies de structure qui trahissent un mode de for- mation essentiellement identique. Ce que nous venons de voir tout à l'heure pour les lames minces de la scorie : j .8 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. quartzeuse, se montre au microscope avec les mêmes caractères pour les préparations de fulgurites. Je me borne à indiquer rapidement ces rapprochements ([). Les échantillons de fulgurite que je lis tailler, pro- viennent du gisement de Starczynow, près d'Olkusz, en Pologne. M. F. Rômer, qui visita cette localité il y a trois ans, a donné une description détaillée des condi- tions dans lesquelles on rencontre ces tubes vitrifiés; je l'envoie à son travail publié dans les Neues Jahrbuch fur Minéralogie, etc., 1870, p. 53. La fulgurite qui a fourni la lame mince dont suit la description micro- graphique, est un fragment tubulaire d'environ 10 cen- timètres de diamètre. La forme du tube est irrégulière, la surface est mamelonnée, surmontée d'excroissances et de boursouflures comme on les observe dans les scories. La cavité tubulaire subit jusqu'à un certain point toutes les déformations qu'on remarque à la surface externe. (1) Lorsque j'ai communiqué ce travail à la séance du 38 Novembre 1878, je suis entré dans des détails assez étendus sur la microslructure des fulgurites. J'ignorais, à ce moment, qu'elles avaient été l'objet d'un travail spécial dû à un micrographe bien connu, M. Harting doc. cit.). Après la lecture de son mémoire, j'ai retranché de ma notice les observa- tions qui étaient signalées par ce savant. Son intéressant travail com- prend l'historique des recherches sur les fulgurites. La description générale de ces formes tubulaires et la partie micrographique sont. traitées de main de maître, comme on doit s'y attendre. A la suite de ce mémoire, il reste peu de chose à dire, car l'auteur a, sinon épuisé le sujet, au moins réuni un grand nombre d'observations importantes auxquelles on n'a pas de peine à se rallier, four un poinl seulement, je crois qu'on peul envisager la question autrement que ne le l'ail M. Harting; ce savant constate que la masse vitrifiée dans les fulgurites d'Elspret, réagil comme une substance biréfringente entre niçois croisés (Inc. cit., p. KM. S'ap- puyant ensuite sur des expériences qu'il lit relativement à la solubilité de la silice de ces fulgurites par les alcalis, il conclut que dans l.i fusion instantanée produite par la foudre ce corps ne passe pas de l'étal cris- tallin a l'étal amorphe, (les observations ne sont pas d'accord avec celles que Ton peul faire sur les fulgurites do Starczynow: la masse fondue es) parfaitement apolaire; et si des plages donnent encore les phénomènes de la polarisation chromatique, elles appartiennent à des sériions quart- yeuses qui u'onl pas été entièrement fondues. MÉMOIRES. 39 Le tube est encore recouvert à l'extérieur d'une couche de grains de quartz imparfaitement soudés à la masse vitreuse. On remarque dans la cassure transverse de la paroi circulaire que la fusion n'a atteint toute son intensité qu'à l'intérieur. La zone externe n'a subi qu'un commencement de fusion : les éléments vus à la loupe ne s'y montrent presque pas modifiés ; ils sont simple- ment attachés par un ciment vitreux à la zone interne, ou masse vitreuse qui forme la partie principale de la fulgurite. Dans cette partie interne du tube, les grains de quartz ont complètement perdu leur individualité, ils se sont fondus les uns dans les autres et ont formé un émail brillant, bleuâtre, qui raye le verre et possède la transparence et l'éclat du quartz. La partie vitrifiée que nous avons fait polir est entièrement isotrope, le quartz y est transformé en une masse homogène possédant les particularités que nous avons vues tout à l'heure, carac- térisant les plages fondues des scories. Si nous com- parons les figures 4 et 5 de la planche I, dont la se- conde représente une section de la zone interne vitrifiée d'une fulgurite de Starczynow, la première une plage de la scorie que nous avons décrite en premier lieu, nous remarquons au premier coup d'œil la grande analogie que présentent ces dessins. Des deux côtés on voit une masse vitreuse, amorphe, criblée de pores et de grandes vacuoles, parsemée de taches pigmentaires noires, bru- nâtres. Avec le nicol, la ressemblance est tout aussi frap- pante, on remarque seulement que la fulgurite a été soumise à une fusion plus intense; de là une structure fluidale mieux indiquée, et des sections quartzeuses presque entièrement effacées. 11 est inutile de répéter les détails de la description que nous avons donnée plus SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. haut : qu'il nous suffise d'avoir indiqué l'identité parfaite de microstructure que montrent nos deux figures, reproduction exacte des plages qu'elles représentent. Disons quelques mots de la préparation microscopique figurée par le dessin n° 2. Dans le but de reproduire expérimentalement la vitrification du quartz et d'exa- miner la structure microscopique du produit de fusion de ce minéral, du sable fut soumis à l'action du chalu- meau oxhydrique. Il se forma une masse vitreuse qui. taillée en lame mince et examinée au microscope, pré- senta l'aspect reproduit par la figure 2. Ces grains de quartz fondus nous montrent identiquement la même chose que les plaques taillées dans la scorie et dans la fulgurite. Les caractères du quartz fondu s'y retrouvent nettement indiqués ; toutefois, comme la figure l'in- dique, et comme on le voit mieux encore à l'aide de l'appareil de polarisation, la vitrification ne fut point aussi avancée dans cette expérience que dans les cas dont nous avons parlé plus haut. Les grains de quartz, s'ils n'ont conservé que leurs contours primitifs, sont assez nettement isolés de la masse vitreuse où abondent de nouveau les bulles et les pores comme dans les cas précédents. Les plages vitreuses isotropes et dont la teinte passe quelquefois au brunâtre assez foncé, sont intercalées entre les grains de sable dont les lignes ter- minatrices peuvent encore se distinguer aisément à la lumière ordinaire ainsi que le montre la figure 2. Cer- taines parties de la scorie de Tongres, et la préparation, taillées dans la zone externe de la fulgurite où la chaleur n'a pas agi avec la même intensité, offrent également l'aspect que nous venons de décrire. Signalons enfin un dernier rapprochement avec ces MÉMOIRES. 41 produits de fusion du quartz. Grâce à l'obligeance de M. le professeur Zirkel, je pus les comparer avec les préparations de grès vitrifiés au contact des basaltes; il les a décrit dans son Manuel de pétrographie microsco- pique et je renvoie pour de plus amples détails à cet excellent livre (i). Comme la scorie de Tongres, ces grès ont une cassure prismatique; ils sont recouverts comme d'un émail qui se montre surtout lorsqu'on les étudie au microscope. Taillés en lames minces, ils appa- raissent formés de grains de quartz incolore, anguleux ou arrondis, crevassés et cimentés par une masse vitreuse monoréfringente, quelquefois presque incolore, d'autres fois brunâtre. Ce qui différencie cette substance amorphe du verre des préparations décrites plus haut, c'est qu'elle renferme des cristaux microscopiques dont la détermination laisse encore place au doute. Mais à part ce détail, on doit la rapprocher du verre que nous avons décrite : son mode de formation, ses propriétés optiques, sa couleur, sa structure fluidale bien accusée indiquent un mode de formation semblable. M. Zirkel fait remarquer, en outre, qu'elle est criblée d'un grand nombre de pores circulaires ou ellipsoïdaux à bords foncés, dont il explique la formation par l'ex- pansion de l'eau emprisonnée dans la roche au moment de la vitrification. Ces rapprochements nous montrent d'une manière évidente que les fragments vitrifiés, auxquels on croyait devoir attribuer une origine cosmique, ne sont autre chose qu'une masse sableuse en partie fondue. C'est dans le but d'établir la nature véritable de ces échantil- lons de Tongres, dont la trouvaille offrait quelques (\) Mikroskopische Beschaffenheil de Mineratien und Gesteine, p. -48s. 42 SOCIETE BELGE DE M1CROSCOPIE. points problématiques, que j'ai été amené à examiner au microscope divers produits naturels ou artificiels déri- vant de la fusion du quartz. La similitude parfaite des caractères microscopiques des préparations que nous avons étudiées amène à conclure que les modifications qui ont été décrites sont ducs essentiellement à la même cause. SIR LA STRUCTURE MICROSCOPIQUE KT LA COMPOSITION MIXER ALOGIQUE DE LA MÉTÉORITE DE TOUBIMES 'BRABANT) PAR A. Renard, S. Jt. -T--c-''>^v^«r v-'^ Les circonstances qui accompagnèrent la chute de la météorite de Tourinnes ont été décrites dans les Bulletins det 'Académie royale de Belgique ( 1 ) et dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences de France (2). Nous devons, en outre, à M. Haidinger quelques observations générales sur sa nature (5) et M. Pisani en a fait l'analyse (-4). Cette note a pour but de faire connaître sa structure et sa composition minéralo- gique, telles qu'on peut les établir par l'analyse micros- copique. Je fais précéder cette description micrographique de quelques détails sur les caractères que présentaient à l'œil nu ou à la loupe les fragments de la météorite de Tourinnes, dont nous avons fait tailler des lames minces. Ces fragments sont recouverts à l'extérieur de la croûte (1) Bull, de l'Ac. roy. de Bcly., i. XVI, p. 021, \mr>. (2) Comptes rendus, i. L VIII, p. 74, 1864. (5) Bull. Ac. de Belg., t. XVII, i8G4. p. 1.". (A) Comptes rendus de l'Ac ,t. LVIII, p. 1G9, 1864. SOCIETE BELGE L»E MICROSCOIME. noire de fusion, commune aux aérolithes du type auquel se rapporte celui de Tourinnes. Dans la cassure, la roche est cà grains assez fins, d'une cohérence moyenne, blanc grisâtre. Examinée à la loupe, on découvre dans la masse fondamentale un nombre considérable de petits globules, brun grisâtre ou gris pâle, qui mesurent en moyenne moins d'un millimètre de diamètre. On voit aussi briller dans la cassure des points jaunâtres à éclat métallique, qui sont de la pyrite magnétique et de la troïlite. Celle-ci est plus jaune que la première. Le fer nickelifère natif, quoique très fréquent dans cette météo- rite, est à peine reconnaissable dans les cassures; on l'observe mieux sur des surfaces polies. La composition minéralogique et la structure que donnent les globules ou chondres, dont nous venons de signaler la présence, range la météorite de Tourinnes parmi celles du type le plus commun : les Chondrites de G. Rose (olégosidres de Daubrée). On pourrait la rapprocher, à cause de la finesse des chondres, des météorites d'Utrecht, de Pegu ou de Gopalpur. L'examen macroscopique fait encore découvrir qu'autour des points métalliques s'étend une zone d'hy- drate de fer. Ces taches de rouille, assez nombreuses, tranchent sur le fond gris bleuâtre de la pierre; elles proviennent du fer nickelifère dont l'altération, comme l'a montré G. Rose, est en général très-rapide (1). Au microscope, on voit que la masse fondamentale est très peu cohérente, quelle est formée par l'agglomération (1) Il faut tenir compte toutet'i i> sur ce poinl observations de M. Damour (Comptes rendus, Mars is"7i. <.c savanl a montré que l'altération du fer nickelifère est retardée en raison de la teneur en nickel. MÉMOIRES. 43 de particules où dominent des grains de péridot non cimentés et à contours irréguliers. Ce peu de cohérence des éléments constitutifs rend le polissage de cette météorite difficile. Au milieu de ces granules, on distingue des éléments de dimensions un peu plus grandes, dont la présence prête à la roche une structure microporphyrique. Ces sections, toutes très-irrégulières, appartiennent aux minéraux suivants : le fer nickelifere, la pyrite magné- tique, la troïlite, l'enstatite et le péridot. D'autres sections plus ou moins circulaires sont des chondres entaillés; nous les décrirons plus loin. Disons un mot maintenant des caractères qui permettent de distinguer les espèces minérales que nous venons d enumérer. Le fer nickelifere se montre sous la forme de parti- cules échancrées, quelque peu celluleuses; elles se modèlent sur les sections qu'elles entourent. Les parties métalliques ont de 1 mm. à 0,5 mm. et se reconnaissent aisément à leur couleur gris d'acier en lumière réfléchie et à la zone jaunâtre d'hydrate de fer qui les entoure et déteint souvent sur les minéraux voisins. On observe encore des grains de fer métallique enclavés dans des chondres. Les petites sections opaques à reflet plus ou moins bronzé, doivent être considérées comme de la pyrite magnétique, d'autres qui possèdent aussi l'éclat métal- lique, mais dont la teinte est plus jaune, peuvent se rap- porter à la troïlite. Je désigne sous le nom d'enstatite (1) les sections ili on pourrait peut-être ranger avec l'espèce bronzite le minéral que je désigne sous le nom (TEnstalite. Lorsque la bronzite est taillée en lame mince, elle perd souvent sa coloration caractéristique et peut être con- fondue avec rEnstatitc. 4(5 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. grisâtres ou incolores qui se distinguent par leur struc- ture bacillaire ou fibreuse. On trouve plus souvent ce minéral formant des chondres qu'à l'état de plage plus ou moins rectangulaire. Il ne devient discernable que dès qu'il atteint des proportions assez grandes pour que sa structure intime se traduise nettement. C'est ainsi que je ne puis le distinguer dans la masse fondamentale où il se confond avec les granules microscopiques de péridot. Les grandes sections d'enstatite sont toutes plus ou moins arrondies ; je n'en ai jamais trouvé, qui eussent les lignes terminatrices cristallographiques bien pronon- cées. Elles sont fibreuses ou bacillaires; les fibres sont subdivisés en petits tronçons plus ou moins irréguliers ; cette subdivision est provoquée par des fissures orien- tées perpendiculairement aux fibres accolées. Les sec- tions d'enstatite s'éteignent entre niçois croisés perpen- diculairement et parallèlement à l'allongement des fibres. Ce minéral renferme souvent des particules métalliques enclavées; et une matière noire brunâtre tapisse les plans de séparation entre les lamelles. Peut- être cette substance est-elle de nature vitreuse. Le péridot, qui paraît beaucoup plus répandu que l'enstatite, s'offre sous la forme de grains microsco- piques et constitue essentiellement ce que je désignerais sous le nom de masse fondamentale. Ce minéral offre les caractères qu'il nous montre dans les rocbes pérido- tiques : surface des sections légèrement chagrinée, teintes vives à la lumière polarisée, etc. Quand les individus ont de plus grandes dimensions, on distingue des fendillements qui doivent répondre au clivage ocPx ; les extinctions sont celles du système rhombique. Toutefois on n'observe pas pour ce minéral les pheno- M KM (MUES. \~i mènes d'altération qu'il montre si souvent dans les roches terrestres où il entre comme partie essentielle. Il ne me semble pas que l'irrégularité des grains micros- copiques de péridot doive nécessairement être attribué à une trituration et qu'elle soit le résultat d'une action mécanique. J'ai vu dans des roches péridotiques cristal- lines, la Dunite, par exemple, ou la roche de St-Paul (Atlantique), que les petites sections péridotiques se présentaient avec des caractères identiques à ceux que nous découvrons dans la météorite de Tourinnes. Pas plus que l'enstatite, le péridot ne se montre avec des contours critallographiques. Il reste à parler maintenant des globules ou chondres; ils sont composés des deux silicates que nous venons de mentionner. Ces chondres montrent une structure assez variée; toutefois, nous pouvons les grouper en deux catégories : les globules constitués de prismes ou de fibres d'enstatite et ceux qui sont fournis par l'agglo- mération de granules de péridot. Les sphérules à ensla- tite peuvent être formées par un individu de cette espèce dont les contours sont arrondis. Les petites lamelles qui les composent sont alors parallèles ; l'individu miné- ralogiquc ne montre d'autre particularité que les con- tours, qui se rapprochent de la forme circulaire. Les deux sections représentées à droite de la fig. 3, peuvent être considérées comme se rangeant avec les globules d'enstatite que nous venons de signaler. Une seconde forme affectée par les chondres à enstatite est figurée par le dessin n" 1. Ils sont composés de petits prismes tronçonnés, orientés d'une manière irrégulière. Le haut de la figure 1 représente cette structure d'un globule de cette matière; la forme de l'ensemble n'est pas 48 SOCIETE BELGE MF. MICROSCOP1E. bien prononcée à cause des nombreuses fissures et dislocations produites par le polissage de la lame mince. Souvent aussi ces sphérules bacillaires ont une struc- ture radiée, excentrique, avec un ou plusieurs centres d'où part la radiation. Les chondres à enstatite peu- vent enfin se montrer sous la forme de sphérules radiés, excentriques, à structure plus fibreuse. Vers le haut de la figure 3 la section plus ou moins circulaire, avec disposition en éventail, reproduit un de ces chon- dres a fines lamelles. Les sphérules péridotiques sont granuleux. Cette structure permet de la distinguer des chondres à ensta- tite. Entre niçois croisés, l'extinction de ces plages cir- culaires est uniforme pour toute la section. Elles sont ordinairement bordées par une zone noirâtre où domi- nent des granules de fer nickelifère. On observe aux particules péridotiques de ces chondres les mêmes caractères physiques qu'aux granules qui constituent la masse fondamentale. La teinte des chondres à péridot est légèrement verdâtre, un peu plus foncée que celle des globules pyroxéniques décrits en premier lieu. Vers le bas de la figure 5 est représenté un de ces sphérules composé de granules d'olivine. Ces formes globulaires à enstatite ou péridotiques enclavent des particules de fer nickelifère et de pyrite magnétique. Je n'ai pas découvert de section que je pourrais interpréter comme se rapportant au feldspath, dont la présence semble indiquée par les résultats de l'analyse publiée par M. Pisani. Peut-être que l'élé- ment feldspathique est recelé en particules microsco- piques dans la masse fondamentale ou dans les sphé- rules. MEMOIRES. 49 On voit par ces détails micrographiques que ces sphérules ont tout à fait la constitution de ceux que G. Rose a montré être si fréquents dans les météorites et caractéristique pour celles auxquelles il a donné le nom de chondrites. On sait que ces sphérules de sili- cates sont exclusivement propres à ces roches extra- terrestres et qu'il n'est pas possible de les confondre avec les formes sphérulitiques des roches qui forment la croûte de notre globe. Ce sont les chondres à struc- ture fibreuse qui montrent surtout les différences qui existent entre ces formes globulaires et celles des roches vitreuses terrestres. Dans les perlites, par exemple, les obsidiennes, les pcchstein, les sphérules sont fibro- radiés ; dans les météorites, les chondres n'offrent pas cette structure, et pour le cas où les sphérules météori- tiques sont radiés, le point d'où part la radiation n'est pas au centre des globules. On remarque une seconde différence : c'est que les chondres ont la même constitu- tion minéralogique que la masse dans laquelle ils sont empâtés. Dans les roches terrestres à sphérules, au contraire, les sphérules se montrent au microscope autrement constitués que la pâte ou matière vitreuse qui les entoure. Pour expliquer la forme problématique des sphérules météoriques, on a admis généralement qu'elle devait être attribuée à une trituration. Elle se serait pro- duite lors de la projection des matières volcaniques incohérentes dont l'agglomération formerait les météorites d'aspect tuffacé, auxquelles se rapporte celle de Tou- rinnes. Un récent travail de MM. Makowsky et Tschermak (1) (1) Bericht ùber den Mctcoritcnfall bel Ticschit* in Mahrcn. Mém. de i'Acad. des se. de Vienne, vol. XXXIX, pp. 11 et \2. 50 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. jette toutefois quelque doute sur l'interprétation que nous venons de rappeler. Ces auteurs ont observé que des ehondres ont souvent à la surface des impressions concaves, à peu près comme celles que l'on voit Mil- les cailloux impressionnés. Ils signalent, en outre, que quelques-uns des sphérules de plus grandes dimen- sions offrent quelquefois, à la périphérie, des espèces d'excroissances arrondies assez allongées. Ces savants ont remarqué, de plus, que ces excroissances ont un rapport intime de structure avec les globules; leur texture microscopique montre que les bourrelets de la surface ne se sont pas simplement accolés à la périphérie des ehondres; ils en font essentiellement partie. Ces deux phénomènes ne sont pas en har- monie avec l'explication de la formation des ehon- dres; celte interprétation doit donc èire modifiée. « Les sphérules, ajoutent-ils, doivent à cause de la nature luffacéc des météorites qui les renferment, être consi- dérés comme résultant d'éruptions volcaniques ou d'ex- plosions, mais leur forme semblerait plutôt indiquer qu'ils étaient alors à l'état plastique et qu'on ne doit pas les envisager comme produits par la trituration de parti- cules solides. » • v f==sz*S-s->- EXPLICATION DE LV PLANCHE. Fig. 1. —Météorite de Tourinnes. — Vers le haut, chondre à enstatite décrits p. 47. A la partie inférieure de la figure, granules de péridot. Fie. 2. — Sable fondu. — Cette figure est à rapprocher des figures 4 et 5. Des contours de quelques grains de quartz non fondus sont visibles à la lumière ordinaire, comme le montre le dessin. Fig. 3. — Météorite de Tourinnes. — La masse fondamen- tale granuleuse est essentiellement composée de péridot. Les plages grisâtres bordées de noir, ou noires, sont du fer nickelifère; les taches jaunes proviennent de l'hydratation de ce métal. Le sphérule granulaire (vers le bas de la figure), est un chondre péridotique. Celui avec structure en éventail, composé de fines lamelles (vers le haut), est un sphérule à enstatite. Les deux plages bacillaires, plus ou moins arron- dies, qui se montrent à droite du dessin, doivent être rap- portées à l'enstatite. Les parties blanches de la figure sont des solutions de continuité dans la lame mince ; elles furent produites lors du polissage. Fig. 4. — Scorie quartzeuse. — Ce dessin montre l'ana- logie qui existe entre la microstructure de ce produit de fusion du quartz et celle de la zone émaillée des fulguritcs. Fig. 5. — Fulgurile de Starczynow. — La préparation représentée fut taillée dans la zone vitrifiée interne du tube. On remarque dans la masse vitrifiée, qui constitue presque toute la plage, l'abondance des pores et des indices de struc- ture iluidale marqués par letirement des parties colorées par un pigment brunâtre. SUR LES PRODUITS DK DÉCOMPOSITION DES BRONZES ANTIQUES PAR 1W. Prinz. — Séance du 25 septembre 1879. 11 y a quel([ue temps, j'ai eu l'occasion d'examiner la belle collection d'antiquités provenant de l'ancien royaume de Quito, rapportées de la république de l'Equateur par M. Emile de Ville, consul belge à Quito. Cette collection se compose de poteries, d'ornements et d'armes en pierre et en bronze (1). En parcourant cette collection, j'ai été frappé de la diversité des produits de décomposition auxquels le bronze avait donné naissance, ainsi que de leur épaisseur sur certains objets. Grâce à l'emploi du microscope et des lames minces, j'ai pu remarquer dans quelques-uns de ces produits, des détails de structure non encore signalés. Leur description fait l'objet de la notice que j'ai l'honneur de remettre à la Société. Quoique depuis Sage, qui découvrit en 1779 des (I) Tous ces objets se trouvent actuellement dans une dépendance du Musée d'armures el d'antiquités; ils ont été donnés à l'Etat Belge par M. E. de Ville SOCIETE BELGE DE M1CROSCOPIE. cristaux de cuprite sur des bronzes antiques, bien des savants se soient occupé de cette question, j'ai pensé pouvoir rappeler utilement leurs observations sur la formation des produits de décomposition du bronze ; en effet, ces théories ont été à leur tour appliquées à la formation des mêmes minéraux dans la nature. Par l'étude des objets examinés, j'ai reconnu la présence de quatre substances minérales principales, provenant du bronze lui-même, ou dérivant les unes des autres par pseudomorphose. Ce sont, en allant de l'in- térieur à l'extérieur : la cuprite, la malachite et l'azurite. Quant au quatrième minéral, l'atacamite, je ne l'ai trouvé que sur les bracelets recueillis dans un tombeau à Inga Pirca (province de Cuenca) (1). Je décrirai d'abord en détail ces différentes substances et je rappellerai les théories émises sur le mode de formation de chacune d'elles. Cuprite. — Ce minéral se trouve à la surface du métal ou dans son intérieur, il semble le ronuer comme le ferait la rouille. Lorsqu'il est abondant, il a l'aspect d'une masse spongieuse, cassante, de couleur rouge carmin à éclat métallique et offrant une infinité de points brillants. La poudre examinée au microscope est transpa- rente, de couleur cochenille et sans action sur la lumière polarisée. Quelquefois le minéral examiné par transpa- rence offre une teinte brun-jaunâtre et polarise la lumière, indice probable de la présence de l'oxyde de cuivre (ténorite), donf j'ai rencontré quelques lamelles sur la malachite (fig. 6-fl). Les réactions par voie sèche cl humide indiquent un oxyde de cuivre. Vu au microscope, le minéral a une (I) Les haches proviennenl de rouilles faites a Azogues (Cuenca). MÉMOIRES. 5o structure cristalline, et paraît composé le plus souvent d'une quantité de cristaux microscopiques, opaques ou translucides sur les bords, de forme octaédrique ; leurs dimensions varient entre 0,1 et 0,0G m. m. en moyenne. J'ai aussi remarqué les formes composées suivantes : combinaison de l'octaèdre du cube et du rhombododé- eaèdre, avec l'octaèdre comme forme dominante (fig. 1); combinaison de l'octaèdre et du rbombododécaèdre avec ce dernier comme forme dominante (fig. 2); enfin, groupes présentant la combinaison de l'octaèdre et du cube avec développement égal des faces, ce qui, à première vue, fait croire à la présence de cristaux hexa- gonaux (fig. 5). Rome de l'isle (1) avait remarqué que tous les cristaux de cuprite découverts dans une statue en bronze trouvée à Lyon, affectaient la forme cubique ; mes recherches ne m'ont fait découvrir ni cette forme ni les tétraèdres signalés par Born. R. de l'isle considérait cette dernière forme comme des cubes fort engagés et ne laissant appa- raître qu'un de leurs angles, ce qui est très-probable, le tétraèdre n'ayant pas encore été rencontré dans la cuprite naturelle. Voyons maintenant quel a pu être le mode de forma- tion de ce minéral. Malheureusement je n'ai que fort peu de renseignements sur la nature du sol et l'état des tombeaux où les objets se sont trouvés. Ordinairement, les armes sont déposées à côté du cadavre sur le sol de la chambre funéraire creusée dans un terrain qui est souvent de nature volcanique. Le peu que j'ai pu recueil- lir de sable sur les haches, est de couleur jaunâtre, et composé en grande partie de fragments quartzeux ou (l) Cristallographie III, p. 332. — 1783. 56 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. feldspathiques. Je n'ai pas trouvé de sels solubles dans l'eau. On avait généralement admis que les agents destruc- teurs du bronze étaient l'oxygène et les eaux chargées d'acide carbonique qui auraient donné directement nais- sance aux oxydes de cuivre (cupritc et melaconite) et aux carbonates (malachite et azurite). Ce qui avait surtout fait prévaloir cette hypothèse, c'est la remarquable asso- ciation de la cuprite avec la malachite dans la nature et la transformation fréquente de la première de ces subs- tances en la seconde. On voyait de là dans le protoxyde (cuprite) la première phase de l'oxydation et dans les carbonates (malachite, azurite) on en croyait voir la der- nière. Davy (1) et plus récemment G. Rose (2) soutinrent aussi la théorie de l'oxydation. Ce dernier se fondait surtout sur les associations remarquables de cuivre natif, cuprite et carbonates de cuivre, superposés dans l'ordre que je viens d'indiquer et qu'il avait observées dans les mines de l'Oural. Plusieurs savants ont combattu la théorie de l'oxyda- tion en prouvant que souvent l'on rencontre de la mala- chite sur les bronzes antiques, sanscouche intermédiaire de cuprite (5). D'autre fois, comme le décrit Fellcnbcrg, de deux objets trouvés dans un même tombeau, l'un est complètement transformé en cuprite et l'autre en est presque privé, alors que tous deux offrent la même quantité de carbonate. Donc, il n'y a pas de relation entre les conditions de genèse de ces deux minéraux. (1) Froricps Notizen, XIII, p 183. — )826. (2) \>- la réduction par les métaux, lu seule applicable aux bronzes. 59 Cette expérience, on le voit, est décisive, et, comme le t'ait très bien remarquer M. Wibel : r là formation de cristaux de cuivre parait être le critérium de la vertu cette explication. » Plus loin, pour lever tou> les Joutes, il énumère toute la série de transformations que le bronze a dû subir pour produire la cuprite. v us Yi lion des taux plus ou moins chargées d'acide nique et de sels, la surface du bronze se transforme en une couche de car- bonate peu soluble. Les eaux traversent cette i poreuse, attaquent le met forment a lui une solu- f sysel de cuivre, dont une partie pénètre au del - ar diffusion. La solution intérieur! - saturant ai-us de plus en plus, bob; se. trouve j s les éditions de l'expérience de Bucholi. Si les eaux sont temenf chargées, les soin; - seront h - neenti es et il se d< - ra du cuivre métallique: si le contraire a lieu comme dans la plupart des as), la - lution ne produira qu'un dépôt de cupril 1 nation du dé] rodante dans les - isées par les eaux dans le métal, les solutions y étant plus et y trouvant le repos 1 — . la cristallisation. Q 'a marche j - ssive de la position, elle s'explique par l'écha gi mtinueJ dune partie de la solution èpuis ntre le liquide saturé venant de l'extérieur. Si l'absence d acide carbonique ou d'au: s ditions, empèchenl la formation de l'enveloppe diffi- cilemenl soluble. le pi ssus a lieu a la surface même du métal. Mais lorsque les solutions se renouvellent rapidement, p. v.mple - irante, s de saturation et de tranquillité man- quent, et le phénomène ne s il pas On comprend 60 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. maintenant comment les objets d'un même tombeau contiennent des quantités si différentes de cuprite avec une même teneur en malachite. » J'ai trouvé dans les produits de décomposition des bronzes équaloriens, une preuve certaine de la théorie de la réduction. A l'aide des lames minces que j'ai réussi à tailler, malgré les difficultés sans nombre résultant de la petitesse des échantillons et de leur fragilité, il m'a été passible de suivre la marche des différentes actions chimiques agissant sur le métal. Une des haches en bronze portant des traces évi- dentes d'un long séjour dans un endroit très humide, reposait à plat sur le sol. L'œil de la hache formait ainsi un véritable récipient à parois métalliques (I), et la terre qui lui servait de fond empêchait les eaux de s'é- couler trop rapidement. Cette situation avait dû fa- voriser la décomposition. En effet, la cavité était presque complètement obstruée par une croûte de mala- chite terreuse d'une épaisseur de 5""" et plus, sous laquelle se trouvait une couche de cuprite cristallisée de 7> à i""\ Les eaux charriant des fragments sableux (grains de quartz et de feldspath, etc.) déterminèrent dans cette cavité la formation d'une couche de carbonate, où les substances étrangères furent englobées. Il se forma au-dessous de la malachite un dépôt abondant de pro- toxyde de cuivre. Les eaux qui ont agi sur les bronzes de la collec- tion de Ville ne devaient pas cire fort chargées, car, malgré toutes mes recherches, je n'ai pu constater la (I) L'œil de ces haches ne se trouve pas dans une direction parallèle au tranchant, mais perpendiculairement à celui-ci. Elles ressemblaient donc à la houe qu'emploient les cultivateurs HÉMOIRES. 61 présence de cuivre natif. Les grains irréguliers de cou- leur roussâtre qui se trouvent quelquefois au milieu de la cuprite me semblent plutôt appartenir au bronze lui-même. Malachite. — Ce minéral est représenté par deux variétés. La première, que je nommerai malachite ter- reuse à cause de son aspect et de sa friabilité, est assez abondante, sa couleur est d'un vert émeraude clair. Taillée en lame mince, elle paraît plus jaune que la seconde variété, mais elle est plus transparente que cette dernière. On aperçoit alors les grains de sable et autres substances étrangères emprisonnées lors de sa forma- tion (fig. 12). Au chalumeau, elle donne les réactions de la malachite naturelle et dégage de l'eau dans le tube. Elle se dissout facilement dans les acides avec une forte effervescence et en abandonnant un résidu de sable et de grains translucides d'un vert sale. Ces grains ne sont autre chose que l'oxyde d'étain que l'on peut facilement réduire en un globule métallique à l'aide du chalumeau, en opérant sur le charbon avec la soude. Je ne reviendrai pas sur mes explications touchant l'origine de ce carbonate formé en premier lieu ; j'ajou- terai seulement que c'est la malachite terreuse que l'on rencontre le plus fréquemment sur les objets en bronze enfouis dans le sol et immédiatement en contact avec lui. J'ai donné à la seconde variété le nom de malachite tibro-cristalline. Elle diffère totalement de la malachite terreuse par son aspect et surtout par son origine. On la trouve dans les cavités de la cuprite, qu'elle recouvre d'un enduit réniforme. Le plus souvent, elle a la forme de petits mamelons hémisphériques d'un 6-2 SOCIÉTÉ BELGE l»E MICROSCOP1E. beau vert émeraude clair ou très foncé, répandus spora- diquement à la surface des objets en bronze. Ils ont souvent une forme allongée ou vermiculaire , leurs dimensions varient entre 0,5 et 3 ,l,m en moyenne. La fig. 7 représente un de ces nodules vu sous un faible grossissement. Leur surface est lisse et comme polie, on y remarque souvent des zones foncées ; leur dureté est beaucoup plus grande que celle de la variété terreuse et leur adhésion au bronze beaucoup plus intime. Au chalumeau les réactions sont les mêmes que celles de la variété terreuse; mais la dissolution dans les acides ne donne aucun résidu de sable et d'oxyde d'étain. Je don- nerai plus loin la raison de cette différence. Les nodules représentés tig. 8 et 9 sont également hémisphériques, mais leur surface plane est tournée vers l'extérieur. Ils sont ordinairement composés de deux ou plusieurs petits nodules soudés ensemble, offrant une sur- face extrêmement polie. En se développant, ils rencon- trèrent sans doute un corps à surface polie (grain de quartz ou de feldspath! qui, tout en limitant leur épais- seur, leur permit de croître en largeur: plus tard, l'obstacle venant à disparaître, leur surface plane devint visible. Ces exemplaires nous montrent très nettement des zones concentriques analogues à celles que l'on remarque sur les échantillons polis de malachite natu- relle; et comme celle-ci, leur structure est tibro-rayon- née ; on le constate par le moyen de la cassure dans le sens des fibres. Ces différents détails de structures se montrent beaucoup plus nettement lorsqu'on réduit en lame mince un nodule de forme extérieure quelconque (fig. 10 et 11); cependant la finesse des fibres est telle qu'on ne les aperçoit qu'avec de forts grossissements MÉMOIRES. 63 ^1200 diam.) et en employanl une lumière convenable- ment diaphragmée. Entre niçois croisés, si lapréparation est suffisamment transparente, chaque nodule montre une cro ix noire el le reste de la substance accuse une forte biré- fringence. Malgré mes recherches, je n'ai pu trouver des cristaux de malachite, quelquefois cependant les mame- lons sont couverts de fines aiguilles cristallines transpa- rentes, de couleur vert émeraude. Voyons maintenant quel a pu être le mode de forma- tion de la malachite cristalline et, pour nous guider, examinons d'abord comment les différents auteurs expli- quent sa formation dans la nature. G. Rose (I) a démontré (pie le cuivre natif donne naissance en premier lieu à la cuprite, puis que celle-ci se transforme en ma- lachite ; il pense même que le cuivre ne peut donner naissance à la malachite qu'en se transformant d'abord en cuprite. Blum émet la même manière de voir. Bis- chof (2) dit que la malachite parait s'être surtout formée par L'action du bicarbonate de chaux sur le sulfate de cuivre provenant de l'oxydation des sulfures. Contrairement à l'opinion de G. Rose et deHaussmann, d'autres auteurs pensent que le carbonate peut provenir directement du métal. M. Reuss (5) ayant examiné des bronzes trouvés à Sobénie, les trouva recouverts d'une ou deux couches de malachite. La couche inférieure était si intimement liée au métal, qu'il fut difficile de l'en arracher. Là où il y avait deux couches de carbonate, c'est la couche supérieure qui était la plus épaisse; elles se séparaient facilement l'une de l'autre. M. Reuss croit (1) Loc. cit. (2) Chemisette und Physikalischc Géologie, lit, 785. (3) Loc. cit. 6'* SOCIETE BELGE DE MICROSCOP1E. qu'elles sont dues à ses formations successives issues directement du métal. Il a quelquefois trouvé une fine couche d'oxyde de cuivre (Cu 0) séparant la mala- chite du métal; la cuprite manquait le plus souvent. Il observa aussi la malachite cristalline sous forme d'ex- croissances noduleuses de 2 à 5 lignes de hauteur, elles traversaient la couche supérieure pour s'épanouir à la surface de celle-ci. Cette malachite différait de la variété terreuse par son éclat gras, sa couleur émeraude foncé et sa texture homogène. La structure fibreuse, si commune dans la malachite naturelle, manquait. D'après M. Rcuss, les particules de malachite terreuse, entraî- nées par les eaux, auraient donné naissance à la mala- chite cristalline et à l'azurite. Becquerel, Senarmont, II. Rose et d'autres ont repro- duit artificiellement la malachite, soit par des actions électriques lentes, soit par décomposition chimique. H. Rose (1) l'a obtenue en mélangeant des solutions de sulfate de cuivre et de carbonate de soude dans l'eau froide. 1! se forma un précipité volumineux de couleur bleue, après trente heures il était devenu plus dense et de couleur verte. Sa composition ne différait pas de celle de la malachite naturelle. Celte expérience, ne saurait être appliquée aux deux variétés de malachite. On a vu, en effet, que la mala- chite terreuse est produite directement par le métal sous l'influence de l'acide carbonique. Mais la malachite cris- talline est si différente d'aspect et de structure, que cette interprétation n'a aucune valeur pour elle. On doit donc admettre, pour cette variété, l'explica- tion de M. G. Rose et considérer la malachite cristalline (I) PoQijcndorf's Annakn, LXXXIV, p. ICC et suiv. MÉMOIRES. 65 comme produite par la pseudomorphose de la cuprite. J'ai toujours rencontré dans le cours de mes recherches des preuves de cette transformation. En voici quelques- unes. Souvent quand on brise la malachite cristal- line on retrouve à l'intérieur un ou plusieurs noyaux globulaires de cuprite (fig. 5) bien reconnaissantes à l'éclat métallique à reflet carminé. Quelquefois la malachite retrace vaguement les contours du cristal primitif de cuprite (fig. 4). Ce cas est cependant plus rare que le précédent. Mais la preuve la plus certaine de la pseudo- morphose nous est fournie par l'examen des lames min- ces de cuprite. Une de ces préparations représentée fig. G montre très bien la marche de la transformation. Cette lame a été taillée dans un fragment géodique de cuprite recouvert de malachite. On remarque que la cuprite est attaquée de l'extérieur à l'intérieur et que là décomposi- tion s'effectue sous forme de fibres vertes plus foncées à leur extrémité, rongeant la cuprite et convergeant vers un même centre. Le résultat de cette décomposition est une structure mamelonnée à zones concentriques. Un de ces mamelons fortement grossi (fig. 18) nous montre les zones plus ou moins foncées, au centre, on voit un noyau de cuprite non décomposée, que de rares fila- ments relient seuls au reste du protoxyde. Si l'on se reporte maintenant aux fig. 8 et 9, on voit de suite une analogie profonde entre la structure de ces nodules à surface plane et celle que je viens de décrire. Dans l'échantillon représenté fig. 9, chaque noyau de cuprite, resté intact, est entouré d'une zone concentrique de malachite vert foncé ; toutes ces zones sont entourées d'une bande d'un vert plus pale. Le nodule double de la fig. 8 ne contient plus de noyaux métalliques; mais le 5 613 SOCIÉTÉ BELGE DE MICBOSCOP1E. centre foncé est conservé et on retrouve encore des traces decuprite à la base. On observe encore un reste de struc- ture zonaire avec noyaux de cuprite dans le nodule hémisphérique de la fig. 7. Enfin, les fig. 10 et 11 montrent les dernières phases de la décomposition. Ici la cuprite a disparu et l'identité s'est établie entre le carbonate vert et la malachite de la nature, dont celui-ci a revêtu tous les caractères. Cette pseudomorphose de cuprite en malachite n'est pas un fait isolé, j'en ai souvent rencontré les traces sur la malachite cristalline prise sur des objets différents ; seulement le phénomène présentait un aspect varié sui- vant les conditions qui présidèrent à la transformation. Bien des fois j'ai constaté l'absence de la couche exté- rieure de malachite terreuse recouvrant la cuprite et l'adhérence directe au métal de beaucoup de nodules cristallins; d'autres, au contraire, en étaient séparés par une couche de protoxyde plus ou moins épaisse. Le nodule fig. 10 se trouve dans le premier cas et celui de la fig. 11 dans le second; ils ont été détachés, à peu de distance, de la même hache, on ne saurait, par consé- quent, leur assigner un mode différent de formation. Si, dans les bronzes examinés par M. Reuss, on con- sidère la couche supérieure de malachite terreuse comme ayant la même origine que celle indiquée plus haut, on pourrait peut-être expliquer l'absence, presque complète, de cuprite par sa transformation totale en malachite (1), sauf une faible partie qui se serait pseudomorphisée en (1) Les bronzes de Sobénic ayant sans doute clé soumis à des agents de décomposition fort intenses, doivent cire beaucoup plus altérés que ceux de la collection de Ville, car ils sont beaucoup plus anciens que ceux-ci (celtiques). MEMOIRES. 07 oxyde de cuivre (mélaconite) comme cela se voit dans la nature. Un autre fait à l'appui de cette manière de voir, est l'absence d'oxyde d'étain. En effet, la cu- prite, provenant d'une solution exempte d'oxyde d'étain, ne saurait en contenir, et l'absence de cet oxyde dans la malachite cristalline est une conséquence de l'origine de celle-ci (1). La constance de ce fait, remarqué aussi par M. Reuss, m'a été démontrée par de nombreux essais. La plus grande quantité d'oxyde d'étain trouvée par moi ressortait en taches blanchâtres sur une hache qui, for- tement attaquée, offrait un dépôt abondant de cuprite. J'ai examiné plusieurs objets antiques du Musée des armures, ils m'ont presque partout montré la cuprite au-dessous de la malachite terreuse. Par contre, la mala- chite en nodules critallins manquait. M. Renard, pour- tant, en a vu, m'a-t-il dit, au Musée de Kensington sur les bronzes rapportés de l'ancienne Troie, par le docteur Schliemann. Comme les objets sont, le plus souvent, enfouis dans le sol, c'est surtout le carbonate terreux qui se forme; il englobe les corps étrangers avoisinants, et constitue avec eux une masse à l'aspect terne et inégal. Le séjour du métal dans l'eau courante rend impossible la forma- tion de solutions cuivriques et, par conséquent, de la cuprite ; le métal s'y recouvre d'une couche de carbo- (1) M. Daubréc a remarqué un fait analogue sur les objets recueillis à Bourbonne-les-Bains. Des médailles étaient recouvertes d'une couche blanchâtre, terreuse, consistant en oxyde d'étain faiblement coloré en vert par des traces de sels cuivreux. « 11 s'est donc produit dans ces pièces un véritable départ en raison de la différence des affinités chi- miques des métaux qui les composaient. Le cuivre est entré dans les combinaisons sulfurées tandis que l'étain s'y est refusé et a passé à l'élat d'oxyde (Géoloyie expérimentale, 1, p. 83, 1879). 68 SOCIÉTÉ BELGE DE MICIiOSCOPlE. natc excessivement luisante. Cette couche, d'un beau vert foncé, constitue la véritable patine antique (serugo nobilis des anciens), si estimée des amateurs, et que Ton reproduit maintenant artificiellement (I). Enfin, si le métal se trouve à la surface d'un terrain humide et sous faction d'un liquide se renouvelant très lente- ment, ces conditions favoriseront la production de la cuprite et sa transformation en malachite cristalline. C'était l'état antérieur des objets de la collection de Ville. Ils ont été recueillis dans des tombeaux creusés dans le sol, où l'air ne se renouvelait que difficilement; mais où l'eau pénétrait par infiltration lors des grandes pluies. L'eau, ainsi que l'air humide, ont pu exercer leur action, sans qu'un obstacle matériel empêchât le déve- loppement des produits de décomposition auxquels les agents atmosphériques donnaient naissance. Azurite. — J'ai toujours trouvé l'azurite a la surface de la malachite terreuse (2). La plus grande quantité que j'ai rencontrée s'était développée dans l'œil de la hache dont j'ai parlé plus haut. Elle a la forme de mamelons de 1 à 2 mm. de diamètre, d'un beau bleu d'azur, dont (1) La nature du sol a nécessairement une grande influence sur la nature et la couleur des dépôts. Becquerel (toc. rit.) cite quelques exem- ples. Dans les terrains volcaniques, la patine est vert émeraude et est formée par un sous-chlorure de cuivre qui domine. Dans le royaume de Naples, loin du Vésuve, elle est bleue, c'est le carbonate, dans les marais Pontin, jaune, du côté d'Agrigcnte, blanchâtre, etc. (2) En polissant une t'acc d'un fragment où se trouvaient réunis la cuprite, la malachite et l'azurite, je fus étonné de voir une seconde plage d'azurile, presque contre la cupritc(fig. 1G-W. Ce ne fut qu'en usant l'autre face que je vis que l'azurite parlait d'un point de la surface non loin du premier nodule (fig. \îi-a) suivait une tissure qui venait aboutir contre la cuprite. L'examen de la section achevée et passant par les deux traits noirs fig 16) aurait pu faire croire à une pseudomorphose directe de la cuprite en azurite. MÉMOIRES. 69 la structure est ordinairement terreuse, rarement cris- talline. Quelquefois l'intérieur du nodule est creux et se montre hérissé de petites aiguilles. Lorsqu'on trouve l'azurite à la surface de la malachite cristalline, elle n'y forme qu'un enduit. Ses caractères chimiques et ceux de la malachite ter- reuse sont les mêmes. Son traitement par les acides laisse le même résidu composé de grains sahleux et d'oxyde d'étain. Réduite en lame mince, l'azurite nous offre la même structure que la malachite terreuse, on y retrouve les mêmes impuretés consistant surtout en grains de quartz (tig. 12). Si le dedans du fragment est creux, il est en forme de véritable géode microscopique dont l'in- térieur est tapissé de petits cristaux transparents bleu pâle, groupés en éventail ou montrant la structure fibro- radiée si commune à l'azurite naturelle (1). Lors de l'ap- plication du verre couvreur sur une de mes préparations, un cristal assez grand (0,015""") se détacha, et nageant au centre de la petite cavité, me permit de le dessiner et de mesurer ses angles (tig. 15 et 14). 11 appartient à une forme simple que l'on rencontre quelquefois à Rhein- breitbach ou dans le Ranat. Les faces observées sont /; fi' et m. La mesure de l'angle plan m h' donne 140° (d'après Descloizeaux 139,46). Étant donnée la petitesse des cristaux, on peut considérer la concordance comme parfaite. Tous ces caractères nous prouvent donc bien l'identité de ce carbonate avec l'azurite de la nature. On a cherché pendant longtemps à reproduire artifi- ciellement l'azurite afin d'établir son mode de formation (1) L'azurite cristallisée avait déjà été observée par Chevfeul sur des statuettes égyptiennes en bronze, trouvées au Serapeum, mais il n'a pas décrit leur forme (Comptes rendus, 1856, 2« sem., pp. 733 et 98»). 70 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. et on avait cru voir d'abord le minéral cherché dans le précipité bleu qui précède la formation de la malachite artificielle (voir p. 64); mais comme on l'a vu plus haut, la couleur de ce produit n'est pas stable. Debray (1) avait essayé de changer la malachite en azurite, en la sou- mettant à l'action de l'acide carbonique sous pression, le résultat fut négatif. 11 obtint enfin le minéral en ver- sant de l'eau sur de la craie et de l'azotate de cuivre placés dans un tube soudé à la lampe. Il se forma d'abord un enduit vert qui était un azotate basique, de celui-ci sortirent des excroissances cristallines d'azurite. Dans le tube, l'acide carbonique développé avait une pression de 5 à -i alm. Cette expérience n'était cependant pas très concluante et la formation du minéral dans la nature restait encore un mystère. Le professeur Wibel (2), en faisant des recherches sur l'azurite pour trouver la raison des différences entre les résultats de l'analyse et les for- mules calculées, fut amené à faire l'expérience suivante : avant versé une solution de sulfate de cuivre dans un tube de verre contenant des fragments de marbre, il ferma le tube au chalumeau et le maintint longtemps à une température de 150° à 190° ; au bout de 2-4 heures environ de chauffage, le marbre était recouvert d'un enduit d'un beau vert et le liquide s'était décoloré. Croyant que le minéral obtenu était la malachite qu'il avait déjà souvent préparée, il abandonna le tube sans l'ouvrir. Mais huit jours après il constata la présence de petiis cristaux de gypse qui continuèrent à croître. En même temps l'eau disparaissait et il se forma de petits globules bleus cristallin s qui s'agran (Tirent jusqu'à former (I) Jahresber. f. Chou., 1859, p. 21 i et suiv. (-2) N. J. f. Min., 1S73, p. 245. MÉMOIRES. Il en certains points une couche compacte. Après neuf mois, le tube fut ouvert : il n'y avait pas de pression à l'intérieur. On soumit le minéral bleu à des essais et on reconnut que c'était un carbonate de cuivre. On peut résumer cette expérience de la façon sui- vante : l'azurite prend naissance de la malachite lorsqu'on enlève à cette dernière i molécule d'eau et qu'on y ajoute 1 molécule d'acide carbonique, ce qui arrive quand elle se trouve en présence d'acide carbonique sous pres- sion et d'une substance avide d'eau. 3 malachite = 6 Cu + 3 CCM + 3 Aq. (Cu C03+ H* Cu 0*) + 1 C02 — 1 Aq. 2 azurite = 6 Cu + 4 CO + 2 Aq. (2 CuCQs-f-HsCuOs) Dans ce cus-ci, la substance avide d'eau est le sulfate de chaux qui, se trouvant d'abord à l'état d'anhydrite, absorbe toute l'eau du tube pour se transformer en gypse et finalement en emprunte à la malachite sur la- quelle agit aussi l'acide carbonique libre. Cette expérience nous montre donc la possibilité de la transformation de la malachite en azurite, alors que la pseudomorphose inverse seule était généralement connue. L'examen fait par M. Wibel d'échantillons de Kolywan, Chessy, Saalfeld, etc., ne lui laisse aucun doute à cet égard et leur étude lui a prouvé que l'azu- rite était bien de seconde formation. Si on n'a pas trouvé de cristaux de malachite transformés en azurite, cela tient, suivant cet auteur, à l'excessive rareté des cristaux de carbonate vert. D'après M. Wibel, si le minéral bleu trouvé quelque- fois sur les bronzes antiques est bien de môme com- 1-2 SOCIÉTÉ BELGE DE MICR0SC0P1E. position que l'azurite, sa formation ne peut guère être expliquée par le procédé qu'il décrit et qui ne s'ap- plique convenablement, selon lui, qu'au minéral de la nature. L'examen au microscope m'a montré que l'azurite des bronzes équatoriens doit cependant être considérée comme une pseudomorphose de la malachite. En effet, la masse verte se fond insensiblement en une substance bleue plus ou moins foncée, de même structure qu'elle et contenant encore les débris sableux de toute nature propres à la malachite terreuse. La transformation est quelquefois arrêtée par une zone de cupritc non décom- posée (1); elle se continue alors sur les deux côtés de l'obstacle, ou même le pénètre s'il présente des solu- tions de continuité. L'azurite présente encore souvent des plages vertes non transformées (fig. 12 et 15). Les essais m'ont dénoté la présence des grains d'oxyde d'étain réductibles au chalumeau. M. Reuss a également observé l'azurite finement grenue, associée à la malachite, sur les bronzes de Sobénic ; mais les rapports des deux carbonates étant excessivement variés, il ne put se prononcer sur son origine. Se fondant sur les travaux antérieurs, il pense que l'azurite s'est déposée en premier lieu et s'est insen- siblement pseudomorphisée en malachite. Je crois avoir établi que pour les bronzes équatoriens ce cas ne saurait être admis, pas plus que la pseudomorphose directe, (I) Il ne faut pas confondre la cupritc avec le minéral rouge-brun à la lumière transmise qui forme la sépara lion entre la malachite et l'azurite naturelle dans les pseudomorphoses inverses de celle décrite icifGEiMTZ, N. J. /. Min., 1X76, p. t8!). La cupritc est ordinairement opaque et sa surface rugueuse a des reflets métalliques carminés à la lumière réflé- chie. MEMOIRES. 73 observée parfois dans la nature, de la cuprite en azurite, puis de l'azurite en malachite. Sillem cite même un spé- cimen composé de deux cristaux de cuprite accolés, dont certaines faces sont transformées les unes en azu- rite et les autres en malachite (1). Si l'azurite se rencontre surtout sur la malachite ter- reuse, la cause en est sans doute dans sa porosité, qui la rend plus attaquable aux agents chimiques que h» variété cristalline. Après avoir pris connaissance du travail de M. Wibel, j'ai été amené à rechercher la présence du sulfate de chaux dans le carbonate terreux. En conséquence, j'ai dissous la malachite dans un acide, et la solution, traitée par l'eau de baryte, a effectivement donné un précipité faible, mais appréciable, de sulfate de chaux. Cet essai m'a donné une indication sur la nature probable d'un minéral, formé de fibres cristallines, qui s'est développé dans les cavités de la malachite cristalline. Ce minéral, représenté fig. G et 18, est d'un blanc verdâtre sale, sa forme est celle d'un éventail fermé. Il se présente ausi sous l'aspect de petites houppes soyeuses, formées d'aiguilles très délicates. Ce minéral était en trop petite quantité pour me permettre un essai; de plus, jamais je n'ai aperçu de forme cristallisée. Quel- ques-uns de ces bâtonnets soumis à l'acide chlorhydriquc étendu se dissolvent insensiblement et sans effervescence; ce caractère ne permet pas de les rapporter à la barytine, qui est insoluble. M. Renard a bien voulu les examiner au point de vue optique, il ne leur a pas trouvé les caractères du gypse, quoiqu'ils polarisent fortement la lumière. Une de ces petites houppes, détachée d'un (!) y J.f. Min., 1851, p. 386. 74 SOCIKIÉ liELGE DE MICROSCUI'IE. cristal de cuprite intact où elle s'était développée, a laissé échapper, lors du traitement par l'acide, quelques bulles indiquant la présence d'un carbonate. Le minéral serait donc un mélange de gypse et de plusieurs carbonates, connu sous le nom de malachite calcifère (gypsmalachit), et affectant la forme de concré- tions ou enduits fibro-rayonnés. Des petits fragments détachés d'un échantillon de Rheinbreitbach, sont de couleur vert très pâle, traités par l'acide, ils se dissol- vent lentement, en dégageant quelques bulles, comme les petits cristaux décrits plus haut, et dont je ne donne la détermination que sous toutes réserves. Je n'ai pu reconnaître, comme M. Wibel, l'action de cette faible quantité de sulfate de chaux sur la mala- chite. Son expérience a été faite dans des conditions différentes il est vrai ; mais il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'a duré que des mois, alors que les bronzes séjournent dans la terre pendant des siècles. Le temps peut bien avoir opéré, à température et pression ordinaires, des réactions produites par le chimiste en peu de mois, avec le concours de la chaleur et de la pression. Alucamitc. — Je ne dirai que peu de mots de ce mi- néral, car il ne présente rien de saillant comme aspect et comme formation. Je ne l'ai trouvé que sur les bra- celets sur lesquels il forme une croûte terreuse de 1 à 2 mm. d'épaisseur, de couleur vert émeraude, plus ou moins foncé. Au chalumeau, dans la pince de platine, ii colore fortement la flamme en bleu, cl se dissout dans l'acide azotique sans effervescence. La solution donne avec l'azotate d'argent un précépité de chlorure. I! adhère faiblement au métal et il est très friable. Je MÉMOIRES. 78 n'ai pas rencontré de cristaux (1), et la cuprite manque le plus souvent. L'atacamite contient quelquefois du carbonate, qui est d'origine secondaire et provient du chlorure, par le remplacement de l'acide carbonique par l'acide chlorbydrique. Atacamite 2 CuO + C1H H- HO = HWCIO 3 Malachite 2 CuO + CO 2 + HO = CirCO'HO. Ces bracelets sont restés attachés aux momies, ainsi que le prouvent les cheveux et les fragments d'étoffe que j'ai retrouvés sous la couche de chlorure, et dont la présence s'explique par la position que l'on donnait aux cadavres. Ils sont ordinairement accroupis, les genoux ramenés sous le menton et les mains reposant sur les épaules. La momie est enveloppée d'une toile grossière, qu'une corde maintient autour du cou, amenant ainsi la chevelure et l'étoffe au contact des bracelets. Les eaux atmosphériques s'infiltrant dans un sol volcani- que, imprégné du sel marin, le dissolvent, et les eaux ainsi chargées forment un chlorure de cuivre qui empri- sonne tout ce qui se trouve contre le métal. Le liquide n'étant pas en repos, la cristallisation ne put s'effectuer. On voit, par cette étude, qu'il n'est pas possible d'as- signer un âge même approximatif à un objet par l'examen de la patine dont il est recouvert., son épaisseur dépen- dant surtout de l'action plus ou moins intense de diffé- rents agents chimiques. Beaucoup d'armes égyptiennes, (1) Observés par Chevreul, loc. cit. 70 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. grecques, romaines, etc., sont à peine corrodées par l'altération, alors que d'autres de la même époque, et môme plus récentes, sont presque complètement trans- formées en un amas spongieux de cuprite et de mala- chite. J'ai fait remarquer aussi que l'épaisseur des enduits, recouvrant les objets d'un même tombeau, varie de 1 à 10 mm., et plus, dans le cas le plus favorable. Il me paraît cependant certain que les bronzes équatoriens ont dû rester enfouis pendant un espace considérable, pour laisser aux différentes décom- positions, que je viens d'énumérer, le temps de s'effec- tuer. Qu'il me soit permis, en terminant, de remercier cordialement M. Emile de Ville, pour les matériaux qu'il a bien voulu me remettre, et pour tous les renseigne- ments qu'il s'est toujours empressé de me fournir. EXPLICATION DK LA PLANCHE. Fig. 1. — Cristal do cuprite; combinaison de l'octaèdre du cube et du rhombododéeaèdre. Lumière réfléchie, X 200. Fig. 2. — Cristal de cuprite ; combinaison du rhombododé- caèdre et de l'octaèdre. Lumière réfléchie, x 200. Fig. 3. — Cristaux de cuprite ; combinaison de l'octaèdre et du cube avec égal développement des faces. Lumière réfléchie, X 200. Fig. 4. — Groupe de cristaux de cuprite dont deux sont trans- formés en malachite. Lumière réfléchie, X 70. Fig. 5. — Malachite avec noyau sphérique de cuprite. Lumière réfléchie, X 85. Fig. 6. — Coupe à travers un fragment géodique de malachite cristalline. Transformation de la cuprite en malachite fibro-cris- talline, en mamelons à zones concentriques. Lamelles de teno- rite (a). Cristaux de malachite calcifère (b), X 50. Fig. 7. — Nodule de malachite cristalline avec noyau plus foncé, tels qu'on les trouve isolés ou associés à la surface du bronze. Lumière réfléchie, X 15. Fig. 8. — Nodules hémisphériques de malachite cristalline. La face plane et polie a été dessinée à la lumière réfléchie. Au centre d'un des nodules se trouve un grain blanc (quartz?). La cuprite a disparu à la surface, mais les nodules en portent encore les traces à la base. La cassure indique une structure iîbro-rayonnéc, X 15. Fig. 9. — Série de nodules de malachite cristalline avec noyaux de cuprite non décomposée. Chaque grain de cuprite est entouré de zones de malachite. La cassure indique une structure fibro- rayonnée. On voit un reste de structure analogue dans la bande foncée qui entoure le centre du nodule de la fig. 7. Lumière réflé- chie, X 15. Fig. 10. — Nodules de malachite cristalline zonaire réduits en lame mince, x 20. 78 SOCIETE IÎELGE DE MICROSCOP1E. Fig. 11. — Mamelon de malachite cristalline réduit en lame mince, montrant deux nodules zonaires complets, X 20 diam. Fig. 12. — Association de malachite terreuse et d'azurite. On remarque dans la malachite et dans l'azurite des fragments sa- bleux et des grains de cuprite non transformés. Deux de ces grains sont entourés de malachite cristalline pseudomorphique fibro- radiée (a b). L'azurite contient encore des plages de malachite non transformées. La pseudomorphose a été en partie arrêtée par une zone de cuprite non transformée. Au centre de l'azurite, on voit un espace en forme de V, dont l'intérieur est tapissé de petits cristaux, X 10 diam. Fig. 13. — Géode microscopique en forme de V (fig. précédente) vue sous un plus fort grossissement. On y remarque des cristaux groupés en éventail, et au centre de la préparation nagent des cristaux détachés. Traces de malachite non transformée, x 75 diam. Fig. 14. — Le plus grand des cristaux d'azurite de la figure pré- cédente, vu à un fort grossissement (longueur, 0,015), X 1000 diam. Fig. 15 et 16. — Figures demi-schematiques. Dans la fig. 15, on voit de l'azurite qui s'est formé en un premier point (a) au détri- ment de la malachite et à la surface de celle-ci. Un peu plus loin (b) la transformation a suivi une fissure existant dans la ma- lachite. De sorte que si l'on sectionne le fragment à l'endroit indiqué par les traits, la coupe présente l'aspect de la fig. 16, où l'azurite semble s'être formée directement de la cuprite. Fig. 17. — Faisceau de cristaux de malachite calcifère (?) (fig. 6, en bas à gauche), fortement grossi X 260 diam. Les détails ont été dessinés à 1000 diam. Fig. 18. — Groupe de cristaux de malachite calcifère sur un mamelon de malachite épigénique (fig. 6, au milieu à gauche). Cette figure montre très nettement la marche de la tranforma- tion de la cuprite en malachite fibro-radiée avec zones plus ou moins foncées. Au centre, noyau de cuprite non décomposé presque isolé du reste du protoxyde. r „ # BULLKT1N DES SEANCES DE LA SOCIETE BULLETINS DE LA E BELGE DE MIGROSGO A -*-O0O-4* TOME IV. Année 1878-1879. -O ~ï=5=^Srf%SX BRUXELLES B. MANCEAUX, 1MPRIMËUR-ÉD1TE1 R, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E, Rue des Trois-Tclcs, 12. 1879 BULLETIN DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE Séance du 31 octobre 1878. Présidence de M. le D' Ledeganck, Président. Sont présents : MM. Bauwens, Bock, Colbeau, Coo- mans, Coppez, Delogne, Frère, Gravis, Leclercq, Ledeganck, Loin, Matagne, Michelet, Paternotte, Prinz, Vanden Broeck, Van Heerswinghels et J. F. Cornet, secrétaire. Les procès-verbaux des séances du 26 septembre et du 13 octobre, avec une rectification proposée par M. Michelet, sont adoptés. Correspondance. La correspondance comprend : Une lettre de M. Godefroy, professeur de sciences à La Chapelle St-Mesmin (France), adressant le montant de sa cotisation et réclamant le tome III des Annales. L'expédition du tome III destiné aux membres et aux sociétés de France, a eu lieu par l'entremise de la Com- mission internationale des échanges; ce volume ne tar- dera donc pas à être distribué. Une lettre de M. le Ministre de l'Intérieur, informant Vl SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. la Société qu'une somme de 500 francs lui est allouée à titre d'encouragement. Une lettre de M. G. Huberson, directeur d'une nou- velle publication de micrographie : « Brebissonia »,dont il adresse les deux premiers fascicules. La Société remercie M. Huberson de son envoi. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part de la Société Malacologiquc et de la Société Entomologique; de l'Aca- démie royale des sciences de Belgique; de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles; de l'Académie royale de médecine de Belgique; de la Société médico-chirurgicale de Liège; de la Société belge de géographie; de l'Association belge de photo- graphie ; de la direction du Musée de l'industrie de Belgique; de la direction de l'Athenœum belge; de la direction du Journal de photographie; de la Société française de photographie; de la Société Borda, à Dax; de la Société de médecine de Caen et du Calvados; de la direction de la feuille des jeunes naturalistes, Paris; de la Société d'études des sciences naturelles de Nîmes; de la Société des sciences physiques et naturelles de Bor- deaux; de la Société vaudoise des sciences naturelles; de la Naturforschende Gesellschaft in Zurich; du Essex- Institute à Salem; de la Microscopical Society of San- Francisco; de la direction du naturaliste canadien; de M. 0. Nordstedt, une collection du Botaniska notiser; de la Société d'études scientifiques de Lyon. Ouvrages offerts par : M. F. Chassagnieux, Sur cer- taines relations entre les plantes et les insectes; de M. (î. Huberson, Formulaire pratique de la photogra- BULLETINDES SEANCES. VII phie aux sels d'argent; de M. P. T. Cleves, Diatoms from the West Indian Archipelago ; de M. G. G. Wal- lich, On the radiolaria as an order of the Protozoa ; de M. Otto Nordstedt, De algis aquae dulcis et de Chara- ceis ex insulis sandvicensibus a Sr, Berggren 1875 reportatis; de M. Max Cornu, une série de mémoires formant la collection de ses travaux; de M. Valérian. V. Moeller, Die spiral g eivindeten Foraminiferen des Russisclien Kohlenkalks ; de M. Senoner, Gelehrte Ge- sellschaften, Revue des sciences naturelles. M. Delogne se charge de l'examen des travaux de de MM. Cleves et Nordstedt. M. E. Vanden Broeck analysera les travaux de MM. Wallich et Mœller. M. Gravis fera l'examen des travaux de M. Max Cornu. L'assemblée vote des remerciements aux donateurs. Présentation de membres. Le Conseil propose l'admission, comme membres effectifs de : M. Herrier, inspecteur des études à l'École militaire, présenté par MM. Cornet et Ledeganck. M. Foettinger, docteur en sciences naturelles, pré- senté par MM. de Borre et Cornet. M. W. Prinz, préparateur au Musée royal d'histoire naturelle, présenté par MM. Cornet et Vanden Broeck. M. Gravis, candidat en sciences naturelles, présenté par MM. Cornet et Ledeganck. M. J. Wauters, contrôleur du gaz de la ville de Bruxelles, présenté par MM. Cornet et Ledeganck. VIII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. MM. Herrier, Foettinger, Prinz, Gravis et Wauters sont élus membres effectifs. Le Conseil propose l'admission, comme membre associé de : M. Brouwez, étudiant, présenté par MM. Cornet et Ledeganck. M. Bronwez est élu membre associé. Lecture de rapports. M. Delognc, premier rapporteur, donne lecture du rapport ci-dessous sur le travail intitulé : le Thalle des Diatomées, présenté par M. le docteur Matteo Lanzi, membre correspondant, à Rome. Messieurs, J'ai In avec le plus grand attrait le travail intitulé : Le Thalle des Diatomées que M. le docteur Matteo Lanzi vient d'envoyer à la Société pour être publié dans ses mémoires. Ce travail se rapporte aux questions qui intéressent le plus le Diatomologue, entre autres la reproduction des espèces et la valeur de certains carac- tères considérés jusque dans ces derniers temps comme génériques. L'auteur définit le Thalle des Diatomées : une matière végétale, hyaline, albuminoïde et sans endochrome, jouant le rôle d'appui et de soutien, comme la tige des végétaux phanérogames et des cryptogames vaseulaires. Il distingue le Thalle indéfini, qui sous l'aspect de plasma retient les IVustules attachés aux parois humides des murs, des fontaines, etc., et le Thalle défini, ayant une forme particulière, simple ou rameuse, portant les frustules à son extrémité ou les renfermant dans son BULLETIN DBS SEANCES. IX intérieur. Le Thalle dos Diatomées a été étudié dans plusieurs espèces. Epithemia ventricosa. Cette espèoe adhérait aux parois d'une fontaine au moyen d'un plasma hyalin contenant une grande quantité de corpuscules d'un vert-jaune sem- blables à ceux renfermés dans l'intérieur des frustules de cette espèce. L'auteur est persuadé que la substance entière du Thalle et les corpuscules qu'il renfermait étaient sortis des frustules de Y Epithemia ventricosa. Sa conviction ici n'est fondée que sur la ressemblance des corpuscules renfermés dans le Thalle et dans les frus- tules. Mais dans une récolte deCymbella l'auteur a vu ces mêmes corpuscules grandir et prendre la forme des frustules d'où ils étaient sortis, les uns adhérents au Thalle les autres devenant libres. Gomphonema olivaceum a aussi été observé par l'au- teur dans toutes les phases de son développement. Il a vu les frustules de cette espèce libres, ou sessilcs sur le Thalle, ou placés sur un support simple ou rameux. Dans son travail intitulé : « Ce que c'est qu'une Diatomée, » notre savant vice-président, M. Deby, est amené à conclure qu'il existe chez ces végétaux un autre mode de reproduction que la conjugaison. M. Pfitzer avait déjà observé que le contenu des frustules quitte son enveloppe et produit un ou deux frustules plus grands que l'ancien et qui se subdivisent ensuite de la manière que l'on connaît. Ce curieux phénomène de rajeunissement n'est donc pas nouveau, mais le docteur .Matteo Lanzi n'en a pas moins le mérite de l'avoir observé de nouveau sur plusieurs espèces. Ses observa- tions sont illustrées d'une planche. L'auteur examine ensuite quelle est la valeur laxono- X SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. mique du Thalle défini, et décide qu'il ne peut servir qu'à limiter des espèces ou tout au plus à établir des sous-genres. En suivant une marche contraire on tombe dans le grave inconvénient de classer une même espèce dans des genres différents. J'adopte les réductions pro- posées par l'auteur et je vois avec plaisir qu'il abandonne le sentier de la routine pour prendre la voie déjà large- ment ouverte par la publication du Synopsis du profes- seur Hamilton L. Smith. Je propose donc de voter l'impression de l'intéres- sant travail de M. le docteur Matteo Lanzi dans les mémoires de la Société. M. Gravis, second rapporteur, se rallie' aux conclu- sions du rapport de M. Delogne. L'assemblée décide l'impression du mémoire et de la planche qui accompagne le travail de M. Matteo Lanzi et vote des remerciements à l'auteur. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures. REYIE ANALYTIQUE ET CRITIQUE l*roeéflé pour mesurer les angles solides des cristaux microscopiques. • Dans le Bulletin de la Société minéralegique de France (1), M. Thoulet indique la méthode suivante il) Bulletin de la Société mméralogique de France. Année 1878, n i. p. 68. BULLETIN DES SÉANCES. X! pour mesurer les angles solides des cristaux microsco- piques. Si, dans un tétraèdre, on connait les longueurs de six arêtes, on pourra obtenir les angles des faces entou- rant un même sommet et par conséquent résoudre le triangle sphérique dont les côtés sont respectivement les angles des faces du tétraèdre et dont les angles sont les angles dièdres des arêtes de ce même tétraèdre. La remarque précédente donne lieu à un procédé pour mesurer les angles solides des cristaux microscopiques. A cet effet, on placera le cristal d'une façon absolu- ment quelconque sous l'objectif d'un microscope, ce cristal peut d'ailleurs être isolé ou contenu dans l'épais- seur d'une lame mince de roche; on choisira quatre points remarquables disposés deux sur l'arête et les deux autres respectivement sur l'un et sur l'autre des deux plans dont il s'agit de mesurer l'angle. Au moyen de la vis à mouvement lent du microscope, on mettra successivement au point chacun de ces sommets et on mesurera pour chacun d'eux le déplacement vertical. Cette mesure sera très-facile à obtenir si l'on n'a eu soin préalablement de mesurer et de noter à quel déplace- ment vertical correspond un tour entier et par consé- quent une fraction quelconque de tour de la tête de la vis. Comme ces têtes de vis ont toujours leur bord exté- rieur garni de fines dents, on calculera à quel déplace- ment vertical correspond une de ces dents. Dans le microscope dont je fais usage, ce déplacement égale O""'O02916. Sans remuer la préparation, on remplace l'oculaire par une chambre claire et on dessine le cristal en notant très-exactement par une piqûre d'aiguille la position XII SOCIÉTÉ BELGE HE MICROSCOPIE. des quatre points considérés; puis on remplace la pré- paration par un micromètre objectif qui donne l'échelle du dessin. La façon la plus commode d'opérer consiste à tracer sur le dessin lui-même la ligne qui représente un dixième de millimètre du micromètre objectif vu à travers la chambre claire. On possède maintenant toutes les données nécessaires pour calculer l'angle solide. En effet, chacun des côtés du tétraèdre dont nous avons parlé plus haut, est déter- miné : 1° par sa projection horizontale donnée en vraie grandeur au moyen d'une mesure directe au double décimètre sur le dessin; 2° par la différence de hauteur verticale de ses deux extrémités fournie par la diffé- rence des lectures faites sur la tête de vis divisée au moment de la mise au point successive de ces deux extrémités. Le reste du travail se borne à un calcul trigonomé- trique de trois triangles rectilignes dont on connaît les trois côtés et dont on cherche un angle, et enfin, au calcul d'un triangle sphérique dont on connaît les trois côtés et dont on cherche un angle. Au lieu de dessiner le cristal en entier, il est évident qu'il suffirait de placer les quatre points essentiels ; le dessin complet permet une vérification subséquente souvent nécessaire, et en outre de se reconnaître pour les notations cristallographiques à donner à la face cristalline. En me servant de l'objectif 7 de Vérick, afin de donner plus de sensibilité au déplacement focal, et avec l'ocu- laire 1 dont est munie la chambre claire du même ar- tiste, il m'a été possible de mesurer à moins d'un degré près les angles solides de cristaux ayant des dimensions inférieures à 1/100 de millimètre. BULLETIN DES SÉANCES. Xlil Zeitfselirift fiïrMifltroskopie, Organder Gesell- seliaft fui* Mikroskopie zu Berlin. Dans le n° 9 d'octobre 1878, le docteur Kaiser publie la fin de son article sur le Développement et l'étal actuel de la microscopie en Allemagne. Cette étude embrasse une période de près de 500 ans (lo92 à 1877) et a dû nécessiter un travail réellement considérable de la part de son auteur. Le journal allemand donne au sujet de la prépara- tion des infusoires (1) quelques détails que nous repro- duisons ci-après. On verse à l'aide d'une pipette, dans une cellule au bitume, qui n'est pas complètement sèche, une petite quantité du liquide contenant les organismes à préparer (infusoires, diatomées, desmidiées, etc.) et on couvre avec le verre couvreur. Ensuite on fait pénétrer par capillarité entre le verre couvreur et la cellule quelques gouttes d'acide pyroligneux (acetum pyrolignosum recti- ficatum). Ce liquide tue immédiatement tous les orga- nismes sans altérer leur forme. Après avoir pressé le verre couvreur sur la cellule et enlevé soigneusement le liquide superflu, il ne reste plus, pour terminer la pré- v paration, qu'à repasser avec le bitume sur le bord de la cellule. Lorsque l'acide pyroligneux est devenu trouble, on le filtre avant d'en faire usage. On peut aussi à la fois teindre et préparer les organismes microscopiques (1)M. Klonnc a remis récemment à la Société une série de préparations de ce genre faites par M. Duncker et qui ont été examinées à la séance du mois de mai 1878. Tous les membres présents ont pu constater que ces préparations n'étaient pas irréprochables en ce qui concerne leur état de conservation, mais qu'elles constituaient néanmoins un progrès véritable. Quant au procédé employé, M. Duncker l'a tenu secret. XIV SOCIETE BELGE DE MICIlOSCOl'IE. en opérant avec le liquide suivant de la même façon qu'avec l'acide pur. On dissout 1 partie en poids d'une couleur d'aniline dans 200 parties d'eau distillée (les couleurs les plus convenables sont le bleu d'aniline ou la fuchsine) ; après avoir filtré cette solution on y ajoute 800 parties d'acide pyroligneux. Au bout de quelques heures, les objets ont pris une teinte très-uniforme, on les monte alors comme il a été dit plus haut, après y avoir ajouté encore un peu d'acide pyroligneux pur. Si la teinture est trop foncée on l'étend avec de l'acide. L'auteur de cette notice pense que son procédé est susceptible de perfectionnement, quoiqu'il en ait déjà obtenu d'excellents résultats. Mentionnons aussi la description d'un nouvel appareil inventé par P. Schônemann pour mesurer l'épaisseur des verres couvreurs. Cet instrument, qui représente ce que l'on a fait de mieux en ce genre jusqu'à présent, se compose simplement d'un triangle en laiton sur lequel se trouve un vernier; ce triangle se meut dans une glis- sière de même métal sur laquelle est gravée la gradua- tion. L'appareil ne possède donc aucun des organes ordinairement employés dans ces sortes d'instruments, tels que vis, engrenages, ressorts, etc., et, par consé- quent il ne saurait se déranger. Ces qualités, jointes à une grande sensibilité (il indique les centièmes de milli- mètres), en font un instrument précieux. Enfin, il nous reste à signaler une notice de M. C. Janisch sur la lévigation et la purification des matières diatomifères, ainsi que la description du procédé du docteur Arnold Lang pour la conservation des planaires. Voici la description de ce procédé : On place les sujets à préparer dans des capsules BULLETIN DES SÉANCES. XV plates remplies d'eau de mer et on retourne ceux-ci sur le dos. Cela fait, on enlève l'eau de mer et l'on verse sur la face ventrale des petits animaux une solution compo- sée de : 100 part, en poids. Eau dist. 6 — 10 » » Chlorure de sodium. 5 — 8 » » Acide acét. cristallisable. 3 — 12 » » Bichlorure de mercure. 1/2 » » Alun. Sous l'action de ce liquide, le ver se contracte, puis s'allonge et meurt dans cet état. S'il s'était produit quelques plissements dans la peau de l'animal, on les enlèverait à l'aide d'un pinceau. Après une demi-heure environ, on retire la solution et on la remplace d'abord par de l'alcool à 70 p. °/ , puis, deux heures après, par de l'alcool à 90 p. °j , et enfin, par de l'alcool absolu. Au bout de deux jours, tous les sujets sont durcis et l'on peut les teindre et faire les coupes. Pour la teinture on emploiera de préférence le picrocarminate en solution très-étendue. Afin d'éviter toute déchirure du parenchyme, l'auteur recommande de traiter les vers par la térébenthine et de les porter ensuite dans une forte solution de paraffine plutôt que de les entourer de paraffine fondue. W. P. Séance cUi 28 iiovemforc 18T8. Présidence de M. le D 1 Ledeganck, Président. Sont présents : MM. Bauwens, Bock, Casse, Colbeau, Coppez, Delogne, Fœttinger, Gravis, Herrier, Leclercq, XVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICKOSCOIME. Ledeganck, Loin, Matagne, Miller, Paternotte, Prinz, Renard, Rntot, Vanden Broeck, Yanden Heuvel, Van Heerswinghels, Van Hoorde et J.-F. Cornet, secrétaire. Le procès -verbal de la séance du 51 octobre est adopté. M. Michelet informe la Société qu'une indisposition assez grave l'empêche d'assiter à la séance de ce soir. Correspondance. La correspondance comprend : Une lettre de M. Julien Deby, accompagnant la tra- duction d'un travail, sur les Diatomées, de M.F.KiUon. Une lettre de la Société d'histoire naturelle de Offen- bach S/Main, demandant l'échange. Cette demande, appuyée par le docteur A. Senoner, est accueillie favorablement. L'échange est accordé. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part de la So- ciété Malacologique et de la Société Entomologique; de- là Société royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles; de l'Académie royale de médecine de Belgi- que; de la Société médico-chirurgicale de Liège; de la direction du Musée de l'industrie de Belgique; de la direction de l'Athenseum belge ; de la direction du Journal de photographie; de la Société française de photographie; de la Société de médecine de Caen et du Calvados; de la direction de la Feuille des jeunes natura- listes, Paris; de la Société d'études des Sciences natu- relles de Nîmes; de la Microscopical Society of San- Francisco; de la direction du Naturaliste canadien; de la direction du Botaniska notiser; du Brebissonia; BULLETIN DES SÉANCES. XVII Bulletin scientifique du Nord; du Science-Gossip ; de la Société royale de microscopie de Londres; de la Société de microscopie de Berlin ; de h Société Géolo- gique de Belgique; de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen ; du Naturwissenschaftlichen Ve- reins à Elberfeld ; de la Société d'horticulture et d'his- toire naturelle de l'Hérault ; de la Fédération des Sociétés d'horticulture de Belgique. Ouvrages offerts. Étude sur les granulations conjonclivales, par le docteur Herpain ; A quelles conditions de salubrité doivent satisfaire les hospices, hôpitaux, maternités, etc.? Rapport pré- senté au Congrès d'hygiène, par le docteur Herpain ; Petite Faune enlomologiq ue du Canada, par M. l'abbé L. Provancher. Die optischen Hùlfsmittel der Mikroskopie, von doc- tor E. Abbé. La Société vote des remerciements à MM. Herpain, Provancher et Abbé. Propositions du Conseil. Le Conseil propose l'admission comme membres ef- fectifs de : M. S. Fraipont, à Liège, présenté par MM. Vanden Broeck et Cornet. M. Lejeune, avocat à la cour de cassation, présenté par MM. Cornet et Ledeganck. MM. Fraipont et Lejeune sont élus membres effec- tifs. 2 XVIII SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. Propositions des membres. M. Vanden Broeck, propose l'échange de nos publi- cations avec la Société des naturalistes de Norfolk et Norwïch. Cet échange est accepté. M. Cornet appelle l'attention des membres sur la nécessité qu'il y aurait, en vue de développer davantage la partie analytique du Bulletin, de distribuer, après chaque séance, les nombreuses publications que reçoit la Société, afin d'en faire l'examen et un résumé analytique plus ou moins développé selon l'importance des travaux. En second lieu, M. Cornet propose, en vue d'alléger les charges du secrétariat de la Société pour lesquelles ses nombreuses occupations ne lui laissent plus le temps nécessaire, de nommer, en attendant la révision des Statuts, un membre comme bibliothécaire et deux membres comme secrétaires adjoints. M. Vanden Broeck, tout en étant favorable aux propo- sitions faites par M. Cornet, croit devoir faire remarquer qu'il seraitutile de réunir les membres qui veulent bien s'oc- cuper de faire des résumés analytiques afin de s'entendre sur le caractère, la direction et l'étendue de ces analyses. Quant à la seconde proposition, elle est contraire aux statuts, ni le Conseil ni la Société ne peuvent être appelés à statuer sur cette proposition. Le président propose, vu l'urgence, de trancher la question en réunissant la Société en assemblée géné- rale, en décembre prochain, afin de modifier les statuts dans le sens de la proposition de M. Cornet. M. Vanden Broeck propose de comprendre parmi les attributions nouvelles celle de conservateur de la collec- lion et des instruments. BULLETIN DES SÉANCES. XIX. Le président désirerait savoir, avant de mettre la ques- tion aux voix, si ces nouveaux titulaires sont appelés à faire partie du Conseil. L'assemblée se prononce pour la négative. La proposition, mise aux voix, est adoptée à une grande majorité. En conséquence, la Société se réunira en assemblée générale extraordinaire le jeudi 28 décembre, à 8 heures précises du soir, pour s'occuper : 1° De changements à faire aux statuts en suite de la proposition de M. Cornet. 2° Éventuellement, de la nomination de deux secré- taires-adjoints, d'un bibliothécaire et d'un conservateur du matériel et des collections. Travaux des membres. M. Renard expose les résultats que lui a fourni l'étude microscopique de lames minces de fulgurite et de quel- ques produits de fusion de matières quartzeuses. II compare ces grains de quartz fondus et agglutinés par l'action de la foudre avec des produits de fusion artificielle. Il entre ensuite dans les détails de la structure intime de ces masses vitrifiées : il indique leurs caractères phy- siques, montre les rapprochements qu'on peut faire, au point de vue de la composition et de la structure intime, entre les fulgurites, les grès vitrifiés au contact des roches éruptives, les produits de fusion de roches sa- bleuses telles que certaines scories et les grains de quartz fondu au chalumeau oxyhydrique. Après avoir insisté sur les analogies de structure qui relient ces substances et qui leur assignent un même mode de formation, il fait ressortir les conditions dans lesquelles ces fulgurites XX SOCIÉTÉ BELGE DE M1CKOSCOPIE. se sont formées et expose les opinions émises sur ees corps et sur leur composition minéralogique, en particu- lier sur l'état de la silice, qui a été soumise à une haute température. Les détails dans lesquels entre M. Renard sont surtout pris dans l'étude des plaques minces d'une fulgurite de Starezynow. Il montre dans cette fiilgurite que des grains de quartz ont été soumis, sous l'influence de la chaleur, à un simple ramollissement, que d'autres furent transformés complètement en une substance vi- treuse homogène. Il insiste sur les transformations subies par les encla- ves liquides renfermées dans les granules quartzeux lorsqu'ils sont soumis à la température de fusion. Cédant à l'effort de la vapeur d'eau qui s'y forme au moment de la fusion, ces vacuoles se sont dilatées de manière à présenter l'aspect de grosses bulles. Il si- gnale la fréquence de ces bulles dans tous les produits de fusion du quartz. M. Renard rapproche ces faits de l'explication donnée par Watt pour expliquer la formation de la cavité tubu- laire des fulgurites, rappelle les travaux micrographiques d'Harting sur ces corps, il discute les opinions émises par ce savant, sur l'état physique de la silice qui les compose et sur la nature des minéraux qui lui sont associés. Une seconde note de M. Renard est consacrée à la description micrographique de la météorite deTourinnes- la-Grosse, près de Tirlemont. S'appuyant sur les carac- tères macroscopiques, sur la discussion des analyses, sur les détails que fournit l'étude des lames minces, il montre que cette aréolithe appartient aux chondrites, qu'elle est essentiellement formée de deux silicates ma- BULLETIN DES SÉANCES. XXI gnésiens dont l'un se rapporte au péridot l'autre à l'en- statite. La masse toute entière est composée de ees deux minéraux en grains fins ; elle renferme ces formes glo- bulaires auxquelles Gustave Rose a donné .le nom de chondrites. Ces formes plus ou moins circulaires sont quelquefois granuleuses, d'autres fois elles paraissent comme fibro- radiécs. Dans ce dernier cas, les propriétés optiques et tous les caractères des microlithes qui les composent semblent devoir faire considérer ces derniers comme des prismes d'enstatite. L'auteur examine les opinions émises par divers auteurs sur la formation des cbon- drites. A ces deux silicates que nous venons d'indiquer, viennent s'unir des plages de fer météorique et de troïlite. Une planche de 5 figures consacrées à représenter les caractères principaux des objets décrits dans cette com- munication, accompagne les deux travaux, dont on vient de lire l'analyse. Le président remercie M. Renard au nom de l'as- semblée pour ses intéressantes communications. L'assemblée décide l'impression du travail de M. Re- nard, ainsi que de la planche qui l'accompagne, aux mé- moires de la Société. Le Président avant à faire une communication rela- tive à l'histologie pathologique, M. E. Vanden Rroeck, vice-président, remplace M. Ledeganek au fauteuil pré- sidentiel. M. Ledeganck. Messieurs, le sujet dont j'ai à vous en- trenir est d'intérêt purement médical, et encore s'agit-il XXII SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. d'une question spéciale qui ressort du domaine de l'oph- thalmologie. Je. serai donc bref dans l'exposé du sujet, ne voulant pas abuser de vos moments précieux. Dans le courant de cette année, je fus mis en rapport avec un médecin distingué de Luxembourg, M. le doc- teur Herpain, attaché au pénitentier de Saint-Hubert. Le grand nombre d'ophtbalmies qui s'observent dans cet établissement avait poussé fatalement notre confrère vers l'étude de l'ophtbalmologie. L'observation journa- lière d'un grand nombre de cas de granulations pal- pébrales avait spécialement attiré l'attention de notre confrère. Il n'avait pas tardé à se convaincre de l'inanité de toutes les doctrines plus ou moins académiques qui avaient cours dans la science au sujet de la granulose, et il résolut d'approfondir la question. L'apparition ré- cente d'un ouvrage du docteur Paul Blumberg : « Du trachome au point de vue de la pathologie-cellulaire (1) » où il trouva un exposé clair et net de la question, en tout conforme aux faits qu'il observait journellement. Il résolu! de publier l'ouvrage, traduit en français et de le faire pré- céder de quelques considérations historiques sur les théo- ries émises depuis trente ans, au sujet de la nature intime de l'altération pathologique qui caractérise la granulation. L'exposé de ces théories surannées, auxquelles restent attachés les noms de ceux qui passaient alors pour des « sommités médicales » forme un tableau à la fois attris- tant et grotesque. On y voit une série de doctrines diamé- tralement opposées, dans lesquelles l'observation directe n'entre pour ainsi dire pas en'ligne de compte. La dissec- tion, l'examen microscopique sont dédaignés. Tout se traite (l) Ueber dos Trachom vom CeUularpathologischen Standpunkte, von D r Paul Blumberg, in Tiflis. Archiv fur Ophthalmologie. XV. I. BULLETIN DES SÉANCES. XXIII au courant de la plume. Un professeur, qui déclare ne pas pouvoir se servir du microscope, enseigne ex cathedra que toutes les granulations sont exclusivement compo- sées de cellules épithéîiales. Un autre, vient déclarer qu'il n'y a dans la granulation qu'une simple inflamma- tion. Un troisième déclare qu'il s'agit d'une hyper- plasie, et que l'epithélium n'y est pour rien. Plusieurs admettent l'existence de follicules clos, et considèrent comme granulations latentes ces organes qui existent à l'état normal. Un nouveau savant entre en scène et déclare que ces prétendus follicules n'existent pas. Un autre lui répond qu'il les a reconnus toutes les fois qu'il a examiné une conjonctive sous le microscope... Et ainsi de suite... Il est consolant, de penser qu'il ne serait plus possible, aujourd'hui, de traiter la science avec une telle désinvolture. Malheureusement, toutes ces théories en l'air avaient eu leurs partisans acharnés, le traitement médical avait subi toutes les fluctuations de cette crise scientifique et ce furent en définitive les pauvres oph- thal iniques d'alors qui payèrent les frais du procès. En homme consciencieux, notre confrère de Saint- Hubert voulut en avoir le cœur net. Il ne se contenta pas de faire ressortir l'inanité de toute cette science de cabinet, il voulut que le travail de Blumberg, qui lui semblait l'expression de la vérité, fut corroboré encore par quelque observation récente, faite sur un sujet connu et offrant toutes les garanties d'exactitude scientifique. Il s'adressa à la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, dont le Rédacteur en chef nous fit l'honneur, bien immérité du reste, de nous désigner comme suffisamment compétent pour trancher la ques- tion d'histologie pathologique. Notre tâche se borna d'ail- XXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. leurs, à la simple étude anatomique des pièces; notre confrère à bien voulu reconnaître que nous en avons retiré tout ce qu'elles pouvaient produire dans l'intérêt de la science. Telles sont les circonstances dans lesquelles nous fûmes appelés à l'élucidation d'un problême, qui jusque- là, n'avait jamais fait l'objet de nos études. Le sujet de notre observation , dit M' Herpain , était âgé de 16 ans, d'une bonne constitution et d'un tempérament lym- pbatico-sanguin. Il n'a jamais été gravement malade, ni atteint d'engorgement glandulaire, ni d'aucune manifesta- tion de la scrofulose. Je lui ai, pour la première fois, découvert des granulations vésiculeuses vers la fin de 1875. Au printemps de l'année suivante, la conjonctivite s'était aggravée et les granulations étaient passées au deuxième degré. Après avoir traversé une phase d'amé- lioration de plusieurs mois, la blépharite reprit une nouvelle acuité l'année suivante et s'accompagna d'une sécrétion puriforme assez abondante. Lorsque, au prin- temps dernier, une maladie intercurrente enleva inopi- nément ce garçon, il conservait depuis trois ans des granulations sur les quatre paupières. » En visitant le cadavre, vingt-quatre heures après la mort, je fus vivement frappé de ne plus retrouver sur les muqueuses palpébrales les aspérités qui, la veille encore, me paraissaient évidentes. J'ai noté ce fait avec d'autant plus d'intérêt, qu'il confirme les observations que Blumberg rapporte plus bas. » Des lambeaux de la muqueuse des quatre pau- pières furent soigneusement détachés et remis à M. le docteur Ledeganck, Secrétaire de la Société des sciences médicales et naturelles, etc., fort avantageusement connu BULLETIN DES SÉANCES. XXV par ses travaux d'histologie pathologique. Ce savant con- frère ayant soumis ces pièces à un examen approfondi, a bien voulu me communiquer le résultat de ses recher- ches, résumées dans les lignes suivantes : » Les granulations examinées sur une coupe verti- cale, à un grossissement de 50/1, se montrent d'une manière remarquablement nette (fig. I). Elles sont moins affaissées que les auteurs ne les représentent, et, au lieu d'être englobées dans l'épaisseur de la muqueuse, ainsi qu'on les décrit habituellement, elles sont implantées à la surface libre de la paupière, où on les voit serrées les unes contre les autres à la manière des champignons sur leur couche. » Trois de ces granulations sont isolées pour être soumises à un plus fort grossissement. On distingue sur chacune d'elles (fig. Il), en procédant du centre à la circonférence : a) une couche opaque qui ne se laisse pas réduire en éléments histologiques; b) une ou deux séries de cellules lymphoïdes superposées ; c) une couche plus claire limitée par d) une dernière couche de cellules lamelleuses qu'il est impossible de différencier de l'épi- thélium normal. » Les études ultérieures portent sur la couche claire et sur la couche obscure. » La couche claire (fig. 111) renferme une quantité de cel- lules plasmatiques ou à prolongements anastomosés. Ces cellules laissent entre elles de nombreuses petites la- cunes, remplies d'un liquide clair, hyalin, incolore (lymphe). Çà et là on voit une cellule lymphoïde perdue dans la trame des cellules plasmatiques. M. Ledeganck est disposé à croire que ces cellules lymphoïdes ont été entraînées par le scalpel au moment de la coupe. XXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. » L'examen de la zone opaque (fig. IV) fournit les renseignements les plus positifs. Il montre d'une ma- nière évidente la coupe d'une glande lymphatique quasi- pédiculée. On voit en d) les éléments propres de la glande : les cellules adénoïdes; plus à l'intérieur, en c, se trouvent les trabécules du stroma auxquels adhèrent encore une foule de cellules lymphoïdes; d'autres en grand nombre ont disparu, entraînées par le scalpel ou le lavage au pinceau. » Ainsi donc, à M. Ledeganck comme à M. Blumbcrg, la granulation n'a présenté que les éléments du tissu adénoïde : elle est essentiellement composée d'une trame réticulée qui loge des cellules lymphoïdes. On y ren- contre, en outre, des cellules plasmatiquesetdela lymphe. » Tandis que Van Kempen n'a pas rencontré de vais- seaux sanguins dans la granulation vésiculeuse, Blum- berg décrit des vaisseaux capillaires qui rayonnent de la base vers le centre du follicule trachomateux à son premier degré de développement. » M. Ledeganck n'a découvert nulle part des vaisseaux sanguins, pas même des capillaires, dans l'intérieur de la granulation. Ce n'est qu'à la base du trachome folli- culeux (fig. IV, f), qu'il a rencontré çà et là un capillaire. Du reste, comme le fait judicieusement remarquer notre habile micrographe, la présence de capillaires sanguins dans le follicule lymphatique n'a pas de raison d'être. Le tissu plasmatique avec ses cellules anastomosées four- nissent à la lymphe des moyens de circulation bien suf- fisants. » Les faits et les observations que nous venons de rapporter conduisent logiquement aux conclusions sui- vantes : BULLETIN DES SÉANCES. XXVI! » A . Les granulations trachomateusesqui s'effacent sur le cadavre redeviennent visibles à l'aide de faibles gros- sissements (fig. I). Elles sont sessiles et tassées les unes contre les autres à la surface externe de la muqueuse pal- pébrale. » B. A un grossissement de 250/1, elles se présentent comme un amas de cellules lymphoïdes revêtues de cel- lules épithéliales. Ces amas celluleux rappellent les élé- ments du ganglion lymphatique et du follicule muqueux, dont l'analogie est pour ainsi dire complète (Frey, loc. cit., p. 510). » C. Soumis à un grossissement de 500/1 , le carac- tère glandulaire de la granulation devient évident. Elle est composée d'un noyau central de ces cellules plasma- tiques que beaucoup d'histologistes regardent comme les origines des vaisseaux lymphatiques. Tout autour se montre la zone des cellules tassées, que la plupart des micrographes ont décrite, en lui accordant une signifi- cation conforme à leurs vues sur la nature des granula- tions. Le dessin ci-contre (fig. III) montre que ce sont des corpuscules lymphoïdes adossés et disposés en cercle. Us sont compris entre deux couches de cellules lympha- tiques étoilées et sont serrés les uns contre les autres, par suite de l'afflux plus considérable de lymphe vers les cellules plasmatiques. Cet afflux localisé du liquide nour- ricier et l'augmentation pathologique des corpuscules lymphoïdes, constituent le processus caractéristique de la conjonctivite granulaire. » D. L'examen d'une granulation isolée à un gros- sissement de 600/1 ne laisse pas subsister de doute à cet égard. C'est bien une glande lymphatique, un ganglion, un follicule hypertrophié que nous avons sous les yeux XXVIII SOCIÉTÉ BKLGE DE MICROSCOPJE. (fig. IV). On distingue sûrement le caractère fondamen- tal de cet organe : le tissu conjonctif réticulé dans les mailles duquel sont logées des cellules lymphatiques. » En résumé, il reste acquis : » I. Que la granulation, que l'on découvre fréquem- ment depuis plusieurs années sur la muqueuse palpé- brale d'un grand nombre d'habitants de l'Ardenne belge, est une hyperplasie. » II. Qu'elle résulte du développement d'éléments préexistant dans la constitution normale de la conjonctive. » III. Qu'elle présente les caractères anatomiques du trachome folliculeux. » Là en était la question lors de la publication du tra- vail de M. Herpain. Des critiques se firent entendre à propos de notre oeuvre commune. L'exactitude de l'ana- lyse microscopique ne fut pas contestée; elle ne pouvait l'être d'ailleurs, cette analyse étant l'œuvre impartiale d'un micrographe naturaliste non intéressé dans la question pathologique. Des doutes furent émis quant à la nature de la lésion palpébrale analysée. On objecta que les vraies granulations conservent tous leurs caractères, et d'une manière bien évidente, sur le cadavre ; que les vraies granulations ne s'affaissent pas, après la mort, et qu'elles ont d'ailleurs une structure histologique qui explique cette résistance à l'abaissement; que l'on distingue, en pathologie spéciale, la granulation folliculaire friable, et la granulation fibro-cellulaire résistante, l'une de struc- ture adénoïde, l'autre de structure inodulaire, quasi- sclérosée. Nous désirons vivement entendre, sur ce point, l'avis de notre savant confrère, M. Coppez, dont la compétence en ophthalmologic n'est contestée par qui que ce soit et BULLETIN DES SÉANCES. XXIX qui s'est tenu au courant des derniers travaux publiés h l'étranger, sur la matière. M. Coppez reconnaît que M. Ledeganck vient de four- nir à la science une description magistrale des altéra- tions qui constituent la conjonctivite folliculaire. M. Le- deganck ne pouvait pas décrire les granulations véritables attendu que les pièces patbologiques provenant du péni- tentier de Saint-Hubert n'en renfermaient pas. Il suffit d'un simple coup d'œil jeté sur les dessins si clairs de M. Ledeganck pour se convaincre que ces petites élevures disposées par séries linéaires très régulières proéminant à la surface de la conjonctive palpébrale, ne sont autre chose que l'exagération d'un état anatomique ou mieux, d'un élément anatomique préexistant dans la muqueuse, c'est-à-dire le follicule. La granulation, qui est un néo- plasme, n'est jamais disposée avec cette régularité; si nous continuons l'examen des dessins de M. Ledeganck nous voyons que les vaisseaux s'arrêtent à la base même du follicule sans y pénétrer, tandis que la vraie granula- tion est parcourue par des vaisseaux, Le follicule, masse lymphoïde, englobé par très-peu de tissu cellulaire, se laisse écraser et vider très-facile- ment. La granulation traversée par du tissu cellulaire d'autant plus serré qu'on se rapproche de sa base d'im- plantation, ne se laisse ni vider ni écraser comme le fol- licule. La granulation, production maligne, laisse toujours après elle des cicatrices indélébiles, provoque dans la conjonctive des altérations de voisinage plus ou moins profondes tandis que le follicule guérit sans laisser de trace, avec intégrité parfaite de la conjonctive dans son voisinage. XXX SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. Il peut se faire que la véritable granulation (si fré- quente cà Bruxelles), par l'irritation qu'elle provoque, donne lieu à une hypertrophie des éléments normaux de la conjonctive, les papilles et les follicules, et on aura alors, ce qu'on rencontre très-souvent du reste, trois espèces d'éîevures ou de granulations dans la même mu- queuse : les granulations véritables, les granulations pa- pillaires et les granulations folliculaires; très-souvent même les vraies granulations sont masquées par l'hyper- trophie des éléments normaux de la conjonctive ce qui a fait croire à certains auteurs que la conjonctivite gra- nulaire, ophthalmie d'Egypte, ophthalmie militaire, était constituée anatomiquement par le développement exagéré d'éléments normaux préexistant dans la conjonc- tive. M. le docteur Coppez fait remarquer qu'il ne veut pas entrer dans de trop longues considérations sur l'oph- thalmie granulaire, sujet toujours brûlant, qui a besoin d'être encore soumis à de nouveaux débats, à de nou- velles recherches pour être complètement élucidé. La conjonctivite granulaire, a dit M. Coppez en ter- minant, mérite bien cet honneur quand on songe que son histoire est le véritable martyrologe de l'armée belge pendant bien des années et le tourment actuel pour bien longtemps encore, de la classe des déshérités de nos grandes villes belges. Le président remercie MM. Ledeganck et Coppez pour leurs intéressantes communications, dont l'assem- blée décide l'impression au bulletin mensuel. M. Ledeganck reprend place au fauteuil présidentiel. BULLETIN DES SEANCES. XXXI Le Secrétaire donne lecture de la note suivante, de M. F. Kitton, traduite par M. J. Deby : Notes sur quelques Diatomées, par F. Kitton F. R. M. S., Membre correspondant de la Société belge de microscopie. Aetinoeyelus. Ehr. Ce genre fut créé par Ehrenberg pour recevoir un grand nombre de formes discoïdes découvertes par lui dans diverses « terres fossiles » et principalement dans les dépôts si bien connus de la Virginie et du Maryland aux États-Unis. Les espèces de ce genre se distinguent des Coscinodiscus en ce que l'ornementation est distinc- tement moniliforme et qu'elle radie du centre. Toutes (?) les espèces possèdent près du bord des valves un pseudo- nodule ou pore plus ou moins apparent. Ehrenberg sépara les espèces connues par lui, d'après le nombre des rayons que présentait leur disque, caractère que nous savons aujourd'hui dénué de toute valeur spécifique. M. Ralfs, dans le Traité de Pritchard, réunit toutes les espèces d'Ehrenberg sous la dénomination d'A. Ehrenberg ii; qui se reconnaît à la petitesse de son pseudo- nodule (qu'Ehrenberg n'avait pas aperçu) et par la déli- catesse de ses granules. Cette forme n'a, je le pense, été trouvée que dans les dépôts fossiles cités plus haut. VA. Ralfsii, de Wm. Smith, diffère de l'espèce pré- cédente par ses granules plus gros et moins rapprochés et par son pseudo-nodule plus développé. C'est une espèce fort répandue, qu'on trouve non-seulement dans les récoltes de la surface, mais aussi dans celles pro- venant des profondeurs considérables sous les niveaux XXXII SOCIÉTÉ BELGE I>K MICROSCOP1E. de la mer. Sous un faible grossissement, les valves de eettc espèce sont très-irisées. LA. subtilis de Gregory, se distingue de YEhren- bergii par son nodule très-apparent et de l'A . Ralfsii par la délicatesse plus grande et le rapprochement plus considérable de ses granules. Cette espèce paraît varier beaucoup. La forme type est très-délicate et devient presque invisible dans le baume. LA. moniliformis (Ralfs) est une espèce rare et fort belle à gros granules espacés et à nodule distinct quoique petit. LV1 . Borlihji — Coscinodiscus Barklyi — Coscinodisr eus fuscus? Norman, est abondant dans un dépôt de guano de Yarra-Yarra, Melbourne, Australie. Ses granules sont petits et rapprochés et deviennent plus distincts à me- sure qu'ils approchent l'espace hyalin central. Le pseudo- nodule est très-petit et marginal et n'est visible que lorsque la surface convexe de la valve est tournée vers l'œil. N'ayant jamais pu examiner des échantillons au- thentiques du Cos. fusais je ne suis pas certain de l'identité de cette espèce avec VA . Barklyi. Mais, à en juger par la figure donnée dans les transactions de la Société royale de mieroscopie, je crois probable que les deux formes sont bien les mêmes. LA. Roperi — Coscinodiscus ovalis (Roper) et Eu- podiseus Roperi (Bréb.) fait sans aucun doute partie du genre Aetinocyclus, ainsi que XEup. ovalis, lequel ne m'est connu que par la figure. La description de M. Ro- per ne correspond pas à la forme généralement reconnue comme XEup. ovalis. Il affirme que la valve sèche est de couleur ardoise, devenant brune dans le baume (Cette altération de couleur est, je pense, propre au genre Ac- BULLETIN DES SÉANCES. XXXIII tinocylus dont les espèces sont incolores dans l'eau, brunâtres à sec, devenant beaucoup plus foncées dans le baume) tandis que toutes les préparations que j'ai examinées sont d'un jaune pâle à sec et parfaitement hyalins dans le baume. VEupodiscus ovalis (Norman) doit également être rapporté aux genre Actinocyclus, et si l'espèce est dis- tincte, ce nom doit être conservé. \À Eupodiscus sparsus de Grégory n'est autre chose qu'une valve récemment formée de VA. Ralfsii. L'A. tessellatus (Ralfs). — Eupodiscus tessellatus (Ro- per). M. Roper plaça cette espèce parmi les Actinocyclus à cause de la présence d'un pseudo-nodule. C'est là, je pense, une erreur, attendu qu'à l'exception de ce seul caractère il n'en possède aucun autre en commun avec les autres espèces du genre. Une apparence remarquable se présente chez cette forme quand la mise à point du microscope est soignée; le bord de la valve au dehors du nodule est crénelé, et les crénelures diminuent en intensité à mesure qu'on approche le bord opposé où elles disparaissent entièrement. Ceci se voit bien dans une photographie faite par M. Janisch, d'une variété ovalaire de cette espèce. Le pseudo-nodule ne parait pas être une élévation de la surface externe de la valve comme cela a lieu pour les processus des Aulacodiscus, mais je n'ai pu m'assurer si c'était un pore. J'ai pu voir dans une vue de côté de l'A. subtilis que ce nodule faisait l'effet d'un processus renversé (introverted) mais je ne saurais af- firmer si ce caractère est constant, n'ayant pas été assez heureux pour trouver d'autres frustules dans une posi- tion convenable pour l'observation. 3 XXXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Les nodules qu'on trouve sur les valves opposées des Aulacodiscus, Auliscus et Eupodiscus occupent toujours des positions intermédiaires; c'est ainsi que dans une frustule de A. formosus ayant huit processus, ceux de la jeune valve forment avec les autres des angles de 22 1/2 degrés. Cette disposition ne paraît pas tenir bon pour les Actinocyclus, car j'en ai trouvé où les nodules sur les deux valves étaient immédiatement opposés, d'autres où ils occupaient les diamètres opposés et d'autres, enfin, où toutes les positions intermédiaires étaient occupées. Ac4inosplBa*iiia Shadbolt. Ilsalionyx. Ehr. Le professeur H. L. Smith maintient ce dernier genre, avec raison, je pense; car il paraît y avoir des différences bien marquées entre ce genre et le genre Actinoptychus. J'ai détaché un grand nombre de valves tYHaliouyx sans avoir jamais pu découvrir de valves secondaires [Regenerationshûlle de Schmidt) si fréquentes chez les Actinoptychus et les Ifcliopclla. Eupodiscus Argus et E. Rogersii. Ces deux formes (si elles sont réellement distinctes) doivent être portées dans le genre Aulacodiscus. Un examen attentif, de la dernière espèce surtout, montre un processus étroit mais bien distinct au-delà du rayon; la valve est égale- ment quelque peu renflée (bullate) en-dessous du pro- cessus. Navicula tumens (W. Smith) est identique avec la N. sculpta. La N. bohemica n'en est qu'une variété. On trouve l'une et l'autre associée au Campylodiscus clypeus dans les eaux salées des fossés, à Breydon, près BULLETIN DES SÉANCES. XXXV de Great Yarmouth, Norfolk. J'ai trouvé la N. sculpta et le C. clypeus dans le dépôt de Santa Fiore de l'Italie; ils y sont très-rares, surtout le dernier. La grande rareté de la N. sculpta dans ce dépôt rend très- douteux que la .Y. vostrata soit identique avec la .Y. sculpta. Ehrenberg n'y trouva jamais le C. clypens qu'il n'indique pas dans cette, localité. La ligure que donne Kùtzing de la N. vostrata ressemble par son contour à la N. sculpta et sans doute, d'après un exemplaire trouvé par lui dans le dépôt de Santa Fiore (Ehrenberg ne le figure pas). II remarque, en outre, que les stries sont fines et ne se voient que sur les valves sèches, mais il ne parle pas de l'espace dénudé impair. W. Smith ne remarqua pas non plus cet espace sans gra- nules. N'ayant jamais eu sous les yeux des individus au- thentiques de la Nav. lumens, je suis enclin à douter de l'identité de cette forme, mais il est possible que Smith n'ait observé que des individus conservés dans le baume. Grùnow dans son travail intitulé : Ueber neue oclev ungenùgend gekannte Algen,j>. 540, renvoie avec doute la forme Bohémienne à la N. vostrata qu'il dit ne pas avoir pu trouver dans le dépôt de Santa Fiore. Je ne pense pas que cette forme ni le C. clypens soient indigènes en ce dépôt, car aucune autre forme marine ni d'eau saumâtre ne s'y rencontre. Suvivella cavdinalis. Kitton. — S. limosa Bailey et non Brightwell, n'est bien certainement pas la même espèce que la S. guatemalensis, Ehr. comme le suggère Smidt dans son Atlas; mais elle est sans aucun doute identique à la S. ovata Ehr. La seule diffé- rence appréciable réside dans la plus grande largeur de XXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOl'IE. la partie supérieure de la valve chez la S. ovata, tandis que la longueur correspond à celle de la S. cardinalis.. La S. guatcmalensis est une espèce beaucoup plus petite qui manque de l'apparence « en charnière » du sommet que présente la première espèce. Si mon appréciation est exacte, les noms donnés par moi et par Bailey devront faire place à celui d'Ehrenbcrg et la S. ovata de Kutzing deviendra à la S. minuta, qui n'en constitue qu'une variété. La S. limosa est identique à la S. elegans Ehr. FlG. 1. Surirclla ovata. Var. cardinalis F. Fttî. -2. Sur. gualemalensh. Ehr L'assemblée décide l'impression au bulletin mensuel du travail de M. Kitton et lui vole des remerciements. L'ordre du jour étant épuisé, In séance est levée à 10 1/4 heures. BULLETIN DES SÉANCES. XXXV11 REYIE ANALYTIQUE ET CRITIQUE Reproduction des Ascomjcètes (stylospores et spermaties), par M. Maxime Cornu, Docteur ès-sciences, aide naturaliste au Muséum. L'impossibilité de faire germer les spermaties avait fait regarder ces corpuscules comme les organes mâles de la reproduction sexuée. M. Cornu, en opérant avec un liquide nutritif, a provoqué la germination des sper- maties des Diplodia acerina et vulgaris, de plusieurs Valsa, du Massaria Platani et de bien d'autres encore. Après deux mois de culture, il a même obtenu les pycnides et les stylospores de YAglaospora profusa, dont il avait semé les spermaties sur des branches de Robinia. Les spermaties doivent donc être considérées comme une sorte particulière de spores très-petites, qui ne germent pas en général dans l'eau pure, mais seule- ment dans les milieux nutritifs que ces spores rencon- trent dans l'écorce crevassée des vieux arbres. Quant au caractère distinctif des spermaties, l'auteur cherche à l'établir par une étude comparative des sper- maties et des stylospores dans un grand nombre d'es- pèces. Il croit même reconnaître l'identité de certaines conidies avec les spermaties, et l'identité d'autres coni- dies avec les stylospores. Cette heureuse simplification permettrait de ne considérer, dans la reproduction si embrouillée des Ascomycètes, que deux sortes de spores asexuées : des stylospores et des spermaties, naissant KXXVII1 SOCIÉTÉ BELGE DE MICR0SC0P1E. librement ou dans l'intérieur de cavités, et existant seules on simultanément avec les périthèces. L'auteur avoue cependant que des recherches ulté- rieures sont nécessaires pour montrer si cette concep- tion a bien toute la généralité qu'elle paraît avoir. De la fécondât ion chez les algues et en particulier chez rtlothri* seriata. Un Ulothrix que l'on ne peut rattacher avec certitude à aucune espèce connue a été nommé par M. Cornu Ulothrix seriata. Voici les particularités observées sur cette plante. 1" Reproduction asexuée : Chaque cellule donne nais- sance à deux zoospores qui sont mises en liberté par la dissolution de la membrane de la cellule-mère; cette résorption est précédée d'un gonflement considérable de la membrane. 2° Reproduction sexuée : Deux masses protoplasmi- ques munies de chlorophylle occupent d'abord les deux extrémités d'une cellule; elles s'avancent ensuite l'une vers l'autre, et après une demi-heure environ, se réu- nissent au milieu de la cellule pour se confondre en une sphère qui s'entoure plus tard d'une membrane. Ce mode de fécondation est évidemment le plus simple qu'on puisse imaginer. Il rappelle l'accouple- ment des zoospores du Pandorina Morum décrit par M. Pringsheim; mais ici c'est le plasma d'une seule et unique cellule qui se sépare en deux parties, l'une mâle, l'autre femelle, dont la réunion nouvelle constitue un acte fécondateur à l'intérieur même de la cellule-mère. C'est peut-être à des phénomènes semblables qu'il BULLETIN DES SEANCES. XXXIX faut attribuer la production des chronospores que l'on rencontre chez certaines algues, notamment les Drapar- naldia et Chœtoplwra. Causes qui clétferii&inesîà la mise en libes*té des eorps agâ!es ehez les végélasix inférieurs. On connaît Faction de la lumière sur la déhisccnce des sporanges chez les algues : deux faits curieux mon- trent de quelle manière la lumière intervient dans ce phénomène physiologique. Des prothalles de Fougère mâle, conservés dans de l'eau pure en flacon bouché, demeurent plus de seize mois dans le même état : jamais la déhiseence des an- théridies ne peut s'y opérer. Mais vient-on à retirer quelques prothalles du flacon, aussitôt les anthérozoïdes s'échappent abondamment. — Lorsqu'on cesse de re- nouveler l'eau dans laquelle on cultive certains cham- pignons aquatiques, on voit parfois un nombre con- sidérable de sporanges bien conformés rester sans changement pendant plusieurs semaines. Il suffit alors de renouveler l'eau, pour provoquer immédiatement la déhiseence de tous les sporanges. Dans ces deux cas l'aération de l'eau donne aux zoospores et aux anthérozoïdes déjà formés l'énergie suffisante pour se mettre en liberté. On peut en con- clure que c'est l'oxygène dégagé par la chlorophylle sous l'influence de la lumière qui, chez les Algues, est la cause prochaine de la déhiseence des corps agiles. D'ailleurs toute cause capable d'augmenter l'activité des mouvements protoplasmiques favorisera la sortie des corpuscules agiles : c'est ainsi qu'une élévation de XL SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. température peut provoquer la sortie des zoospores des Algues plusieurs heures après-midi. Note sur Fantliraeuose et le Cladosporiiim vitieolum. L'anthracnose est une nouvelle maladie de la vigne observée en 1877; elle est causée par un champignon, le Phoma uvicola. — Une autre maladie, due au Clados- porïurh viticolum, n'est heureusement à craindre que dans les années humides qui favorisent son développe- ment. \oE MICROSCOPIE. Propositions du Conseil. Le Conseil propose l'admission, comme membres effectifs de : M. Masquelin, à Liège, présenté par MM. Cornet et Vanden Broeck. M. Blavy, avoué licencié, à Montpellier (France), pré- senté par MM. Cornet et Ledeganck. M. Walker, industriel, à Lille, présenté par MM. Cor- net et Ledeganck. MM. Masquelin, Blavy etWalker sont élus membres effectifs de la Société. Le Conseil propose l'admission, comme membre cor- respondant de M. le docteur O.-E.-R. Zimmermann, de Chemnitz, proposé par MM. Ledeganck et Cornet. Le docteur Zimmermann est élu membre correspon- dant de la Société. Travaux des membres. M. Casse, donne lecture du rapport ci-dessous, au nom de M. Ledeganck. Messieurs, L'envoi dont le docteur Zimmermann à fait gracieu- sement hommage à la Société se compose d'une série de quarante-huit préparations, ayant trait, pour la plupart, à la mycologie et spécialement aux champignons infé- rieurs, tant parasites que saprophytes. Nous y remarquons tout d'abord la série si nombreuse BULLETIN DES SEANCES. LUI et si variée des « moisissures. » Les genres Pénicil- lium, Mueor, Aspergillus, Chœtocladium, etc., y sont représentés, dans leurs espèces les plus communes, par de magnifiques échantillons. Cette série de moisissures offre un intérêt pratique exceptionnel pour le médecin- légiste, souvent appelé, dans des cas d'empoisonnement par denrées alimentaires avariées, à préciser les espèces de champignons trouvés sur les matières saisies. La collection du docteur Zimmermann nous offre, sous ce rapport , ce que l'on peut appeler des échantillons- types. Nous remarquons ensuite une série de champignons épiphytes parmi lesquels une foule d'espèces rares et intéressantes. Nous citerons entre autres : Phytophthora infestons, le champignon qui produit la maladie de la pomme de terre; un genre très-voisin, Peronospora parasitica; le singulier A sterosporium Hoffmanni, pa- rasite du hêtre, et le non moins curieux Hirudinaria macrospora parasite de l'aubépine et dont les sporanges affectent la forme de sangsues entrelacées; le Lasiobo- tlirys lonicerœ, parasite du chèvrefeuille dont la fructi- fication simule un nid d'oiseau contenant des œufs; puis une série de genres moins rares et à espèce plus nombreuses : Melampsora; Phragmidium; Melanco- nium; Pueeinia; Mâcrosporium; Poronia; Aglaospora; Uropyxis (espèce exotique); Protomyces; Cephalotlie- rium; Bispora — représentés chacun par une ou plu- sieurs espèces. Mentionnons encore deux genres des plus intéressants quoique d'une organisation des plus élémentaires : Torula appartenant au groupe des fer- ments figurés, et Bacillus, champignon qui produit la décomposition caséeuse des œufs, et qui exige, pour LIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. être reconnu au microscope, un grossissement d'au •moins 1000 diamètres. Le docteur Zimmermann a ajouté à son intéressant envoi, une brochure portant pour titre : Les 'organismes qui produisent la décomposition des œufs. C'est un travail d'érudition, fort soigné en ce qui concerne la partie historique et bibliographique. Je propose, Messieurs, de voter des remercîments à l'auteur, et de lui décerner le titre de membre corres- pondant. L'assemblée adopte les conclusions de ce rapport. La parole est ensuite donnée à M. Alex. Fœttinger. l'n mot sur les Grégarines. Résumé de la Conférence. Après avoir exposé les caractères morphologiques et physiologiques des Protozoaires, et dit quelques mots sur leur classification, M. Fœttinger donne un aperçu de nos connaissances présentes sur les Grégarines. Il commence par faire l'historique de la question. Cavolini fut le premier qui observa ces animaux; il les découvrit dans les organes appendiculaires de l'es- tomac du Cancer depressus ; Dufour, en 1828(1), donna à ces organismes le nom de Grégarines parce qu'ils ont l'habitude de vivre en troupeaux. Depuis, nombre de savants se sont occupés de ces êtres inférieurs et ont résolu la plupart des questions relatives à leur organisation et à leur développement; "(1) Ami. se. nat., 1" série. I. XIII, p. 206, 1828. BULLETIN DES SÉANCES. LV cependant il reste encore quelques faits inexpliqués. Parmi les auteurs qui ont travaillé «à nous faire con- naître les Grégarines, on peut citer Dufour, Siebold, Hammerschmidt, Henle, Frantzius, Kcelliker, Stein, Bruch, Leydig, Leidy, A. Schmidt, Lieberkùhn, Leuckart, Rav-Lankester, Ed. Yan Beneden, Eimer et ■ A. Schneider. Les Grégarines sont des Protozoaires nucléés, possé- dant une symétrie monaxome, généralement cylindriques ou ovoïdes. Elles présentent à considérer une membrane cellulaire et un contenu fortement granuleux renfermant le noyau. Les deux extrémités du corps sont ordinaire- ment bien différenciées et montrent souvent des carac- tères particuliers. L'extrémité antérieure, qui peut être séparée de la partie postérieure par une cloison, possède parfois des appendices en forme de crochets, de trompe, etc. Chez certaines Grégarines on distingue sous la cuticule ou membrane cellulaire, une couche de fibrilles muscu- laires, de sorte que dans la description d'un de ces Pro- tozoaires, l'on doit passer en revue la cuticule, la couche de fibrilles musculaires, l'ectosarc, l'endosarc, le noyau; il faut y ajouter la ou les cloisons et les appendices du pôle céphalique. M. Fœttineer examine chacun de ces éléments. Revenant sur la forme du corps, il cite les étran- glements transversaux que celui-ci peut présenter. L'on distingue souvent près de l'extrémité antérieure un étranglement annulaire qui divise le corps en deux parties : l'une antérieure, l'autre postérieure; ces deux parties sont séparées .par une cloison. La chambre antérieure, ainsi qu'on peut le constater LV1 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. en suivant le développement embryonnaire, se forme aux dépens de l'ectosarc et les granulations que l'on y rencontre sont différentes de celles de la chambre posté- rieure. Celle-ci se constitue de l'ectosarc et de l'endosarc, dans lequel se trouve le noyau. Les dimensions de ces Protozoaires sont excessive- ment variables d'une espèce à l'autre; M. Ed. Van Beneden ' a découvert dans l'intestin du homard une Grégarine qu'il a désignée sous le nom de Gregarina gigantea et qui atteint jusqu'à 16 millimètres de long, et les grégarines sont monocellulaires! La cuticule, à simple ou à double contour, est parfai- tement transparente, sans structure; elle ne présente aucune trace de pore ; c'est une enveloppe continue qui entoure complètement le corps de l'animal. Quelquefois elle montre des stries d'ornement. De plus, la Grégarine ne possède ni pseudopodes, ni cils vibratiles. Sous la cuticule se trouve l'ectosarc ; c'est une couche d'une substance claire, assez résistante, homogène; lorsqu'elle renferme des granulations (ce qui arrive quelquefois), celles-ci sont excessivement ténues et ne ressemblent point à celles de la couche médullaire ou endosarc. L'ectosarc peut faire défaut. Cette couche ecto- sarcique est le siège des fonctions animales de l'orga- nisme; c'est elle qui est chargée de la sensibilité et de la motilité. Entre la membrane cellulaire et l'ectosarc, on trouve chez beaucoup de Grégarines une couche formée par des fibrilles parallèles entre elles et équidistantes, qui tantôt sont transversales, tantôt sont disposées en spirale; chez quelques espèces enfin, ces fibrilles s'anasto- mosent entre elles de façon à former une couche réti- BULLETIN DES SEANCES. LVII culée. Chez la Gregarina gigantea ces fibrilles circulaires ou spiraloïdes sont homogènes, transparentes, très-réfrin- gentes et font défaut en avant de la cloison qui sépare la chambre antérieure de la chambre postérieure. Que sont ces fibrilles? J M. Ed. Van Beneden, qui les observa le premier, les découvrit chez la Gregarina gigantea (1) et les considéra comme des fibrilles musculaires au même titre que celles des infusoires. Cependant, ces fibrilles ne peuvent produire les posi- tions observées chez la Gregarina gigantea , lorsqu'elle se plie plusieurs fois sur elle-même. Aussi, M. Aimé Schneider fait-il la réflexion sui- vante (2) : « Jusqu'à quel point ces fibrilles ne pour- raient-elles pas être considérées comme des organes de soutien est une question qui se laisse poser, bien qu'on ne puisse non plus prouver que cette vue soit exacte. » A cette remarque l'on peut répondre que la cuticule remplit déjà ce rôle d'organe de soutien, que ces fibrilles ne sont pas des dépendances de la cuticule, mais qu'elles se développent dans l'ectosarc, c'est-à-dire dans la couche musculaire de l'organisme; de plus, l'opinion que ce sont des fibrilles musculaires, s'accorde bien mieux avec ce que l'on connait aujourd'hui sur l'organi- sation des Protozoaires, "bien que cependant leur rôle chez les Grégarines soit encore une énigme que jusqu'à présent l'on n'a pu résoudre. L'endosarc ou substance médullaire est constitué par (1) Ed. Van Beneden. Note sur la structure des grégarines. (Bull. Acad. se. helg., & s érie, tome XXXIII, p. 210, 1873 ) (2) Aimé Schneider. Contribution à l'histoire des grégarines. (Archives de zoologie expérim. de H. de LaCaze-Duthiers, t. IV, p. j09). LVIII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. un liquide clair, visqueux, tenant en suspension une grande quantité de granulations de forme et de dimen- sions variables, et dont le nombre augmente avee la grandeur de l'animal. On distingue parfois une striation longitudinale qui peut disparaître et apparaître de nouveau, et qui pro- vient de la présence de cannelures à la surface de la couche médullaire. Les Grégarines ne présentent ni orifice buccal, ni solution de continuité dans leur cuticule ; aussi les sub- stances nutritives ne peuvent pénétrer dans leur corps que par voie d'endosmose. Le noyau, qui est situé dans l'endosarc, est ellipsoïdal ou sphérique ; sa surface est bien lisse et, par la com- pression, on peut s'assurer qu'il est vésiculeux; cepen- dant la membrane d'enveloppe est mince, car elle est susceptible de légers changements de forme quand une pression extérieure vient agir sur elle, ainsi que l'a montré M. Ed. Van Beneden (1). Certains auteurs par- lent de deux noyaux. On observe habituellement un ou plusieurs nucléoles, et, chose curieuse, ces nucléoles peuvent apparaître et disparaître spontanément comme cela a été observé chez la Gregarina gïgantea (2). On distingue chez certaines espèces (Actinocephaliis, HoplorhynchusoligocanthuSyStylorhynchusoblongatus, Stylorhyncus longirostris, Gcneiorhijncluis Monnieri (3)) (1) Ed. Van Beneden. Bulletin de l'Académie royale de Belgique; %<■ série, I. XXVIll, p. il!).) (2> Ed. Van Beneden. Bulletin de i 'Académie royale de Belgique, 2 e série, I . XXVIII, p. ii9.) (3) Aimé Schneider. Archives de zoologie expérimentale, vol. IV, page -496. BULLETIN LIES SÉANCES. LIX des appendices situés à l'extrémité antérieure du corps. Tantôt c'est une trompe plus ou moins allongée, dont l'extrémité est pourvue d'un petit plateau dentelé sur les bords, ou bien simplement arrondie; tantôt ce sont des dents très-fines disposées en séries multiples sur une trompe renflée en massue. La cloison qui sépare la chambre antérieure de la partie postérieure est complète et ne permet pas le passage des granulations d'une chambre à l'autre. Ordinairement, cette cloison est perpendiculaire au grand axe de l'animal ; mais parfois, comme dans le genre Bothriopsis, quoique insérée normalement à l'axe longitudinal de la Grégarine, cette cloison proémine à l'intérieur de la chambre antérieure pendant l'état de repos et peut, dans certains cas, se retourner comme un doigt de gant (1). M. Fœttinger passe ensuite à l'exposé du développe- ment embryonnaire des Gréçarines. Lorsque la Grégarine a atteint son complet dévelop- pement, elle s'enkyste, c'est-à-dire s'enroule sur elle- même, ou bien se dilate en un point de telle sorte que la dilatation continuant, elle a bientôt absorbé tout le corps du Prolozaire. Quel que soit le procédé, la Gréga- rine, après un certain temps, se trouve transformée en une masse sphérique, granuleuse, homogène, dans laquelle on ne distingue plus aucune partie différenciée; la cuticule, l'ectosarc, l'endosarc, le noyau, les fibrilles musculaires, etc., tout cela s'est fusionné en une seule substance granuleuse, qui prend la forme d'une sphère et s'entoure d'une membrane; la grégarine est dite alors enkystée. (i) A. Schneider. Arch. de zool. expér., t. IV, p. 515. LX SOCIÉTÉ BELGE DE MICKOSCOPIE. On a observé la conjugaison chez certaines espèces ; deux individus se rapprochent, se juxtaposent, exécutent certains mouvements, puis se confondent en une masse unique qui s'enkyste. Les kystes ont la forme de sphère; leur contenu granuleux se transforme à un moment donné en psoros- permies. Chez la Gregarina gigantea, ces kystes par divisions successives peuvent donner naissance à un plus ou moins grand nombre de kystes secondaires, qui eux produisent alors des psorospermies (1). Lorsque le kyste est constitué, la formation des pseu- donavicelles a lieu, soit par fractionnements répétés, soit par transformation de la partie périphérique de la masse granuleuse, en un nombre plus ou moins consi- dérable de petites sphères, qui deviennent plus tard des psorospermies. M. Aimé Schneider (2) relate deux faits particuliers à la formation des pseudonavicelles ou psorospermies encore appelées spores. Le premier a été observé dans des kystes de Stylo- ihynclius ohlongatus. A la périphérie du contenu kys- tique se forme des masses sporiques qui deviennent indépendantes, puis s'allongent et se mettent à exécuter des mouvements d'extension et de contraction. Ces mouvements s'arrêtent après une vingtaine d'heures, et les petites masses s'entourent d'une membrane pour constituer des spores définitives. Le second de ces faits consiste dans l'existence d'une (1) Ed. Van Beneden. Bulletin île l'Académie royale de Belyiq ne, 2, e sév'H\ t. 28, p. 454. (2) A. Schneider. Archives de zoologie expérimentale, t. IV, p. 526. BULLETIN DES SÉANCES. ' LXI phase spéciale de la formation des psorospermies chez certaines Grégav'ines (Clepsidrina .et Gamocystis), qui se caractérise par un « aspect de mosaïque ; » seulement, les observations n'ont pu être complétées sur le sort ultérieur de ces spores en voie de développement. Habi- tuellement, lorsque le kyste est suffisamment avancé en âge, il se rompt par suite de l'augmentation de volume du contenu et les spores deviennent libres. Chez le «S/;/- lorlujnclius oblongatus, où les spores présentent de si curieux mouvements, la masse centrale du kyste s'en- toure à un moment donné d'une membrane, devient un pseudokyste qui grandit peu à peu ; bientôt le kyste se rompt par suite de cet accroissement de volume et les spores, qui se sont formées entre la paroi du kyste pri- mitif et le pseudokyste, deviennent libres. Chez d'autres Grégarines encore •(ClepsidrinaetGamo- cijstis (1), on observe dans la zone superficielle des kystes, des tubes au nombre de trois, quatre, six, d'une couleur rouge-brique ou brunâtre, désignés sous le nom de sporoductes. Ceux-ci d'abord contenus à l'intérieur du kyste , font ensuite saillie à l'extérieur (phéno- mène qui est probablement dû à l'augmentation de volume de la masse kystique) et donnent passage aux spores. Les pseudonavicelles, encore désignées sous le nom de corps naviculaires, ont généralement une forme régu- lière ; elles sont simples ou concrètes ; dans ce dernier cas elles semblent résulter de la fusion de deux ou trois spores en une seule. Chez le Monocyslis du Lombric, les psorospermies sont ordinairement fusiformes, pour- vues d'un petit renflement à chacune de leurs extrémités (1) A. Schneider. Op. cit., p. 530. LX1I SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. et renferment un contenu granuleux ; ce dernier, après s'être éclairci et étendu dans toute, la longueur de la spore, se divise presque en totalité en ce que l'on a désigné sous le nom de corps falciformes; le reste du contenu forme le nucléus de reliquat (1). Si l'on comprime légèrement ces pseudonavicelles arrivées à ce moment du développement, elles se brisent et les corps falci- formes deviennent libres ; au 'moyen de réactifs appro- priés, on peut constater que ceux-ci sont pourvus chacun d'un noyau. Ces corpuscules croissent et deviennent de véritables Grégarines. Chez la Grcgarina gigantea le développement n'a pas lieu de la même façon. Yoici, en résumé, ce qui a été observé sur ce sujet par M. Ed. Van Bcneden (2). Dans l'intestin du homard, on trouve des corps moné- riens, formés d'une petite quantité de matière finement granuleuse, sans noyau ni membrane et doués de mou- vements amœboïdcs, Ces masses proviennent de psoros- permies. Après avoir mené pendant quelque temps ce genre de vie, ces corps cessent de se mouvoir, prennent une forme plus ou moins sphérique, et la couche péri- phérique de leur plasson devient plus consistante que la partie centrale. Puis, l'on voit apparaître deux pro- longements, l'un est presque dépourvu de mobilité; l'autre plus long, à contenu plus opaque, plus réfrin- gent que le premier^est très-mobile, exécute des mou- vements très-curieux et se distingue aisément de ce dernier. Ces corpuscules pourvus de bras sont désignés par le savant professeur de- l'Université de Liège sous le (1) A. Schneider. Op. cit., p. 537. (2) Ed. Van Beneden. Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 2 e série, t. 31. p. 525. BULLETIN DES SÉANCES. LXIII nom de cytodes générateurs. Lorsque le prolongement mobile s'est accru suffisamment, il se sépare du cytode, devient libre et se meut à la façon des Nématodes. Le bras rigide grandit peu à peu, se développe aux dépens du corps monérien, en absorbant petit à petit la substance de ce dernier, et prend de plus en plus les caractères du bras mobile. Ces filaments protoplas- miques sont doués d'une grande agilité; ils se meuvent dans l'intestin du homard et leurs mouvements anguilli- formes leur a fait donner par M. Ed. Van Beneden le nom de pseudofilaires. Ce même auteur a ainsi renversé expérimentalement cette opinion longtemps acceptée que les grégarines se rattachaient à l'évolution des Nématodes. Les pseudofilaires présentent une extrémité antérieure renflée contenant un amas de granulations très-réfringentes ; leur extrémité postérieure au contraire est effilée. Les pseudofilaires mènent pendant un certain temps cette vie active, puis deviennent immobiles, se raccour- cissent tout en s'élargissant, et une tache ronde, foncée, se montre au milieu du corps ; cette tache, d'abord mal délimitée, prend des contours de plus en plus nets, c'est le nucléole, autour duquel apparait plus tard une zone claire et transparente, qui deviendra le noyau de la gré- garine. Le pseudolilaire se raccourcit de plus en plus et prend une forme de biscuit. Le protoplasme proémine à l'extrémité antérieure du corps, l'ectosarc se délimite de l'endosarc, la partie postérieure croît beaucoup plus rapidement que la partie antérieure, une cloison se forme entre ces deux portions aux dépens de l'ectosarc ; puis une membrane cuticulaire prend naissance à la surface du corps; plus tard les fibrilles musculaires J.X1V SOCIÉTÉ BELGE DE BÛCROSCOPIE. apparaîtront à leur tour et la grégarine sera constituée. M. Ed. Van Beneden a donc montré que ces orga- nismes monocellulaires, les Grégarines, passent dans le cours de leur évolution, par la phase de cytode ; ce cytode donne lieu aux pseudofilaires qui ne sont qu'une forme cytodique particulière. Ensuite il se développe un nucléole, puis un noyau à l'intérieur de ce plasson comme ce savant appelle la matière granuleuse" de ces cytodes. Ce nucléole et ce noyau se forment aux dépens de substances qui se trouvaient antérieurement répandues dans la matière plassique. Les Grégarines sont douées de mouvements excessi- vement curieux. Si l'on examine un de ces organismes en vie, on le voit s'avancer lentement et uniformément sans aucune contraction apparente, sans que les granu- lations du corps se meuvent. Quelle est la cause de ce mouvement? C'est une question restée irrésolue jusqu'à ce jour. Ces Protozoaires exécutent, en outre, des mouvements de latéralité; l'animal se recourbe de façon à appliquer telle ou telle portion de son corps contre le restant ; du côté de la flexion se produit un pli, tandis que du côté opposé le contour est légèrement arrondi. Chez cer- taines espèces on observe des mouvements de projection et de rétraction d'une partie du corps. Enfin, dans le corps des Grégarines, on observe de plus des courants de la matière protoplasmique. Les Grégarines se rencontrent en parasites chez les différents groupes du règne animal. Chez les vertébrés il n'y aurait que les psorospermies oviformes, qui ne sont que des Grégarines d'une forme particulière, les BULLETIN DES SÉANCES. LXV psorospermies utriculiformes et les psorospermies des poissons (1). Chez les mollusques on trouve des formes analogues. Les arthropodes sont abondamment pourvus de ces parasites. Les vers en renferment également, du moins certains groupes, tels que les Annélides,les Tuniciers,les Turbel- lariées, les Géphyriens. On en a observé aussi chez les Holothuries. Les Grégarines se rencontrent surtout dans les organes digestifs. Chez le lapin on connait une affection du foie, dési- gnée sous le nom de tuberculose du foie, et qui est pro- duite par la présence de corps, qu'Eimer (2) a démontré être des Grégarines très-simples. Ces Grégarines affectent la forme de cellules rondes qui dérivaient, croyait-on jadis, des tissus du lapin chez lequel on observait cette maladie. Chez le lapin on connait une Grégarine de l'intestin grêle analogue à celle du foie. Ces parasites ont été trouvés également chez l'homme, où ils déterminent certaines affections appelées gréga- rinoses. Gubler (5) cite un cas où ces Protozoaires avaient envahi le foie de Phomme; Dressler et Vir- chow (4) en ont trouvé dans le même organe. Linde- man (5) a observé à Nivni-Nowgorod, dans le rein de l'homme, des Grégarines semblables à celles du foie du lapin. Le même auteur a trouvé une Grégarine dans les (1) A. Schneider. Op. cil., p. 561. (2) Eimer. Ueber die ei-oder Kugelfœrmigen psorospermien der Wir- bcUIxicrc. Wûrtzburg, 1870. (3) Comptes rendus et mémoires de la Société de biologie, 1858, p. 61 et 1859. (4) R. Leuckart. Die menschlichen Parasiten, Bd. I, p. 740. (5) R. Leuckart. Ibid., p. 741. 5 LXVI SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. cheveux d'une jeune fille, qui souffrait depuis quelque temps de maux de tête. R. Leuckart émet cependant des doutes sur la nature des parasites cités dans ce der- nier cas. Lebert (1) a observé une affection semblable du système pileux. Enfin, Eimer a vu deux cas où l'épi- thélium de l'intestin de l'homme fut entièrement envahi par ces organismes. M. Fœttinger termine sa conférence en faisant remar- quer, qu'il a simplement donné un résumé de nos connais- sances sur ces intéressants Protozoaires, et exposé d'une façon bien incomplète les découvertes et les opinions des différents auteurs qui se sont occupés de cette ques- tion. M. Fœttinger fait ensuite quelques démonstrations. Il indique la méthode employée pour se procurer les Grégarines du Lombric, et la façon dont on doit procéder pour observer les différents détails anato- miques, et les diverses phases du développement de ces organismes. L'assemblée décide l'impression au Bulletin du résumé de la conférence de M. Fœttinger. M. le docteur_H. Van Heurck adresse la communica- tion suivante : NOTES DE MICROGRAPHIE Par le D r Henri Van Heurck Professeur-Directeur du jardin Botanique d'Anvers, etc. IIÏ JLa chambre claire du D' J.-G. Hofmami. Le docteur J.-G. Hofmann (29, rue Bertrand, à (1) Lebert. Physiologie pathologique. BULLETIN DES SÉANCES. LXVII Paris) bien connu par les beaux appareils d'optique qu'il construit — et parmi lesquels ses spectroscopes à vision directe, ses polarimètres à franges et ses autres instru- ments pour la polarisation tiennent le premier rang — nous a envoyé dernièrement le premier exemplaire du modèle définitif de sa nouvelle chambre claire pour microscope. Depuis longtemps il poursuivait la réalisa- tion de cet appareil, qui est basé sur le même principe que sa chambre claire pour paysage ; mais il a fallu bien des tâtonnements pour mener l'instrument à la perfec- tion où il est maintenant. Nous pouvons parler en con- naissance de cause de ces nombreux essais, car M. Hof- mann nous a envoyé successivement des modèles bien différents, avant d'adopter celui dont il va être question dans les lignes suivantes. Cette chambre claire présente sur toutes celles que nous connaissons l'avantage de montrer le crayon avec la plus grande netteté, tout en donnant les moindres détails da l'image. Quiconque est obligé de se servir fréquemment de la chambre claire sait combien jsont ennuyeux les tâton- nements qu'exigent les appareils ordinaires, surtout quand il s'agit de reproduire des détails très-délicats, tels, par exemple, que les ponctuations des valves des diatomées. Aussi sommes-nous persuadés que ce nouvel instrument, qui supprime ces fatigants tâtonnements, sera accueilli avec la plus grande faveur par les micro- graphes. La chambre claire d'Hofmann, telle qu'elle s'applique à un microscope horizontal, est représentée dans la fig. 1 ci-jointe; la fig. 2 en montre une coupe transversale. Comme on le voit dans cette figure, elle consiste d'abord LXVIII SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. Fig. 2 L Fig.k. en une combinaison de lentilles C (et non pas une len- tille biconvexe comme l'indique la figure, qui avait été gravée d'après une combinaison antérieure reconnue, plus tard, défectueuse) qui fait fonction d'oculaire. De là, l'image reçue par la glace argentée A est renvoyée par la seconde glace, à faces parallèles, B qui la trans- met à l'œil placé en E et qui regarde directement en même temps le crayon, à travers cette glace. Deux BULLETIN DES SEANCES. LXiX verres légèrement convexes, à courbures inégales et pouvant s'employer chacun isolément, ou les deux réunis, permettent de régler la vision parfaite du crayon pour les diverses vues. Comme on le voit, cette chambre claire supprime l'oculaire ordinaire du microscope. Lorsque la chambre claire est destinée à un micros- cope vertical, ce qui est le cas le plus fréquent, on utilise les pièces fig. 5 et 4 que le constructeur joint à celle précédemment décrite. La fig. 3 est un tube coudé contenant en N un prisme à hypothénuse argentée, destiné à transformer le microscope vertical en microscope horizontal. La partie H se glisse dans le coulant du microscope tandis que la chambre claire vient s'appliquer sur la partie G du tube. Dans la partie H de cette pièce coudée s'adaptent à frottement douxles lentilles piano-convexes, à faible cour- bure, montées dans les tubes marqués 2 et 5. Ces lentilles ont pour fonction de diminuer le gros- sissement donné par l'objectif. Elles peuvent donner trois modifications graduées du grossissement. Une pre- mière diminution, d'un quart environ du grossissement primitif, est donnée en glissant la lentille n° 2 avec son tube dans la pièce H ; une deuxième (moitié du grossis- sement primitif) s'obtient en dévissant la lentille n° 2 et en glissant toute la pièce n° 3 sur le tube n° 2 (privé de sa lentille) et enfin une troisième diminution plus con- sidérable — car le grossissement n'est plus maintenant que le 1/4 de ce qu'il était primitivement — s'obtient en revissant la lentille n° 2 et en employant les lentilles 2 et 3 superposées. Toutefois ces pièces supplémentaires exigent qu'il LXX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. reste une certaine distance entre elles et l'objectif. On ne peut (Jonc les utiliser quand le tube de tirage est complètement enfoncé. Comme dans toutes les chambres claires, l'éclairage du papier doit être proportionnel à celui du microscope et, comme il est parfois utile d'assombrir le papier, M. Hofmann joint à l'instrument une petite glace à teinte enfumée, pour remplacer à volonté la glace paral- lèle blanche. M. le docteur Hofmann construit deux modèles de cette chambre claire. Le grand modèle ne diffère du petit que par la grandeur des lentilles C, qui donnent un champ do vision plus étendu. L'assemblée adresse des remercîments à MM. Fœt- tingeret Van Heurck pour leur intéressantes communi- cations. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures. REVUE Ai\ALYTI(JLE ET CIUTIQLE l)v al;;-!* ;t<|u;<' «Inh-is h charaeeis ex insillis S;mil\ iiiB a Sw. ISci*£^i*«ii, 1SÎ5 ro- |>oHutf i*. Serigtsh OHo \orES SÉANCES. LXXXIII tle la Société Entomologique suisse; de la Société de Borda à Dax; de la Société de naturalistes de Modène; de la Société des sciences naturelles de Neuchâtel; de la Société helvétique des sciences naturelles, 60° session ; de la Société d'histoire naturelle de Berne; de la Société impériale des naturalistes de Moscou; de la Société cryptogamique italienne; de la direction du Zoologi- scher Anzeiger de Leipzig ; du popular Science Review ; du Quarterly Journal de Londres; du journal de Photo- graphie de Paris. Ouvrages offerts : Manuel d'histologie normale, (l re fascicule), par le docteur J. Pelletan. Notes micrographiques, par M. R.-H.Ward, de ïroy (New-York). La diabase de Chattes, par M. A. Renard. La Société vote des remerciements à MM. Pelletan, Ward et Renard. Propositions du Conseil : Le Conseil propose Tadmissron, comme membre ef- fectif, de M. Yaughan, présenté par MM. Vanden Broeck et Rutot. M. Yaughan est élu membre effectif. Le Conseil propose l'admission, comme membre as- socié, de M. Amb. Delacre, étudiant, présenté pur MM. Ledeganck et Cornet. M. Delacre est élu membre associé. Le président annonce à l'Assemblée que le Conseil est unanimement favorable à l'acceptation du local offert au Jardin botanique de l'État. LXXXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICKOSCOP1E. La proposition du Conseil, soumise à la sanction de l'Assemblée, est adoptée à l'unanimité. En conséquence, le transfert de la Société dans les nouveaux locaux, aura lieu à bref délai. Le président propose d'adresser une lettre de remer- ciements à M. Dupont, directeur du Musée royal d'his- toire naturelle, ainsi qu'à la Société Entomologique de Belgique, pour la bienveillance qu'ils ont témoignée à la Société en lui donnant l'hospitalité dans leurs locaux. Cette proposition, appuyée par M. Michelet, est adop- tée par acclamation. Le président propose de voter des remerciements à M. Crépin, directeur du Jardin botanique de l'État et à M. Cornet, secrétaire de la Société, pour la part active qu'ils ont prise dans les démarches qui ont abouti à mettre la Société en possession d'un local. Cette proposition est adoptée à l'unanimité. Travaux des membres. M. Rutot donne lecture du travail suivant : Les diatomées terrestres Par Julien Deby, Vice-Président de la Société. Au mois de mai I8i8, Elirenberg présenta k l'Aca- démie des sciences de Berlin (I) une note sur la faune dcndrologique(Baumfauna) microscopique du Venezuela, d'après des matériaux récoltés par Karstcn sur des fou- gères parasites (Lomaria lineata et Cheilanthcs glabra Karst.) des montagnes de la côte près de La Guayra. (!) Bericlite,]i.2U. BULLETIN DES SÉANCES. LXXXV La liste des espèces renferme vingt-sept formes orga- niques vivantes, parmi lesquelles se trouvent dix espèces de rhizopodes (Arcelles et Difïlugies) et dix-neuf formes plus ou moins distinctes de diatomées, dont voici la liste : Discoplea dendrochaera (Sp. N.). Euiiotia monodon. Oallionella spiralis'l Himantidium gracile. — Arcus. Liparogyra dentrotères (Gen. et Sp. N.) — circularis — \a viciiia Formica ? — Semen — Silicula. Pinniilaria Borealis ce, a (f. n.).. — decurrens ? Porocyclia dendrophila (Gen etSp. N.). Staiironeis Fenestra? Stanvopteva, dendrobates (Sp. N.). Steplianosira epidendron (Gen. et Sp. N.). — Hamadryas — TaSiellaria trinodis. Les diagnoses des genres et des espèces nouvelles sont données dans cette notice d'Ehrenberg, mais les figures des types les plus intéressants ne furent publiées (sans aucun commentaire) qu'en 1871, dans le travail intitulé : « Ubersicht der seit 1847 forlgesetzten Unter- suchungen ûber dus von der Atmosphâre unsichtbar LXXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. getragene reiche organische Leben, etc. » Extr. »Abh. Kôn. Akad. z. Berlin (I). Au mois d'octobre 1848, Ehrenberg rendit compte de ses recherches sur les matières microscopiques portées par l'atmosphère et recueillies en divers endroits pour servir à l'étude des causes pouvant produire le choléra ainsi que comme complément à son grand ouvrage sur les poussières atmosphériques, intitulé : « Passât Staub und Blut Regen, » présenté à l'Académie en 18i7 (Abhandl.) et tiré à part avec suppléments en 1849. Ehrenberg (2) avait trouvé sur le toit de l'école vétéri- naire de Berlin YEunotia amphyoxis et la Pinnularia borealis, deux espèces qu'il avait déjà indiquées comme caractéristiques des poussières de toutes les parties du monde et de toutes les élévations au-dessus du niveau des mers. En lavant des prunes achetées par lui sur le marché public de Berlin, il retrouva dans les eaux de lavage ces deux mêmes espèces et il les obtint de nouveau en dépouillant des mousses rapportées parle docteur Peters de Mozambique. De la mousse prise sur un mur, à hauteur d'homme, à Beyrouth, en Syrie, lui fournit les mêmes espèces, ainsi que la mousse qu'il avait recueillie sur les fameux cèdres du Liban, en 182i. Il (1) Bericht, p. 379. (2) A la planche II, A. de ce dernier mémoire on trouvera : Fig. 1.2, «tauroptera dendrobates. — 5.4, IJparogyra (2) circularis. — 5 à S, — dendrotêres. — Article terminal du même. — 10.11, wiHcoplea dendrochacra. — 12 à lfi, J*tephaiioslra cpiitcndron. — 17 à 20, — Hamndryas. — 21 à 2.*>, Porocyclia dendrophila. BULLETIN DES SEANCES. LXXXVH les retrouva encore sur le sommet des tours de la place des Gendarmes, à Berlin. Dans un grand nombre des cas que nous venons de signaler et surtout parmi les derniers cités, ces diato- mées sont spécialement indiquées par Ehrenberg comme vivantes, c'est-à-dire renfermant de l'endochrôme et en voie de déduplication « lebend und in selbsttheilung. » Une nouvelle espèce trouvée sur la mousse des arbres aux environs de Berlin est ajoutée, par cet auteur, à. la liste antérieure des diatomées dendrologiques : c'est le Stephanosira europea (1). Dans son travail, publié en 1871, Ehrenberg rappelle le fait de la poussière météorique tombée en 1815 en Calabre, et qui contenait des exemplaires desséchés pen- dant la vie et au moment de la déduplication. La poussière tombée à Lyon en 1846 en renfermait également avec l'endrochrôme encore vert. Depuis cette époque, l'on a fréquemment retrouvé hors de l'eau YEunotia (Nitschia)amphyoxiset la Pinnularia borealis, avec leur contenu coloré. Dans les poussières récoltées en 1834 à la frontière russo-chinoise, en 1844 à Quito, en 1848 dans la basse Silésie et en diverses autres loca- lités, dont on trouvera la liste dans les travaux d'Ehren- berg, ce fait a été signalé. Le célèbre micrographe se demande, dans l'une de ses dernières publications (2), mais sans pouvoir y répondre, comment il se fait que parmi les quatre cents espèces de diatomées connues par lui des environs de Berlin, il soit possible que deux espèces parmi les plus (1) Un Liporogyraje L. spiralis de la Guyane, avait été figuré en 1851 dans la Mikrogeologie, p. 3-4, 5 A, f. 1.5. (2) Uebersicht, etc.,1. c, 1871, p. 102. LXXXV11I SOCIÉTÉ BELGE DE M1CU0SC0PIE. communes de celles qu'on rencontre dans les poussières atmosphériques (Passatstaub) et qui sont aussi celles que l'on rencontre le plus fréquemment dans les poussières qui se déposent à Berlin, soient de la plus grande rareté à Y état vivant au niveau du sol? Peu de naturalistes se sont occupés de la recherche des diatomées hors de leur habitat habituel dans les eaux douces, saumàtres ou marines, à l'exception de feu WalkerArnott, dans la collection duquel se trouvent deux récoltes faites par lui-même sur de la mousse recueillie sur des ormes, l'une près d'Ulverstone, l'autre à Paria-house dans le Pertshire. Une troisième récolte, en ma possession, en fut faite par C. Johnson à Ortner, Wyendale, près de Lancaster, en Angleterre, parmi YHypnum complexatum « from elm trees » et enfin une quatrième par leRév.Cresswell, près de Teignmouth, également sur la mousse des ormes. Les espèces déterminées par Walker Arnott sont, d'après ses propres annotations inédites, les suivantes : l/lverstone. Orlncr. Teignmouth. Pertshire Orthosira mirabilis -+- -4- + — — spinosa H- -f- -f" ~*~ Navicula mutica + -f- + -f- Syn. Stauroneis semen, Ehr. — Fusilla — — + I*iianulaE*ia borealis — 4- -+- + i^Iitscliia amphyoxis — — H- -f- Ainpliora a/finis — — H- — Aclinaiili«lÎBiiii coarctatum — — + — (Les croix indiquent la présence de l'espèce dans la récolte.) BULLETIN DES SÉANCES. LXXXIX Comme il y avait lieu de s'y attendre, la Nitschia amphyoxis et la Pinn. borealis existent ici en grande abondance et munies de leur endochrôme et, en outre, elles y sont accompagnées d'au moins deux des espèces décrites par Ehrenberg comme propres aux forêts du Venezuela, dans l'Amérique méridionale, car XOrthosira mirabilis W. Sm. (Syn. Brit. Diat., p. 65) reçue par cet auteur de M. Okedcn, qui l'avait rencontrée à Haverfordwest, dans le South-Wales, n'est, en réalité, que le Liparogyra dendrotères de Ehren- berg. D'autre part, XOrthosira spinosa de Grév. et de W. Smith est synonyme du Stephanosira epidendron d'Ehrenberg, mieux connu sous le nom de Melosira roseana, qui lui fut donné par Rabenhorst en 1852. Ralfs, dans Pritchard « Infusoria, » dit, en parlant de XOrth. roseana, « se trouve dans les cavernes et sur la mousse des arbres. Probablement commun. Malgré leur grande dissemblance apparente, feu le pro- fesseur Gregory croyait avoir tracé le passage du Liparo- gyra spiralis en cette espèce et un fait certain, c'est que ces deux formes sont presque invariablement asso- ciées. » Cette opinion est trop générale, car l'on trouve fort souvent XOrthosira sans son compagnon, surtout dans l'intérieur des grottes. Les plus beaux échantillons que nous possédons se rencontrent dans des récoltes faites par G. Dickie, dans une caverne située près de Skaterau, sur la côte de Kincardine qui ne contiennent pas le Liparogyra. En conclusion de ce qui précède, j'ai lieu de croire que les espèces de diatomées signalées plus haut et probablement un nombre assez considérable d'autres XC SOCIETE BELGE DE M1CROSCOPIE. doivent être considérées comme espèces essentiellement muscicoles, vivant habituellement sur les arbres et en d'autres lieux exposés aux vicissitudes atmosphériques et surtout hygrométriques. Je recommande, en consé- quence, à mes collègues micrographes, le lavage métho- dique des mousses de toutes les provenances, en vue de la formation d'une liste des bacillariées qu'elles renferment à Y étal vivant. La présence de ces espèces dans les mousses d'arbre explique aisément le fait de leur présence dans les poussières atmosphériques sans qu'on ait pu, en certains cas, les retrouver vivantes dans les eaux douces avoisinantcs. C'est la solution de la question que s'était posé Ehrenberg sans parvenir à la résoudre. 11 est fort possible que ces diatomées sont de celles où les phénomènes de la déduplication, de la conju- gaison et de la formation des spores, sont des plus actifs, rapides et faciles à suivre, car ces divers actes de la vie doivent entièrement dépendre chez elles d'averses ou de pluies passagères et cesser au retour des sécheresses. L'étude de ces espèces permettra sans doute aussi de corroborer les intéressantes observations faites par notre collègue Paul Petit sur la révivification des Diatomées. C'est surtout à ces points de vue physiologiques que l'étude des diatomées terrestres mérite notre considéra- tion et c'est dans ce but que nous attirons aujour- d'hui l'attention des naturalistes sur un sujet encore à peine ébauché, mais dont on peut attendre quelques résultats heureux pour la science. Au moment où nous terminons la notice ci-dessus, BULLETIN DES SÉANCES. XCI nous recevons une communication du Rév. Geo. Da- vidson, de Logie Coldstone, en Ecosse, diatomiste très- distingué et collectionneur persévérant de l'intéressante région qu'il habite et qui nous écrit : « Je connais fort bien ce que vous appelez les Diato- mées terrestres, ayant, il y a quelques années, fait des chasses diligentes pour en trouver. La mousse qui croît au pied des arbres, surtout des ormes, du côté exposé au Nord, en fournit le plus grand nombre. C'est là que j'ai rencontré le plus abondamment en grande pureté la Nav. borealis. Une autre source de ces diatomées est la mousse qui croît sur les toitures en terre, phénomène fréquent en Ecosse. » J'ajouterais que M. Davidson n'accepte mes conclu- sions relatives à la ressuscitation des diatomées qu'avec certaines restrictions, se basant sur le fait que les mousses retiennent fort longtemps leur humidité. Il oublie momen- tanément, sansdoute,que tous les climats ne ressemblent pas, par leur état hygrométrique presque permanent, à son pays si beau mais si brumeux, et que les montagnes de la Sierra élevée qui forme la oôte du Venezuela et que j'ai moi-même péniblement explorées il y a quelques années, sont soumises sous ce ciel brûlant à des périodes de sécheresse prolongées et excessives. Le réveil dans cette région des diatomées et des rhizopodes à coquille chitineuse qui les accompagnent presque constam- ment, semble ne pouvoir y être subit et devoir y corres- pondre au commencement de la saison des pluies tropi- cales. La Société décide l'impression du travail de M. Deby au Bulletin mensuel. XC11 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. M. Cornet, secrétaire, donne communication de la note suivante relative au microtôme de Rivet, dont il communique un exemplaire à la Société. Le microtôme de Rivet est d'une construction très- simple : il se compose d'un bloc prismatique, en bois dur, de 16 centimètres de longueur, de 6 de hauteur et de 6 de largeur. De chaque côté du prisme se trouvent deux rainures, dont l'une est parallèle aux arêtes longi- tudinales et l'autre, inclinée dans le rapport de 1 à 100; parallèlement à cette dernière rainure est placée une échelle de 10 centimètres, divisée en millimètres; chaque degré de cette échelle correspond par conséquent à une ascension de 1/10 de millimètre. La première de ces deux rainures est destinée à recevoir un bloc de bois, qui y glisse à frottement doux et sur lequel se trouve le rasoir destiné à faire les coupes. Le rasoir est solidement maintenu au moyen d'une vis. Dans la seconde rainure se meut un bloc, également en bois, portant une pince dans laquelle on place l'objet; ce bloc porte un trait servant de repère et au moyen duquel on peut mesurer l'épaisseur de la coupe. Le fonctionnement de cet appareil est d'une grande simplicité : après avoir placé le bloc portant l'objet à la hauteur voulue, on le maintient d'une main tandis que de l'autre on fait mouvoir le rasoir, on enlève une tranche, dont l'épaisseur est en raison inverse de la hauteur à laquelle l'objet est placé (1). Le docteur Grônland qui se sert du microtôme de Rivetdepuisde nombreuses années, dit qu'il est parvenu, (1) Voir la note du docteur Grônland, Dos Rivet'she Mikrotom und seine Hcmdhalung (Zeitsch. fur Mikroskopk, du docteur E. Kaiser, Heft I. III et VIII, 1877). BULLETIN DES SÉANCES. XCIII au moyen de cet appareil, à faire des coupes d'une incomparable beauté. Dans ces derniers temps on a construit en Allemagne des microtômes en cuivre ; mais toutes ces modifications n'ont, en général, apporté aucune amélioration à l'in- strument et de plus, elles ont le désavantage d'en aug- menter considérablement le prix sans utilité appréciable. Le docteur Grônland recommande de mouiller le rasoir pour faire les coupes ; il se sert de ce procédé depuis plus de dix ans sans que l'instrument ait subi la moindre déformation. Il est à noter que c'est surtout au point de vue de la botanique que le microtôme de Rivet rend les plus grands services. M. Cornet fait ressortir que le microtôme de Topping dont il se sert, lui permet également de faire des coupes végétales d'une grande finesse, mais qu'en général en histologie les microtômes ne rendent pas les mêmes services qu'en botanique; les histologistes les plus dis- tingués ne se servent que du rasoir. Le microtôme de Rivet est néanmoins un instrument des plus recommandables. La séance se termine par la projection d'une belle série de micro-photographies, mises à la disposition de la Société par notre collègue, M. Guinard, de Mont- pellier. Les membres ont pu apprécier, une fois de plus, les services que les projections peuvent rendre à la science, surtout lorsqu'il s'agit d'un auditoire nombreux. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 1/2 heures. XCIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPÏE. REVUE ANALYTIQUE ET CRITIQUE Kcviic tles sciences naturelles de Montpellier. La Revue des sciences naturelles, qui se publie sous la direction du docteur Dubreuil, contient des analyses, faites avec beaucoup d'autorité, de tous les travaux scien- tifiques récents. Nous reproduisons, d'après cette intéressante publi- cation, les analyses suivantes, qui se rapportent aux études micrographiques. M. Hayem, dans une note (Compte vendu Aead., 12 novembre 1877) sur l'évolution des globules rouges dans le sang des Vertébrés ovipares, admet que ces glo- bules proviennent d'un élément particulier qui, dès ses premières phases de développement, est distinct des globules blancs. Ceux-ci, aussi bien chez les Vertébrés ovipares que chez les Vertébrés supérieurs, ne participent pas à la formation de globules rouges ; mais il est à remarquer que les globules rouges embryonnaires des premiers sont tout d'abord dépourvus d'hémoglobine, tandis que, quelle que soit leur exiguïté, les mêmes globules des derniers sont toujours colorés. Une deuxième note de M. Hayem (Compte rendu Acad. , 5 décembre 1877) relative au même sujet, mais dans les animaux supérieurs (Vertébrés vivipares), se termine par les considérations suivantes : « Les globules rouges » proviennent du développement plus ou moins régulier » de petits éléments incolores, délicats, très-altérables, » se modifiant rapidement dès qu'ils sont sortis des BULLETIN DES SEANCES. XCV » vaisseaux; 2° ces éléments passent par une phase » intermédiaire (dont l'étude est facilitée par l'anémie) » clans laquelle ils se perfectionnent, grossissent et se » colorent jusqu'à ce qu'ils acquièrent, souvent avant » d'avoir atteint leur diamètre normal, le caractère des » hématies. » D'après M. J. Renaut (Compte rendu Acad., 19 no- vembre 1877), « la striation musculaire est constituée » par une succession de disques épais, seuls contractiles, » et de bandes claires traversées chacune par un disque » mince et deux disques accessoires, analogues entre » eux au point de vue de la forme et jouant vraisembla- » blement un rôle identique dans la fonction ». L'œuf ( Compte rendu Acad., 19 novembre 1877) des Taenias (Tœnia pectinata et T. expansa) arrive, selon M. R. Moniez, par des divisions successives, à former une morula, pendant que la masse protoplasmatique, animée d'une vie propre, se partage en deux véritables cellules. Mais en même temps" que la division a com- mencé, une membrane vitelline s'est produite autour de l'embryon. La masse morulaire, par l'effet d'un glisse- ment sur ses deux côtés, finit par être entourée par les deux sphères deutoplasmatiqucs, qui ne se divisent pas davantage. Une grande partie de la matière qui les forme reste au pôle de l'œuf. Après plusieurs divisions successives, la morula se différencie en deux portions : l'une centrale, l'autre péri- phérique ou exoderme. Entre les feuillets existe une cavité, cavité du corps. Mais tandis que l'exodermc se XCVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. résorbe, la masse centrale conserve son caractère ; elle montrera pins tard les crochets caractéristiques. L'embryon finit par s'envelopper d'une membrane chitineuse propre, et apparaît avec les caractères qu'on lui connaît. Toutefois, les résultats énoncés ne peuvent servir à fixer la position des Cestoïdes. Ce qui est certain cepen- dant, c'est que rien, dans les faits décrits, ne rappelle ce que l'on observe chez les autres Annelés. Ce qui n'est pas moins évident, c'est que les Taenias sont des animaux relativement élevés, mais considérablement dégradés par leur parasitisme, qui est en effet le plus complet, et qu'ils ne peuvent être considérés comme de simples monda. — M. Cadiat (Compt. rend. Acad., 5 juin 1878) essaie de déterminer avec précision les caractères histo- logiques des nerfs chez les Invertébrés. La myéline, qui dans les nerfs des Vertébrés, est interposée au cylindre- axe et à la paroi du tube, les filets gris du grand sympa- thique exceptés, fait complètement défaut dans les nerfs des Crustacés, des Insectes et des Annélides ; la struc- ture des nerfs des Mollusques gastéropodes et acéphales est encore simplifiée : la gaine de Schwann manque clans presque tous les nerfs de ceux-ci. Les tubes ner- ,eux, uniquement représentés par des cylinder-axis, forment des faisceaux qu'il est difficile de dissocier. \ — Dans une Communication (Compt. rend. Acaû., 5 juin 1878) sur les relations existant entre le volume des cellules motrices ou sensitives des centres nerveux et la longueur du trajet qu'ont à parcourir les incitations qui en émanent ou les impressions qui s'y rendent, la BULLETIN DES SEANCES. XCV11 loi suivante est formulée par M. Pierret : « Les dimen- sions des cellules nerveuses sont en raison directe des distances que doivent parcourir les excitations motrices qui en partent ou les excitations sensitives qui y arri- vent. » — C'est en employant (Compt. rend. Acad., 15 juil- let 1878) à la fois la méthode des coupes et la dilacéra- tion des animaux frais que M. R. Monieza pu suivre en grande partie le développement des spermatozoïdes des Cestodes. « Les cellules primitives des follicules testiculaires, après être devenues graisseuses et avoir formé des noyaux à leur intérieur, bourgeonnent, sur un de leurs hémisphères, de petites cellules qui augmentent rapide- ment en nombre et en volume. On peut suivre très-bien le noyau soulevant la membrane cellulaire, augmentant sa saillie, puis se pédiculant à la surface. Les cellules- filles, en nombre qui varie entre 10, 15, et même plus, forment bientôt une sorte de calotte dont le volume peut égaler ou même surpasser celui de la cellule-mère. Celle-ci cependant s'est accrue et s'est multipliée pour son compte par voie endogène, en même temps qu'elle poussait des cellules à sa surface. » Les cellules-tilles, se détachant toutes ensemble, produisent la figure en rosette observée par Salenski chez YAmphilina. Toute- fois, contrairement à ce dernier auteur, M. Moniez, s'appuyant sur une observation suivie, est porté à croire « que ces cellules s'isolent sans étirement, s'arrondissent deviennent des cellules-mères primitives, qui à leur tour se comporteront comme celles qui leur ont donné naissance. » 7 XCV11I SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Toute différente est la destination de cette portion de la cellule primitive qui n'a pas bourgeonné. Aucune particularité dans leur membrane d'enveloppe ne se rencontre dans un grand nombre de cellules-mères, mais les autres rapports de celles-ci rappellent, en quelque manière, ce que nous venons de décrire. « La multiplication endogène fait encore soulever la mem- brane d'enveloppe, mais il n'y a plus maintenant de lieu d'élection, et la cellule-mère se trouve bientôt hérissée d'éléments plus ou moins serrés, plus ou moins sail- lants, qui finissent par se pincer à leur extrémité en contact avec la membrane. On voit encore très-nette- ment, sous ces cellules proéminentes, la membrane cel- lulaire intacte, continuant à enserrer les cellules-filles qui n'ont pas fait hernie. » Ce sont ces nouvelles forma- tions rayonnant de la cellule-mère qui sont les vrais sper- matozoïdes. — A la séance de l'Académie des Sciences du 22 juil- let 1878 s'est produit un incident dont personne. ne se dissimulera l'importance. La Revue scientifique a publié, dans son numéro du 20 juillet dernier, un article inti- tulé : Fermentation alcoolique; (lanières expériences (1877) de Claude Bernard. Cet article est mis au jour par M. Bertbelot. Claude Bernard y conclut que « la théorie de la fermentation est détruite : L° Ce n'est pas la vie sans air, car à l'air, comme à l'abri de son contact, l'alcool se forme sans levure; — 2° Le fer- ment ne provient pas des germes extérieurs, car dans les jus aplasmatiques ou inféconds (verjus et jus pourri) le ferment ne se développe pas, quoiqu'ils soient su- crés. Si l'on ajoute du ferment, alors ils fermentent; — BULLETIN DES SEANCES. XCIX 5° L'alcool se forme par un ferment soluble en dehors de la vie, dans les fruits mûrissants ou pourris; il y a alors décomposition du fruit et non synthèse biosique de levure ou de végétation. L'air est absolument néces- saire pour cette décomposition alcoolique; — 4° Le fer- ment soluble se trouve dans le jus retiré du fruit (jus pourri) ; l'alcool continue à s'y former et à y augmenter. Avec l'infusion de levure ancienne, sa démonstration devient encore plus facile. — 5° Il y a dans la fermenta- tion deux états à étudier : «, Décomposition; b, Synthèse morphologique. » M. Berthelot a écrit que les déclarations de Claude Bernard, quelques jours avant sa mort, étaient tout à fait conformes aux affirmations générales que nous ve- nons de rapporter, affirmations en opposition formelle avec la théorie de M. Pasteur. Aussi ce dernier discute- t-il sur le caractère et la valeur de ces notes, et se hâte- t-il de dire que si l'on voulait en faire une sorte de ma- nifeste contre ses travaux, prétendre que Claude Bernard ait été convaincu de la vérité des conclusions rappelées tout à l'heure, il dirait « franchement que Claude Bernard s'est trompé, que toutes l'es expériences dont il parle sont d'ailleurs, de son propre aveu, douteuses et incer- taines », et que, suivant lui, « celles qui sont vraies sont mal interprétées. » Après la réponse de M. Pasteur, M. Berthelot se borne à demander à l'Académie l'autorisation de reproduire dans les Comptes rendus les observations qui précèdent la publication des expériences de Claude Bernard et qui en fixent le véritable caractère ; il fait observer que les notes de Claude Bernard constituent un document im- portant et qu'il ne lui a pas paru permis de supprimer. C SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. Revenant sur le même sujet dans la séance du 29 juil- let, M. Pasteur nous apprend qu'il a « eu la curiosité de voir le manuscrit même de Claude Bernard », et qu'il a « constaté que l'article de la Revue, sans doute pour les nécessités de l'impression, renferme des changements nombreux. Il en résulte que l'édition imprimée rend mal et d'une manière fort incomplète ce caractère de notes de premier jet, cette négligence de style, cet air enfin de programme d'expériences à entreprendre plu- tôt qu'elles ne sont entreprises, qui caractérisent ce manuscrit... Jusque dans les conclusions finales, la Revue a fait un contre-sens. La Revue dit : L'alcool se forme par un ferment soluble en dehors de la vie, dans les fruits mûrissants ou pourris; il y alors décomposi- tion du fruit et non, etc. Le manuscrit porte : L'alcool se forme par un ferment soluble en dehors de la vie. Dans les fruits pourris ou mûrissants, il y a alors dé- composition du fruit et non, etc. Enfin, la signature de Claude Bernard termine le texte imprimé, tandis qu'en réalité nulle part on ne la retrouve au fond des notes. » Quoi qu'il en soit, M. Pasteur dit en terminant qu'il est résolu à répéter les expériences de Claude Bernard, en se plaçant dans le courant même de ses idées pré- conçues. Der Organismus der Iiifiisionstlilere, von D r Friedrich Kitter von Stein III. Abthcilung, Leipzig, fol., 2i pi. Après un intervalle de onze années, la première partie du troisième volume du grand ouvrage de Stein sur BULLETIN DES SEANCES. Cl les infusoires, vient de paraître. Ce beau mémoire (1), résultat de patientes et longues recherches originales, renferme les généralités sur les infusoires flagellés, et constitue, comme le dit lui-même l'auteur, le tra- vail le plus laborieux qu'il ait produit. Aucun natu- raliste s'occupant de l'histoire naturelle des infusoires ne peut se passer de ce traité, dont nous ne pouvons aborder l'analyse détaillée dans les pages de notre bul- letin, tant le sujet est développé par Stein et tant il fourmille de faits intéressants et nouveaux. La deuxième partie, contenant les caractères des genres et la description des espèces, est annoncée comme devant prochainement suivre et terminer l'ouvrage. Voici la classification adoptée par Stein pour la divi- sion des infusoires qui se meuvent au moyen de fila- ments flagelliformes. On voit que, retournant aux tra- ditions d'Ehrenberg et de son école, il ramène au règne animal une foule d'organismes que la plupart des auteurs modernes considèrent comme de nature végétale. Infusoria flagellata. i. Monadina. Genres. Cercomonas. Monas. Goniomonas. Bodo. Phyllomitus. Tetramitus. Trepomonas. Hexa- mita. Lophomonas et, comme appendice, Platytheca. 2. Dendromonadina. Genres. Dendromonas. Cephalothamnium. Antho- physa. (i) Le prix élevé (75 marks) de ce volume rendra malheureusement trop rare sa présence dans les bibliothèques privées. Cil SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. 3. Spongomonadina. Genres. Gladomonas. Rhipidodendron. Spongomo- nas. Phalansterium. 4. Craspedomonadina. Genres. Codonosiga. Godonocladium. Codonodes- mus. Salpingœca. 5. Bikœcida. Genres. Rikœca. Poteriodendron. 6. Dinobryina. Genres. Epipyxis. Dinobryon. 7. Clirysomonadina. Genres. Cœlomonas. Rhopbidomonas. Microglena. Gbrysomonas. Uroglena. Syncrypta. Synura. Hymenomonas. Stylochrysalis. Cbrysopyxis. 8. Chlamydomonadina. Genres. Polytoma.Cblamydomonas.Ghlamydococcus. Pbacotus. Coccomonas. ïetraselmis. Gonium. 9. Volvocina. Genres. Eudorina. Pandorina. Stephanospbsera. Vol- vox. 10. Ilydromorina. Genres. Chlorogonium. Ghlorangium. Pyramidomo- nas. Chloraster. Spondylomorum. 1 1 . Crijptomonadina . Genres. Chilomonas. Cryptomonas. Nepbroselmis. 12. Ckloropeltidea. Genres. Cryptoglena. Chloropeltis. Phacus. 15. Euglenida. Genres. Euglcna.Colacium. Ascoglena.Ti'acbelomonas. 14. Astasiaea. Genres. Eutrepia. Astasia. Heteronema. Zygoselmis. Peranema. BULLETIN DES SÉANCES. CIII 15. Scylomonadina. Genres. Scytomonas. Petalomonas. Mcnoidium . Atrac- tonema. Phialonema. Spenomonas. Tropido- cyphus. Anisonema. Colponema.Entosiphon. Suit après ceux-ci, un second grand groupe, qui renferme les cilio-flagellés ou Peridiniens et leurs affiliés. Se basant principalement sur la présence d'une vési- cule contractile, comme le faisaient Claparède etLachman, mais d'une manière moins générale, Stein place les volvox, les eudorines, les pandorines, les euglènes, même le Chlamijdococcus pluvialis parmi les infusoires flagellés. Ses observations sur la multiplication des volvox et genres analogues confirment les belles re- cherches de Cohn. Stein accepte les vues de Clark sur la nature des éponges et donne des figures d'un grand nombre d'es- pèces nouvelles d'infusoires découvertes par lui, qui semblent établir des passages incontestés entre les in- fusoires flagellés et les vraies éponges. Nous ne citerons à l'appui de cette assertion que les figures du Rhipido- dendron{y>\. IV), des Spongomonas (pi. VI, f. 8-15), du Phalansterium (pi. VI, f. 14, et tab. VII). Dans le groupe des Craspedomonadina , Stein fait de grandes additions d'espèces, excessivement intéressantes et instructives. La famille des Monadina, dont l'étude est d'ailleurs d'une très-grande difficulté, paraît ren- fermer des êtres assez hétérogènes et peut-être quelques germes ou spores d'autres organismes. Stein ne paraît pas avoir vérifié les observations de Dallinger et Drysdale sur la biologie des monades et paraît avoir ignoré leurs travaux. CIV SOCIÉTÉ BELGE UE MICROSCOPIE. La famille des Cryptomonadina, limitée aux trois genres qu'y laisse Stein, nous paraît laisser quelque peu à désirer, d'autant plus que, d'après nos propres observations, leChilomonasparamœeium d'Ehr. ne porte qu'un seul flagelle accompagnant une membrane hyaline en forme de raquette antérieurement, dont le bord libre fait l'effet du second flagelle. Cette espèce, remplie de grains de fécule, peut-elle, malgré sa vésicule con- tractile, être classée parmi les animaux; ne constitué-t- elle pas plutôt l'un de ces jalons intermédiaires placés par la nature pour aider au renversement des idées empiriques qui continuent, malgré l'impossibilité des preuves, à vouloir faire deux règnes dans la nature, là où il n'en existe en réalité qu'un seul ? J. D. Diatoms. Edited by P. -F. Cleve and J.-D. Môller, 111 part., n°* 109-168. La troisième demi-centurie de cette belle collection, dont la préparation ne laisse rien à désirer, a paru ré- cemment. Elle renferme 60 slides. Nous y remarquons aun° 112, YHyalodiscusmaximus de Kùtzing et au n° 115 YHyalodiscus maximus var., communiqué, ainsi que d'autres bons matériaux prove- nant de l'île Saint-Paul, par notre collègue M.Paul Petit. M. Cleve doit également à M. J. Deby plusieurs prépa- rations intéressantes. Cette collection contient la plupart des espèces nou- velles décrites par M. Cleve, dans son travail sur les diatomées des mers de Java, une longue liste d'espèces des îles Baléares, ainsi que des récoltes récentes et fos- siles d'une foule d'autres localités. BULLETIN DES SÉANCES. CV Diatoiuacearmn species trpieae. H.-L. Smith, cent. IV. Le professeur H.-L. Smith, de Geneva, New-York, vient de distribuer les volumes 15, 14, 15 et 16 de ses préparations de types de diatomées. Le vol. 15 contient (501-525) des espèces du genre Navicula, parmi lesquelles la Nav. Saugerïi, Desm., récoltée aux environs de Bruxelles, par notre collègue M. Delogne. Le vol. 14, continuation des Navicula (526-552) et (555-550) espèces du genre Nitschia. Le vol. 15 (551-575), continuation du genre Nitschia, parmi lesquels la N. minutissirna, Deby, des environs de Bruxelles, jolie petite espèce, distincte de la N. mi- nutissirna W.-S., dont H.-L. Smith fait son N. dis- sipa ta. Le vol. 16 (576-400) contient les Nitschia vitrea et vivax, sept espèces d'Odontidium, trois Omphalopelta, des échantillons originaux des rares Palmeria Hard- maniana Grév. et Pleurodesmium Brebissonii K. et douze espèces de Pleurosigma. Dans cette précieuse centurie, vingt-trois espèces sont des types provenant des collections authentiques des auteurs qui les ont les premiers décrites. Atlas cler Diatomaceen, par Ad. Smidt. Les livraisons 15 et 16 de cet important ouvrage ont été remises aux abonnés. Elles contiennent des figures de diverses espèces de Coscinodiscus, dont les belles CVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICR0SC0P1E. formes discoïdes sont si fréquentes dans tous les dépôts marins, récents ou fossiles. Nous sommes heureux d'apprendre par une note dans la dernière livraison, que la santé deM. l'archidiacre Smidt est devenue meilleure, ce qui lui permettra de reprendre son travail patient et ardu. Un calcul hase sur le nombre d'espèces de diatomées du catalogue de Hahirshow, établissait une période de 80 années, pour la terminaison du travail monographique de l'atlas, en supposant sa progression aussi lente que par le passé ! J. D. Cleve a publié récemment un travail sur les diato- mées de l'archipel des Indes occidentales avec bon nom- bre d'espèces nouvelles. Un résumé, mais sans les figures, en est donné par M. Kitton dans le dernier numéro du Grevillia. Prenons bonne note que MM. Hardwicke et Bogue, à Londres, annoncent la publication prochaine d'un ou- vrage intitulé : A manuat of the Infusoria, comprising a descriptive account of ail known Flagellate, Ciliate and Tentaculiferous Protozoa. By W. Saville Kent. F.L.S., F.Z.S., F.B.M.S. with numerous illustrations. 8°. Le nom de l'auteur suffit pour nous assurer que ce livre rendra de grands services et prendra la place de celui dePritchard, qui est un peu suranné. J. D. BULLETIN DES SÉANCES. CVII Journal de micrographie, du D [ J. Pelletait (3 e année, n° 1, janvier 1879) Revue, par le D r J. Pelletan. — Les muscles de l'œsophage, leçons faites au Collège de France, par le prof. Ranvier. — La spermatogenese étu- diée chez les Gastéropodes pulnionés, par le D r Mathias Dlval. — Ou- verture angulaire des objectifs de microscope, parleD r G.-E. Rlackham (suite). — Diatomées de l'archipel des Indes occidentales {suite), par le prof. P. -T. Cleve. — Préparation des champignons microscopiques, par M. Ch.-F.-W.-T. Williams. — Microscope ïiistologique de M. Ch. Collins — Sur la formation des spores des Mésocarpees, par M. Per- ceval Wright. — Bibliographie : Recherches de M. V. Tieghem sur les Mucorinées, notice par M. A. Faure. — Laboratoire de microscopie du Journal de Micrographie. — Avis divers. La Revue du docteur Pelletau contient plusieurs notes intéressantes d'intérêt général. Le docteur Pelletan constate, non sans une vive sa- tisfaction, que l'emploi du microscope tend à se généra- liser de plus en plus en médecine et en chirurgie pour la diagnose des différentes altérations pathologiques de l'organisme et que la médecine vétérinaire vient, égale- ment, d'entrer dans cette voie, féconde en heureux ré- sultats. Le dernier recueil de médecine-vétérinaire du docteur Boulay contient plusieurs travaux hases sur les recher- ches micrographiques. « M. Mégnin, très-connu du inonde scientifique, par ses travaux sur les sarcoptides, semble avoir ouvert la voie dans laquelle sont entrés plusieurs de ses collègues en médecine- vétérinaire. Ces travaux, il est vrai, ne portent généralement que sur l'étude des parasites dont les animaux domestiques hébergent de si nombreuses espèces. M. Pelletan constate que ces recherches révèlent en- core une certaine inexpérience dans les procédés d'étude CVI1I SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. et dans l'interprétation des faits mais lorsqu'on envisage les progrès qui ont été faits dans cette voie depuis quel- ques années par les vétérinaires, l'on est en droit d'at- tendre d'eux, dans un avenir prochain, des travaux d'une réelle importance. C'est ainsi que MM. Condamine et Drouilly ont com- plété dans le Recueil des recherches antérieures sur un helminthe reconnu par eux dans les boutons hémorrha- giques qui se développent, pendant les chaleurs, dans le tissu conjonctif sous-cutané chez un nombre assez considérable de chevaux d'origine hongroise, helminthe auquel ils donnent le nom de Filaria multi-papillosa. L'étude microscopique de ce Filaria a été bien faite par les auteurs, les dessins qu'ils donnent sont bons, mais les observations, justes matériellement, sont souvent mal interprétées. Aussi M. Mégnin s'est-il chargé de commenter le travail de MM. Condamine et Drouilly en rectifiant les erreurs et complétant les observations. Les auteurs n'ont pas trouvé de larves dans le sang des bou- tons héinarrhagiques et en ont conclu que ce n'est pas dans le but de rejeter ses embryons au dehors que le ver vient à la surface de la peau causer la petite hémor- rhagie que l'on connaît. M. Mégnin n'en a pas trouvé non plus ; mais les larves des filaires, comme du reste celles de la plupart des vers nématoïdes, sont anguilli- formes et, dans l'eau, qu'elles habitent ordinairement, ne peuvent se distinguer des véritables anguillules. De plus, ces embryons sont, d'après M. Cauvet, « doués d'une grande vitalité et peuvent être desséchés sans perdre la faculté de renaître sous l'influence de l'humi- dité. » Aussi M. Mégnin ne trouvant pas de larves dans le sang de l'hémorrhagie a gratté la petite plaque de BULLETIN DES SÉANCES. CIX sang desséché et, plaçant la poussière clans l'eau, n'a pas tardé à voir certains granules s'allonger et prendre la forme d'une anguillule. Ce sont autant d'embryons de fîlaire. M. Mégnin a commencé sur le développement de ces embryons des expériences dont il rendra compte plus tard. A la Société centrale de médecine vétérinaire, M. Mé- gnin a encore présenté une note sur d'autres parasites, le Syngamus trachealis qui cause une bronchite vermineuse etépizootiquedans les faisanderies, le Strongylus minutis- simus qui cause la pneumonie lobulaire vermineuse du mouton d'Afrique, le Strongylus filaria qui produit une bronchite mortelle chez les agneaux et le Strongylus micrurus qui cause la bronchite vermineuse des veaux. Il résulte de l'intéressante note de M. Mégnin que c'est le Strongylus minutissimus qui tue les moutons d'Afri- que en causant une véritable pneumonie lobulaire, tandis que c'est le Strongylus filaria qui tue les agneaux, en France, en obstruant les bronches, et que c'est le Strongylus micrurus qui décime les veaux par un mode d'action intermédiaire entre celui du Str. minutissimus et celui de S. filaria. Puis voici venir les lapins qui meurent de la psoros- permose hépatique, c'est-à-dire, d'une maladie causée par des psorospermies et qui a, par conséquent, des_ rapports avec la pébrinc des vers-à-soie, laquelle est produite aussi, comme on le sait, par des psorospermies (corpuscules vibrants, corpuscules de Cornalia , cor- puscules ovoïdes brillants, de Pasteur). » M. R.-H. Ward, membre honoraire de la Société belge de microscopie, directeur de la partie microgra- CX SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. phique de Y American Naturalist, adresse au Journal de micrographie la copie d'une communication envoyée à toutes les Sociétés micrographiques des Etats-Unis dans le but de leur demander une participation générale aux efforts qui sont faits pour arriver à établir un système uniforme et un étalon commun en micrométrie, question qui a été posée au congrès micrographique, tenu l'année dernière par les micrographes américains, à lndiano- polis et dont la solution est réservée au prochain con- grès, qui se tiendra à Buffalo l'été prochain. Les micrographes américains se demandent si le mo- ment est venu d'adopter un étalon en micrométrie et, dans l'affirmative, s'il convient d'adopter comme base le système anglais (le pouce) ou le système métrique. Au point de vue de la première question il serait à désirer que le choix des micrographes américains se portât sur l'étalon métrique. En Europe, l'Angleterre seule fait emploi du pouce, presque tous les autres états font emploi du système métrique, qui tend à se généraliser de plus en plus, et les autres états qui ne font emploi ni de l'un ni de l'autre système, ne sont pas assez nombreux pour faire adopter leur système per- sonnel. Il est évident que la question reste posée entre le système anglais (le pouce ou fraction du pouce) et le système métrique proprement dit. Bien que les micrographes européens n'aient pas voix au congrès américain , il serait à désirer que nos confrères des États-Unis aient connaissance de l'état de la question en Europe, et la Société belge de microsco- pie pourrait même, dans cet ordre d'idées, prendre l'ini- BULLETIN DES SÉANCES. CXI tiative d'un travail d'ensemble qui pourrait être utilement transmis à nos confrères des États-Unis. Chacun sait combien il est difficile, pour ceux qui, comme nous, font emploi du système métrique, de faire des réductions micrométriques. Cette difficulté a même été cause que l'auteur de cette note n'a pas entrepris la traduction d'un travail de grande importance du doc- teur Richardson, ayant pour objet une étude micromé- trique du sang des différentes races humaines. Quant à la seconde question, elle se présente avec les mêmes difficultés physiques, quel que soit le type adopté. Les travaux originaux du Journal de micrographie contiennent une étude très-savante du docteur Ranvier sur les muscles de l'œsophage. Ce travail fera l'objet d'une note analytique dès qu'il sera terminé. Un travail du docteur Mathias Duval sur la spermato- genèse étudiée chez quelques Gastéropodes pulmonés, la suite d'un travail sur l'ouverture angulaire des objec- tifs de microscope par le docteur G.-E. Blackham, pré- sident de la Société de Microscopie de Dunkerk (Ny.). Diatomées de l'archipel des Indes occidentales, par le docteur P. -T. Cleve, professeur à l'université d'Upsal. Séance du 2 7 février 1879. Présidence de M. le D 1 ' Ledeganck, Président. Sont présents : MM. Bauwens, Bock, Casse, Colbeau, J. Coomans, Coppez, Delogne, Leclercq, Lefèvre, Lede- ganck, Renard, Rutot, Yanden Broeck et J. F. Cornet, secrétaire. CXII SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. MM. Michelet, Prinz et Gravis font excuser leur absence. Les procès-verbaux de l'assemblée générale du 25 jan- vier et de la séance mensuelle du 50 janvier sont adoptés. Correspondance. La correspondance comprend : Une lettre de la Société des naturalistes de Norfolk et Norwicb, annonçant l'envoi de ses publications. Une lettre de M. le docteur Pichardo, de Havane (Cuba), demandant à faire partie de la Société. Une lettre de l'Académie impériale des sciences de Vienne, annonçant qu'elle accepte l'échange avec les publications de la Société. Une lettre de M. Delacre, remerciant pour son admis- sion de membre associé. » Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part de la Société Entomologique de Belgique; de la Société Mala- cologique de Belgique ; de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles; de l'Académie royale des sciences de Belgique; de la direction du Musée de l'Industrie de Belgique ; de la direction de l'Athenseum belge; de la direction du Journal de photo- graphie de Paris ; de la direction du Moniteur industriel belge; de la direction de la Feuille des jeunes natura- listes; de la direction du Naturaliste canadien; de la direction du Botaniska Notiscr; de la direction du Zoo- logischer Anzeiger; de la Société de médecine de Caen BULLETIN DES SÉANCES. CXII1 et du Calvados ; de la Société d'études des sciences natu- relles de Nîmes ; de la Société française de photographie; du Croydon and Natural History Club ; de la Société des sciences, lettres et arts du Hainaut; de la Société d'his- toire naturelle de Toulouse; de la Société des sciences de Bordeaux; du Norfolk and Norwich Natural History Society. Propositions et communications du Conseil. Le Conseil propose l'admission, comme membre effectif, de M. le docteur Pichardo, de Havane (Cuba), présenté par MM. deBorre et Cornet. M. Pichardo est élu membre effectif. Le président informe la Société que MM. Prinz et Gravis ont été délégués par le Conseil pour remplir les fonctions de secrétaires-adjoints. Le quatrième volume des Annales étant terminé, les membres de la Société sont informés qu'il leur sera transmis dans le courant du mois de mars. Ceux des- tinés a la France, aux Pays-Bas et aux États-Unis seront remis à la Commission internationale des échanges. Communications des membres. Le secrétaire informe les membres qu'il se trouvera, ainsi que les secrétaires-adjoints, le jeudi de chaque semaine, à 7 1/2 heures du soir, au local de la Société. Travaux des membres. M. Renard, dans une communication verbale, résume les recherches sur les sédiments des mers profondes rapportés par l'expédition anglaise du Challenger. CX1V SOCIÉTÉ KELGE DE M1CROSCOPIE. M. L. Bauwens, après avoir rappelé que la question de l'étalon micrométrique se trouve à l'ordre du jour chez les micrographes américains depuis le Congrès d'Indianopolis, expose quelques considérations sur ce sujet. Il rappelle sommairement les moyens employés par les anciens micrographes pour mesurer les dimensions des objets ainsi que l'amplification des lentilles. M. Bauwens montre l'arbitraire des unités successi- vement proposées. Quelques-unes de celles-ci sont des plus singulières ; la plupart d'entre elles cependant se basent sur la subdivision de la mesure de longueur adoptée dans les divers pays. Les tableaux donnés par les auteurs, pour la compa- raison des unités micrométriques ainsi que pour la réduc- tion des diverses mesures, montrent, non-seulement les variations nombreuses de la ligne — l'unité de mesure la plus usitée, quoique différente suivant les pays — mais aussi le peu de concordance des calculs qui ont été établis pour la comparaison des mesures. M. Bauwens espère que l'adoption définitive par les micrographes de tous pays, des divisions décimales et d'une unité micrométrique uniforme : le centième ou le millième de millimètre, mettra fin au déplorable état de choses qu'il vient de dépeindre. Il voudrait que, dans le but de contribuer à cet utile progrès, la Société prenne l'initiative d'une adresse en pétition à présenter aux micrographes américains, qui doivent discuter la question au prochain Congrès de Bufïalo. M. Bauwens se propose d'ailleurs de revenir sur cette question, qu'il a étudiée depuis longtemps et sur BULLETIN DES SEANCES. CXV laquelle il a réuni des matériaux qui feront l'objet d'une communication détaillée, destinée à être soumise à la Société. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures. REVUE ANALYTIQUE ET CRITIQUE Notes obi someof the Retienlarian Rhizopoiïa of the « Challenger » Expédition, by H. B. Brady F. R. S., with plates III, IV. V, Microsc. Journ., vol. XIX, new. ser.,On new or little Known Arenaceous Types. Un résumé succinct de ce mémoire préliminaire doit nécessairement présenter de l'intérêt pour les natura- listes, surtout pour ceux qui se livrent à l'étude des organismes microscopiques ; on sait la réputation incon- testée que s'est acquise pour ces travaux l'auteur du mémoire que nous allons analyser. M. Brady se propose de communiquer quelques-uns des faits les plus saillants et les conclusions auxquelles il est amené par l'examen des Rhizopodes d'un grand nombre de sondages du « Challenger ». Dans son mémoire il s'occupe des Rhi- zopodes les plus grands du type arénacé, sur lesquels, malgré les travaux de Sars, de Carpenter, de Norman, de Reuss, de Zittel et d'autres savants, il restait encore bien des doutes. L'auteur est parvenu à jeter beaucoup de lumière sur ces types au point de vue morphologique; car non-seulement il a classé un grand nombre de formes douteuses, mais il nous offre 8 genres nouveaux, coin- CXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. prenant \ i espèces et 17 espèces nouvelles, qui viennent se ranger dans des genres déjà établis. Avant d'aborder la question morphologique, M. Brady rend compte des recherches chimiques sur la composi- tion du test des foraminifères arénacés qu'il va décrire. Avec le concours de son ami, J. T. Dunn, il a entrepris une série d'investigations chimiques qui lui permettent d'établir quelques faits importants sur la composition des enveloppes de ces organismes. Ayant à sa dispo- sition une quantité suffisante de substance à'Hyperam- mina elongata et de Cyclammina cancellata, il obtint les résultats suivants : Hyperammina elongata* Perte au feu (matières organiques et Co 2 ) 2,9 Silice 92,5 Peroxyde de fer et un peu d'alumine. . 2,0 Chaux et magnésie 2,0 99,6 Cyclammina concellata. Perte au feu (matières organiques et Co,) 7,4 Silice 80,5 Peroxyde de fer et un peu d'alumine. . 8,9 Chaux - 2,9 99/T On remarquera au premier coup d'œil la teneur élevée en peroxyde de fer, c'est ce corps qui détermine la teinte brunâtre des tests de ces deux espèces de Fihizo- podes arénacés. Il résulte aussi de ces deux analyses que le calcaire est en faible quantité relativement à la silice, BULLETIN DES SÉANCES. CXVII ce qui est en opposition avec l'idée généralement admise que la silice dans ces enveloppes, est incorporée par le calcaire. En s'appuyant sur des recherches similaires faites sur d'autres types de foraminifères, M. Brady conclut : qu'il est évident, après les faits qu'il vient d'établir, que le carbonate de calcium et le peroxyde de fer, quoique sécrétés par un grand nombre de Rhizopodes arénacés, n'est pas nécessairement la matière que l'on doit consi- dérer comme ciment des enveloppes de ces organismes; qu'une enveloppe de chitine ou une couche externe de protoplasme altéré peut être la base à laquelle adhèrent les grains de sable, ou dans laquelle ils sont plus ou moins enchâssés. Il résulte enfin de ces faits que cer- tains foraminifères ont la propriété de sécréter de la silice au point de- former une enveloppe complète; ce qui permet d'expliquer pourquoi tant de tests composés ne sont pas désagrégés par l'action des acides, c'est que leurs enveloppes sont plus ou moins formées de silice. Il est évident aussi que la nature de l'enveloppe d'un bon nombre de types arénacés normaux dépend, en grande partie, des conditions externes et accidentelles. L'auteur passe ensuite à la description des formes, nous ne pouvons qu'effleurer cette partie du mémoire en relevant l'un ou l'autre fait qui nous paraît saillant. Nous jetterons un coup d'œil rapide sur les caractères généraux des nouveaux genres; qui connaît M. Brady sait d'avance que cette partie morphologique est traitée de main de maître. La Sorosphœra cou fusa, genre nouveau et la Psom- nosphœra fusca J. E. Schulze, que l'on rencontre dans les eaux profondes, amènent l'auteur à cette conclusion CXVII1 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. importante que l'emploi des mots « Perforés » et « Imper- forés » en usage pour distinguer deux classes de fora- minifères, doit être abandonné; car les types qui viennent d'être cités prouvent que des formes arénacées peuvent être perforées. Quelques foraminifères arénacés ont donc le test plus ou moins poreux, mais les irrégularités de la surface et leur texture rugueuse font qu'on peut difficilement ob- server les pores. Pelosina, gen. nov. P. variabilis n. sp. P. rotunda. Dans ce nouveau type le test est libre, à une ou plu- sieurs chambres et les septa sont formés d'une couche épaisse de vase, il se termine par un cou allongé en chitine. Le test est mou et il n'acquiert de consistance que par sa grande épaisseur, il n'est jamais assez com- pacte pour pouvoir lui appliquer la désignation de « coquille. » Jaculella Norman, nov gen. J. acuta nov. sp. Test allongé, droit ou presque droit, fermé et effilé à une extrémité, s'élargissant graduellement à l'extrémité op- posée où se trouve l'ouverture générale. Ce type atteint de grandes dimensions, on trouve souvent des spécimens qui ont 1/5 de pouce. On a discuté pour savoir si ce test arénacé sans septa appartenait à un animal à sarcode ou à uneannélide; tout semble devoir le faire considérer comme un test de foraminifère. Rhizammina. Gen. nov. R. algue formis, sp. nov. Test libre, tabulaire, ramifié, flexible, de dimension peu définie. Texture chitino-arénacée, à l'extérieur légère- ment rugueux, couleur brunâtre. Lorsqu'on l'étalé sur une surface de couleur blanche, on voit que la masse est composée de tubes ramifiés dont le diamètre varie BULLETIN DES SÉANCES. CXIX depuis 1/200 jusqu'à 1/80 de pouce. Il n'est pas certain qu'ils croissent attachés à un autre corps. La ramifi- cation ne présente pas un plan régulier. Des fragments de polyzoa et d'autres organismes semblables sont sou- vent emprisonnés entre ces branches. Sagenella. Gen. nov. S. frondescens. Test adhérent, formé de conduits allongés, finement arénacés, se rami- fiant ou formant comme un réseau à la surface de coquilles d'autres organismes. Il est bien probable qu'il n'existe pas d'autre exemple de foraminifère avec test réticulé d'une manière bien nette. Ascliemonclla. Gen. nov. A scabra Test libre, formé d'une ou de plusieurs chambres de forme et de dimen- sions irrégulières. La partie extérieure est souvent rugueuse et criblée de spicules de spongiaires. Ce type a des affinités et une nature qui sont très-difficiles a saisir; il est impossible de décrire la multiplicité de formes que prennent les chambres ; cette espèce n'est pas commune. Thurammina. Gen. nov. Test libre ou adhérent, consistant quelquefois en une chambre unique arron- die, quelquefois formée de deux ou plusieurs chambres, qui adhèrent l'une à l'autre et que l'on serait porté, en ne jugeant que sur l'aspect, à considérer comme indé- pendantes. La surface est recouverte de nombreuses pro- tubérances perforées de forme mamelonée. — Th. pa- pillata n. sp. Th. albicann. sp. Th. Compressa n. sp. Le nombre de protubérances et leur hauteur varie beau- coup. Elles sont probablement toutes perforées, mais les ouvertures ne se remarquent souvent pas très-bien. Cyclammina. Gen. nov. C. camillala n. sp. déjà décrite en partie par Carpenter et Carter. CXX SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. Les noms suivants sont ceux de genres décrits antérieurement et dont l'auteur indique de nouvelles espèces*: Hyperamminaramosa n. sp., //. Vagans. Mar- sipella granulosa n. sip.,Rhabdammina linearis n. sp., Astrorhiza cormita n. sp., Phacopsilina vesicularis n. sp., Reophax difflugiformis n. sp., Rh. nodulosa n. sp., Rh. membranaeea n. sp., Rh. spiculifcra n. sp., Tro- chammina trullissata sp. n., IV. ringens (très-rare) n. sp., 7V. paucilocalata n. sp., 7V. coronata sp. n., Tr. lituiformis n. sp., Hormosina globulifera n. sp., 7/. ovicula sp. n. — 11 nouvelles espèces proviennent d'une profondeur de plus de 1,000 brasses, 15 ont été dra- guées à 2,000 brasses, le reste vient d'une profondeur qui dépasse 500 brasses. Nous sommes persuadé que le mémoire préliminaire de M. Brady sera accueilli avec la même faveur que les travaux antérieurs de ce savant. La note que nous venons d'analyser doit nécessairement exciter le désir de voir paraître bientôt le grand travail sur les foraminifères du « Challenger ». Les planches chromolithographiées qui représentent les formes décrites, sont d'une excellente exécution. Nous avons pu en juger en comparant la des- cription et les dessins avec les formes types de Rhizo- pode arénacés du « Challenger » qui nous ont été com- muniquées et nous devons avouer que M. Hollick, le dessinateur, a rivalisé d'exactitude et de fidélité avec M. Brady. G. F. Nous extrayons du Bulletin de la Société Minera lo- gique de France, une note très-intéressante de M. J. Tnou- let sur le fer chromé (1) : (1) Bull, de la Société Miner . de France, t. II, n° 2, p. 34, 1879. . BULLETIN DES SÉANCES. CXXI Le fer chromé n'est pas, ainsi qu'on le pensait, un corps opaque; ce minéral est transparent quand il est taillé en lame mince analogue aux préparations habi- tuelles des roches à examiner au microscope. En lumière transmise, sa nuance est le jaune mélangé de rouge, sa surface est chagrinée, il offre souvent des plages losan- giques, sections plus ou moins parfaites de cristaux octaé- driques, il manifeste un nombre assez considérable de cassures droites ou courbes remplies par la roche envi- ronnante, tantôt serpentineuse comme dans la chromite de Rôros en Norwège, tantôt calcaire comme dans la chro- mite de Nègrepont ; les bords des cristaux avoisinant ces cassures sont fréquemment imprégnés sur une cer- taine profondeur par du fer oxydulé qui donne une teinte beaucoup plus foncée et même quelquefois entièrement noire. Cet aspect avait été attribué à la Picotite qui ne contient pas au-dessus de 7 pour cent de sesquioxyde de chrome et dont il y aura lieu d'examiner la réalité en tant qu'espèce minérale distincte et nettement définie. En lumière réfléchie, la chromite a une couleur rose- violacé ou grisâtre tandis que les endroits imprégnés de fer oxydulé ont leur reflet métallique bleu caractéri- stique. Réduit en poudre, ce minéral est très-lentement atta- qué par l'acide chlorhydrique. 11 semblerait résulter de travaux actuellement en cours d'exécution que cette attaque a lieu assez irrégulièrement avec dissolution de certains éléments chimiques de préférence à certains autres. L'analyse d'un fer chromé de Nègrepont aussi purifié que possible des matières étrangères, après trois semaines de digestion dans l'acide chlorhydrique chaud, a donné comme composition : CXXII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Sesquioxyde de chrome . . 670 Magnésie 4 Alumine 168 Protoxyde de fer .... 199 1041 Le protoxyde de fer a été dosé a l'état de sesquioxyde. On sait que la chromite appartient au groupe des spi- nelles où le rapport entre l'oxygène de la base et celui de l'acide est 1 : 5; mais dans le cas actuel, ce rapport étant 1 : 6,5 il est évident que l'acide a attaqué le mi- néral. Une autre chromite de Baltimore a donné 58 à 40 pour cent de sesquioxyde de chrome. Déjà M. Fischer de Fribourg (1) avait remarqué, en se basant sur d'autres considérations, le mélange du fer oxydulé dans le fer chromé. Sur l'échantillon que j'ai plus spécialement étudié, les grains même après leur longue digestion dans l'acide et qui étaient transparents au microscope, adhéraient au barreau aimanté d'une façon indiscutable quoique faiblement. J'avais été conduit à soupçonner cette translucidité du fer chromé par une série d'expériences ayant pour but la distinction des minéraux opaques dans les plaques mi- croscopiques de roches. Bien que ce travail que j'ai été forcé d'interrompre momentanément et que je compte reprendre sous peu, s'occupe d'une question étrangère à celle qui fait l'objet de la présente communication, je prendrai néanmoins la liberté d'en dire quelques mois afin d'expliquer la façon dont j'ai obtenu l'indice de réfraction de la chromite. (l) Kriiischemilcroskopiseh-mineralogisclie Studien clans les Berichte uber die Verliandlungen der nat. gesell. zu Freiburg in B. B. V. 1870. BULLETIN DES SÉANCES. CXXIII Cette reconnaissance des minéraux opaques se fait au microscope et en lumière réfléchie. Dans ce but, j'in- stalle verticalement au centre d'un goniomètre de Babi- net très-exact et à l'aide d'un appareil susceptible de prendre une série de mouvements horizontaux, verticaux et de rotation, la plaque polie à étudier. J'envoie sur cette plaque un faisceau de lumière monochromatique polarisée perpendiculairement au plan d'incidence c'est- à-dire ayant traversé un nicol polarisateur dont la petite diagonale est horizontale, enfin je reçois le faisceau après réflexion sur la plaque, dans un microscope muni d'un nicol analyseur pouvant tourner autour de son axe et, pour plus de netteté, d'une lame dite à pénombre, con- stituée par deux moitiés de spath polies l'une et l'autre suivant une face faisant le même angle de 4 ou 5 degrés avec l'axe. Cette dernière lame, décrite par M. Calderon dans le journal de Groth, offre dans ses deux moitiés une diversité de teinte qui rend aussi sensible et par conséquent aussi aisée que possible la détermination d'une extinction, laquelle est précisément déterminée par une égalité de teinte des deux moitiés. Ainsi examinés, les corps se diviseront en deux grandes catégories, les uns éteignant entièrement ou presque entièrement (fer spéculaire, chromé, titane, oxydulé, etc.), les autres n'éteignant jamais mais pro- duisant un minimum d'éclairement (pyrite de fer, mis- pickel, galène, etc.). Les corps de la première catégorie à laquelle appartiennent les corps transparents, mani- festent donc après réflexion la polarisation rectiligne, tandis que ceux de la seconde donnent lieu à une pola- risation elliptique. Les angles d'incidence sur lesquels s'effectue soit l'ex- CXXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPJE. tinction complète soit le minimum d'éclat, varient suffi- samment dans les divers minéraux énoncés plus haut pour constituer un caractère spécifique destiné à faire reconnaître chacun d'eux. Mais, dans les corps transpa- rents, on sait que la tangente de l'angle d'incidence pour lequel a lieu l'extinction est égale à l'indice de réfraction ; le fer chromé sur lequel j'ai expérimenté éteignant avec une remarquable netteté sous un angle de 64° 50' aurait donc un indice égal à 2.0965 et en outre se comporterait en véritable corps transparent. Cette transparence d'un corps supposé opaque et étei- gnant si parfaitement après réflexion un rayon de lumière polarisée rectilignement , ne pourrait-elle pas rendre compte de certaines anomalies constatées dans les phé- nomènes de réflexion métallique? Tlic Stiicfy of Rocks, an eleiiieutary text-book of Petrology, by Frank Rutley, F. G. S. H. M., Geolo- gical Survey. London, Longmans 1879. Les progrès rapides de l'étude de la structure et de la composition, minéralogique des roches sont dus incon- testablement à l'application de nouvelles méthodes à cette branche des sciences géologiques. L'Angleterre, qui avait vu naître l'analyse microscopique des roches, ne possédait point encore de manuel où fussent con- densées les découvertes que ce mode de recherche avait provoqué, et qui permît aux élèves et aux géologues, non familiarisés avec ce genre d'études, de s'initier aux tra- vaux pôtrographiques, tels qu'on les pratique depuis quelques années. Le livre de M. Rutley vient combler cette lacune et BULLETIN DES SÉANCES. CXXV nous ne saurions trop applaudir aux résultats du labeur qu' a dû s'imposer l'auteur pour mener ce traité à bonne fin. M. Rutley, auquel on doit des recherches originales importantes sur ces matières, a suivi avec soin ce qui s'est fait durant ces dernières années sur la branche qu'il cultive avec beaucoup de succès; il a condensé dans l'ouvrage qu'il nous offre, les publications qui se sont succédé avec tant de rapidité. Ces études réclamant des connaissances d'une nature très-spéciale et d'un abord assez aride, on peut apprécier tout ce qu'il a dû coûter de peine à M. Rutley pour retracer d'une manière nette et systématique les grandes lignes de la pétrographie telle qu'on la comprend aujourd'hui. Ajoutons toutefois que ce livre n'est point une simple compilation des travaux qui ont été publiés sur cette matière; l'auteur y a laissé une bonne place à ses observations et à ses recherches personnelles. Dans un chapitre préliminaire, sont exposées d'une manière critique les méthodes sur lesquelles on se base en lithologie pour la détermination des roches; après avoir établi la définition des roches et les distinctions fondamentales entre les divers groupes des masses minérales, l'auteur rappelle les notions de géologie rela- tives aux forces qui ont modifié la surface du globe; il expose les principes fondamentaux de la stratigraphie : l'allure des roches sédimentaires, éruptives et métamor- phiques. Suivent des détails pratiques sur la manière de recueillir les échantillons, sur l'examen macroscopique, des indications très-utiles sur le montage des lames minces et sur les microscopes spécialement destinés à l'étude des roches taillées. Les propriétés optiques et cristallographiques des minéraux que l'on reconnaît CXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. dans les préparations étudiées à la lumière transmise sont exposées d'une manière concise et suffisante pour le but que l'auteur se propose d'atteindre. M. Rutley, avant d'aborder la partie pétrographique proprement dite, s'arrête à la description des minéraux qui jouent un rôle important en lithologie; leurs carac- tères macroscopiques et microscopiques sont résumés avec soin et cette partie du livre, comme tous les autres chapitres du reste, est illustrée de bonnes gravures sur bois montrant les coupes de cristaux avec les particula- rités caractéristiques ; signalons, à ce sujet, d'excellents diagrammes, entre autres celui qui montre d'une manière très-nette les sections avec leurs clivages respectifs des groupes des minéraux pyroxéniques et amphiboliques. Quelques pages sont consacrées à exposer les diverses formes de minéraux que le microscope a fait découvrir et que l'on connaît sous les noms de microlithes, cris- tallites, etc. La seconde partie du manuel comprend la lithologie descriptive. L'auteur s'appuie, dans sa classification, sur la composition chimique des roches, sur leur constitu- tion minéralogique, leurs caractères physiques, leur mode de gisement et sur l'époque géologique à laquelle elles se sont formées ; nous donnons ici les termes généraux de la classification adoptée par M. Rutley, et dont chacun des types lithologiques est décrit au point de vue macroscopique et microscopique dans les chapitres qui terminent l'ouvrage. Roches éruptives. I. Roches vitreuses. IL Roches cristallines. BULLETIN DES SEANCES. CXXV1I a. Roches type : groupe du granité. groupe de l'eurite, etc. b. Roches dans lesquelles l'élément feldspa- thique n'est pas représenté. III. Produits volcaniques incohérents. IV. Roches éruptives altérées. Roches sédimentaires. I. Séries normales. Groupe arénacé (sables). Groupe argileux (argiles). Groupe calcareux (calcaires). II. Séries modifiées. a. Sans cristallisation apparente. b. Avec cristallisation sporadique. „ . . „. [a. Non feuilletées. c. Cristallines \ . „ .„ , . . .. , ( b. feuilletées et schistoides. III. Séries à grains et à fragments grossiers. Brèches et conglomérats. IV. Tuffs et dépôts de sources. V. Dépôts de minéraux constituant des roches. Cette dernière partie du livre contient, comme la pre- mière, une exposition claire et méthodique, une descrip- tion des particularités caractéristiques des roches groupées d'après l'ordre que l'on vient d'indiquer. L'auteur, fidèle au but de faire de son livre un manuel élémentaire, n'a donné à la pétrographie descriptive que les développements qu'exigeait le plan du travail et nous sommes persuadés que cet ouvrage réalisera le but qu'il s'était proposé. R. CXXV1II SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Embryogénie des Brrozaires Thèse pour le doctorat ès-sciences naturelles soutenue devant la Faculté de Paris, par M. J. Bahiîois. (Extrait de la Revue des sciences naturelles de Montpellier, sous la direction du docteur E. Dubreuil.) La morphologie des Bryozoaires a eu le privilège d'attirer, dans ces derniers temps, l'attention de quel- ques naturalistes qui, il faut bien le dire, n'ont pas tous interprété de la même manière les détails de structure de ces animaux. Des théories diverses ont été émises, théo- ries qui attendent encore leur vérification. Quoi qu'il en soit, personne n'a encore fait de tentatives pour grouper en un seul faisceau toutes les connaissances acquises sur la structure des larves, et les coordonner en un ensemble qui pût nous donner une idée de l'em- bryogénie de ce groupe important. On doit donc savoir gré à M. J. Barrois d'avoir été le premier à entreprendre ce travail, semé de difficultés sans nombre, ainsi que d'avoir déduit certaines propositions importantes, no- tamment l'origine endodermique du système colonial des Bryozoaires. Nous ne pouvons entrer dans le détail des observa- tions très-étendues auxquelles s'est livré M. J. Barrois, et qui ont eu pour objet plus de trente-cinq espèces de larves ; nous mentionnerons seulement les propositions émises par lui comme découlant de son travail. Il croit être en droit de conclure à la communauté des formes larvaires des Bryozoaires et de les ramener à un type unique « composé d'une gastrula à deux faces opposées séparées par la couronne, l'une (aborale) beau- BULLETIN DES SEANCES. CXXIX coup plus volumineuse, opposée à la bouche, et suscep- tible de se contracter en sphincter au-dessus de la pre- mière ; l'autre (orale) portant à son centre l'ouverture buccale, et susceptible d'être recouverte de manière à former le vestibule. Toutes les larves possèdent un feuillet moyen musculaire ou graisseux, et qui se com- pose généralement d'une portion formée par la face orale (mésoderme labial) et d'une portion dépendant de la face aborale : cette dernière est plus constante, plus volumineuse, et constitue la portion essentielle du méso- derme; elle dérive, dans la plupart des cas, d'une simple délammation de l'exoderme ; mais, chez les Entoproctcs, l'intestin paraît aussi prendre part à sa for- mation; il est même possible, chez la Pédicelline, qu'elle dérive d'un pincement du bout de l'intestin, ce qui permettrait de retrouver, chez les Bryozoaires, des traces d'entérocèle. » Tel est le type dont, suivant M. J. Barrois, dérivent : 1° les larves d'Entoproctes, par différenciation des masses mésodermiques allant se mettre en relation avec la peau en trois points différents, pour former la ventouse et les organes tactiles qui leur sont spéciaux; 2° les larves de Cyclostomes, par une extension de la couronne en forme de manteau sur la face aborale; 5" enfin, les larves de Chilostomes et de Cténostomes, par une division de la face aborale en deux parties (ventouse et partie infé- rieure), suivie du retrait de cette même face. Ce sont là les trois formes larvaires principales qui dérivent du type que nous avons décrit. Mais la troisième peut se modifier et donner naissance à quatre formes d'un ordre inférieur : l'une tirera origine d'une simple extension graduelle de la couronne à la surface du corps 9 CXXX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. qu'elle recouvre complètement; quant aux trois autres, résultant d'un changement de temps dans le retrait de la face aborale, en dedans de la couronne, qui, par exception, se manifeste au début de l'embryogénie, elles auront pour caractère distinctif, soit une extension com- plète de la couronne au-dessus du corps, mais se pro- duisant plus brusquement; soit la transformation com- plète de la face aborale en ventouse, conséquence de l'exagération dans le rapprochement du sillon formateur de cette dernière; soit par la même exagération du même sillon, entraînant la disparition de la ventouse, le développement spécial de la face aborale, qui, n'étant plus affectée à cet organe, sécrète une coquille bivalve. Toujours, suivant M. Barrois, la comparaison de la couronne ciliaire de la forme larvaire des Bryozoaires nous suffît pour déduire leurs affinités. Ainsi, cette couronne peut être rapprochée, entre autres, du segment thora- cique (manteau) des Brachiopodes. Ce rapprochement est établi par M. Barrois dans les termes suivants : « Les formes larvaires des Brachiopodes se rattachent, d'après le travail de Kowalewsky, d'une manière extrê- mement intime, par les Thécidies et les Àrgiopes, à celle des Serpuîes, et par suite des Chœtopodcs, dont la couronne ciliaire divise le corps en tête et en corps, ce dernier portant l'ouverture buccale à sa portion anté- rieure. Les larves des Serpuîes, d' Argiopes et de Théci- dies sont en somme de simples larves d'Annélides dans lesquelles la seconde division (corps) s'est partagée en trois segments distincts (céphalique, thoracique, caudal), en même temps que la première (tête) a éprouvé une réduction; cette réduction de la tête, bien plus considé- BULLETIN DES SÉANCES. CXXXI rablo chez la Thécidie que chez les Serpules, finit enfin par aboutir à une disparition tout à fait complète, comme on le voit chez les Térébratules et Térébratu- lines ; à ce dernier état, les larves de Brachiopodes ne présentent plus de couronne ciliaire et ne nous offrent plus qu'une division en trois segments, dont le premier (céphalique) porte la bouche ; elles deviennent ainsi par- faitement comparables à la forme primitive des Bryo- zoaires : le segment thoraeique, transformé en manteau, joue tout à fait le rôle de la couronne ciliaire chez les Bryozoaires, tandis que les segments céphalique et caudal représentent les faces orale et aborale. Nous avons vu de même que, chez les Cyclostomes, la cou- ronne perdait ses cils vibratiles pour s'étendre en arrière en une espèce de manteau tout à fait comparable à celui des larves de Brachiopodes; les longs flagellums des larves d'Escharines rappellent également jusqu'à un cer- tain point les faisceaux de soies du segment thoraeique des Brachiopodes : les larves des Térébratules et Téré- bratulines présentent donc réellement une ressemblance étonnante avec la forme primitive des Bryozoaires. » Mais c'est surtout des Rotifères que M. J. Barrois rapproche les Bryozoaires, bien qu'il pense que, d'après l'embryogénie, des relations étroites avec les Brachio- podes susdits soient soutenablcs : « La ressemblance générale des larves d'Entoproctes, dit l'auteur en termi- nant, avec les Rotifères, me porte à conclure à une réunion plus intime avec eux. » Seize planches, dues au crayon de M. .1. Barrois, accompagnent la thèse. CXXXI1 SOCIÉTÉ BELGE DE MICKOSCOPIE. Séance du 27 mars 1879. Présidence de M. E. Vanden Broeck, vice-président. Sont présents : MM. Casse, Coppcz, Coomans, Gravis, Leclercq, Lefèvre, Michelet, Vanden Broeck, Van Hoorde, Rutot et J. F. Cornet, secrétaire. MM. Ledeganck, Renard et Prinz font excuser leur absence. Le procès-verbal de la séance du 27 février est adopté. Correspondance, La correspondance comprend : Une lettre du docteur Boecker, de Wetzlar, accom- pagnant une boîte de préparations de roches, dont il fait hommage à la Société. Une lettre de l'Académie royale des sciences de Turin, demandant l'échange de ses publications contre celles de la Société. Même demande de la direction der Gewerbeschule in Bestritz (Hongrie). Ces échanges sont adoptés. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part de la Société Entomologique de Belgique; de la Société Mala- cologique de Belgique; de la Société royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles; de l'Académie royale des sciences de Belgique; de la direction du Musée de l'Industrie de Belgique ; de la direction de l'Âthenseum belge; de la direction du Journal de photo- BULLETIN DES SEANCES. CXXXIII graphie de Paris ; de la direction du Moniteur industriel belge ; de la direction de la Feuille des jeunes natura- listes; de la direction du Naturaliste canadien; de la direction du Botaniska Notiser ; de la direction du Zoo- logischer Anzeiger; de la Société de médecine de Caen et du Calvados ; de la Société d'études des sciences natu- relles de Nîmes ; de la Société française de photographie; Zeitschrift fur Wissenschaftliche zoologie; Zeitschrift fur Mikroseopie, Berlin ; Bolletino de la Societa Àdriatica de scienze naturali in Trieste ; Naturforschende Gesell- schaft Graubùndens ; Société médico-chirurgicale de Liège; K. K. Geologischen Beichsanstalt, Vienne; Bulletin scientifique du Nord ; Association belge de pho- tographie ; Société royale de botanique ; Linnéenne du Nord de la France ; Microscopical Society of San-Fran- cisco; K. Akademie der Wissenschaften in Wien. Publications offertes par les auteurs : Floride Italiche, par Francisco Ardissone; Ueber Slephenson's System des homogenen immersion bei mikroskop objektiver; Ueber Blutkôrper-Zâhlung ; Index medieus, par le professeur Abbé. Des remercîments sont votés à MM. Francisco Ardis- sone et Abbé. Propositions du Conseil. Le Conseil propose l'admission, comme membres effectifs de : M. l'abbé Mechin, à Vais, près Le Puy. M. Miquel, micrographe de l'observatoire de Mont- souris, Paris, proposés par MM. Ledeganck et Cornet. MM. Mechin et Miquel sont élus membres effectifs de la Société. CXXX1V SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Travaux des membres. M. le docteur Boecker fait hommage à la Société d'une série de préparations pétrographiques ; après examen, l'assemblée décide l'envoi pour rapport à M. Renard. M. Cornet, secrétaire, attire l'attention de la Société sur les inconvénients que présente le mode de publi- cation des Annales ; c'est ainsi que les mémoires, qui auraient le plus grand intérêt à la publication immédiate, ne parviennent souvent aux membres que dix à douze mois après leur présentation. Les volumes des Annales contiennent une reproduction du bulletin mensuel, reproduction coûteuse et inutile, dont la suppression serait de nature à faire réaliser une somme de bénéfices assez sensibles pour pouvoir accorder aux auteurs un nombre plus considérable de tirés à part. M. Cornet se propose de développer ces différentes propositions à la prochaine séance. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à \) heures. REVUE ANALYTIQUE ET CRITIQUE Nous extrayons du Journal de micrographie, du docteur Pelletan, une conférence faite à l'École supérieure de pharmacie de Paris, par le docteur Léon Marchand, professeur agrégé chargé du cours de botanique eryptoga- mique. Celte conférence est intitulée : Des herborisa- i ions cryptogam iques. « Dans toutes les Sciences d'observation, la pratique BULLETIN DES SÉANCES. CXXXV doit féconder la théorie, l'une ne doit pas marcher sans l'autre ; après le cours, et comme complément, l'on doil trouver la démonstration. » En Botanique, cette démonstration se fait de deux manières : 1° au laboratoire, 2° à l'herborisation ; en botanique phanérogamique l'herborisation a le pas sur le laboratoire, en botanique cryptogamique, c'est l'in- verse. Cela se conçoit, la plupart de nos Cryptogames exigent pour être reconnus l'emploi du microscope ; il n'en est qu'un nombre restreint qui soient assez incon- naissables pour pouvoir être nommés à première vue comme les Phanérogames. Aussi presque tous les échan- tillons recueillis dans les herborisations doivent être rapportés au laboratoire pour être étudiés de près et nommés le lendemain de la promenade. Ceux-là seuls qui ignorent la Cryptogamie peuvent assimiler les herborisations cryptogamiques aux herborisations pha- nérogamiques. » Un laboratoire garni de microscopes, voilà ce qu'il faudrait avant tout pour compléter notre cours théo- rique. Je l'avais parfaitement compris dès la première année de mon enseignement et j'avais demandé qu'on mît un laboratoire à notre disposition ; ma demande ne fut pas accueillie parce que, me répondit-on, il existait déjà à l'École des travaux de micrographie et que l'in- stallation que je demandais ferait double emploi. J'eus beau objecter que les travaux pratiques ne concordaient en aucune façon avec les descriptions théoriques, qu'en sortant d'un cours où j'avais insisté sur la fécondation des Fucacées, l'élève était brusquement et sans transi- tion forcé de préparer les fibres de Chanvre, ou les globules du pus, et que, par contre, on leur montrait CXXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. ladite fécondation des Fucacées quand je décrivais les Fougères et les Lycopodes ; en vain j'objectai l'économie de travail que cela amènerait pour vous, l'on fut inflexible. » Après une seconde année de cours, je persiste plus que jamais dans ma manière de voir, et je suis certain que vous êtes tous de cet avis : l'enseignement de la Cryptogamie doit se faire par moitié au laboratoire et par moitié à l'amphithéâtre par le même professeur, ou, tout au moins, sous la même direction. » Vous vous êtes montré intéressés par l'histoire sèche et aride que je vous ai faite, sans aucun instru- ment ni objet de démonstration, de ces plantes infé- rieures dont les phénomènes biologiques servent à interpréter ceux qui se passent chez les êtres supérieurs ; par des efforts d'imagination inouïs vous vous êtes astreints à comprendre et à enchaîner toutes ces mer- veilleuses minuties d'un monde dont les représentants sont, pour la plupart, visibles avec le seul microscope; vous avez suivi avec moi les pérégrinations de ces Micrococcus aériens qu'on accuse d'être la cause de bien des maladies qui nous assaillent, vous avez par la pensée, et avec les yeux de la foi, assisté aux noces singulières de ces Algues, de ces Champignons et autres cryptogames; mais quel intérêt beaucoup plus grand n'eussiez-vous pas pris à tous ces sujets si l'on eût pu vous montrer ces coupables qui violent notre organisme pour nous tuer, avec quelle ardeur vous vous seriez mis à l'étude des phénomènes physiologiques si l'on eût pu vous montrer la copulation de ces Pcronospora , les des- tructeurs de la pomme de terre, et combien n'eussiez- vous pas été heureux de voir de vos yeux Y Oïdium, ce BULLETIN DES SÉANCES. CXXXVH fléau de la vigne, dont les horreurs ont été dépassées seule- ment par le phylloxéra, etc., etc. » Il m'eût certainement été bien impossible de tout vous montrer sur des échantillons frais, surtout pendant ces premières années, mais grâce à des projections sur le tableau avec la lumière oxyhydrique, je vous eusse montré les figures données par les maîtres qui ont sur- pris ces phénomènes. Voilà ce que j'avais rêvé pour ce cours, et lorsque j'acceptai la responsabilité de sa création, l'on m'avait promis de mettre à ma disposition tout ce qui pourrait aider à la réalisation de ce rêve. Vous avez vu comment les promesses faites ont été tenues. La craie et le tableau noir, voilà tout ce que l'École nous a octroyé dans sa générosité. Votre bien- veillance et votre intelligence ont suppléé à tout, et c'est pour cela que je n'ai point succombé au découragement qui me prenait parfois ; votre zèle et votre assiduité me donnaient l'exempleet me soutenaient. Aussi jeledéclare hautement : si jamais un cours de botanique cryptogamique SE CRÉE EN FRANCE, ON POURRA DIRE Qu'lL A ÉTÉ FONDÉ PAR LES ÉLÈVES DE L'ÉCOLE DE PHARMACIE DE PARIS. y> Hebborisations. Les herborisations en Cryptogamie pour être moins importantes que les recherches du labo- ratoire, n'en ont pas moins un intérêt de premier ordre et sont des exercices pratiques d'une urgence incontes- table ; aucune description, aucun dessin, aucune peinture, quelque splendidement exécutée qu'elle puisse être, bien mieux, aucun spécimen d'herbier ne peut donner l'idée d'une plante comme un simple coup d'œil jeté sur le plus piètre des échantillons en place dans la nature ; en un instant on a saisi son port, ses dimensions, sa couleur, ses relations avec les objets qui l'environnent; CXXXVHI SOCIÉTÉ BELGE HE MICROSCOPIE. ce souvenir se fixe dans la mémoire d'une façon indé- lébile. Les herborisations sont le complément indispen- sable du cours et c'est pour cela que je les ai fait figurer dans le programme et que je les ai inaugurées dès la première année de mon enseignement. » Je vous ai appris que les Cryptogames actuels sont comme les derniers reflets des végétations des premiers âges de la terre; pour chaque famille je vous ai indiqué les fossiles retrouvés; les herborisateurs cryptogamistes ne doivent donc pas se borner à explorer la surface du sol ; un grand intérêt, le plus grand peut-être, les solli- cite à rechercher dans les terrains les plus anciens les débris des espèces contemporaines des premiers jours de notre monde. — Les excursions scientifiques dans le passé ont des localités spéciales : ce sont surtout les mines de houille et nous en sommes privés dans les environs de Paris; mais je ne doute pas que dans un temps plus ou moins rapproché, il soit permis au pro- fesseur de Cryptogamie de diriger, chaque année, une de vos excursions dans les pays où l'on peut faire ample moisson de fossiles cryptogamiques. De même je vois d'ici venir un temps où, chaque année aussi, l'on cou- ronnera ce cours par une herborisation faite aux bords de la mer pour vous y faire recueillir les Algues marines les plus importantes. » Pour l'instant, restreignons nos courses à l'explo- ration de nos environs de Paris. Tout en excluant les Cryptogames visibles seulement au microscope qui encombrent l'air et les eaux; il nous reste d'assez bonnes récoltes à faire pour embarrasser les plus forts de nos cryptogamistes. Nous avons vu, en effet, que les bota- nistes se sont partagé le domaine de la Cryptogamie de BULLETIN DES SEANCES. CXXXIX telle façon que chacun , encore renfermé clans un domaine isolé, ignore, pour ainsi dire, jusqu'à l'exis- tence de ses voisins. Bien plus, dans certains cas, ce domaine est encore assez vaste pour se subdiviser lui- même en portions qui restent indépendantes les unes des autres. Or, chaque spécialiste, dans son terrain limité, avoue qu'il ne peut, tant à cause de la microsco- picité des caractères qu'en raison du polymorphisme des espèces, à première vue déterminer tel ou tel échantillon présenté; on conçoit que je n'affiche pas la pensée de vouloir être plus fort que chacun de ces spécialistes ; je me hâte donc de le déclarer, je ne suis ni assez fou, ni assez ignorant des difficultés qui hérissent l'étude des espèces Cryptogamiqucs pour avoir semblable préten- tion. » Des herborisations eryptogamiques faites pour l'instruction des élèves de l'École de pharmacie ne peuvent être que des démonstrations pratiques et fami- lières des enseignements théoriques professés au cours. Elles ne seront point de ces courses minutieuses faites en vue de la recherche de raretés qui sont, certes, d'un haut intérêt pour la Science, mais qui ne peuvent être d'aucune utilité pour vous ; la direction de telles excur- sions serait au-dessus de mes forces, l'honneur de les conduire revient, pour chaque branche, à des hommes spéciaux. Si j'ai bien compris ma mission, elle se réduit : 1° à vous mettre en état de reconnaître les cryptogames dont la connaissance s'impose an pharmacien; 2° à vous initier assez à la connaissance générale de chaque groupe pour développer en vous l'amour de cette Science, afin que, plus tard, quand vous aurez des loisirs, vous soyez portés à en poursuivre l'étude. En conséquence, j'ai CXL SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. abordé ces herborisations avec toute la timidité que commande le sentiment de ma faiblesse, mais enhardi par l'idée de vous être utile et par la certitude de vous retrouver, encore là, pour venir en aide à ma bonne volonté par votre bienveillance et votre ardeur au travail. Nous ferons pour nos herborisations ce que nous avons fait pour le cours, nous les fonderons par l'appui mutuel que nous nous apporterons. » Les herborisations eryptogamiques n'ont pour ainsi dire de commun avec les herborisations phanéroga- miqucs que le but et les lieux de recherches ; presque tout ce qui concerne la récolte, la préparation et la con- servation diffère assez pour que je me croie obligé d'insister et de vous faire une conférence sur ce sujet. Chaque groupe de cryptogames réclame des soins, des instruments de récolte, de préparation et de conserva- tion spéciaux. A. Récolte. » Il faut considérer plusieurs points. 1° Quels sont les lieux où doivent se faire les recherches? 2° Quelles sont les saisons les plus favorables à la récolte? 5° Quels sont les meilleurs moyens pour faire les récoltes de chacun d'eux et pour les rapporter au logis en vue de la préparation? » 1° Quels sont les lieux de recherche? » Les Lycopodes sont rares dans nos environs, ou les trouve à terre croissant au milieu des Mousses. Le L. clavatum se rencontre dans les bois de Versailles et de Meudon. — Les Fougères plus communes habitent les parties ombreuses des bois et les fissures humides des rochers abrités. — Les Prèles se trouveront dans BULLETIN DES SÉANCES. CXLI les lieux sableux inondés, leurs espèces sont peu abon- dantes. — C'est dans les eaux des mares et des fossés que croissent les Charagnes et les Algues, (nous ne par- lons pas des Algues marines) les Diatomées se trouvent dans les cours d'eau. — Les Mousses sont abondantes, à terre, sur les arbres, et sur les rochers humides, le Fontinalis anlipyretica est aquatique : les Hépatiques préfèrent les endroits humides ou un peu inondés, cependant quelques-unes viennent sur les rochers exposés au soleiî. — Les Lichens, les moins exigeants des cryptogames, vivent à terre, sur les arbres, sur les rochers, sur les murs, à l'ombre ou au soleil sur les débris de toute sorte. Enfin, les Champignons se trou- veront partout où il y a quelque matière organique à détruire, parasites sur les plantes, venant, coprophytes ou saprophytes, dans les endroits ombreux, les caves, les souterrains, partout, même dans les friches et au soleil. » La diversité de toutes ces stations et leur multipli- cité a un avantage pour le cryptogamiste, il peut her- boriser partout et s'il fait des excursions un peu éloignées, c'est autant pour prendre un exercice bien- faisant, que pour trouver des cryptogames. Un pot de fleur, une tuile d'un toit, le premier tronc d'arbre venu fournit au travailleur une moisson assez fructueuse pour occuper les loisirs de la semaine qui suivra. 2° Quelle est l'époque de la récolte? Règle générale. On doit récoller les plantes au mo- moment de la fructification, c'est-à-dire quand elles montrent tous leurs caractères. » Pour les phanérogamistes l'époque de l'herbori- sation commence à la mi-mai et finit fin-août; pour le CXL1I SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Cryptogamiste, ce sont là les mois où les courses sont les moins productives, excepté toutefois lorsque l'été est pluvieux; cependant il peut herboriser en tous temps, les objets de ses études étant tellement variés qu'il est toujours certain de rapporter quelque chose au labora- toire. — Nous pouvons donc herboriser en toute saison, les Lichens sont toujours aptes à être récoltés ; mais c'est en hiver à la fin des gelées, et par les premiers beaux jours du printemps que nous devons chercher les échantillons de Mousses et d'Hépatiques : c'est l'époque aussi à laquelle nous trouverons le plus grand nombre de Champignons charnus ; malgré cela, la fin de l'au- tomne rivalise presque avec le printemps pour ces derniers. — Les Lycopodes, les Fougères, les Prèles et les Charagnes, fructifient à la fin de juin et en juillet. Mais il n'en reste pas moins que, d'une façon générale, c'est l'hiver qui est la saison du Cryptogamiste ; s'il n'a pas toujours l'avantage de voyager en compagnie du soleil, il n'a pas les désagréments de la chaleur dont il grille parfois les Phanérogamistes. » 5° Moyen de récolter et de transporter les échan- tillons. » Règle générale. Il faut récolter les échantillons complets. Si cela est utile pour les phanérogames, cela est indispensable pour les cryptogames ; on doit rejeter tout échantillon incomplet parce qu'il est le plus souvent méconnaissable, impossible à dénommer; il est un embarras et ne peut être d'aucune utilité. Il faut excepter les cas peu nombreux où les plantes se présentent à état .stérile et état fertile avec des caractères différents, comme certaines Prêles; alors il faut récolter les deux états quoiqu'ils ne se présentent pas à la même époque. BULLETIN DES SÉANCES. CXLIII » Les Àcrogènes vasculaires se récoltent comme les phanérogames, on les arrache avec un pioehon ou un couteau, puis on les serre dans la boîte à herboriser ou dans le cartable. Chaque échantillon sera, aussitôt la récolte, muni d'une étiquette portant un numéro d'ordre. Les Charagnes exigent parfois l'aide d'un petit râteau en fer. Les Mousses sont en général faciles à détacher de leur support, le simple couteau suffît. Il n'en est pas de même des Lichens, à moins qu'une pluie ne soit venue les humecter la veille; pour les enlever on préférera un couteau à lame flexible. — Dans le cas où les Lichens sont saxicoles, il faut le marteau de géologue pour briser le rocher qui les porte. » Les Mousses et les Lichens demandent certaines précautions pour le transport; la plupart des échantil- lons sont petits, ils s'égarent facilement au milieu des autres plantes et perdent leur étiquette, salissent les autres échantillons, se désagrègent, etc., etc.; pour obvier à ces inconvénients on les enferme dans de petits sacs en papier assez fort, préparés à l'avance et portant chacun un numéro d'ordre. » La récolte de quelque Hépatiques se fait comme celle des Mousses, mais d'autres sont molles, friables, aqueuses, faciles à briser; les rapporter pêle-mêle avec les autres plantes dans la boîte, c'est vouloir les sacrifier, car elles se détruisent très-vite; on n'a même pas la ressource de les renfermer dans de petits sacs, car froissées, elles se collent au papier et ne peuvent plus être desséchées. C'est pour obvier à ces inconvénients que j'ai organisé un petit appareil qui permet de les rapporter en assez bon état, pour qu'il soit permis de les cultiver après l'arrivée à domicile. « Cet appareil CXLIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOIME. qui se porte avec un cordon est un tube cylindrique en f'er-blauc peint en vert, de 20 centimètres de hauteur et de 8 centimètres de diamètre, contenant six petites boîtes plates de 5 centimètres 1/2 de hauteur et tel diamètre qu'elles entrent un peu à frottement dans le cylindre. Cette précaution doit être observée, afin qu'une fois entrées elles ne puissent tomber du cylindre qui reste ouvert par sa partie supérieure. Ce cylindre est échancré à la partie inférieure de la largeur d'une demi- circonférence et de la hauteur d'une boîte ; il est fermé par un embout mobile échancré de la même façon. Cet embout tourne sur un pivot, en sorte que l'ont peut facilement mettre les deux éehancrures en rapport l'une avec l'autre. A ce moment l'appareil est ouvert, et l'on peut retirer la boîte qui se présente à l'ouverture. On y met l'Hépatique avec de la terre si l'on veut; on ferme la boîte, et on la place sur les autres par la partie supé- rieure du cylindre ; à son tour elle forme le couvercle. Chaque boîte porte un numéro, en sorte qu'il est facile sur le calepin de mentionner les particularités de tel ou tel échantillon, noms, localités, stations, etc. — Il va sans dire qu'on peut augmenter le nombre des boîtes en augmentant la longueur du tube, c'est une affaire de goût ou de besoin. On pourrait aussi augmenter leur taille, mais peut-être à tort, car celle indiquée plus haut est suffisante pour presque toutes les Hépatiques et le tube est peu gênant avec un aussi petit volume, ce qui est à considérer, surtout pour les excursions cryptoga- miques dans lesquelles on ne doit pas songer seulement à la récolte des Hépatiques (I). » (I) Veiu.ot. Guide du Botaniste lierborisant, 2 e édition, p. 263, chez J.-B. Baillière. BULLETIN DES SÉANCES. CXLV » Les Algues demandent d'autres précautions de récolte et de transport; il a fallu aussi inventer des appareils spéciaux. — Pour la récolte on se sert d'une sorte de cuiller-pochon qu'on fixe solidement à un bâton plus ou moins long : on plonge la cuiller dans l'eau et on la ramène avec les Algues qui y flottent ; on laisse reposer, puis on décante la partie superflue du liquide ; le reste est introduit dans des flacons. Ces flacons sont de taille diverses en rapport avec la récolte ou l'objet de la récolte. Les Diatomées se mettent dans des tubes. Cbaque flacon ne doit contenir que la récolle d'une seule localité, il porte, comme les tubes, un numéro d'ordre. » Les tubes à Diatomées ou les flacons à Algues plus considérables pourraient être rapportés dans la boîte à herboriser, mais outre qu'ils courent le risque de se briser, ils détériorent par leur contact tout le reste de la récolte. On a donc pensé à obvier à ces inconvénients. Certains ont proposé, pour les tubes à Diatomées, la ceinture-cartouchière des chasseurs, le tube remplacerait la cartouche ; mais avec ce système beaucoup de tubes se perdent, le botaniste étant sans cesse baissé. — M. Petit a fait transformer un sac de voyage en un sac fort com- mode à compartiments de grandeur variable suivant la grandeur des flacons ; c'est certes un moyen de transport de grande utilité. » Les Champignons qui viennent en parasites sur les feuilles, les tiges, les racines, sont recueillis suivant les cas dans la boîte, le cartable ou les sachets, mais on est bien embarrassé avec les Champignons de plus grande dimension, mous, cassants, glaireux comme les Bolets, les Agaricinées, les Clavariées, les Morilles, les Pé- 10 CXLVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICR0SC0P1E. zizes. etc., etc. Impossible de les placer dans la boîte où ils se cassent et sont salis par le reste de la récolte, impossible de les mettre dans le cartable; les envelopper dans des sacs n'empêche pas de les briser, à moins de s'astreindre à les porter à la main. Le plus simple est de les placer dans un grand panier et encore faut-il bien des précautions pour les ramener en bon état. En tout cas il ne faut pas oublier d'y placer une étiquette. » De ce que nous venons de dire, il ressort qu'un Cryptogamiste ne devrait sortir qu'armé de la formidable série d'appareils de récolte que nous résumons ainsi. A. Instruments de récolte : 1° une bêche ou un pio- chon ; 2° un couteau à lame flexible; 3° la cuiller-pochon, drague de M. Giraudy ou l'appareil de M. Petit, avec leur bâton ; 4° le petit râteau pour les Charagnes et les Algues profondes; 5° un marteau pour les Lichens saxi- coles, indispensable pour les excursions de paléontologie- cryptogamique. » B. Instruments pour serrer la récolte : 1° boîte à herboriser ordinaire ; 2° cartable ; 3° sachets ; 4° boîte à Hépatiques ; 5 n sac de M. Petit; 6° enfin un petit seau en toile pour le cas des récoltes spéciales d'Algues, en parti- culier d'Algues marines. » Il faut y joindre : » C. Pour reconnaître la récolte : 1° une loupe, soit la triloupe, la loupe Coddington, soit la loupe rodée de Brewster; 2° l'appareil Brébisson; 3"d'aprèsM.Nylander, deux petits flacons, l'un de chlorure de chaux, l'autre de potasse caustique pour certains Lichens; 4° une flore; 5° le Guide du Botaniste herborisant, de M. Verlot, qui, outre de bonnes indications générales sur les herborisa- tions, donne les listes des cryptogames que l'on peut BULLETIN DES SEANCES. CXLV1I rencontrer dans certaines herborisations des environs de Paris. » D. Pour enregistrer la récolte : » 1° Un crayon attaché par une ficelle solide de manière à être pendu après un bouton de paletot. » 2° Un carnet ou calepin de 5 ou 10 feuillets, réglés, divisés en 4 colonnes; la première contenant les numéros; la seconde réservée au nom, la troisième pour l'indica- tion de l'habitation et la quatrième pour l'indication de la localité. » 3° Des étiquettes collées d'avance sur les boîtes, les sachets, les bocaux, les tubes à Diatomées, et d'autres libres portant un fil double qu'on passe facilement autour des tiges ; toutes portent des numéros qui corres- pondent à ceux du carnet. Une plante recueillie est placée dans un sachet ou dans un bocal ou munie d'une étiquette libre, aussitôt on inscrit sur le carnet au numéro correspondant les indications que l'on a pu recueillir sur la plante, le nom si elle a^été reconnue, la localité et la station. Si ces indications sont incomplètes, il est facile de les compléter au laboratoire après examen sérieux. » Quand on herborise sans guide, il est bon en plus de se munir d'une carte routière. Dans les herborisations officielles, le soin de la direction revenant au professeur, celui-ci doit à l'avance explorer les localités afin d'éviter toute perte de temps et préparer une plus fructueuse récolte. » Ainsi qu'on peut en juger, le bagage du cryptoga- miste est autrement compliqué que celui du phanéroga- miste, aussi il est bon de s'associer pour se le partager. Tue herborisation à deux ou à quatre est très-profitable CXLV1II SOCIÉTÉ BELGE HE M1CR0SC0PIE. en ce sens. Dans les herborisations comme celles que nous avons à faire, il y a moins à s'inquiéter, chacun pouvant donner aide à ses camarades et leur prêter les instruments dont il est porteur. Il ne reste plus pour bagage que les divers appareils urgents pour rapporter les échantillons et le carnet à indications. — Le profes- seur et ses aides se chargeront de tout ce qui touche la reconnaissance des objets. B. Préparation. » La récolte rapportée au logis doit être préparée, c'est-à-dire mise dans des conditions indispensables pour prendre place dans la collection. » Règle générale. Il ne faut jamais séparer un échan- tillon de son étiquette; et il faut reproduire celle-ci pour chaque échantillon que l'on divise. » Toutes les plantes d'une récolte ne sont pas aussi exigeantes les unes que les autres. Il faut donc aller au plus pressé et préparer ceux des échantillons qui souffrent le plus de l'attente. » Les Lichens et les Mousses peuvent parfaitement attendre plusieurs jours; les Hépatiques rapportées dans l'appareil que nous avons indiqué, peuvent attendre une semaine et l'on peut même les faire végéter en ouvrant les boites et les mettant sous une cloche en maintenant un peu d'humidité. » Le reste sera préparé aussitôt que possible. Les Acrogènes vasculaires et les Characées seront séchées comme les phanérogames; disposées entre des coussinets de papier buvard, on les soumet à la presse. » Les Algues demandent des précautions très-grandes. BULLETIN DES SÉANCES. CXLFX On les retire de leurs bocaux en versant le contenu de chacun d'eux séparément, pour éviter les erreurs dans l'indication des localités, dans un vase rempli d'eau pure. On les lave, on les débarrasse des impuretés, on choisit les échantillons qu'on divise et qu'on pare sous l'eau, en retranchant certaines portions avec des ciseaux. Cela l'ait, l'échantillon ainsi paré est mis dans une cuvette faite de papier fort dont on a relevé les bords : cette sorte de cuvette est remplie d'eau, l'Algue y est étalée avec des aiguilles en épine de porc-épic et avec des pinces. Quand on lui a donné la forme voulue, on laisse écouler l'eau, puis on les fait égoutter. Alors on la porte à la presse comme les autres plantes, en ayant soin de mettre sur chaque échantillon une feuille de papier graissé de suif; sans cette précaution l'Algue se collerait au papier buvard. Ce procédé primitif est avec grand avantage remplacé par celui indiqué par M. Bornet, indispensable surtout quand il s'agit d'Algues marines. « L'échantillon à préparer étant plongé dans la cuvette fig. remplie d'eau, est nettoyé des corps étrangers qui lui sont adhérents ; puis on l'étalé grossièrement avec les doigts et l'on glisse au-dessous de lui une feuille de papier blanc et collé. On retire alors de l'eau le papier avec l'échantillon et on le place sur une planchette de bois ou sur une feuille de tôle vernie; saisissant alors la planchette de la main gauche, on l'incline doucement en divers sens en même temps qu'on arrose l'échantillon au moyen d'une petite éponge. La plante étant égouttée pendant quelques instants, on la place avec le papier qui la porte sur un coussin de papier buvard, on le couvre d'un morceau de calicot, d'un nouveau coussin et on la soumet à une pression modérée. Lorsque la récolte est CL SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. entièrement préparée on remplace les coussins mouillés par du papier suiffé et le tout est pressé assez fortement. Quelques heures après l'on change de nouveau les cous- sins sans toucher au papier suiffé et l'on continue ainsi jusqu'à ce que la dessiccation soit complète. » (Pour plus amples renseignements, voir : Instructions sur la récolte, l'étude et la préparation des Algues, par M. Ed. Bornet. Mém. Soc. des Sciences de Cherbourg, 2. IV, 1856.) » Pour les Champignons charnus l'embarras est bien plus grand, et l'on peut dire que pour les espèces char- nues on n'a aucun procédé convenable de préparation. S'il en est qu'on peut arriver à mettre en herbier en les laissant perdre un peu de leur eau, puis en les parta- geant par tranches, il en est un grand nombre d'autres pour lesquels toute tentative de ce genre échoue tant ils sont mous, fragiles, et d'altération facile. On a songé à les conserver dans des bocaux avec divers liquides, l'eau salée, l'eau vinaigrée, l'eau alcoolisée, l'eau additionnée d'acide salicylique, etc., mais ils perdront leur coloration, leur forme et par conséquent leurs principaux éléments de reconnaissance. Pour avoir quelque chose de complet, il faut y ajouter la reproduction par l'aquarelle. On représentera donc le Champignon dans ses différents états en montrant sa forme extérieure, la disposition de ses lames par rapport au pied et dans leurs rapports entre elles. Il faut représenter une coupe longitudinale, montrer si les lames sont égales ou inégales, etc; il faut bien saisir la couleur aux différents âges, examiner les spores au microscope et les dessiner en indiquant leur couleur et leurs dimensions. Enfin, laisser mûrir sur le papier légèrement gommé un chapeau tourné la BULLETIN DES SÉANCES. CLl face du côté du papier ; les spores en vieillissant tom- bent et dessinent sur le papier, la disposition des lames en restant adhérentes en des points d'où on pourra les retirer pour une étude ultérieure. » Les Lichens et les Mousses sont faciles à préparer; ils sont reviviscents et par conséquent on peut, en les mettant quelques heures dans un lieu humide, leur donner leur souplesse primitive. — Les Lichens fructi- culeux et les Mousses se sécheront alors comme des phanérogames, les Lichens crustacés devront être con- servés sur une portion de leurs supports. C. Conservation. » Il ne suffît pas de récolter les plantes, de les sécher et de les préparer, il faut les mettre en collection, la plupart en herbier. » Règles générales. 1° Il faut bien faire attention à ne point faire d'erreur d'étiquettes, et avant de coller celle qui restera à demeure, bien s'assurer des carac- tères de la plante ; 2° conserver les herbiers dans un endroit sec. » Je n'ai pas plus l'intention de vous parler de la confection d'un herbier que je n'ai eu celle de vous décrire la manière de faire le séchage des plantes. Vous trouverez les renseignements dans les livres spéciaux et en particulier dans le Guide du Botaniste herborisant, par M. Verlot; je ne veux vous en parler que parce que certaines de nos plantes cryptogames demandent des soins spéciaux et qu'il faut en être averti pour ne point se trouver pris au dépourvu. » Les Acrogènes vasculaires et les Charagnes, quand CLII SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. elles sont sorties de la presse et bien séchées, se dispo- sent comme les phanérogames et on les empoisonne de même pour les garantir des insectes qui, sans cela, les dévoreraient. — Les Algues se trouvent pour la plupart naturellement collées sur le papier à la suite de la pré- paration; si certaines n'adhèrent pas, on les retiendra avec de la colle de gomme adragante. » Les Mousses et les Hépatiques se conservent par- fois en masses ou gâteaux plus ou moins considérables sur la terre où on les a récoltées ; mais il vaut mieux diviser ces plaques en petites tranches verticales minces que l'on colle séparément sur le papier après que l'on a reconnu que les échantillons sont bien complets. Les échantillons sont en général petits et l'herbier peut être réduit à la taille du volume grand in-12 ou petit in-8°. » Quant aux Champignons, s'il s'agit de parasites de feuilles, de tiges, etc., on les conserve comme les Pha- nérogames qui les supportent. Mais s'il s'agit de ces Champignons charnus qui nous ont déjà donné tant d'embarras pour la préparation, nous retrouvons ici de nouvelles difficultés. Ceux séchés en entier sont épais et se tiennent mal en herbier; ceux fendus sont moins embarrassants, on les colle avec des bandelettes de manière à les pouvoir examiner sur leurs deux faces en soulevant et retournant l'échantillon. Ces préparations, nous l'avons dit, sont peu utiles, de plus elles se laissent facilement manger par les insectes et, pour comble d'ennui, on ne connaît guère de moyens de s'opposer à cette destruction. On a sans grand succès employé le camphre, le poivre, les infusions de tabac, de simarouba et le deutochlorure. L'acide arsénieux empêche bien BULLETIN DES SÉANCES. CLI1I les insectes, mais il détermine le développement des moisissures. » Les Lichens se mettent en herbier, toutefois, ils s'y cassent, s'y brisent, aussi les lichenologues préfèrent- ils les conserver dans de petits sachets ou dans de petites boîtes à compartiments. » Ces quelques aperçus suffiront, j'espère, pour vous donner une idée des différences de détail, très-grandes, qui distinguent les herborisations cryptogamiques des herborisations phanérogamiques, mais vous comprendrez en même temps comment elles se ressemblent par le but commun qu'elles se proposent, et par les attraits qu'elles offrent, et qui attirent chacun de nous. » Pour moi, je vois dans ces herborisations une récréation scientifique, où le sérieux de la Science doit s'unir aux agréments d'une partie de plaisir. Aussi ces excursions demandent-elles à être faites en famille, et vous tous, aussi bien que moi, tiendrez à en éloigner les gens étrangers à cette École, indifférents toujours, tapageurs souvent, dont les extravagances retombent sur nous tous, nous font perdre des privilèges que nous regrettons plus tard, sans compter qu'elles troublent la fête, en compromettant l'intimité, dans laquelle maîtres et élèves doivent aimer à se rencontrer. C'est dans ces excursions, qu'on ne saurait trop multiplier, que les uns et les autres doivent apprendre à se connaître, c'est dans ces moments d'expansion que le professeur doit, en la faisant facile et agréable, allumer ce « feu sacré » de la Science dans le cœur de ses élèves, pendant que ceux-ci, en retour, prouvent à celui qui dirige leurs efforts etallègeleurs travaux, qu'ils lui rendent l'affection qu'il a pour eux. CUV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. » Payer, mon maître, répondait, en se moquant, à ceux qui lui faisaient reproche de sa grande aménité, que la médiocrité seule est hautaine, et il prouvait chaque jour que c'est par l'affabilité qu'on fait le plus de recrues à la Science. J'ai toujours essayé de mettre ses leçons en pratique, j'ai fait mon possible pour l'imiter, il me sem- blait qu'ainsi je payais à sa mémoire la dette que j'ai con- tractée envers celui qui a dirigé mes premiers efforts et m'a, par conséquent, procuré l'honneur de professer ici. Du reste, nous sommes privilégiés entre tous vos maîtres, nous autres Botanistes, car ces herborisations nous procurent l'occasion de ces réunions familières dans des conditions exceptionnelles, les beautés de la nature dont nous essayons de surprendre les secrets prêtant un charme extrême à ces utiles délassements de l'esprit. C'est même probablement cela qui a valu à la Botanique la réputation d'être la plus aimable des Sciences. » Séance du 24 avril 1879. Présidence de M. le D r Ledeganck. Sont présents : MM. Bauwens, Casse, Coomans, De- logne, Gravis, Leclercq, Ledeganck, Lefèvre, Prinz, Butot, Vanden Broeck, Van Hoorde et J. F. Cornet, secrétaire. MM. Michel et et Benard font excuser leur absence. Le procès-verbal de la séance mensuelle du 27 mars est adopté. BULLETIN DES SÉANCES. CLV Correspondance. La correspondance comprend : Des lettres de MM. Miquel et Mechin, remerciant pour leur admission comme membres effectifs. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part des sociétés : Entomotogique de Belgique, Malacologique de Bel- gique, Boyale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de Médecine de Caenetdu Calvados, d'Études des sciences naturelles de Nîmes, Française de photo- graphie, Médico-chirurgicale de Liège, Royale de Bota- nique de Belgique, Belge de géographie, Vaudoise des sciences naturelles de Lausanne, de Borda à Dax, d'Histoire naturelle de Gratz, Microscopique de San Francisco, Boyale de microscopie de Londres, du Quekett, microscopical Club; des académies : Royale des sciences de Belgique, Boyale de médecine de Bel- gique, des Sciences de Turin; des directions : du Musée de l'industrie de Belgique, de YAtheneum belge, du Moniteur industriel belge, de la Feuille des jeunes naturalistes, du Botanika Notizer, du Zoologischer Anzeiger, de la Bévue des sciences naturelles de Mont- pellier, du Popular science Bevieiv de Londres et du Bulletin scientifique du département du nord. Publications offertes par les auteurs : Mineralogische Notizer, par M. A. de Lasaulx; Les Pestes, leur his- toire et leur prophylaxie, par le docteur van den Corput; Descriptionde l'Ovuledes environs de Bruxelles, par M. Th. Lefèvre; Élude sur les poussières organisées, par le docteur Miquel; A NewMicrolome, par S. W. Flet- CLV] SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. cher; On some neiv or imperfecllij known Podoph- thalmous Crustacea of the Leiden Muséum, by D 1 J. G. De Man; The structure of Eozoon canadense, compared wliitli that of Foraminifera by its own inves- tigations, by prof. Karl Môbius ; Môbius on Eozoon canadense, by J. W. Dawson. Propositions du Conseil. Le Conseil propose l'admission de M. Heeg, d'Orsova (Hongrie) présenté par MM. Ledeganck et Cornet. M. Heeg est élu membre effectif. Propositions des membres. M. Cornet dit que par suite de critiques fondées faites au sujet de nos publications, il y aurait lieu d'exa- miner si pour le volume VI il ne conviendrait pas d'adopter un nouveau système qui fasse disparaître les inconvénients du système actuel. La partie la plus importante des publications : les Mémoires, attendent parfois plus d'une année avant d'être livrés à la publicité. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que le travail de M. Matteo Lanzi a déjà paru depuis six mois dans d'autres publications, bien que ce travail ne soit pas encore officiellement publié par la Société. D'autre part, la reproduction des bulletins donne lieu à des frais inutiles et cette suppression donnerait lieu à une diminution d'environ 500 francs en impression et de plus 100 francs de port; ce qui porterait au minimum à 600 francs le bénéfice à réaliser sur l'impression seule. On pourrait également économiser près de BULLETIN DES SÉANCES. CLVII 200 francs sur le tirage des gravures, ce qui porterait à 800 francs le bénéfice à réaliser. Le Conseil pourrait étudier quel est le mode de publi- cation qui conviendrait le mieux; mais il est bon de signaler les publications de la Société royale de micros- copie de Londres, dans lesquelles figurent tous les travaux au fur et à mesure de leur présentation. Il est incontestable que notre Bulletin acquerra ainsi plus d'importance tout en donnant lieu à une certaine économie. Mais s'il convient de restreindre nos dépenses, il est rationnel et juste d'encourager ceux qui voudront bien honorer la Société de leurs travaux. Je proposerai donc à la Société d'accorder aux auteurs des tirés à part : Pour toute note qui ne dépasse pas une feuille d'im- pression, 50 exemplaires; au delà d'une feuille d'impres- sion, 100 exemplaires, avec couverture et titre. Cette dépense n'atteindra pas 300 francs; il restera donc un excédant d'économie sur le système actuelle- ment en usage. L'assemblée décide le renvoi de cette proposition à l'examen du conseil. La séance est levée à 10 heures. REVUE ANALYTIQUE ET CRITIQUE Nous croyons que la lettre ci-dessous du docteur CLVII1 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CK0SC0P1E. Pelletan (1), sur les préparations microscopiques, a, en raison de son caractère général, un intérêt tout particu- lier, ce qui fait que nous la reproduisons en entier. a Vous vous plaignez dans votre lettre du peu de valeur scientifique de la plupart des préparations microsco- piques que l'on trouve dans le commerce; vous avez complètement raison. A l'exception d'un petit nombre de spécialités, ces préparations sont insignifiantes. Elles sont souvent fort jolies d'aspect, installées sur un verre de choix, dans une cellule irréprochable, avec des vernis de toutes les couleurs, des étiquettes de toutes les nuances; elles ont une tournure fort élégante, mais l'objet qu'elles contiennent est banal. Les préparations de Diatomées, seules, sont la plupart du temps satisfai- santes, souvent excellentes et quelquefois merveilleuses. Tout le monde connaît les préparations de Diatomées d'Edm. Wheeler, d'A. C. Cole et son, et surtout de J.-D. Môller dont les « Typen-platte » sont de véritables chefs-d'œuvre de patience et d'habileté. Certaines pré- parations de botanique cryptogamique ont encore quelque valeur; certaines coupes, dissections ou disso- ciations relatives à l'anatomie végétale, les coupes minces dans les corps durs, animaux, minéraux, végé- taux, principalement les coupes de bois sont assez instructives; mais parmi toutes les autres classes de pré- parations dont la nomenclature remplit les catalogues, ce n'est que tout à fait par hasard que l'on rencontre un slide intéressant. » D'après ce que vous me dites, je vois que vous vous occupez d'anatomic microscopique et plus particulière- (I) Journal de Micrographie du D* Pelletan, ô e année, n° 3, p. 139. BULLETIN DES SEANCES. CLIX ment, à ce que je crois, d'anatomie entomologique. Or, ce sont précisément les préparations d'histologie, nor- male ou pathologique, sur l'homme et les vertébrés et sur les invertébrés, qui sont les plus insignifiantes. Sur les Arthropodes, entre autres, les préparateurs se bor- nent à couper quelques pattes, quelques têtes, quelques antennes, quelques trompes, quelques aiguillons, etc., à les mettre dans le baume, et voilà! — Les plus habiles préparent d'immenses insectes ou des Arachnides énormes, tout entiers, après les avoir vidés; quelques- uns sont même sous ce rapport d'une habileté extrême et réalisent des préparations réellement magnifiques d'aspect. Mais malheureusement, le tégument est seul conservé et le peu qui reste des organes internes est remplacé par une masse uniformément transparente où le microscopiste ne trouve plus rien à étudier. Et pour tous les petits animaux, c'est ainsi à l'état de masse plus ou moins transparente contenant quelques petits amas plus ou moins opaques, le tout recouvert d'un tégument bien conservé, qu'ils sont réduits par le préparateur. On fait depuis quelque temps, en Angleterre, des prépara- tions, dites sans pression « (without pressure) », dans lesquelles on dépose les insectes au milieu d'une épaisse couche de baume après les avoir imprégnés d'essence pour les rendre transparents, et sans les comprimer, ce qui ne les déforme pas. On peut sur certaines de ces préparations quand elles sont bien réussies — et elles réussissent assez bien sur les araignées, — apercevoir encore quelques vestiges des organes internes, du sys- tème musculaire, par exemple; — j'en ai fait plusieurs ainsi, — mais si elles présentent, en effet, quelques avantages, elles sont encore insuffisantes parce que. CLX SOCIÉTÉ BELGE DE MICR.OSCOPIE. épaisses de plusieurs millimètres, elles ne peuvent être étudiées sous des objectifs de foyer un peu court. » Je ne veux pas dire que toutes ces préparations, que j'appelle banales, soient inutiles, bien certainement non; car si elles satisfont peu les savants elles intéressent les amateurs et leur apprennent encore bien des choses qu'ils ne savent pas. Elles sont surtout utiles en Angle- terre, où elles se vendent en effet beaucoup, parce que, chez nos voisins, le microscope est plus souvent un objet d'amusement et de luxe qu'un instrument de tra- vail. Les jeunes misses, dans un salon, se distraient mieux, et, je crois, plus utilement, à admirer le délicat petit peigne qui forme la griffe d'une patte d'araignée, ou les élégantes petites écailles qui émaillent l'aile d'un papillon qu'à regarder les fades images d'un keepsake. Ces « slides » qui, pour nous, n'ont plus guère d'in- térêt, ont donc, sous ce point de vue, leur utilité réelle; elles donnent aux gens du monde le goût des choses de la nature et leur fournissent, sur ce qui les entoure, mille petits enseignements acquis sans travail pour eux et en s'amusant. Il ne faut donc pas trop en médire. » Mais pour le naturaliste, l'anatomiste, l'homme, en un mot, qui travaille une branche quelconque de la micrographie, elles sont, pour le plus grand nombre, insignifiantes parce qu'elles ne lui apprennent rien; elles ne sont pas assez savantes, si l'on peut ainsi dire. » Pourquoi les préparations de Diatomées sont-elles presque toujours suffisantes? — C'est d'abord parce qu'elles sont, en réalité, plus faciles à faire. Les Diato- mées n'ont besoin que de manipulations relativement très-simples pour être prêtes au montage. Et ensuite, en BULLETIN DF.S SÉANCES. CLXI raison du charme tout particulier que présente l'étude de ces petites plantes, de l'extension qu'a prise cette étude, les préparateurs sont tous plus ou moins Diato- mistes; en faisant ces préparations, ils savent ce qu'ils font, ils savent ce que l'objet doit montrer. Certains organes végétaux sont souvent aussi assez bien présentés ; c'est qu'alors aussi le préparateur sait qu'il doit montrer ici des trachées, là des stomates, des ovules, des spores, des organes de fructification, etc. Mais quand il s'agit d'anatomie animale, soit chez les Vertébrés, soit chez les Invertébrés, quand il s'agit d'histologie normale ou pathologique, les préparateurs, à de très-rares exceptions près, ne savent plus ce qu'ils font ni ce qu'ils doivent faire voir, quel est le détail caractéristique qu'il faut mettre en évidence pour rendre la préparation instruc- tive. Ils s'imaginent qu'il suffit de prendre un morceau de tissu injecté ou non, de le durcir, d'y faire des coupes longitudinales et transversales, de tremper celles-ci dans le carmin et de les monter proprement dans une jolie cellule pour obtenir une préparation utile à quelque chose. C'est une grave erreur. Ainsi pour prendre seule- ment quelques exemples, j'ai sous les yeux diverses pré- parations « histologiques » du commerce, des fibres musculaires dissociées, un filet nerveux dilacéré, un lambeau de tissu conjonctif, des terminaisons nerveuses sur une fibre musculaire, etc. — Qu'est-ce qu'elles peu- vent apprendre? — Les fibres musculaires n'ont pas été tendues; je n'y vois, ni le sarcolemme mis en évidence, ni les noyaux, ni le moindre détail des stries, disques, espaces clairs. — Le filet nerveux me montre quelques petits rubans grumeleux, épars au milieu d'un petit nuage de tissu conjonctif; mais, de la gaine de myéline, il CLXH SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. du cylindre axe, des étranglements annulaires, du noyau des segments, des cellules endothéliales, (je ne parle pas des incisures), je ne vois rien du tout. Dans le tissu con- jonctif, je cherche vainement un élément distinct : les faisceaux connectifs et les fibres élastiques, tout est con- fus, et les cellules conjonctives sont absentes. Dans la terminaison nerveuse sur une fibre musculaire, je vois un petit paquet jaunâtre sur la fibre; c'est la plaque motrice; mais la gaine, l'arborisation, les noyaux des diverses espèces, tout est invisible. «Vous me direz que les préparations histologiquessont, de toutes, les plus difficiles et les plus longues à faire ; qu'il est le plus souvent impossible de montrer tous les détails de structure d'un organe sur une même prépara- tion. — Cela est vrai, mais ce ne sont que des raisons secondaires. On vient à bout de la difficulté et de la lon- gueur des manipulations avec de l'habileté et du temps ; et si l'on veut montrer tous les détails de structure d'un organe, il faut faire de cet organe des préparations mul- tiples. Étant donné un nerf, il faut faire des prépara- tions qui montrent les tubes dissociés avec la gaine de myéline, les étranglements et, si l'on peut, les noyaux, des préparations qui montrent le cylindre axe , le renflement bi-conique et les noyaux; des préparations qui montrent la membrane secondaire quand elle existe et son épithélium, d'autres qui fassent voir le tissu con- jonctif périfasciculaire, le tissu conjonctif intrafascicu- laire, les cellules endothéliales, les vaisseaux, etc., — puis faire des coupes transversales à différents niveaux sur le segment interannulaire..., et quand on aura ainsi fait, sur le même organe, cinq ou six préparations, on aura à peu près démontré la structure d'un nerf, et fait des préparations instructives. BULLETIN DES SEANCES. CLXII1 » Malheureusement, comme je vous le disais, les pré- parateurs, à de très-rares exceptions près, n'ont pas assez de connaissances histologiques et ignorent les méthodes et les procédés techniques nécessaires, ou bien ne veulent pas les employer parce qu'ils sont longs et délicats — et aussi peut-être parce qu'ils craignent d'être obligés, par suite de ce surcroît de travail, d'élever leurs prix à un taux qui effrayerait la majorité des acquéreurs. Pour ce qui est de cette dernière raison, je crois qu'elle est peu fondée ; je crois, et j'en juge par les demandes qui sont adressées chaque jour au bureau du Journal de Micrographie, que les préparations faites suivant ces principes trouveraient des acheteurs même à un prix relativement élevé, si elles étaient réellement instructives. Et j'en puis d'autant moins douter que je vois vendre couramment 5 dollars, c'est-à-dire 5fr. 75 c, les préparations les plus banales du Pediculus pubis, en Amérique, pays où cependant cet insecte n'est pas plus rare qu'en France, — au contraire. » Enfin, pour terminer cette trop longue lettre et pour répondre plus directement à votre demande, je puis vous annoncer que je m'occupe précisément de fonder dans mon laboratoire et au bureau du Journal de Micro- graphie un Institut de Microscopie, à la mode allemande, où mes correspondants pourront trouver non-seulement tous les instruments, les réactifs, les matériaux, les spé- cimens, les livres dont ils auront besoin, mais encore toutes les préparations et notamment des préparations histologiques exécutées comme je vous l'indiquais plus haut, sur l'homme, les autres Vertébrés, les Articulés (et particulièrement les Insectes) et sur quelques Mollusques ; ces préparations je les exécuterai moi-même d'après les CLX1V SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. méthodes les plus justement recommandées, et je m'efforcerai de les faire aussi instructives qu'il me sera possible. » Votre dévoué, D r J. Pelletais 7 . Recherches 1 h Biologiques sm* les Phthanites du calcaire carbonifère de Belgique, par M. A. Renard (1). La description de la structure et de la composition minéralogique des phthanites étudiés au moyen du microscope n'avait guère fait l'objet des recherches des géologues, et, sauf le mémoire que viennent de publier MM. Ed. Hull et Hardman, il n'existe pas de travail micrographique embrassant d'une manière spéciale le groupe de roches désignées sous le nom de phthanites. Les épreuves du mémoire de ces savants ont été commu- niquées cà M. Renard et il a constaté que l'étude qu'ils ont faite des roches siliceuses du calcaire carbonifère de l'Irlande les a conduits aux mêmes résultats qu'il a obtenus lui-même. Le point fondamental de ces recher- ches, faites à l'aide des plaques taillées, et sur lequel M. Renard est d'accord avec MM. Hull et Hardman, c'est que ces roches ont été formées par la silicification des éléments calcareux d'origine organique ou inorga- nique dont les calcaires sont formés et que cette infil- tration plus ou moins complète s'est effectuée à une époque où les sédiments, tout en jouissant encore d'une certaine plasticité, possédaient déjà la structure que l'on ^ (1) Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 2« série, t. XLVI, n os 9 Cl 10, 18/8. BULLETIN DES SÉANCES. CLXV observe dans le calcaire carbonifère normal. Après avoir rappelé en quelques mots la position stratigraphique des phthanites, et les rapports de ces roches avec les couches de calcaire qui les renferment, l'auteur démontre les points de ressemblance qui existent entre la struc- ture macroscopique des phthanites et celle des calcaires. Passant alors à l'examen détaillé des lames minces des phthanites, l'auteur démontre par l'analyse microsco- pique la proposition d'abord énoncée, à savoir que les calcaires, en subissant une silicification plus ou moins complète, ont donné naissance aux phthanites. « Lorsqu'on étudie ces roches, réduites en lames minces, on peut distinguer diverses phases de silicifica- tion plus ou moins avancée: » « 1° On trouve des phthanites où le calcaire n'est pas entièrement éliminé, où les grandes plages calcarcuses ont encore conservé leur matière et leur forme primitive. Les roches où la silicification n'est pas entièrement ter- minée ne sont, à proprement parler, que des calcaires ou des dolomies siliceux ; » « 2° Dans d'autres échantillons, la silice s'est entière- ment substituée à l'élément calcareux et dans cette pseudomorphose les structures externe et intime ont été conservées ; » « 5° Dans les phthanites où la silicification s'est faite d'une manière plus complète, le concrétionnement a effacé jusqu'à un certain point la structure de la roche primitive. » « Ajoutons toutefois qu'il existe entre les trois manières d'être de ces roches siliceuses toutes les transitions qui permettent de les rattacher les unes aux autres et de démontrer que les roches du dernier groupe, où la CLXVI SOCIETE BELGE DE M1CROSCOPIE. structure primitive est en quelque sorte entièrement voilée, doivent cependant avoir une même origine que celles dont la structure représente encore la roche cal- caire sur laquelle la silice gélatineuse s'est en quelque sorte moulée. » L'auteur commence sa description par l'étude d'une lame mince du premier type, dans laquelle le calcaire n'est pas complètement éliminé, car la roche fait encore effervescence avec les acides, quoique sa dureté trahisse l'imprégnation de la silice. On y trouve des fragments de mollusques, de crinoïdes, de coraux, etc. Les gra- nules plus ou moins irréguliers sillonnés de lignes de clivage que l'on observe souvent dans le calcaire y sont remplacés par des plages homogènes de silice qui s'est substituée à la pâte calcareuse qui existait autrefois. A la lumière polarisée, ces plages, d'apparence homogène, se résolvent en granules quartzeux fortement serrés les uns contre les autres, ayant chacun une orientation optique différente; les parties les plus transparentes sont formées de fibres rayonnantes comme on en observe dans la calcédoine. La silice est souvent colorée en brun, elle contient des enclaves de limonite. Mais les enclaves les plus remarquables sont des rhomboèdres qui ont la forme des rhomboèdres primitifs de la dolomie ou de la calcite. L'auteur pense que ces cristaux se sont déposés du résidu des carbonates qui composaient la roche. Ce résidu, mêlé à la silice gélatineuse, se sera isolé et aura cristallisé lors de la solidification de la matière. Les contours hexagonaux que présentent certaines de ces enclaves et que l'on pourrait confondre avec de l'apatite, sont des rhomboèdres dont l'axe principal est orienté parallèlement à l'axe de vision du microscope. Souvent BULLETIN DES SÉANCES. CLXVII ces petits cristaux renferment eux-mêmes des inclusions noires et opaques. Le quartz de cette roche ne contient pas d'enclaves liquides et il ne peut être rapproché à ce point de vue du quartz des roches anciennes, qui en est criblé ; il s'en suivrait donc que les conditions de température et de pression qui présidèrent à la formation des grains de quartz des granités, par exemple, n'existaient pas pour la silice colloïde infiltrée, se solidifiant dans le calcaire. L'auteur examine ensuite en détail l'aspect que pré- sentent les grandes plages calcaires qui ont échappé à une silification complète : « elles prennent sur les bords un aspect vague, leurs contours semblent s'effacer, la structure organique s'atténue; elles revêtent une teinte jaune-brunâtre, leur transparenceaugmente, ellesdonnent des couleurs assez vives avec l'appareil de polarisation ; en un mot, elles ont tous les caractères que nous indi- quions plus haut pour la silice des phthanites. L'impré- gnation s'est donc trouvée arrêtée sur les contours de ces sections dont le diamètre dépasse quelquefois plusieurs millimètres. » Les sections de crinoïdes montrent également cette silicification incomplète ; le bord et le centre de la sec- tion circulaire sont transformés en silice, tandis que l'espace annulaire intermédiaire possède encore tous les caractères des sections de crinoïdes telles qu'on les voit dans le calcaire normal. La préparation dont la description suit appartient au second type. C'est un phthanite dans lequel il ne reste plus de calcaire, la silice ayant tout pénétré, mais en conservant la forme des organismes microscopiques. On découvre dans cette préparation un grand nombre de CLXVIII SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. coquilles de foraminifères (Saccamina, Endothyra), dont les cloisons des chambres sont parfaitement indiquées par des traits foncés ; l'intérieur est rempli par de la silice fibro-rayonnée. Nous retrouvons encore ici les mêmes enclaves rhomboïdriques de calcaire; mais en si grand nombre qu'elles voilent la transparence des sec- tions siliceuses, qui semblent être parsemées d'une fine poussière. Lorsqu'on attaque la préparation à l'aide d'un acide, on remarque, au microscope, un dégagement de bulles à tous les points où se trouvent des enclaves rhomboèdriques non entièrement recouvertes de silice. Comme dans la roche précédente, les petits rhomboèdres contiennent souvent un pigment noir. C'est ce pigment (que l'on retrouve aussi sous la forme dentritique dans la masse siliceuse) qui retrace les contours des polypiers et autres organismes et permet ainsi d'attester l'existence antérieure des sections calcaires à structure organique. L'auteur termine cette étude par l'examen d'un phthanite du troisième type, dans lequel non-seule- ment tout le calcaire a disparu, mais la structure pri- mitive est complètement effacée. Les sections orga- niques sont devenues presque méconnaissables et la silice fibro-rayonnée domine. Ainsi qu'on le voit très- bien sur la planche accompagnant le travail de M. Renard, les fibres siliceuses partent de plages centrales circu- laires teintées en brun. Ces plages sont quelquefois concentriques, elles sont souvent accolées les unes aux autres et entourent comme d'un feston des grandes plages moins homogènes, dans lesquelles on retrouve les petits rhomboèdres décrits dans les deux premiers types. Ces enclaves n'existent plus dans les parties BULLETIN DES SEANCES. CLXIX incolores et transparentes qui sont composées de silice fibro-rayonnée pure. Nous ne saurions mieux terminer ce rapide exposé qu'en empruntant au travail de M. Renard les conclu- sions qu'il a tirées de ses recherches, ainsi que les vues qu'il a émises sur la façon dont la silicification du cal- caire s'est produite. « La silicification des roches calcareuses est incontes- tablement le résultat d'une action hydro-chimique, sur laquelle nous aurons à revenir bientôt lorsque nous étudierons d'une manière générale les conditions dans lesquelles les masses minérales de cet étage se sont déposées. Disons dès maintenant que cette pseudomor- phose de silice sur calcaire ne présente aucun rapport avec les imprégnations de silice observées quelquefois dans les couches de contact des roches érupti^es. La silicification de nos calcaires est la répétition sur une plus grande échelle d'un fait observé tous les jours, la transformation en silice des enveloppes calcaires des organismes. Nous avons ici à la fois cette pseudomor- phose des matières organiques en silice et celle des ma- tières minérales qui les empâtaient; la silice gélatineuse s'infiltrant dans un dépôt sédimentaire formé principa- lement de foraminifères, de crinoïdes et de coraux, a imprégné ces restes organiques en même temps que la masse fondamentale du calcaire. Il existe dans les for- mations sédimentaires des faits identiques à ceux que nous rappelons et qui nous montrent la silicification des calcaires s'étendant sur des bancs continus de toute une région (1). » (1) Les calcaires de la formation silurienne en Tenessec, Kentucky et Indiana sont souvent transformés en couches de hornstein ou de flint. CLXX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. » Nous sommes donc amené à admettre, qu'à certains intervalles, les eaux de la mer carbonifère, tenant en solu- tion un dissolvant du calcaire, l'acide carbonique, par exemple, attaquaient les matières calcareuses; l'acide silicique s'infiltrait dans les sédiments calcareux et les imprégnait à mesure qu'ils se décomposaient. Cette imprégnation de silice s'est faite à une époque où les masses étaient plus ou moins à l'état pâteux et où elles possédaient cependant une disposition stratifiée. C'est ce que nous prouvent l'allure stratiforme que l'on recon- naît quelquefois aux phthanites, et la schistosité qui caractérise plusieurs de ces masses siliceuses. On ne peut pas admettre que cette infiltration se soit faite longtemps après le dépôt; car les bandes de phthanites occupent des horizons bien déterminés et ces zones sili- ceuses sont recouvertes de couches qui n'ont pas subi d'action pseudomorphique. Il est évident encore que la silicification a eu lieu avant la formation des joints et des fissures; car les crevasses, résultant des forces méca- niques en action sur les sédiments déjà solidifiés, ne sont pas remplis de filons quartzeux. La forme concré- tionnée qui caractérise quelques-unes de ces roches sili- ceuses semble nous indiquer à son tour que les éléments Près d'Herculanum, dans le Missouri, Featherstonhaugh observa que presque tout le système de couches est constitué par les mêmes roches calcaires transformées en silice. Au N. la silicification est moins intense et puis au Missouri on rencontre le calcaire ordinaire. Il est évident que ces couches étaient autrefois des calcaires, car elles contiennent les mêmes fossiles que le calcaire avec la seule différence qu'ils sontsilicifiés. Ce fait est encore démontré parce que le même auteur a trouvé en Wagne, au S. de l'État de Missouri, le calcaire oolithique entièrement silicifié et la forme des oolithes est conservée. {Gcol. Report ofan examination made of the elevalcd country between the Missouri and the Red River, 1835, pp. 42 et 55.) BULLETIN DES SÉANCES. CLXXI auxquels la silice se substituait ne formaient point encore des masses compactes et rigides; car l'attraction moléculaire en jeu dans la formation de ces nodules ne pouvait s'exercer qu'en admettant une certaine plasticité pour les matières au milieu desquelles elles se sont développées. Les détails de microstructure, dans lesquels nous sommes entré, prouvent aussi qu'il n'est pas pos- sible d'admettre, pour expliquer la formation des phthanites, comme on l'a si souvent répété pour le flint, que ces roches proviennent de l'accumulation d'or- ganismes à enveloppes siliceuses. Et d'abord l'examen des lames minces ne nous montre dans ces roches que très-exceptionnellement des sections de coquilles que l'on doive rapporter aux organismes à test siliceux, et si on les rencontre dans quelques cas, dans le flint, par exemple, ces enveloppes siliceuses y sont si bien conser- vées, qu'en admettant que la masse entière du nodule provienne de la transformation en silice gélatineuse de ces débris organiques, on ne comprend pas pourquoi quelques sections auraient échappé à cette transforma- tion et se seraient conservées intactes au milieu de ce fusionnement. Rien ne nous prouve que la silice infiltrée dans le calcaire dérive de la décomposition des spicules de spongiaires, des frustules de diatomées. Ajoutons enfin que nos phthanites ne présentent aucune analogie avec les dépôts d'organismes microscopiques siliceux signalés par Ehrenberg, spécialement en Bohême et en Sicile, ni avec les sédiments siliceux que l'exploration des mers profondes nous a montrés en voie de formation sur le lit de l'Océan. » P. CLXXII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Catalogue des Diatomées de M. Fr. Habirschaw, de New-York. Ce travail important n'a été tiré, au moyen de la plume Edisson, qu'à 50 exemplaires et distribué géné- reusement par M. Habirschaw lui-même aux principaux diatomistes qui lui étaient connus. Le docteur Pelletan se propose de donner prochai- nement une édition française de ce travail, si utile aux diatomistes. L'édition française, revue et corrigée d'après un nou- veau manuscrit de l'auteur, sera livrée aux souscripteurs au prix de fr. 10,50, port compris. Les membres de la Société qui désireraient souscrire à cet important travail peuvent adresser directement leur demande à M. Pelletan ou au secrétaire de la Société, qui a bien voulu se charger de transmettre les demandes. Sur une méthode de conservation des Infusoires; par M. A. Certes (1). « Malgré les travaux d'Ehrenberg, de Clarapède et Lachmann, de Balbiani, de Stein, etc., les micrographes n'ont jusqu'à présent à leur disposition aucun moyen d'obtenir des préparations permanentes d'infusoires. Ces préparations offriraient cependant de nombreux avan- tages : dessins plus exacts , possibilité de faire usage de la Photographie, facilités plus grandes de reconnaître, de mesurer et de compter les cils et les appendices les plus délicats des Infusoires, de saisir et de fixer dans (1) Comptes-Rendus Acad. Sciences Paris, n° 8S, 1879, p. 4-33. BULLETIN DES SÉANCES. CLXXIII leur forme et dans leurs diverses transformations les indi- vidus en voie de fissiparité ou de conjugaison, de faire voyager les préparations et de créer des collections qui font actuellement défaut dans tous les muséums de l'Europe. » Le procédé décrit ci-dessous repose essentiellement sur l'emploi des vapeurs d'acide osmique. Il ne paraît pas que cette méthode, bien connue en histologie, ait jamais été appliquée à la fixation et à la conservation des Infusoires (1). Je dois cependant mentionner deux Mémoires, relatifs l'un et l'autre aux Noctiluques et dans lesquels l'acide osmique es! signalé comme le réactif le mieux approprié à l'étude de ces organismes microscopiques, fort voisins des Infusoires. Le plus ancien (18GG) est de M. Schultze; le second, tout récent (1878), de M. Vignal (2). » Les Infusoires sont fixés instantanément dans leur forme par l'acide osmique; les moindres détails, eils, cirrhes, flagellum, armature buccale, peuvent être obser- vés avec les plus forts grossissements lorsque les prépa- rations sont réussies comme elles doivent l'être ; le plus souvent les Euglènes et les Paramécies vertes conservent leur couleur caractéristique. Le noyau et le nucléole, colorés artificiellement, se détachent nettement et mon- trent, lorsqu'il y a lieu, les curieux phénomènes si bien décrits par M. Balbiani dans le Mémoire couronné par l'Académie en 1862. » D'après les réactifs employés et les précédents his- (1) Voir an contraire : Pelcktan. Journal de Micrographie. 2 f; année, ii" i avril 187H. Voir aussi la Biologie de Huxley et Martin. (Note de la Réd. du Bull.) (2) Recherches histologiques et physiologiques sur les Noctiluques, par M. Vignal (Archives de Physiologie, 1878). CLXXIV SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. lologiques, on est en droit d'espérer que ces préparations se conserveront indéfiniment. » Je ne saurais affirmer que toutes les espèces d'In- fusoires sont susceptibles d'être préparées à l'acide osinique; je constaterai seulement que, parmi celles que j'ai rencontrées dans ces derniers temps, je n'en ai trouvé aucune que je n'aie réussi à conserver d'une manière plus ou moins parfaite. La principale difficulté parait être d'obtenir les Infusoires à tissu rétractile, tels que les Stentors, les Vorticelles, etc., dans un état de complète extension. » On peut se procurer chez KLônne et Mïdlcr, à Berlin, des préparations permanentes d'Infusoires faites d'après les procédés de M. Duncker, mais ce préparateur a gardé jusqu'à présent le secret de ses procédés. J'ai pensé, au contraire, qu'il y aurait grand intérêt à faire connaître une méthode de conservation simple, que chacun peut employer avec succès, et qui s'applique aux Rotateurs, aux Anguillules, à certaines algues,... aussi bien qu'aux Infusoires. » En ce qui concerne spécialement les bactéries et vibrions, on conçoit facilement, depuis les grandes découvertes de M. Pasteur, quel intérêt il y a à disposer de préparations permanentes, à l'aide desquelles on peut faire connaître ces ennemis invisibles de l'homme et des animaux. Je ne fais qu'indiquer ce dernier point de vue qui répond si bien à l'idée exprimée dans ces paroles de Claude Bernard : « On ne saurait trop encourager l'étude des orga- » nismes inférieurs; l'expérimentation portée sur ces » animaux offre le plus grand intérêt au physiologiste » et peut fournir à la Science les éléments de solution BULLETIN DES SEANCES. CLXXV » pour les questions générales les plus importantes. » » Procédés. — Pour la fixation des Infusoires, je fais usage d'une solution d'acide osmique (1) à 2 °/ - Le point important et de faire agir le réactif promptement et avec une certaine force. Deux moyens permettent d'atteindre ce résultat avec quelque certitude; le pre- mier, qui convient dans la plupart des cas, consiste à exposer aux vapeurs d'acide osmique les Infusoires préalablement déposés sur une lame de verre. En règle générale, cette exposition ne doit pas dépasser dix à trente minutes. » Pour les Infusoires très-contractiles, j'opère diffé- remment et j'obtiens le contact immédiat de l'acide osmique en déposant une goutte du réactif sur la lamelle elle-même, avant d'en recouvrir la goutte d'eau qui les renferme. » Quel que soit le procédé, il faut que les Infusoires ne soient soumis à l'action du réactif qu'après avoir repris leurs allures normales, qu'une secousse interrompt momentanément. » Une fois la lamelle posée, on doit éviter tout dépla- cement qui pourrait écraser des organismes aussi déli- cats. Pour atteindre ce résultat, on soutire, avec du papier Joseph, le liquide qui se trouve en excès. On amène ainsi un certain degré de compression que l'on peut graduer avec un peu d'habitude, et qui a l'avantage de rendre les Infusoires plus transparents. Ceci fait, on lute deux des bords parallèles de la lamelle, soit avec la (I) L'acide osmique est toxique; ses vapeurs peuvent déterminer une irritation et même une inflammation de la conjonctive. On doit donc le manier avec certaines précautions. Pour sa préparation et son emploi, consulter le Traité technique d'Histologie, par L. Ranvier (p. 5 et 55). CLXXVI SOCIETE BELGE UE MICROSCOPIE. paraffine, soit avec le baume du Canada. Ce n'est que lorsque la préparation est ainsi mise l'abri de tout acci- dent mécanique que l'on fait arriver la matière colorante et le liquide conservateur. » Les résultats obtenus avec le bleu soluble d'aniline sont loin de valoir ceux auxquels on arrive par l'emploi de l'éosine et surtout du picrocarminate de Ranvier. On peut colorer directement avec le picrocarminate les Infu- soires préalablement fixés par l'acide osmique; mais, lorsqu'il est employé seul, on n'est pas maître du degré décoloration, et souvent il arrive que les préparations deviennent opaques. Après plusieurs essais, je me suis arrêté à un mélange de glycérine et de picrocarminate avec lequel on obtient une coloration constante au degré voulu : Glycérine 1 partie. Eau 1 — Picrocarminate 1 — » Introduite brusquement, la glycérine, même diluée, produit le plus souvent un retrait anormal des tissus qui ne disparaît pas toujours avec le temps. Dans son Traité d'Histologie, M. Ranvier donne un moyen très- simple d'éviter cet inconvénient, moyen que j'ai employé avec succès pour les organismes les plus délicats, tels que les Oxytriches et les Stentors. Il consiste à placer dans une chambre humide les préparations lutées ainsi qu'il est dit ci-dessus et à déposer une goutte de glycé- rine carminée sur le bord de la préparation. L'eau s'éva- pore très-lentement et au bout de vingt-quatre heures se trouve remplacée par la glycérine diluée. On peut alors, par le même procédé, remplacer la glycérine BULLETIN DES SÉANCES. CLXXVII diluée par de la glycérine concentrée, qui assure plus efficacement la conservation des préparations. » Tous les modes de fermeture peuvent être appliqués aux préparations faites d'après les procédés que j'indique. Il y cependant avantage à se servir du baume du Canada desséché et dissous dans le chloroforme. L'infusoire que l'on veut examiner peut, en effet, se trouver sur le bord de la lamelle. Ce vernis, mince et parfaitement transparent, n'empêche nullement l'observation avec les plus forts grossissements (1). » De l'emploi du collodion humide pour la pra- tique des coupes mieroseopiques (2). L'emploi de la solution de gomme, solidifiée par l'ac- tion de l'alcool, est d'un usage bien connu pour fixer les parties sur lesquelles doivent être pratiquées des coupes, lorsque ces parties forment une masse relativement résistante et homogène, comme un fragment de moelle épinière, une portion des parois stomacales, etc. ; mais lorsqu'il s'agit déjeunes embryons, ou de portions d'em- bryon, et plus particulièrement encore de blastodermes; lorsqu'il s'agit surtout de pratiquer des coupes sur des organes embryonnaires creusés de cavités à parois minces et fragiles, la gomme doit être remplacée par une substance solide, sans être friable, et capable de former un milieu homogène dans lequel on plonge les petites pièces préparées pour les coupes, en même (1) Ces recherches ont été faites au Collège de France, dans le labo- ratoire de M. le professeur Ranvier, qui a bien voulu m'aider de ses conseils. (2) Cette note est le développement d'une communication faite à la Société de Biologie, le 1 er février 1872. Journal de l'Anatomie et de la Physiologie de l'homme et des animaux (publié par Robin et Pouc.het). CLXXV1II SOCIÉTÉ BELGE DE M1CR0SC0PIE. temps qu'on s'efforce de faire pénétrer cette substance dans les cavités de la pièce anatomique, de manière à en maintenir la forme en en soutenant les parois. C'est dans ce but qu'on a employé successivement, sous le nom de masses à inclusions, des mélanges de cire et d'huile, de savon et d'huile, de savon, de géla- tine, etc., etc. (1) ; nous avons essayé tous ces mélanges, mais aucun ne nous ayant donné les résultats qui nous paraissaient désirables, nous avons pensé à essayer le collodion. Ce qui nous parait le plus désagréable dans l'emploi de la plupart des mélanges susindiqués, c'est d'abord le défaut de transparence, ne permettant pas à l'opérateur de se rendre exactement compte du niveau et de la direction selon laquelle il dirige sa coupe, quelque soin qu'il ait pris d'indiquer, par des points de repère, la situation et l'orientation de l'embryon ou du petit organe inclus dans la masse solidifiable ; c'est ensuite la nécessité de débarrasser de ce mélange la coupe obtenue, avant de pouvoir la monter entre lame et lamelle, ce qui nécessite des lavages compliqués dans la série des- quels les coupes les meilleures et les plus complètes conservent rarement leur intégrité. C'est enfin le peu d'adhérence de ces mélanges à la substance même de la pièce anatomique; de telle sorte que, si cette pièce est de très-petite dimension, si elle ne présente pas des saillies par lesquelles elle s'engraîne pour ainsi dire avec la masse solidifiable, le passage du rasoir déter- mine dans cette pièce de petits déplacements qui sont (1) Pour les indications détaillées sur ces mélanges, principalement au point de vue des études d'embryologie, voyez Forster et Balfour, Embryologie. Traduction française, 1S77, ]>. 296. BULLETIN DES SÉANCES. CLXXIX incompatibles avec la régularité nécessaire à une série de coupes successives. La ténacité, la transparence du collodion, devaient attirer sur cette substance l'attention des microtomistes; mais en même temps sa rétractilité et sa dureté à Yétat sec n'en indiquaient guère l'usage que pour les coupes à pratiquer sur des parties résistantes et relativement dures ; c'est ainsi qu'il a été employé par le D' Latteux pour l'étude des cheveux, sur lesquels il a permis de pratiquer des séries régulières de coupes, propres à démontrer la torsion qu'affectent chez certaines races ces productions épidermiqucs (1). Pour des parties aussi délicates que le blastoderme ou l'embryon de poulet dans les premiers jours de l'incu- bation, il ne saurait être question d'employer le collodion sec, c'est-à-dire auquel on laisse exercer toute sa force de rétractilité. C'est pourquoi nous avons cherché à utiliser cette substance à Yétat humide. Une expérience très-simple nous a montré, dès le début de nos recherches dans ce sens, combien cette condition était facilement réalisable : en laissant tomber dans une cupule pleine d'alcool à 36° une goutte de collodion, nous avons constaté que cette substance restait dans ce liquide sous la forme d'une petite sphère, ne changeant pas de volume, et présentant la consistance et l'élasticité d'un morceau de caoutchouc, en même temps qu'une transparence parfaite. L'éther diffuse dans l'alcool et s'évapore, et la partie solide du collodion (fulmi-coton) demeurant imbibée d'alcool forme, à la condition de ne point perdre cet alcool par dessiccation, la masse la plus (l) Voyez P. Latteux. Manuel de technique microscopique, p. 230. CLXXX SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. propre à l'inclusion des pièces délicates destinées à passer par le microtome. Déjà, dans un travail précédent (1), nous avions indiqué l'usage du collodion pour la pratique des coupes d'embryons, mais sans préciser les détails d'une tech- nique sur les éléments de laquelle nous n'étions pas complètement fixés. Nous pouvons aujourd'hui, après une pratique de six mois, poser les principes de cette technique. Les blastodermes avec embryons destinés aux coupes sont, après durcissement par l'acide osmique et l'alcool, ou après tout autre mode de durcissement, colorés au carmin, puis immergés de nouveau dans l'alcool; pour les placer dans le collodion comme masse à inclusion, on sort ces pièces de l'alcool et on les plonge quelques minutes dans de l'éther : on les place ensuite dans du collodion liquide (collodion normal, non riciné), où elles peuvent demeurer un temps plus ou moins considérable (de 10 minutes à 24 heures ou plus), selon qu'on désire voir la masse solidifiable pénétrer toute l'épaisseur de la pièce et en remplir les cavités. Retirée du collodion liquide, la pièce, si elle a une forme et un volume qui la rendent maniable sans adjonction de support, est jetée dans l'alcool; si elle est formée, comme un blasto- derme au premier jour de l'incubation, par une mince et délicate membrane, on l'applique sur la surface plane d'un fragment de moelle de sureau, et le tout est jeté dans l'alcool; dans l'un comme dans l'autre cas, la pièce est dès lors englobée dans la masse élastique du collo- dion, qui se solidifie sans se rétracter, et en lixe toutes les parties, de même qu'elle en fixe l'ensemble au frag- (1) Voyez Précis de technique histoiogique, p. 301. P.ULLETIN DES SÉANCES. CLXXXI ment de sureau, dans le cas où ce support a été jugé nécessaire. La pièce ainsi préparée, incluse dans le col- lodion, peut alors être coupée le jour même, ou con- servée indéfiniment dans l'alcool, pour être, à un moment donné, soumise aux coupes par le rasoir. Comme les coupes au microtome se font en mouillant rasoir et pièce avec de l'alcool, on voit que le collodion reste toujours à l'état humide, et nous n'avons pas à indiquer les détails de la pratique des coupes sur le microtome; par contre, nous devons insister sur la manière dont sont traitées ensuite les coupes obtenues, ou, pour mieux dire, montrer combien l'usage du col- lodion simplifie ou supprime toutes les manipulations ultérieures, si laborieuses avec les autres masses à inclu- sion. D'abord la coupe n'a pas été débarrassée de la lamelle de collodion avec laquelle elle a été enlevée par le rasoir, et dans laquelle elle est incluse : en recevant la coupe dans un godet plein d'eau, on peut aussitôt la faire glisser sur la lamelle porte-objet, et cette opération ne produit, quelque délicate que soit la préparation, aucune déchirure, les parties les plus fines, les portions même sans connexion les unes avec les autres, étant conservées exactement dans leurs rapports réciproques par la présence du collodion qui remplit tous les vides. — Sur la lame porte-objet, la coupe est recouverte d'une goutte de glycérine, puis d'une lamelle; examinée alors au microscope, elle ne traduit par aucune apparence optique la présence de la mince lame de collodion dans laquelle elle est incluse; ce n'est qu'en portant l'examen vers les bords de cette lame qu'on reconnaît sa pré- sence, absolument comme on ne constaterait celle d'un CLXXXII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. fragment de lamelle couvre-objet qu'en ayant l'image de ses bords. — On peut donc dire qu'en emprisonnant la pièce, et en laissant ses coupes emprisonnées dans le collodion, on a employé comme milieu une substance dont les propriétés optiques sont comparables à celles du verre, mais dont les propriétés physiques sont celles du caoutchouc : le collodion est, à ce point de vue, du verre élastique et très-facile à couper régulièrement au rasoir. On pourrait craindre que la lamelle du collodion, conservée dans la glycérine avec la préparation elle- même, entre lame et lamelle de verre, ne perdît sa transparence au bout d'un certain temps; il n'en est rien : du moins nous avons constaté que des prépara- tions de ce genre, datant de six mois, n'avaient rien perdu de leur transparence et de leur netteté. Mais ce n'est pas là le seul avantage du collodion humide employé comme nous venons de l'indiquer; cette masse à inclusion peut encore être utilisée pour des pièces qui n'auront pas subi la coloration avant d'être débitées en coupe, par exemple pour étude du cerveau de l'embryon. Nous avons principalement eu à nous louer de l'usage de cette substance dans des études sur le développement des hémisphères cérébraux chez les mammifères (lapin, mouton) : ces vésicules cérébrales sont constituées par une paroi très-mince circonscrivant une cavité relativement grande; aussi, avant d'avoir trouvé l'emploi du collodion, nous était-il presque impossible d'obtenir des coupes bien complètes, d'autant que ces parties sont très-délicates à durcir, et deviennent facilement friables. Après imbibition par le collodion, les hémisphères les plus minces et les plus friables se BULLETIN DES SÉANCES. CLXXXIII débitent régulièrement en coupes : c'est que la solidité donnée par cette substance aux pièces qu'elle pénètre est si grande, qu'on pourrait par son emploi arriver à fixer en place et à débiter en coupe une masse quel- conque formée de molécules très-peu adhérentes natu- rellement les unes aux autres, comme une tige de végétal calcinée, dont les cendres ont conservé la forme du fragment primitif. C'est assez dire comment nous avons pu obtenir par ce moyen, relativement à la dispo- sition des minces lamelles cérébrales de l'embryon, relativement à la formation des plexus choroïdes, rela- tivement à la détermination des parties intra et extra- ventriculaires, des résultats que nous avions vainement demandés à tous les autres procédés de recherche. Ces coupes, une fois obtenues, peuvent être colorées par le carmin, tout en restant maintenues par la mince lamelle decollodion, qui les maintient et les enchâsse : en effet, par l'immersion dans l'eau, le collodion, comme dans l'alcool, ne subit aucune rétraction; et tandis que la coupe du tissu animal exerce son élection sur le carmin, le collodion ne se colore que peu ou pas, et se décolore du reste ultérieurement quand la pièce est montée dans la glycérine. Dans le cas où le picrocar- minate est employé, la lamelle du collodion se colore un peu en jaune ; mais un léger lavage dans l'eau acidulée d'acide acétique, en fixant le carmin sur le tissu animal, rend au collodion son aspect primitif de lamelle transpa- rente et incolore. La pièce peut donc être montée tout entière, comme précédemment, dans la glycérine. Ces pièces peuvent aussi être montées dans des milieux qui leur donnent plus de transparence; mais il ne faut employer dans ce cas ni le baume du Canada, ni CLXXXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. le damar, qui rendent le collodion opaque et granuleux. Nous avons obtenu de très-bons résultats seulement avec l'essence de girolle : la coupe, rapidement déshy- dratée à l'alcool absolu, est placée sur la lame porte- objet; on y dépose une goutte d'essence de girofle, et on recouvre de la lamelle : l'essence dissout complète- ment la lamelle de collodion, dont il ne reste aucune trace. On lute la préparation avec la résine du Canada en dissolution dans le chloroforme. Nous avons insisté ici sur les avantages que nous a présentés cette technique pour l'étude des embryons et de divers organes en voie de développement; il est facile de prévoir les services qu'elle peut rendre dans les recherches sur certaines parties très-délicates de l'adulte, comme par exemple sur le globe de l'œil, l'oreille, et en particulier sur les éléments si délicats du limaçon et de sa lame spirale : c'est cette considération qui nous a décidé à donner avec quelques détails les indications techniques qui précèdent. Mathias DU VAL. Séance du 29 mai 1879. Présidence de M. le D r Casse, membre du Conseil. Sont présents : MM. Bauwens, Casse, Colbeau, Coo- mans, Delogne, Gravis, Leclercq, Lefèvre, Michelet, Miller, Prinz, Rutot, Vanden Broeck, Vandenhcuvel, Van Hoorde et J. F. Cornet, secrétaire. MM. Ledeganck et A. Renard font excuser leur absence. BULLETIN DES SEANCES. CLXXXV M.Vanden Broeck, vice-président, ayant diverses com- munications à faire, prie M. le docteur Casse, membre du Conseil, de bien vouloir prendre place au fauteuil présidentiel. Le procès-verbal de la séance du 2i avril est adopté. Correspondance. La correspondance comprend : 1° Une lettre de M. le Ministre de l'Intérieur annon- çant l'allocation d'une somme de francs 500 pour aider à la publication du tome IV des Annales. Un subside spécial de 1000 francs sera également mis à la disposition de la Société pour compléter sa collec- tion d'instruments. 2° Une lettre de la Société royale de microscopie de Londres, annonçant la nomination du président de notre Société comme membre honoraire (ex-offîcio). L'assemblée décide que des remercîments seront adressés à la Société royale de microscopie, pour l'honneur qu'elle a bien voulu nous faire dans la personne du président. 3° Le Bureau exécutif chargé de l'organisation des fêtes que la Belgique se prépare à célébrer en 1880, à l'occa- sion du cinquantième anniversaire de son indépendance, convie la Société à prendre part à l'exposition nationale et à désigner un délégué auprès du comité du groupe de l'Enseignement. Les suffrages de l'assemblée se portent unanimement sur M. le docteur Ledeganck, qui est ainsi chargé de représenter la Société auprès du Comité du groupe de l'Enseignement. CLXXXVI SOCIETE BELGE DE M1CROSCOPIE. Le principe d'adhésion de la Société à l'exposition projetée étant admis par l'assemblée, M. Vanden Broeck donne lecture d'un projet de réponse qu'il engage la Société à adresser au Bureau exécutif d'organisation des fêtes de 1880. Ce projet de réponse est adopté. M. Cornet entre ensuite dans quelques détails sur l'Exposition et donne certains renseignements sur la part que les membres de la Société pourraient prendre dans l'organisation d'une exhibition collective, faite au nom de la Société. Il communique diverses adhésions déjà acquises et fait appel au dévouement des membres. L'assemblée décide que cette question sera mise à l'ordre du jour de la prochaine séance. 4° Une lettre de M. Mauler, accompagnant une série de préparations de diatomées. L'assemblée charge M. Delogne d'examiner ces slides et de dresser la liste des espèces qu'ils contiennent. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part des sociétés : Entomologique de Belgique, Malacologique de Bel- gique, Boijale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de Médecine de Caen et du Calvados, d'Études des sciences naturelles de Nîmes, Française de photo- graphie, Médico-chirurgicale de Liège, Royale de Bota- nique de Belgique, Belge de géographie, Microscopique de San-Francisco, Boijale de microscopie de Londres, Belge de photographie, des Sciences de Semur, Phy- siques et climatologiques d'Alger, Linnéenne de Bor- BULLETIN DES SEANCES. CLXXXVII cleaux, Impériale des naturalistes de Moscou, d'Histoire naturelle de Brunn, de Microscopie de Berlin, Scienti- fique de Lyon; Française de photographie, des Amis des sciences naturelles de Rouen; des Académies : Royale de médecine de Belgique, des sciences de Vienne; des directions : du Musée de l'Industrie de Belgique, de YAthenœum belge, du Moniteur industriel belge, de la Feuille des jeunes naturalistes, du Botaniska Notiser, du Zoologischer Anzeiger, du Bulletin scientifique du département du Nord, du Journal de micro- graphie, du Naturaliste Canadien, Index medicus de New-York. 'Ouvrages offerts par les auteurs : Sur une méthode de conservation des Infusoires, par M. A. Certes. Extr. Comptes-rendus. Paris, 1869. Inflamation of the eye, by D 1 Jabez Hogg. Description de deux Solens nouveaux, par M. Th. Le- fèvre. Bruxelles, in-8°, 1878. Bulletin scientifique de Milan, par la Direction. Liste des Foraminifères recueillis dans la baie de Bourgneuf et à Pornichet, par M. G. Berthelin. Nantes, in-8°, 1868. Une série de préparations de Diatomées , de M. Mauler. Des remercîments sont votés aux donateurs. Communications du Conseil. M. Cornet annonce que le Conseil, dans sa dernière séance, ayant examiné la proposition qui lui avait été CLXXXVDI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. soumise au sujet de modifications à apporter dans le mode de publication des travaux de la société, s'est arrêté à soumettre à l'assemblée certains changements proposés par M. Vanden Broeck, de préférence à ceux formulés par M. Cornet dans le procès-verbal de la dernière séance. Voici en quoi consistent ces nouvelles propositions : I. Afin de réduire les frais de publication, actuelle- ment trop élevés, renvoyer à l'avenir les travaux et articles avec planches aux Mémoires : leur véritable place. Dans le volume IV, récemment distribué, sept planches, accompagnant des notices du Bulletin, ont été tirées en nombre double d'exemplaires : d'abord pour le procès-verbal et ensuite pour le volume d'Annales, où elles se trouvent reproduites. II. Restreindre l'étendue du compte-rendu critique et analytique qui, au lieu de reproductions pures et simples d'articles ou de compte-rendus parfois déjà publiés ailleurs, ne devrait contenir, sauf dans le cas de sérieuse utilité, que de courtes notices bibliographiques, des indications de titres d'articles et de mémoires intéres- sants, etc. III. Moyennant ces changements, maintenir dans leur mode actuel de publication, les procès-verbaux mensuels des séances, qui ainsi allégés, ne donneraient plus lieu qu'à une dépense très-minime. IV. Afin d'éviter le retard préjudiciable signalé par M. Cornet dans la publication des travaux insérés aux Mémoires, fractionner le volume d'Annales et l'envoyer en quatre fascicules au fur et à mesure du degré d'avan- cement du volume. Celui-ci, bien entendu, continuerait à contenir, comme maintenant, les bulletins réimprimés BULLETIN DES SEANCES. CLXXXIX c'est-à-dire tirés à nouveau en feuilles d'impression courantes. Reprenant en détail ces divers points, M. Vanden Broeck, auquel M. Cornet cède la parole, montre les avantages qui découleraient de l'adoption de ces mesures. Il croit que leur application, tout en laissant subsister les avantages du système actuel, en régularisera le fonc- tionnement et permettra en même temps d'arriver à une diminution de frais suffisante pour équilibrer le budget. M. Cornet défend le système proposé par lui et il montre par des chiffres que le système proposé par M. Vanden Broeck n'est pas de nature à équilibrer le budget. D'après lui, le système de M. Vanden Broeck, limité aux ressources de la société, ne permettra pas de dé- passer 20 à 22 feuilles d'impression, nombre qu'il ne serait pas possible de majorer sans dépasser le budget. Le système de M. Cornet, au contraire, permet de porter le nombre de feuilles d'impression à 56 et il offre de plus l'avantage de laisser espérer des res- sources nouvelles par suite de la mise en abonnement du bulletin. Le système de M. Cornet a en outre l'avantage de pouvoir offrir aux auteurs 100 exemplaires de leurs travaux, question de la plus haute importance. M. Cornet trouve que les observations de M. Vanden Broeck ont un caractère purement bibliographique et que le bulletin mensuel, tel que le public la Société royale de microscopie de Londres, est le meilleur mode de publication qu'il connaisse. M. Bauwens, trésorier, donne lecture d'un travail préparé par lui sur l'état des finances de la Société et CXC SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. sur la nature et le montant des dépenses effectuées en fait de publications depuis sa fondation. Il ressort de ce travail que la réimpression du Bulletin, dans les condi- tions où elle s'est faite jusqu'ici, a fortement dépassé les prévisions ; il en résulte que les dépenses affectées aux publications devront être absolument restreintes. M. Bauwens se rallie complètement à la proposition faite par M. Cornet, qu'il croit de nature à rétablir l'équilibre du budget, troublé par des réimpressions aussi coûteuses qu'inutiles. M. Vanden Broeck est parfaitement d'accord avec MM. Cornet et Bauwens sur la nécessité de réduire les dépenses; c'est là aussi, ajoute-t-il , le but des proposi- tions soumises à l'assemblée par le Conseil. Il montre ensuite les difficultés pratiques du système préconisé par M. Cornet et signale certaines dispositions des statuts qui se dresseraient contre l'adoption de la proposition de l'honorable secrétaire de la Société. Si celle-ci n'avait plus, en place de procès-verbaux mensuels et d'Annales, qu'une seule publication à offrir à ses membres, com- ment établir, ainsi que le veulent les statuts, une dis- tinction entre les membres correspondants et les membres honoraires, au point de vue de la nature et de la valeur des publications à leur envoyer? Une modification préalable des statuts serait donc nécessaire, en tout cas, avant de rien pouvoir décider dans le sens indiqué par M. Cornet. Après d'assez longs débats, auxquels prennent part MM. Michelet, Casse, Cornet et Vanden Broeck, M. Mi- chelet résume la discussion en faisant remarquer que c'est la question financière qui est surtout en jeu. Celle-ci ne peut être débattue que pièces en main, avec BULLETIN DES SEANCES. CXCI devis et chiffres bien établis de part et d'autre. M. Mi- chel et propose donc une réunion nouvelle du Conseil, à laquelle sont priés d'assister les membres de la Société désirant apporter leur concours à la discussion de ces intérêts si importants. Le Conseil formulera alors nettement la situation, ainsi que les projets en présence, s'il y a lieu, lesquels, portés ensuite à la connaissance des membres, seront soumis à l'assemblée. M. Colbeau émet l'avis que toute modification au budget ou à la forme des publications ne peut s'effectuer qu'à la fin de l'année sociale en cours et après ratification par une assemblée générale. Après avoir consulté l'assemblée, le Président constate que tous les membres présents à la séance sont d'accord pour adopter la proposition faite par M. Michelet. Travaux des membres. M. Prinz donne lecture du rapport de M. A. Renard sur la collection de roches offerte par M. Boeker. M. E. Vanden Broeck appelle l'attention de la Société sur la traduction faite par M. Bcrthelin d'un travail de M. David Robertson, ayant pour titre : Renseignements sur la manière de récolter les microzoaires marins. Ce travail qui, au point de vue du draguage proprement dit, forme en quelque sorte le complément des « Instruc- tions pour la recherche des Foraminifères vivants » publiée dans nos Annales par M. Vanden Broeck, pour- rait être utilement reproduit dans notre Bulletin. L'assemblée décide l'impression de cette note dans la partie analytique. CXCI1 SOCIETE BELGE DE MICROSCOP1E. M. E. Vanden Broeck dépose pour les Mémoires, une note accompagnée dune planche et intitulée : Note sur un modèle simplifié du nouveau système de slide. Il exhibe en même temps des spécimens de ce nou- veau modèle de slide et en signale les principaux avan- tages. Dans une prochaine séance, M. Vanden Broeck exhibera une série d'objets montés de diverses manières dans ce modèle, qui se prête à toutes les combinaisons du montage en cellule sèche, tout étant très-simple et fort peu coûteux. MM. Michelet et Miller sont désignés pour présenter un rapport sur ce travail . M. E. Vanden Broeck exhibe une belle série de dessins de Foraminifères des couches miocènes de Felso- Lapugy (Transylvanie), exécutés d'après nature par M. Ludwig Neugeboren, de Freck. Parmi ces dessins, très-soignés, il s'en trouve un certain nombre représen- tant des formes intéressantes : espèces et variétés iné- dites, dont les diagnoses en allemand accompagnent les dessins de M. Neugeboren. Celui-ci, que son grand âge et l'état de sa vue empêchent de s'occuper lui-même de la publication de ces Foraminifères, a bien voulu autoriser M. Vanden Broeck, qui lui en avait fait la demande, à publier en son nom celles des formes inédites ou peu connues qu'il y aurait intérêt à faire connaître. Dans le cas où la Société accepterait cette proposition, M. Vanden Broeck se chargerait volontiers de traduire de l'allemand les diagnoses des espèces nouvelles de M. Neugeboren et de surveiller l'exécution des planches renfermant les dessins de celles-ci. Cette proposition est acceptée et M. Vanden Broeck, après une étude préliminaire des dessins et des BULLETIN DES SÉANCES. CXCIH diagnoses à publier, dont M. Prinz a bien voulu se charger avec lui de la traduction, déposera, au nom de M. Neugeboren, le travail en question, destiné aux Mémoires. La série de Diatomées que M. Mailler vient d'envoyer à la Société renferme quelques espèces qui sont comptées parmi les plus jolies. Ce sont : Navicula lyra, Eupo- discus Rogersii, Heliopelta Mittii, Arachnodiscus japo- nicus et Craspedodiscus elegans. Ces cinq préparations présentent de un à trois individus triés. Les autres pré- parations renferment encore de très-belles espèces, telles que Cyclotella astraea et operculata, Lichmophora fla- bellata in situ, etc. Les préparations de M. Mauler sont parfaites et sur- tout remarquables comme netteté. Elles figureront avec avantage à côté de ce que la Société a de mieux dans ses collections. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 14 heures. COMPTE RENDU ANALYTIQUE ET CRITIQUE I. ANALYSE DES PUBLICATIONS DÉPOSÉES A LA SÉANCE. Le fascicule 1-2 de l'année 1878 du Bulletin de la Société des sciences physiques naturelles et ciimatolo- giques d'Alger contient une étude du docteur Jaillard (p. 20-25 sur Les huîtres vertes. La coloration verte étant, suivant l'opinion la plus accréditée, provoquée par une maladie et étant accompagnée d'un accroisse^ ir, CXCIV SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. ment de cellules adipeuses qui modifient heureusement les qualités d'huître, la fraude s'en est mêlée. L'auteur signale un procédé employé par certains industriels peu scrupuleux qui, afin de produire la coloration verte, plongent les huîtres dans des bains chargés de sel de cuivre. Il constate que 15000 huîtres ainsi préparées ont été mises en vente à Alger et ont occasionné des accidents fâcheux. Pour reconnaître la fraude on verse sur le sujet soupçonné, débarrassé de son eau, une cuillère de vinaigre ; on le perce avec une aiguille et on aban- donne le tout pendant quelques heures. On retire ensuite l'aiguille, qui sera couverte d'une couche rougeâtre si le mollusque a été l'objet de la fraude dont il s'agit. Le même numéro contient un article (p. 29-30) du docteur Bertherand sur Le dragonneau en Afrique (Helminthologie). Le fascicule 3-4 de la même publication contient (p. 31-42), un article du docteur Boujot sur Les altéra- tions organiques et le Monde microscopique; il contient aussi (p. 44-47), un travail avec planches de M. Megnin sur la Pneumonie vermineuse des moutons d'Afrique. L'auteur montre que cette maladie est duc à un strongle, qu'il décrit et figure sous le nom de Strongylus minutissimus. Ce numéro contient encore la traduction par le doc- teur E. Bertherand, d'Alger, d'un mémoire du docteur Silva Aranjo, sur la Filaria immitis et la Filaria san- (juinolcnta au Brésil (Extrait du Lyon médical). La 3° livraison du tome II de la 4 e série des Actes de la Société Linnccnne de Normandie contient (p. 109- 115), une étude de M. Armand Glavaud Sur le véritable mode de fécondation du zostera marina. BULLETIN DES SEANCES. CXCV D'après l'auteur, il n'est pas exact, comme on le croit généralement, que les anthères d'une inflorescence fécondent les pistils enfermés dans la même spathe, l'aptitude de ces divers organes n'étant nullement con- temporaine. Il y a dichogamie et dichogamie protogy- nique. 11 n'est pas exact que l'extrémité de la cellule pollinique pénètre dans l'ovaire par un canal stylaire ouvert au sommet des branches stigmatiques. Cette ouverture terminale n'existe pas, et l'extrémité de la cellule pollinique reste extérieure et inerte. Le tube pollinique ne naît pas de l'allongement terminal du pollen ; c'est toujours une ampoule latérale, située à une certaine distance de cette extrémité, qui se développe dans le grain mûr et qui, s'appliquant à un point quel- conque de la surface stigmatique, y pénètre à la faveur d'une gélification notable des parois, laquelle amène plus tard la chute des stigmates. Le n° I de la l re année du Bulletin scientifique de Milan, contient (p. 6-8), un article (à continuer) de M. G. Cattaneo, sur les Rhizopodes. Le n° 74 de la nouvelle série du Quaterly Journal of Microscopieal Science, contient (p. 125-175), un article de M. E. Klein, intitulé : Observations on the structures of Cells and Nuclei (avec une planche). On the Apical and Oral Systems of the Echinoder- mata; par Herbert Carpenter(p. 176-206.) The development of the Earth Worm (Lumbricus Trapezoïdes Dugês); par N. Kleinenberg (p. 206-244, 3 planches). The Nematoid Hœmatozoa ofMan; par T. R. Lewis (p. 245-259, une planche). CXCVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. Liste des Foraminifèrcs recueillis clans la baie de ffSoiirgneuf et a Pornichet ; par M. G. Berthelin. L'auteur de ce mémoire, après quelques données bibliographiques et des considérations générales sur la recherche, le montage et la nomenclature des Forami- nifères, énumère 76 formes recueillies par lui sur le littoral de la Loire Inférieure. Cette faune est comparée à celle des côtes d'Angleterre, de Norwège, de Bel- gique, à celle de Dunkerque, de Cherbourg, du Golfe de Gascogne et du bassin d'Arcachon. L'auteur passe ensuite en revue chacune de ces espèces, dont plusieurs donnent lieu à des observations intéressantes. Nous citerons par exemple : Ammodiscus incertus d'Orb. et A. charoides Carpenter, A. megaspira (sp. nov), Entosolenia Williamsoni Alcock et Placen- tula (Pulvinulina) Rerthelini (sp. nov.), Yanden Broeck in litt. 1877. L'auteur termine par la traduction, que nous repro- duisons ci-après, d'une note de M. D. Bobertson sur le draguage des microzoaires marins. II. REPRODUCTIONS ET EXTRAITS. Renseignements sur la manière de récolter les microzoaires marins ; par David Rorertson F. G. S. (1), traduit de l'anglais par Georges Berthelin (2). Pour recueillir les Microzoaires marins, on peut (1) Ilotes on the récent Oslracoda and Foraminifera oflhe Firth oj Clyde, wilhsome remaries on the Distribution of Mollusca, in : Traits, geol. Soc. Glasgow. Vol. V, part. I, IST.">. (2) Liste des Foraminifèrcs recueillis dans la baie de Bourgneuf et à Pornichet, suivie de la traduction, etc.; par G. Berthelin, in : Annales de la Société académique de Nantes, 1878. BULLETIN DES SÉANCES. CXCVII employer le tilet à main, qui sert à fouiller les fucus, le filet de surface et la drague ordinaire. Ce dernier moyen est de beaucoup le meilleur; mais la drague ordinaire est d'un volume si incommode et d'un maniement si difficile, que l'usage en est exclusivement restreint à certains circonstances, et il exige alors un matériel des plus embarrassants. Mais il n'est pas besoin d'un grand appareil pour saisir, au fond de la mer, les animaux microscopiques, et les ramener à la surface. Voici la description d'un instrument de petit volume, qui répond parfaitement à ce but spécial. Cette drague, avec une corde suffisamment longue pour une profondeur de quarante ou cinquante fathoms (i), ne pèse pas plus de dix ou douze livres (2); le tout peut facilement être emballé en ne formant qu'un petit paquet, ce qui est très-commode quand on n'a que quelques heures à passer au bord de la mer. Toute per- sonne en état de tenir un aviron peut, à la rigueur, suffire à la manœuvre; le résultat auquel on peut arriver en travaillant ainsi, seul et à loisir est véritablement surprenant. La drague, de la forme ordinaire, pèse quatre livres; l'ouverture a sept pouces (5) de long sur trois et demi de large; les bras, de quatre pouces de long, sont rattachés aux extrémités inférieures de la charpente métallique, de manière à n'avoir de mouvement que dans le sens transversal à l'ouverture, c'est-à-dire verticalement. Cette disposition est précisément le contraire de celle qui est adoptée dans la drague dont se servent ordinairement (1) Le fathomvauH m ,829. (2) La livre anglaise vaut Aoôe r ,oU. (3) Le pouce anglais vaut 0"',02oi. CXCVIII SOCIÉTÉ BELGE DE M1CR0SC0PIE. les naturalistes et dont les bras se meuvent dans le sens de la longueur de l'ouverture, c'est-à-dire horizontale- ment, ce qui fait qu'ils peuvent exercer un mouvement de levier et soulever la drague de manière à empêcher le couteau de racler le fond. Cet inconvénient est sou- vent une cause d'insuccès et de désappointement dans les draguages. Le sac, ou poche, adapté à cette drague, doit être d'un tissu suffisamment serré pour retenir les petits animaux et laisser cependant à l'eau la liberté de s'échapper facilement. L'étoffe claire, connue sous le nom de clieesedotk (i), satisfait parfaitement à cette double condition. On en fait un sac dont l'ouverture puisse suivre tout le contour de la charpente métallique et qui n'ait pas moins de trente pouces de long. L'avan- tage de cette longueur, considérable par rapport aux autres dimensions de l'appareil, est facile à saisir : le contenu du sac courrait en effet risque de se répandre dehors, quand la mer est agitée, si le sac avait moins de profondeur; cette disposition n'est, du reste, pas moins convenable pour de plus grands appareils. L'extrémité inférieure de la poche n'est pas cousue; elle est seulement nouée avec une corde; on peut ainsi l'ouvrir et en retirer le contenu plus facilement que par l'ouverture supérieure. Une pierre de deux à trois livres, attachée au fond de la poche, la maintient dans une bonne position et lui permet de se remplir plus aisé- ment. On la renferme dans un petit sac, ou un petit filet qu'on fixe à l'extrémité de la poche par un nœud coulant, ce qui dispense pour celle-ci d'une autre fer- meture. Dès que la profondeur dépasse cinq ou six (1) C'est la grosse mousseline dont on garnit les moules à fromages. BULLETIN DES SÉANCES. CXCIX fathoms, ou que la mer est agitée, il est nécessaire d'attacher une pierre de la même manière à la corde qui tient la drague, à deux ou trois fathoms en avant de celle-ci, afin de contrebalancer la tendance à flotter qu'aurait une corde de la longueur exigée dans ce cas, et de maintenir à fond l'ouverture de la drague. Le poids de cette pierre doit, du reste, être réglé propor- tionnellement à la profondeur, ou à la force du cou- rant. Un appareil ainsi disposé s'est toujours montré par- faitement convenable pour la capture des plus petits objets; les coups de drague fournissaient souvent des récoltes d'une richesse étonnante. Tout léger et portatif qu'il soit, il est assez grand pour admettre, à l'exception d'un petit nombre de choses, qui sont précisément les plus grosses et les plus communes, presque tout ce que nos côtes présentent d'intéressant pour le naturaliste. Aussi a-t-il été maintes fois employé avec succès, pour toute espèce de recherches, de préférence aux grandes dragues. Pour moi, sachant ce qu'on peut faire avec une très-petite drague et le grand avantage qu'elle présente au point de vue du labeur matériel, je ne songerais même pas à en employer jamais une dépassant dix à douze pouces, avec un canot à rames, excepté dans certains cas particuliers. Pour le traitement des matières draguées, afin de séparer les organismes microscopiques, il est nécessaire d'avoir dans son embarcation un baquet ou un seau à demi rempli d'eau ; on y lave le contenu de la drague sur un tamis à mailles d'environ un huitième de pouce, qui laisse passer tous les Microzoaires. La plupart restent flottant sur le liquide; ce sont particulièrement les CC SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. Amphipodes, Copépodes, avec quelques Ostracodes à coquille légère : tout cela peut être recueilli expéditive- ment en versant l'eau qui le contient sur une mousseline suffisamment fine pour retenir les animalcules, après quoi on achève de les nettoyer en versant de l'eau claire. Il faute ensuite les transporter dans un flacon d'esprit ou de liqueur préservatrice, en ayant soin de mettre sur le flacon une étiquette indiquant la localité, la profon- deur d'eau et la nature de fond. Le dépôt qui reste au fond du baquet est immédiate- ment lavé dans un sac en mousseline (1), en pleine eau, par-dessus bord, jusqu'à ce que l'eau ne soit plus trouble. Ainsi nettoyée, la matière est renfermée dans un petit sac de calicot d'environ dix pouces de profon- deur sur sept de largeur, ce qui estime dimension très- commode. Lorsqu'on a laissé ainsi les produits de draguage un certain temps avant de les sécher et de les examiner, ce qui arrive quelquefois, on trouve presque toujours les parties molles des Ostracodes détruites, ce qui enlève les caractères qui seuls peuvent souvent con- duire à une détermination exacte des affinités ou de la nature des espèces douteuses ou nouvelles. D'un autre côté, il serait fort dispendieux et incommode de se servir (1) Le tissu à employer dans ce cas doit être un peu plus fin que celui qui sert pour la poche de la drague, afin de ne laisser échapper aucun des plus petits Foraminifèrcs. Une étoffe très-convcnahle est celle qui est connue sous le nom de scotch-lawn, ou linon d'Ecosse, de la finesse de vingt-six à vingt-huit fils sous le compte-fil. Ce sac peut avoir environ dix-huit pouces de profondeur et neuf de largeur, avec un fond arrondi : une garniture en solide étoffe de coton, de cinq à six pouces de haut et entourant le fond de ce sac, le rend d'un usage encore plus commode. On obtient une protection très-efficace pour le sac de mousseline en l'enfer- mant dans un autre sac, en étoffe plus résistante, de texture lâche : on peut ainsi opérer avec plus de sécurité et de liberté. Il est de même très- utile de recouvrir la poche de la drague avec un fort canevas à grosses mailles. BULLETIN DES SÉANCES. CCI d'alcool pour conserver des matériaux dont la quantité est souvent considérable. Le sel de table ordinaire permet de remédier à tous ces inconvénients : mêlé dans les sacs, avec les produits de la pêche, au moment où l'on vient de les y placer, il constitue un excellent préservatif. 11 a, en outre, un avantage : par suite de son mélange intime avec le sel, la vase, quand elle est sèche, se laisse facilement pénétrer et délayer par l'eau, elle se précipite et laisse flottants les Ostracodes et les Foraminifères, qui se recueillent alors aisément. Tandis que si la vase n'a pas été traitée par le sel, quand elle est sèche et qu'on la met dans l'eau, elle refuse de s'im- biber et reste flottante : on ne peut alors, sans de grandes difficultés, en séparer les Microzoaires. Ce traitement oblige à prendre certaines précautions pour l'étiquetage des sacs : ceux-ci devant souvent être emballés pour un certain temps, tout humides, ainsi que leur contenu, des étiquettes ordinaire seraient bientôt détruites, soit qu'on les plaçât à l'extérieur, soit qu'on les renfermât à l'intérieur. Pour obvier à cet inconvé- nient, on renferme chaque étiquette dans un petit étui à aiguilles en bois. (On peut s'en procurer à bas prix). Ce moyen ne m'a jamais trompé, même après plusieurs semaines de contact avec la vase humide. Le filet de surface est encore un très-bon ustensile de pêche, surtout après le coucher du soleil, mais non pas pour les Ostracodes ni les Foraminifères, sauf un petit nombre des premiers, appartenant à la famille des Cypri- dinidœ; en revanche, on obtient ainsi beaucoup d'Am- phipodes, Copépodes, etc. A l'inverse de ce qui se passe dans les draguages, où l'on peut réitérer l'exploration des fonds qui se sont CCII SOCIETE BELGE DE MICROSCOPIE. montrés favorables, avec toutes chances d'obtenir de nouvelles et aussi bonnes récoltes, on est souvent, avec le filet de surface, déçu dans son attente en pareil cas; car les localités occupées par ces animaux sont si sujettes à changer, que souvent, c'est à peine si l'on en peut rencontrer un seul, lorsqu'on revient, même pendant plusieurs nuits, sur les points mêmes où on les a une première fois trouvés en abondance. Il arrive fréquem- ment aussi que, d'une nuit à l'autre, le contenu du filet se montre tout différent, quoique à la même place. Plus l'obscurité est profonde, plus la mer est phosphorescente, plus il y a d'espoir de succès. Il existe des filets de ce genre de différentes formes et de différentes grandeurs ; mais, quel que soit celui qu'on adopte, on doit se souvenir qu'il n'y a qu'un point essentiel : c'est que la quantité dont le filet plonge dans la mer soit telle, que le volume d'eau admis à l'intérieur ne soit pas supérieur à celui qui peut s'échapper à travers les interstices de l'étoffe; autrement, les objets qui y entreraient seraient presque aussitôt refoulés dehors par le remous. C'est probablement la négligence de cette condition qui a amené de. fréquents insuccès dans l'emploi de ce filet. Celui que j'ai trouvé le plus avantageux et le plus commode, pour manœuvrer avec un canot à rames, a environ dix pouces de diamètre et vingt de profondeur. Comme les animalcules qu'on rencontre dans cette pêche ne sont pas aussi petits que ceux que fournit la drague, l'étoffe n'a pas besoin d'être aussi serrée que celle qu'on emploie pour le sac à laver les draguages. Le même tissu, ou Scotch-lawn, mais plus gros, convient très-bien. Le filet est arrondi au fond; l'ouverture est montée sur un cercle en laiton, BULLETIN DES SEANCES. CCIII assez fort pour résister à l'effort de l'eau quand le canot est en marche. Ce cercle porte une douille par laquelle on le fixe à un manche. Il faut aussi avoir un vase métallique, n'ayant pas moins de six à sept pouces de diamètre et huit à neuf de profondeur, à moitié rempli d'eau de mer. On tient le filet, par-dessus le bord du bateau, en le plongeant de quelques pouces dans la mer, tandis que l'embarcation avance doucement, pen- dant quarante à cinquante yards (1); on le relève alors, et, saisissant le fond avec la main, on le retourne dans la vase d'eau de mer, de manière à y faire tomber le contenu. On remet alors le filet en état et on recom- mence l'opération. Quand on est rentré chez soi, le contenu du vase est versé dans un bassin de couleur blanche, ce qui facilite l'examen. On met de côté tout ce qui attire l'attention, le reste est ensuite lavé sur un tamis assez gros pour ne retenir que les corps étrangers, comme il a été dit pré- cédemment à propos des draguages. On peut encore obtenir de bons résultats en lavant dans un vase d'eau les herbes ramenées par la drague, ou les petits fucus qui garnissent les rochers, dans les flaques laissées par la marée, ou bien au plus bas niveau des marées. Le triage se fait comme précédemment. Les mêmes procédés de lavage et de tamisage peuvent encore être appliqués avec grand succès au sable et à la vase recueillis à la limite de basse mer : les ustensiles dont on se sert dans ce cas peuvent être moins grands que ceux qui sont nécessaires pour le traitement des fucus. Revenons maintenant aux produits de draguages qui (1) Le yard vaut l»',914i. CC1V SOCIÉTÉ FELGE DE MICROSCOPIE. ont été serrés dans des sacs. La première opération doit être de les bien dessécher ; on les met ensuite dans un vase avec de l'eau, et on agite fortement; on enlève tout ce qui flotte à la surface, c'est-à-dire la plupart des Microzoaires, et beaucoup de petites coquilles, etc., et on les place sur un tamis fin ; puis on ajoute dans le vase une nouvelle partie d'eau, on agite de nouveau, on en enlève encore les matières flottantes, et on continue ainsi jusqu'à ce que le sédiment traité ait abandonné tout ce qui peut être enlevé par ce procédé. On verse alors de l'eau claire sur le tamis, jusqu'à ce que toutes les impuretés soient parties; on sèche alors le résidu, qui se trouve prêt pour l'étude. Bien que, dans cette opération, on obtienne la plu- part des Microzoaires, il y en a cependant, comme les Ostracodes à coquilles épaisses, tels que C. Dulmensis et C. tubcrculata, qui ne flottent qu'imparfaitement. Il peut donc, dans certains cas, être nécessaire de sécher de nouveau le sédiment et de recommencer l'opération, ou même de l'examiner directement, en masse; mais ceci n'est guère possible qu'autant qu'on n'aura pas affaire à une quantité un peu considérable. Après avoir trié et nettoyé les objets flottants, il reste à les étudier. Pour cela, le mieux est de les passer à deux ou trois tamis, de numéros différents : le premier retient les objets les plus grands, ainsi de suite. Après cette séparation, l'examen est plus facile, les petits objets ne risquant plus autant d'être cachés par les gros. On étale ensuite une petite quantité du mélange sur une ardoise, et, avec une loupe et un petit pinceau de martre légèrement humecté, on enlève les différents objets, en les mettant à part, suivant les espèces. BULLETIN DES SEANCES. CCV Pour les objets très-petits, il faut les chercher sous le microscope, avec un faible grossissement. Ou facilite beaucoup cette opération en traçant des lignes parallèles sur une mince lame d'ardoise ou de carton noir (1), dont la grandeur est proportionnée à celle de la platine du microscope, et sur laquelle on étend les objets à exa- miner; les li^ies, dont l'écartement doit être réglé sur le champ de vision, guident l'œil et l'empêchent de repasser à la même place. La Revue myeologiqiie de M. Roumeguère contient (numéro d'avril 1879, 2 e année) le résumé d'intéressantes recherches faites par le docteur J. Muller sur la îMure des Lichens. Nous reproduisons ci-après les conclusions de cette étude : « Mon résultat a dépassé de beaucoup mon attente. Non-seulement j'ai pu constater les micro- gonidies dans tous les organes mentionnés plus haut, après les avoir soigneusement traitées successivement avec de la potasse caustique, de l'acide sulfurique et de la teinture de iode, mais aussi je les ai vues, avec mes excellents objectifs à immersion, sans aucune prépara- tion chimique préalable, et dans les cas favorables je les vois même avec le plus faible de ces objectifs de Hart- nack à sec. C'est surtout avec l'objectif Hartn. 15 que j'ai travaillé, qui, avec mon plus faible oculaire, et à une distance de 25 cm., donne un grossissement de 1000, et avec l'oculaire 5 de 2000 (le n° 18 va de 2500 à 5000 diam,, et par l'emploi d'une -ï mo lentille interne, cet objectif double encore ce dernier grossissement). » J'ai déjà constaté cette vérification dans le n° 51 de (1) Une lame de verre est aussi d'un usage très-commode. CCVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. la Flora de Ratisbonne, qui a paru le 1 er nov. de cette année. J'y ai émis l'hypothèse que les microgonidies, bien plus pâles que les gonidies ordinaires, disposées en série moniliforme dans l'axe des hyphse, d'un dia- mètre d 1/2 p. — 3/5 /a (p. = 1/1000 mm.), se montre- raient plus fortement colorées en vert dans les lichens provenant des pays tropicaux et qui auraient crû dans des lieux bien exposés à une lumière très-vive. Cette hypothèse s'est pleinement confirmée depuis quelques jours. J'ai vu les microgonidies de Parmelia prolixa v. erythrocardia Mùll. Arg., provenant du voyage du docteur Schweinfurth dans le pays des Nyamnyams, au nord-ouest du lac de Nyanza dans l'Afrique centrale, qui étaient tellement colorées en vert, qu'il y avait à peine une différence de couleur appréciable entre les gonidies et les microgonidies. Les séries des microgonidies étaient si visibles dans ce cas (le Pwmelia adpressa v. endsclirijsea Mùll. Arg. de la même provenance, les montrait tout aussi belles), que certainement le premier bon microscope ordinaire les aurait clairement montrées, même sans système à immersion et sans aucune prépa- ration chimique préalable. » L'existence des microgonidies est donc absolument sûre, et quant à leur transition en gonidies, j'ai vu qu'on peut assez facilement la constater en étudiant les hyphse qui se trouvent immédiatement sous l'écorce et en suivant les cellules les plus profondes de l'écorce elle-même. C'est-là qu'on trouve fréquemment des mi- crogonidies, encore enfermées dans les hyphse, qui présentent tous les degrés intermédiaires de grandeur entre les microgonidies ordinaires et les gonidies. » Il résulte de ces diverses observations, que les BULLETIN DES SÉANCES. CCVI1 gonidies ont une origine hyphoïdale, qu'elles ne sont pas des algues, que les hyphse des lichens sont absolu- ment différentes de celles des champignons, qu'il n'y a pas d'éléments fongoïdes dans les lichens, et qu'en con- séquence il ne peut plus être question d'un lichen comme d'un être composé d'une algue et d'un champi- gnon. Les lichens, si nombreux et si variés dans tous les pays, reprennent donc leur rang parmi les autres classes de Cryptogames thallophytiques. » L'existence des microgonidies tranche en même temps une autre question très-grave, celle des lichens incomplets (sans thalle), et surtout de ceux qui viennent en parasites sur d'autres lichens. Comme un thalle complet leur manque, ils n'ont pas de gonidies, ce qui, d'après les anciennes notions, aurait dû les faire classer parmi les champignons. Cependant, on a reconnu qu'ils ont généralement la même organisation des fruits que d'autres vrais lichens complets, et qu'il ne leur manque que le thalle pour se rapporter exactement à tel ou tel vrai genre de lichens; mais quelques-uns sont aussi dans le même cas, pour la conformité du fruit, vis-à-vis de certains vrais genres de champignons. Or, il suffira dorénavant, en semblables cas, de constater par exemple que les paraphyses ou les spores contiennent des micro- gonidies et l'on aura la certitude d'avoir un lichen devant soi. Si les microgonidies manquent, alors c'est d'un champignon qu'il s'agira. » Je viens d'appliquer ce nouveau principe à un fort petit lichen parasitique (Artlwpy renia Guineti Mùll. Arg.), que M. Guinet, de Genève, m'avait apporté du sommet du Reculet, où la plantule vit sur le disque des apothécions de YAmphiloma elegans. » CCVIII SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOPIE. Séance du 26 juin 1879. Présidence de M. le D' Casse, membre du Conseil. Sont présents : MM. Baûwens, Bock, Casse, Delogne, Leclercq, Prinz, Rutot, Renard, Vanden Broeck et J. F. Cornet, secrétaire. MM. Ledeganck, président, Michelet et Gravis font excuser leur absence. Le procès-verval de la séance du 29 mai est adopté. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part des sociétés: Entomologique de Belgique, Malacologique de Bel- gique, Royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de Médecine de Caenet du Calvados, d' Études des sciences naturelles de Nîmes, Française de photo- graphie, Médico-chirurgicale de Liège, Royale de Bota- nique de Belgique, Belge de géographie, Royale de microscopie de Londres, Belge de photographie, Fran- çaise de photographie, Zoologique et botanique de Vienne, Entomologique Suisse, Essex Institute, des Académies : Royale de médecine de Belgique, Boy aie des sciences, des directions : du Musée de l'Industrie de Belgique, de YAthenœum belge, du Moniteur indus- triel belge, de la Feuille des jeunes naturalistes, du Botaniska Notiser, du Zoologischer Anzeiger, du Journal de micrographie, du Naturaliste Canadien, Bibliographie médicale, Bulletin scientifique de Milan, du Science-Gossiv. BULLETIN DES SÉANCES. CCIX Propositions diverses . La participation de la Société à l'Exposition nationale de 1880 est décidée. Cette décision sera portée à la connaissance des mem- bres par une circulaire spéciale. Travaux des membres. Sur les iisierolithes des schistes CE*istalliiis. M. Renard montre à la Société une préparation mi- croscopique des microlithes des schistes cristallins; elle lui fut communiquée par M. Kalkowsky, qui vient d'in- diquer récemment la méthode d'isoler ces petits cristaux et permettre ainsi une détermination minéralogique complète, que l'on désespérait presque de pouvoir obte- nir (1). L'attention que les micrographes ont attaché à ces microlithes, et le rôle si considérable qu'ils jouent dans les phyllades et dans les roches feuilletées d'un grand nombre de formations géologiques engagent M. Renard à résumer les interprétations admises jusqu'ici sur ces cristaux restés si longtemps énigmatiques. Il indique le mode suivi par M. Kalkowsky pour les isoler et déter- miner avec une grande probabilité leur caractère miné- ralogique. Dans son travail sur les schistes argileux siluriens et dévoilions, publié en 1871, M. Zirkel décou- vrait qu'une bonne partie des éléments constitutifs de ces roches, au lieu d'être d'origine élastique, comme on le (1) Notes Jahrb. fur Min., 1879, 3 e et 4° fascicules, p. 382. CGX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. croyait généralement jusqu'alors, était composée de cristaux microscopiques de dimensions infinitésimales (long. 0,05 mm. larg. 0,003 mm.). Les lames minces deces roches, étudiées avec de forts grossissements, lui mon- trèrent un nombre prodigieux de corps prismatiques, apparaissant comme de simples traits superposés les uns aux autres, et enchevêtrés en tous sens. On ne pouvait arriver à connaître exactement leur nature minéralogique aussi longtemps qu'on ne parvenait pas à les isoler de la masse dans laquelle ils se trouvent enchâssés; car par leur extrême petitesse ils échappaient presque à toute étude cris- tallographique et optique. Il importait cependant de préciser l'espèce à laquelle ils appartenaient, si l'on vou- lait jeter quelque lumière sur la question d'origine des roches feuilletées qui les renferment. On peut consi- dérer comme déterminations approximatives toutes celles que l'on a émises sur ces microlithes avant le travail que nous analysons. M. Zirkel, pour ne rien préjuger, les désigna sous le nom de microlithes des schistes argileux (T/ionscliiefernadelchen). R. Credner et Um- lauft avaient envisagé ces cristaux comme appartenant à la hornblende; M. von Lasaulx, sans se prononcer d'une façon positive, les rapportait aussi à la hornblende ou à l'épidole. M. Renard, qui les avait étudiés dans les phyl- lades salmiens, se fondant sur leurs propriétés optiques et cristallographiques ainsi que sur leurs màcles, les avait rapportés à un minéral du système rhombique et il exprimait l'idée qu'ils pouvaient bien être du chrysobéryl. Comme nous le verrons, l'auteur dont nous analysons le travail démontre que ces petits prismes doivent être en réalité rapportés à un minéral rhombique la Stauroîide. BULLETIN DES SÉANCES. CCXI Les phyllades des formations archaïques renferment ces microlithes tout aussi bien que les schistes argileux paléozoïques ; même dans les horizons supérieurs de la série cristallophyllienne ils sont identiquement sem- blables aux microlithes des roches schisteuses silu- riennes et dévoniennes. En descendant la série des ter- rains azoïques, les roches contiennent encore de ces corps prismatiques, mais leurs proportions augmentent de façon à permettre leur détermination macroscopique. Ces microlithes sont constitués d'une substance homo- gène de couleur jaune; une des extinctions se fait suivant les arêtes du prisme; on remarque une légère absorption de la lumière lorsqu'on fait tourner le nicol inférieur. L'indice de réfraction est très-élevé; on distingue dans ces cristaux des lignes de clivage ; quelques-unes des macles les mieux formées sont celles décrites et figurées pour la première fois par M. Renard dans son travail sur les phyllades salmiens, où ces microlithes sont quelquefois admirablement développés. Donnons d'une manière générale la marche que suivit l'auteur pour désagréger la roche et recueillir isolés les microlithes. 11 opéra sur des ardoises taunusiennes de Caub. Des lamelles de ce phyllade, d'un millimètre de large sur 1/4 de millimètre d'épaisseur, furent traitées à froid dans trois fois leur volume d'acide fluorhydrique concentré. Pendant l'attaque, l'acide fluorhydrique et l'acide fluosilicique absorbent de l'eau atmosphérique, ce qui provoque une ébullition si l'on ajoute de l'acide sulfurique concentré. On détermine ainsi une dernière désagrégation de la roche et une décomposition des éléments sur lesquels l'action de l'acide fluorhydrique ne se faisait plus sentir. Après une série de lavages, d'éva- CCXI1 SOCIETE BELGE l>F. MICROSCOPIE. porations, pour lesquelles nous renvoyons à la eommu- nieation de l'auteur qui en indique tous les détails, on obtient, après avoir brûlé les particules charbonneuses, un résidu jaunâtre tonne des mierolithes en question auxquels sont associes quelques petits prismes de tour- naline. Aux mierolithes étaient aussi mêlés des grains d'oligiste; car on n'avait pas traite le résidu à l'acide azotique. M. kalkowsky obtint ainsi dans sa première manipulation 0,0081 gr, de cristaux microscopiques dont un 7 't de milligr. servit à taire 7 préparations, parmi lesquelles compte celle qui vient d'être montrée à la Société. On peut parfaitement étudier sur ces petits cristaux leurs propriétés physiques. Ils possèdent une teinte jaunâtre prononcée et sont parfaitement homogènes: leurs formes, leurs propriétés optiques les rapportent au sys- tème rhombique. M. Kalkowsky fait remarquer, en parlant de leur teinte, qu'on ne doit pas attribuer à la pré- sence de ces mierolithes la coloration plus ou moins foncée îles phyllades. Ces cristaux n'apparaissent opaques que lorsqu'on les étudie à la lumière transmise avec de faibles grossissements: les rayons éprouvent alors une réflexion totale et leurs proportions infinitésimales les font apparaître comme un simple trait noir. La détermination chimique quantitative fut abordée avec les 0.008 gr. du résidu. Cette analyse donna SiO- 18.7 ARV 55,6 F e 2 (V 57, ;> p. •/.. Comme le fait observer l'auteur, malgré ce que ces chiffres peuvent avoir d'incertain, il n'en montrent pas moins, vu la teneur peu élevée en silice, la grande quantité d'alumine et île fer une partie doit en être rapportée à i'oligiste . qui 1 ces mierolithes ont une composition se rapprochant BULLETIN DES SÉANCES. CCXI1J * de celle de la staurolide. Si l'on tient compte en outre de la résistance qu'offrent ces petits prismes à l'action de l'acide fluorhydrique à froid et des caractères physiques qu'ils montrent au microscope, il n'existe pas de minéral duquel on puisse mieux les rapprocher que de la stau- rotide. Ces microlithes ne sont ni du rutile ni du chrysobéryl : La composition chimique que l'on vient d'indiquer ne permet pas de les rapporter à ces espèces. La fibrolite est toujours incolore, jamais on ne la rencontre mâclée. La zoïsite, l'épidote, la méïonite ou la scapolite ont une teneur en chaux et l'analyse n'a pas accusé la présence de cet élément constitutif. Les micas et les chlorites sont facilement attaquables à froid par l'acide fluorhy- drique. L'analyse n'ayant pas décelé de chaux, ces petits prismes ne peuvent être rapportés ni à la hornblende ni àl'augite. Us n'ont pas d'ailleurs Les propriétés optiques des minéraux clinorhombiques; en outre la hornblende présente, toujours d'après M. Kalkowsky, la teinte ver- dâtre dans les roches schistoïdes. Il paraît donc bien établi que nous avons affaire à des cristaux microscopiques de staurotide; la présence de microlithes de ce minéral dans les schistes cristallins paléozoïques relie donc ces roches avec celles de la série cristallophylienne. On trouve ces microlithes dans des schistes argileux et dans des argiles des formations récentes, tandis que certains phyllades archaïques ne les offrent point. Il s'ensuivrait que leur présence doit être attribuée avant tout à la constitution chimique des matières minérales au milieu desquelles ils se sont déve- loppés. CCX1V SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 5/4 heures. COMPTE RENDU ANALYTIQUE ET CRITIQUE Le Bulletin scientifique de Milan (N° 2 de la 1"' année; mai 1879), contient, p. 25, la continuation de l'article de M. G. Cattaneo intitulé : Intorno ai Rizopodi. L'auteur termine sa revue générale de la classification des Rhizopodes et passe au chapitre (à continuer) de l'anatomie comparée de ces petits organismes. Le même numéro du Bulletin scientifique contient la fin d'une étude du docteur Grassi, intitulée : Di un inso- lita sede delT oidium albicans (Syringospora Rohinii Qu). Cet article a rapport à l'envahissement du corps humain par ce parasite. Le numéro d'avril 1879 (68 vol. 57 e année) du Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie, publié à Bruxelles, contient, p. 556-557, un extrait du Journal de pharmacie et de chimie relatif à un article de M. Nuesch sur les Bactéries lumineuses sur la viande fraîche. L'auteur rappelle des faits analogues signalés précédemment, donne quelques détails sur la phospho- rescence, ainsi que sur les observations curieuses qu'il a faites sur de la viande fraîche couverte de bactéries lumineuses et en mouvement ;| il annonce un travail complémentaire sur ce phénomène. Le numéro du 20 juin 1879 (vol. VI, n° 18) du Moni- teur industriel belge reproduit, p. 274-275, d'après le Moniteur du chemin de fer, ^un résumé fort intéressant BULLETIN DES SÉANCES. CCXV du mémoire que M. Frémy vient de présenter à l'Aca- démie des sciences de Paris, sous le titre de : Recherches chimiques sur la formation de la houille. Le numéro de mai 1879 (n° 5, vol. III) du Journal de micrographie du docteur Pelletan contient, outre l'intéressante Revue mensuelle, les articles suivants : De l'utilité de l'étude des cryptogames au point de vue médico-pharmaceutique, par Léon Marchand (pages 211-220). La fécondation chez les vertébrés (suite), par le pro- fesseur Balbiani(p. 221-228). La trichine aux États-Unis, par H. T. Àtwood et docteur W. T. Belfield (p. 229-235). La question des huiles à la Société royale microsco- pique de Londres, par le docteur Pelletan (p. 254-237). Instructions pour la récolte des Foraminiféres vivants, par E. Vanden Broeck (p. 257-242). Sur une méthode de conservation des infusoires, par A. Certes (p. 245-245). La tribu des Nuclées (Étude de mycologie) ; par le docteur L. Quelet (p. 246-247). Plus d'autres notes moins importantes. La note de M. Vanden Broeck est extraite des Annales de notre Société et la communication de M. Certes a déjà été reproduite par nous — d'après les Comptes-rendus, où elle a été primitivement insérée — dans l'un des derniers numéros de notre Bulletin. Le n° 4 du tome 47 du Bulletin de l'Académie royale des sciences de Belgique (avril 1879) contient, p. 409- 415, une Note sur le sang du homard; par M. L. Fre- dericq. On sait que le sang du homard comme celui des CCXYI SOCIÉTÉ BELGE DE M1CR0SC0PIE. crustacés en général, des céphalopodes et des gastéro- podes, possède la curieuse propriété de bleuir au contact de l'air. L'auteur ayant étudié avec soin la substance qui donne lieu à cet effet a trouvé qu'elle consistait en un corps nouveau, à propriétés caractéristiques : lliemocijanine. C'est une substance album inoïde se rapprochant de l'hémoglobine des vertébrés ; mais au lieu de fer elle contient du cuivre. Aucune autre substance albuminoïde n'entrant dans la composition du sang de ces animaux, il en résulte que c'est à l'hémocyanine seule que sont dévolues les deux grandes fonctions du sang : la respiration, ainsi que la nutrition des tissus. M. Fredericq avait déjà établi ces conclusions pour le sang du poulpe. Il les vérifie aujourd'hui pour celui du homard. Le même fait sera sans doute bientôt établi d'une manière tout aussi décisive pour les mollusques gastéropodes. On sait que chez les vertébrés il en est tout autre- ment : la fonction respiratoire y appartient exclusive- ment à l'hémoglobine des globules, tandis que la fonction de nutrition s'opère grâce aux substances albuminoïdes du plasma. Le n° i (du vol. II, juin 1879) du Journal de la Société royale de microscopie de Londres contient les articles de fond suivants : On the developmcnt and Retrogrcssion ofthe Fatçell, by G. Hoggan and F. E. Hoggan (p. 555-588), avec une planche. On some applications of osmie acid to microscopie Purpose, by T. J. Parker (p. 581-585). BULLETIN DES SÉANCES. CCXV11 Is not the Rotiferous genus Fedalion ofHudson syno- mjmous with Hexarthra of L. Schmarda, by Julien Deby (p. 384-583). Note on M. Deby Paper, by C. T. Hudson (pages 380-387). An IUuminating Traverse-lens, by Robert B. Toiles (p. 388-389). On the occurence of Récent Heteropora, by A. W. Waters (p. 390-305) avec une planche. Note on Homogenous Immersion Object-Glasses, by F. H. Wenham (p. 594). Le chapitre Notes and Memoranda, conforme au nouveau plan dernièrement exposé par la rédaction du journal, comprend, réunis dans environ 80 pages, une centaine d'articles, de résumés, d'analyses, de nouvelles de toutes espèces relatives à la microscopie. Les matières traitées sont classées en trois sections : Zoologie, Bota- nique et Microscopie en général. Nous ne saurions trop attirer l'attention de nos col- lègues sur cet intéressant recueil d'observations et de nouvelles, paraissant tous les deux mois et mettant le lecteur au courant des progrès de la microscopie dans les applications les plus diverses. Une bibliographie détaillée et disposée d'une manière très-pratique termine le journal et donne le titre de toutes les communications relatives à la microscopie, contenues dans les publications parvenues à la Société. Sept numéros du Science-Gossip viennent de par- venir à la Société, qui, à l'avenir, recevra mensuelle- ment cette excellente publication. Nous ne pouvons résumer ni même mentionner les nombreuses commu- nications, nouvelles, etc., contenues dans ce journal de CCXVI1I SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. vulgarisation scientifique; mais nous citerons rapide- ment quelques articles pouvant plus spécialement inté- resser les membres de la Société. Le n° 168 (décembre 1878) contient entre autres, sous la rubrique Microscopie : A New collecting box (fig.), Neiv Diatoms, Diatoms in coal, Varnich for glycérine Mounts. A collecting stiek (fig.). Dans le n° 169 (janvier 1879) nous trouvons un bon article avec figures, intitulé : On mounting micro-fungi, et sous la rubrique Microscopie : The germ theory of Infections Diseases. A new lamp for microscopie Moun- ting. Section cutting. Dans le n° 170 (février 1879), on peut citer un article avec figures, intitulé : Hints for the young Microscopist, et un autre, également avec figures, de M. Alex. Me Al- dowie : On the colours of animais, and the arrange- ment of pigment in lepidoptera. Sous la rubrique Microscopie : A Life box (avec figure d'un appareil aisé à faire soi-même en un instant). Le n° 171 (mars 1879) contient : 1° la traduction d'un article de M. du Plessiz, de Lausanne : Note on prepa- ring and preserving délicate organisms; 2° la suite d'une étude, avec figures, de M. R. Vine, intitulée : Physiological Character of Fencstrella. Sous la rubrique Microscopie : Cavities in Quartz. How lo remove Canada Balsam from slides. New forms of Caméra lucida (avec diagramme de la chambre claire d'Hofmann). Dans le n° 172 (avril 1879) nous trouvons sous la rubrique Microscopie : Cernent for glycérine. Mounting Polyzoa. Cells for dry objects. Hemoving Air bubles. Le n° 175 (mai 1879) contient un article de M. H.-M.-J. BULLETIN DES SEANCES. CCXIX Underhill: The préparation ofinsects for microscopical examination (à continuer), et un autre de M. E.-T. New- ton : A new metliod ofpreparing a dissected model of an insect's brain from microscopical sections (nom- breuses figures). Sous la rubrique Microscopie, nous trouvons : Pollen. A new metliod of preserving Infusoria. Le n° 174 (juin 1879) contient la continuation de l'article de M. Underhill : The préparation ofinsects for microscopical examination, et une note détaillée de M. C.-H. Dymond : On mounting seeds. La rubrique Microscopie contient les articulets sui- vants: Mounting in Canada Balsam. Microscopie Orga- nisais in Blood. The colour of S 1 -Paul' s Cathedral. The American Quarterlij Journal of Microscopy . Eu- glena viridis and Hydratina Senta. The Fur on the Tongnc. On cleaning old slides mounted in Balsam. Séance du 31 juillet 1879. Présidence de M. D' Casse, membre du conseil. Sont présents : MM. Bauwens, Casse, Colbeau, Coo- mans, Delogne, Gravis, Lefèvre, Miller, Prinz, Rutot, Van Hoorde et J. F. Cornet, secrétaire. MM. Michelet et Vanden Broeck font excuser leur absence. Le procès-verbal de la séance du 26 juin est adopté. CCXX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E, Correspondance. La correspondance comprend : Une lettre de M. le Ministre de l'Intérieur, en date du 5 juillet, annonçant à la Société qu'une somme de mille francs vient de lui être accordée à l'effet de com- pléter sa collection d'instruments scientifiques. L'Association française pour l'avancement des sciences tiendra sa huitième session à Montpellier, du jeudi 28 août au 4 septembre 1879. M. Stevenson, membre correspondant à Philadelphie, remercie la Société pour l'envoi du tome IV et annonce l'envoi, par l'intermédiaire du Smithsonian Institution, d'une boîte de préparations. M. le docteur Pichardo remercie pour sa nomination de membre effectif. Une lettre de M. G. Beckx, consul général de Belgique à Melbourne, relative à l'échange de publication avec la Société de Microscopie de Victoria. (Australie.) Une lettre de la Société Malacologique de Belgique informant la Société qu'elle est disposée à nous céder une des armoires de la bibliothèque royale mises à sa disposition par le M. le Ministre de l'Intérieur. Une lettre de M. le docteur Blankenhorn, de Carls- ruhe, exprimant le désir de faire partie de la Société. La Société décide d'adresser des remerciements à M. le Ministre de l'Intérieur, à la Société Malacologique de Belgique, à M. G. Beckx et à M. W. Stevenson. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part des sociétés : BULLETIN DES SEANCES. CCXXI En tomo logique de Belgique, Malacologique de Bel- gique, Royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de Médecine de Carnet du Calvados, d'Études des sciences naturelles de Nîmes, Médico-chirurgicale de Liège, Royale de Botanique de Belgique, Belge de géographie, Royale de microscopie de Londres, Belge de photographie, Française de photographie, de la Société de Borda à Dax, Société royale des sciences de Liège, Néerlandaise de zoologie; des académies : Royale des sciences de Turin, Impériale des sciences de Vienne, Royale des sciences de Belgique, des direc- tions : du Musée de l'industrie de Belgique, de YAthe- neum belge, du Moniteur industriel belge, de la Feuille des jeunes naturalistes, du Botaniska Notiser, du Zoolo- gischer Anzeiger, du Bulletin scientifique du départe- ment du nord, du Journal de micrographie , du Natu- raliste Canadien, de la Revue mycologique, du Popular science Bevieiv, du Quarterly journal of microscopical science, Essex institute, de la Revue des sciences natu- relles de Montpellier, American Quarterly Journal, Science -Gossip, Bibliographie médicale belge, (avec demande d'échange). L'échange est accordé. De la part des auteurs : On some species of the genus Palaemon (Fabr.). with descriptions of tivo new forms. by doctor J. G. De Man. Onze brochures se rapportant toutes à la destruction du Phylloxéra, par le docteur A. Blankenhorn, prési- dent de la Société allemande de viticulture; Guide dans l'examen microscopique des tissus ani- maux, par le professeur S. Exner de Vienne. Traduit de l'allemand par le docteur F. Schiiïers de Liège; offert par M. le docteur SchifFers; Note sur la recherche CCXXII SOCIÉTÉ BELGE OE MICROSCOI'IE. des micrococcus dans l'intérieur des organes, par le docteur Ch. Firket, don de l'auteur; des Caractères distinctifs de la Dolomite, par M. A. Renard; Note sur rotlrélite, par MM. A. Renard et De La Vallée-Poussin. La Société vote des remerciements à MM. De Man, Blankenhorn, Schiffers, Firket et A. Renard. Proposition du Conseil. Le Conseil propose l'admission, comme membre effectif, de M. le docteur A. Blankenhorn, de Carlsruhe, présenté par MM. Ledeganck, président et Cornet, secrétaire, et de M. Achille Tillier, architecte à Mons, présenté par MM. Rutot et Cornet. MM. le docteur Blankenhorn et Tillier sont élus membres effectifs de la Société. Le Conseil propose la nomination d'une commission chargée de présenter un projet de dépense de la somme de 1,000 francs, allouée par le gouvernement pour compléter la collection des instruments. L'Assemblée désigne MM. Ledeganck, président, Michelet, Miller, Rutot et Cornet, pour faire partie de cette commission. M. Casse appelle l'attention des membres de la com- mission sur l'achat de certains instruments, tels que le saccharimètre et le micro-spectroscope, — qui sont de nature à rendre des services réels aux membres qui s'occupent d'analyses. Travaux des membres. M. Cornet, secrétaire, entretient l'assemblée d'un petit livre nouveau, intitulé : Guide de l'examen micros- BULLETIN DES SÉANCES. CCXXIII copique des tissus animaux, parle professeur S. Exner, de l'Institut physiologique de Vienne, traduit de l'alle- mand par le doeteur F. Schifièrs, de l'Université de Liège. Le livre du professeur Exner, spécialement destiné aux histologistes, a été écrit dans le même ordre d'idées que eelui de Thomas Davies « llie Préparation and Mounting of Microscopic Objets » livre auquel l'Angle- terre est redevable du grand nombre de préparateurs micrographes qu'elle possède aujourd'hui. Le livre du professeur Exner, moins étendu que celui de Davies, qui s'occupe de la préparation générale de tous les objets micrographiques, est un véritable petit chef-d'œuvre, fruit de vingt-cinq années d'expérience, dans lequel le commençant, aussi bien que l'histologiste consommé, trouveront un guide sûr et des renseigne- ments utiles. L'auteur expose les procédés avec beaucoup de luci- dité; il ne décrit que les méthodes dont il a constaté l'efficacité et évite les détails inutiles. Des tables analy- tiques faites avec soin permettent de se guider sûrement au milieu de cette immense quantité de procédés de durcissement, de coloration, d'éclaircissement d'injection, d'inclusion et de fermeture. Ce livre, dont il ne serait pas possible de donner une analyse sans se perdre dans des détails sans fin, est d'un mérite réel et, à ce point de vue, devrait se trouver sur la table de tout histologiste, d'autant plus que son prix, très modeste, le rend accessible à toutes les bourses : il ne coûte que 3 francs. CCXXIV SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Tryblionella ovata l^agcrstedt par C; H. Delogne. Dans ma liste des Diatomées des environs de Bruxelles, j'ai signalé Tryblionella ovata, Lag. dans une serre au Jardin botanique. J'ajoutais : Cette espèce n est jusque maintenant indiquée qu'au Spitzberg. En écrivant ces mots, j'étais persuadé que je découvrirais d'autres sta- tions. En effet, je la retrouvais bientôt à l'entrée du déversoir de l'étang de Groenendael et, à peu près à la même époque, dans les rocailles aux bords du lac du bois de la Cambre. La même année, je la récoltais encore contre les parois intérieures, d'une fontaine cou- verte, à Fraban (province de Luxembourg). Ces stations offraient une certaine ressemblance, en ce sens que la récolte y avait été faite dans un endroit plus ou moins sombre, ne recevant qu'une lumière diffuse. Aussi pensais-je d'abord que le Tryblionella ovata, Lag. ne se rencontrerait que dans ces conditions. On le trouve cependant aussi dans des endroits bien éclairés, exposé à la lumière directe, ainsi qu'il résulte d'une nouvelle récolte faite au Jardin botanique de Bruxelles et d'une autre faite contre un rocher humide au sommet de la côte qui domine la Semoy, près du village de Rochehaut. Je puis aussi signaler le Tryblionella ovata, Lag. en Angleterre, où il n'est pas encore indiqué, du moins à ma connaissance. En examinant chez notre confrère. M. le D 1 H. van Heurck, d'Anvers, une préparation faite du n" 8ii (provenant de Rylands) de la collection Walker-Arnott, j'y reconnus aussitôt l'espèce en ques- BULLETIN DES SÉANCES. CCXXV tion. Dans son catalogue, Walker-Arnott la rapporte aussi au genre Tryblionella (Lagerstedt n'est pas certain qu'elle doive se rapporter à ce genre). Je ne relèverai pas le nom spécifique écrit au crayon par Walker-Arnott dans l'espace laissé d'abord en blanc. Ce nom, quoique antérieur à celui de Lagerstedt, n'ayant pas été publié, ne pourrait être qu'un synonyme. Le TrijblioneUa ovata, Lag. vit en société avec plusieurs autres Diatomées, du moins si j'en juge d'après mes récoltes. Mais il me paraît qu'on le trouvera sou- vent avec des espèces du genre Diadesmis. Dans deux de mes récoltes il est associé avec des formes apparte- nant à ce genre. Dans le n° 844 de Walker-Arnott il est associé au Diadesmis gallica. Sm. L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 1 4 heures. COMPTE RENDU ANALYTIQUE ET CRITIQUE I. ANALYSE DES PUBLICATIONS DÉPOSÉES A LA SÉANCE. Les N os 52 et 33 (7 et 14 juillet 1879) du Zoologis- cher Anzeiger, contiennent des renseignements biblio- graphiques sur un certain nombre d'ouvrages et de mémoires parus récemment sur les invertébrés et parti- culièrement sur les Protozoaires, les Cœlentérés, les Echinodermes et les Vers. * * * Le N° 11 du vol. III (New séries) du Popular science Review (juillet 1879) contient une intéressante étude du 1o CCXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOP1E. professeur Martin Duncan intitulée : Some Faits and and Tlwiights aboal Light-emitting Animais, (p. 225- 242; pi. VI). Le N° de juin 1879 des Annales de la Société Médico- Chirurgicale de Liège, contient, p. 248-255, un article du docteur Ch. Firket, sur la recherche des Micro- coccus dans l'intérieur des organes. * * Le N° 5 (mai 1879) du T. 47 du Bulletin de l'Aca- démie royale des sciences de Belgique, contient, p. 541- 565, un mémoire, avec planche, de M. A. Renard, intitulé : Caractères distinctifs de la dolomite et de la calcite dans les roches calcaires et dolomitiqucs du calcaire carbonifère de Belgique. * * Le N° de juin 1879 du Bulletin scientifique du dépar- tement du Nord, contient (T. II de la 2 e série, p. 197- 206), un bon catalogue ft Algues marines observées à Wimereux, par M. R. Moniez, catalogue qui sera utile- ment consulté lorsque des recherches analogues seront faites sur la côte belge. * * Sous la rubrique Microscopie, le N° 175 (I e ' juillet 1879) du Science Gossip, contient les notes suivantes : Euglena viridis and its Sucker-bulb — Microscopie Clcanliness. — Another method of Staining Microsco- pical Spécimens — « Centerer » for Slides. * * * Parmi les articles du dernier N° c!c la Bévue Mycolo- gique du docteur Roumeguère (N° 5, 1" année, juillet 1879) nous citerons : Des herborisations Cryptogame BULLETIN DES SEANCES. CCXXVI1 ques, par L. Marchand. — Sur le Chœnocarpus hypo- tricho'ides, Lev., par Baiuier. — Observations de M. Dutailly, sur la nature des lichens (réponse à l'étude du docteur Mùller). — Le Sclerotium du Topi- nambour, par M. Saint-Gai. — Remarques sur les Gonidies et sur leurs diverses formes, parW. Nylander. * * * Le N° du 15 juin 1879 (2 me série, 8 me année) de la Revue des sciences naturelles de Montpellier contient, parmi les mémoires originaux, une note de M. Mathias Duval sur l'emploi du collodion, comme matière à inclusion pour la pratique des coupes microscopiques, et, sous la rubrique Revue scientifique, une soixantaine de pages d'analyses de travaux français récents sur la zoologie, la botanique et la géologie, parmi lesquels il en est un certain nombre se rapportant à la micros- copie. * * Le N° 2 du I er vol. (janvier 1879) de Y American Quarterly Microscopical Journal, contient comme arti- cles de fond : New Rkhopods, by W. S. Barnard, p. 83-85, pi. V11I. — A study of One of ' the Distomes, by C. H. Stowell, p. 85-93, pi. IX. — On the probable error of Micrometrie Measurements, by E. W. Morley, p. 95-97. — Standard Measures ofLenght, by W. A. Ro- gers, p. 97-102. — On the fissure-inclusions in the fibrolitic gneiss of New Rochelle, N Y, by A. A. Julien, (avec figure et pi. X). — The classification of the Algae, by A. B. Hervey, p. 116-122 (à continuer), pi. XI. — The Ampulla of Vater and the Pancreatic Ducts in the Domestic Cals, by S. H. Gage, p. 123-151, pi. XII. — Practical Hints of Preparing and Mounling Animal CCXXVIU SOCIETE BELGE DE MICROSCOP1E. Tissues, by Cari Seiler, p. 151-156. (A continuer.) — Observations on Several. Forms of Saprolegnicœ, by F. B. Hine (suite), p. 156-146. — Classification of the Simplest Form of Life, by B. Eyfert, p. 146-155. Le N° 5 (avril 1879) du même Journal contient comme articles de fond : The Ampulla of Vater and the Pan- creatic Ducts in the Domestic Cat, by S. H. Gage (suite), p. 169-180, pi. XIII, XIV.— A Typical case of Tuber- cular Meningilis, by J. N. Danfortb, p. 180-185, pi. XV. — The formation of the Paraboloid as an Illumi- nator for the Microscope, by F. H. Wenbam (figures), p. 186-191. — The structure of Ophioglossum, by M. Harrington. — A Few Remarks on Angular Aper- ture and Description of a « Universal Apertomeler, » by H. L. Smith, p. 194-205, pi. XVII. — Dubious Forms of Fresh water Algae, by F. Wolle, p. 205- 208, pi. XVIII. — Two Forms of comparators for Mea- sures of Length, by prof. W. A. Rogers, p. 208-220 (figures.) — Praclical Hintson Preparing and Mounting Animal Tissues (suite), by C. Seiler, p. 220-225. — The Simplest Forms of Life, by B. Eyfertb, p. 225-254. * * Le N° 75 (juillet 1879) du Quartcrljj Journal of Mi- croscopical Science contient comme articles de fond : Notes on Some of the Reticularian Rhizopoda of the « Challenger » Expédition, by H. B. Brady, p. 261- 299, pi. VIII. — The Morphologij of the Vertébrale Ol/acloru Organ, by A. M. Marshall, p. 590-510, pi. XIII, XIV. —On the Brain of the Cochroach (Blatta orientais), by E. T. Newton, p. 540-556, pi. XV, XVI. — TheMicrophytes which hâve been fourni in the Rlood, BULLETIN DES SÉANCES. CCXXIX and their Relation ta Discase, by T. R. Lewis, p. 556-404?, pi. XVII et nomb. fig. dans le texte. — Observation on the Glandidar Epithelium and Division of Nnclei in the Skin of the Newt, by E. Klein, p. 404-520, pi. XVIII. — On the Early Development of the Lacer- tilia, etc., by F. M. Balfour, p. 421-450, pi. XIX. — On Certain Points in Anatomy of Peripatus Capensis, by F. M. Balfour, p. 431-473. II. REPRODUCTIONS ET EXTRAITS. Le fascicule 1-2, série II e de la XIII e année de l'An- nuaire de la Société des naturalistes de Modène contient une étude très-développée du docteur C. Bergonzini, sur les bactéries. Après quelques mots sur l'importance attribuée à la théorie parasitaire, pour l'étiologie des maladies, l'au- teur passe à des généralités sur les bactéries et à l'examen des principales classifications. Il adopte à peu de chose près celle de Colin, généralement admise aujourd'hui, bien que, dit-il, elle ne soit guère naturelle, basée comme elle l'est sur la forme d'êtres que tout porte à croire polymorphes. Ensuite il décrit les diverses espèces des genres Micro- coccus, Bacterium, Bacillus, Vibrio, Spirillum et Spiro- chaete. La partie du travail consacrée à la nutrition rend compte de plusieurs expériences intéressantes à ce sujet. Le docteur Bergonzini s'étend assez longuement sur la reproduction des bactéries et ne manque pas de mettre en présence panspermistes et héterogénistes, sans toute- fois se prononcer sur leurs théories. CCXXX SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Après cela on trouve une série d'expériences sur l'ac- tion de divers agents physiques et chimiques, de la cha- leur surtout, sur les bactéries. Les dernières parties du travail sont consacrées aux bactéries des fermentations, à celles des putréfactions, enfin aux relations des bactéries avec les maladies infec- tieuses et les maladies contagieuses. L'auteur termine par les conclusions suivantes : Les bactéries sont des végétaux qui vivent et se repro- duisent surtout dans les liquides organiques en décom- position ou simplement altérés. Leur emplacement taxinomique est jusqu'à présent incertain. Elles peuvent se reproduire par scission et par spores et ont toutes besoin d'oxygène pour vivre. Dans l'état de scissiparité, une température de 50°, la dessiccation, la privation d'oxygène, souvent la putréfac- tion, les tuent. A l'état de spore, elles peuvent résister à une température supérieure à 100" (?) et à la majeure partie des agents qui les tuent à l'étal adulte. Les tem- pératures de 50° à 75° favorisent leur première appari- tion dans les liquides appropriés. La température de 0° s'oppose à leur production, mais une température plus basse encore ne peut les faire périr une fois développées. C'est chose incertaine si les bactéries peuvent se pro- duire par génération sponlanée. Dans les fermentations, et peut-être aussi dans les pu- tréfactions, elles paraissent jouer un rôle important, mais en tout cas moindre que celui qu'on leur attribue ordinairement. Aucun fait bien constaté ne prouve qu'elles soient cause ou agent principal dans aucune maladie. Il en BULLETIN DES SEANCES. CCXXXI existe beaucoup au contraire tendant à prouver que leur apparition dans les maladies seraient seulement un phénomène concomitant. Procès- verbal de la séance du 28 août 1879. Présidence de M. Vanden Broeck , vice-président. Sont présents : MM. Bauwens, Bock, Casse, Coppez, Gravis, Lefèvre, Miller, Prinz, Rutot, Vanden Broeck, et J. F. Cornet, secrétaire. Correspondance. La correspondance comprend : Une lettre de la Société Malacologique de Belgique annonçant la mise à la disposition de la Société d'une armoire en chêne destinée à servir de bibliothèque. Dons et envois reçus. Publications reçues en échange de la part des sociétés : Entomologique de Belgique, Malacologique de Bel- gique, Boyale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de Médecine de Caen et du Calvados, Médico- chirurgicale de Liège , Royale de microscopie de Londres, Belge de photographie, Française de photo- graphie, Impériale des naturalistes de Moscou, Lin- néenne de Bordeaux , Hollandaise des sciences de Harlem , des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne, du Quekett microscopical Club, Impériale zoo- CCXXX11 SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. logique de Vienne, Comité géologique d'Italie; des académies : Royale des sciences de Belgique, Royale de médecine de Belgique, Impériale des sciences de Vienne, Royale des sciences de Turin, Impériale des sciences de Saint-Pétersbourg ; des directions : du Musée de l'in- dustrie de Belgique, de Y Atlieneum belge, du Moniteur industriel belge, de la Feuille des jeunes naturalistes, du Botaniska Notiser, du Zoologischer Anzeiger, du Bulletin scientifique du département du nord, du Natu- raliste Canadien, de YEssex institule, de Y American Quarteriy Journal, du Science - Gossip , de la Biblio- graphie médicale belge, de Y Index medicus, du Zeil- sc/irift fur Wisscnscliaftliclie zoologie et de la Revue bryologique. De la part des auteurs : Note sur l'ottrelite, par MM. A. Renard et Ch. De La Vallée-Poussin; des Carac- tères distinetifs de la Dolomite, par M. A. Renard; Alcune parole in riposta al sigr Paolo Petit et / Funglii délia provincia di Roma, par le docteur Matteo Lanzi; Quelques mots sur le quaternaire et Explorations paléontologiques et straligrapliiques aux environs de Tongres, par MM. Vanden Broeck et Rutot; Diluvium et Campinien, par MM. Vanden Broeck et Cogels. La Société vote des remerciements à MM. Renard, Lanzi, Vanden Broeck et Rutot. Proposition du Conseil. Le Conseil propose l'admission, comme membre effectif, de M. le major du génie E. Dusart, présenté par MM. Weyers et J. F. Cornet. BULLETIN DES SÉANCES. CCXXXHI M. E. Dusart est élu membre effectif de la Société. Publications de la Société et Exposition de 1880. 31. Cornet, secrétaire, communique, au nom du Conseil, les résolutions prises par celui-ci au sujet des modifications à apporter dans le mode de publication des travaux de la Société. Après examen des propositions émises par MM. Cornet et Vanden Broeck et énoncées dans les procès-verbaux des 24 avril et 29 mai, le Conseil a cru qu'il convenait de ne prendre pour le moment aucune résolution chan- geant dans son essence le système actuel. M. Vanden Broeck ayant démontré que l'adoption des amendements proposés par lui donnerait lieu à une économie notable et permettrait, tout en laissant subsister les avantages du système actuel, d'équilibrer convena- blement le budget, ces amendements, tels qu'ils se trouvent exposés dans le procès-verbal de la séance du 29 mai, ont été adoptés par le Conseil et seront mis en vigueur dès l'exercice prochain. M. Cornet annonce ensuite que le Conseil a désigné MM. Rutot et Vanden Broeck pour s'occuper des ques- tions soulevées par la participation de la Société à l'Ex- position nationale de 1880. D'autres collègues pourront encore être adjoints à MM. Rutot et Vanden Broeck pour compléter la com- mission qui devra être nommée à cet effet. M. Cornet engage les membres de la Société à envoyer sans retard leur adhésion et à indiquer, en même temps que la surface qu'ils prévoyent devoir occu- CCXXX1V SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. per, la nature des objets qu'ils se proposent d'exposer. Sur la proposition du président, il est décidé qu'une circulaire sera envoyée aux membres à ce sujet. Rapports. M. Cornet présente, au nom de la commission spé- ciale, le rapport sur le projet de dépense de la somme de 1,000 fr. allouée par le gouvernement pour compléter la collection d'instruments. Ce rapport, adopté par l'assemblée, conclut à l'acqui- sition de divers instruments pour la somme de 608 fr. et celle de microphotographies pour projections pour la somme disponible. M. Miller donne lecture de son rapport sur le mé- moire avec planche présenté à la séance du 29 mai der- nier par M. Vanden Broeck, sous le titre : Note sur un modèle simplifié du nouveau système de slide. M. Michelet, second commissaire, ayant fait savoir qu'il adhérait aux conclusions du rapport qui propose l'insertion du mémoire de M. Vanden Broeck dans nos Annales, la Société adopte ces conclusions et vote l'im- pression du travail ainsi que de la planche qui raccom- pagne. Travaux des membres. Le secrétaire effectue le dépôt d'un mémoire présenté par J. Deby sur les apparences microscopiques des valves des Diatomées. L'assemblée désigne MM. Delogne et Gravis pour faire un rapport sur ce travail. BULLETIN DES SÉANCES. CCXXXV L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 6 heures. COMPTE RENDU ANALYTIQUE ET CRITIQUE I. REVUE DES PUBLICATIONS PÉRIODIQUES DÉPOSÉES A LA SÉANCE. Le Bolletino ciel R. Comitato geologico d'Italia (1878, anno IX) contient, p. 498-518, un article de M. E. Stôhr, intitulé : Sulla posizione geologica ciel tufo et del tripoli nella zona sol fi fera cli Sicilia, con- tenant l'énumération de 115 espèces de Foraminifères rencontrés dans le tuf de Stretto et l'énumération de 109 espèces de radiolaires observés dans le tripoli de Grotte. Cet article est suivi d'un travail de M. Conrad Schwager (p. 519-529 et pi. I), intitulé : Nota su alcuni Foraminiferi nuovi ciel tufo di Stretto presso Girgenti. Le Bulletin de l'Académie royale des sciences de Bel- gique contient (n° du t. LXVII, 2 e sér.) un article de MM. L. Fredericq et Yandevelde : Physiologie des mus- cles et des nerfs du homard (p. 777-797). Voici les con- clusions de ce travail : 1° « 11 paraît y avoir identité complète entre les mus- » clcs du homard et ceux de la grenouille ; 2° » Les nerfs moteurs du homard présentent, au » point de vue physiologique, de grands points de res- » semhlance avec ceux de la Grenouille. La différence » la plus caractéristique consiste dans la lenteur avec CCXXXVI SOCIÉTÉ BELGE DE M1CR0SC0PIE. » laquelle l'excitation motrice chemine le long des nerfs » moteurs chez le homard (6 m. par seconde chez » le homard; 27 m. chez la grenouille). La propa- » gation de l'excitation motrice éprouve chez le homard » un ralentissement considérante dans les terminaisons » musculaires du nerf moteur. » Le même numéro du Bulletin de l'Académie royale de Belgique contient (p. 797-810, avec pi.) une étude de M. Jules Mac-Leod Sur la structure de la glande de Barder du canard domestique, et (p. 81 1-825) Nou- velles communications sur la cellule cartilagineuse vivante, par M. W. Schleicher. Le n° 7 (juillet 1879) du même Bulletin contient (p. 45-69) une étude de MM. Masquelin et A. Swaen, intitulée : Premières phases du développement du pla- centa maternel chez le lapin. Dans le fascicule 4 du 52 e vol. du Zeitschrif fur Wis- senschaftliche Zoologie, nous trouvons les mémoires suivants, relatifs à la Microscopie : Untersuchungen iïber den Bau und die Entwicklung der Spongien. Siebentc Mittheilung , Die Famille der Spongidae, von F.-E. Schulze (p. 595-060, p. XXX IV- XXXVIII). Typhloscolex Mûlleri W. Burch. Nachtrag und Ergânzung zu : Ueber pelagische Anneliden von der Kïiste der canarisclien Insein, von R.Grcef(p. 601-672, pi. XXXIX). Les n os 5 et 4 du vol. I de Y Index Medicus (Recueil mensuel de littérature médicale) contiennent, sous la rubrique : Microscopie, diverses indications hihliogra- phiques relatives aux derniers travaux parus sur les ap- plications de la Microscopie aux recherches médicales. BULLETIN DES SÉANCES. CCXXXVII Le tome XXXII des Aetes de la Société linnéenne de Bordeaux contient une étude très-intéressante de MM. de Montaugé sur Les ennemis et les maladies de l'huître dans le bassin d'Arcachon. Parmi les végétaux ennemis de l'huître, les auteurs citent le Moussillon (Zostera marina, L.), l'Herbe à per- ruque [Ceramium rubrum, Ag.), le Maerle (Ulva lae- tura, L.), les Conferves {Ceramium diaphanum, Roth), et Cladophora laelevirens, Kg.) et les Diatomacées. Dans les animaux ennemis de l'huître, nous trouvons deux classes : les broyeurs et les perceurs ou parasites. Parmi les broyeurs se trouvent les Crabes (Polybius Ilenslowei, Leach.) et (Carcinus Maenas, Penn.), le Thouy (Carcharias glaueus, Cuv.), la ïere (Trygon pastinaca, Cuv.), la Vieille (Crenilabrus viridis, L.) Parmi les Perceurs et les Parasites, sont rangés le Cormaillot ou Bigorneau perceur (Murex erinaceus, L.), le Cornichon (Massa retieulata), l'Étoile de Mer (Aste- rias rubens, Gmel.), les Crevettes ou Chevrettes et les Pucerons de mer (Palaemon squilla, Edw. et Tali- trus saltator, Edw.), la Moule (Mytilus edulis, L.), les Vers marins (Arenieola piscatorium,Lk.,eic.). Le Cra- quoy ou Polype, les Ascidies, etc. Des détails intéressants sont donnés sur chacun de ces ennemis du précieux mollusque et sur leur mode d'action. La deuxième partie du travail, non moins intéres- sante, est consacrée aux Maladies de l'huître. Le n° 7 de la 2" année (juillet 1879) de la nouvelle série du Bulletin scientifique du Département du Nord contient un article dû à un des internes les plus distin- gués des hôpitaux de Paris et intitulé : A quoi sert le CCXXXVIII SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. Microscope en médecine? Nous reproduisons plus loin cet article, qui sera lu avec intérêt par nos collègues. Le n° 176 (1 er août 1879) du Science-Gossip contient, sous la rubrique Microscopie, les articulets suivants : Cclls for dry Objects. — Englena (?) viridis and its Bu lied Flagellum. — How to makea Compressorium. Le n° 4 du vol. I de X American Quartcrly Microsco- pical Journal contient : On some Sensory Structures of Young Dog-Fisches, by Prof. S. A. Forbes. — Spores, ivith a Spore Glossary, by D r C. L. Anderson. — The Oblique Illuminator, by D' J. J. Woodward. — Des- cription of a New Apcrtometer, by T. H. Wenham. — Measuring Aperture, by J. Mayall. — Aperturc, An- gular and Numerical, by R. Hitchcock. — The Struc- ture of the Tangue of tlie Honey-Bec, by J. D. Hyatt. — Oleomargarine and Butter, by Thomas Taylor. — Hâclid vs. Virchow, by Walter C. Hubbard. — The Origin and Death of the Bcd-Blood-Corpuscle, by Prof. C. H. Stowcll. — The Simplest Forms of Life, by B. Eyferth. Le n° de juillet 1879 du Bulletin de la Société fran- çaise de Photographie contient une Notice de M. G. Re- naud sur les Projections considérées comme moyen d'enseignement. Nous reproduirons prochainement cet article, extrait lui-même des Instructions pratiques sur l'emploi des appareils à projection de M. Molteni. Le n° d'août 1879 (vol. II, n° 5) du Journal de la Société royale de microscopie de Londres contient les articles de fond suivants : On a nciv Spccies of excavating Sponge (Alcclona Millari) and on a new Spccies of Bhaphidothcca (R. afïinis), by H. J. Carter, p. i95-ï99, 2 pi. BULLETIN DES SÉANCES. CCXXX1X On a new Gémis of Foraminifera (Aphrosina informis) and Spiculation of an unknown Spongc, by H. J. Carter, p. 500-502, 1 pi. On the Theory of IUuminating Apparatus employée ivith the Microscope, Part 1, by D 1 H. E. Fripp, p. 503- 5-29. Observations on Notomala Wernecki and its Parasi- tisrn in the Tubes of Vauchcria, by Prof. Balbiani, p. 530-544, 1 pi. Le recueil analytique des recberebes courantes sur les Invertébrés, la Cryptogamie, la Microscopie, etc., comprend, comme d'habitude, plus d'une centaine d'ar- ticles et forme une véritable mine de renseignements sur toutes les branches des sciences naturelles dans leurs rapports avec la Microscopie. II. ANALYSES ET REPRODUCTIONS. Nous extrayons du n° de juillet 1879 du Bulletin scientifique du Département du Nord l'intéressant article suivant : A quoi sert le mieroseope en médeeiiie. « A quoi sert le microscope? A quoi bon toute cette histologie pathologique? A quoi cela mène-t-il? Ce n'est pas de la médecine, ces recherches sont futiles, dignes seulement des laboratoires, elles n'exercent aucune influence sur la clinique; ce n'est pas là de la saine pra- tique. » Que de fois n'entend-on pas répéter, par des prati- ciens en renom, ces paroles ou d'autres semblables. CCXI. SOCIÉTÉ BELGE DE M1CROSCOP1E. Persuadés de l'inutilité du microscope en médecine, ils s'efforcent de détourner les élèves de ces études qu'ils considèrent comme purement théoriques, de jeter le discrédit sur l'histologie pathologique. L'on pourrait, et ce serait peut-être le plus sage, leur répondre que le microscope se défend assez par lui-même. Le nombre et l'importance des travaux d'histologie pathologique publiés dans ce siècle, la haute valeur des médecins qui s'oc- cupent d'anatomie pathologique, le nombre toujours croissant des élèves et des laboratoires, la disparition lente, mais fatale, dans le personnel de l'enseignement médical, de l'école qui, repoussant comme nuisible et inutile la médecine scientifique, porte le nom, aussi prétentieux qu'usurpé, d'école des « cliniciens purs » suffiraient pour répondre à leurs objections. Mais dis- cutons sans parti pris et recherchons quels sont les ser- vices rendus à la médecine par l'histologie pathologique. Et d'abord, plaçons-nous à un point de vue absolu- ment pratique; commençons par cette histologie d'usage journalier, au point de vue clinique, histologie patho- logique que tout praticien doit connaître, dont il ne peut se passer sous peine d'errer dans ses diagnostics. C'est à elle que nous devons la connaissance d'une foule de maladies cutanées parasitaires, dont la nature, et partant le traitement rationnel, avaient échappé jusque-là aux dermatologistes. C'est elle qui, après nous avoir montré la nature parasitaire des teignes, sert tous les jouis, dans nos hôpitaux, au diagnostic de leurs variétés. C'est au microscope que nous sommes souvent obligés de recourir dans le diagnostic des différents exsudais des stomatites, des angines. C'est lui qui a découvert le champignon du muguet. BULLETIN DES SÉANCES. CCXLI De quel secours n'est-il pas clans l'examen des liquides de l'organisme? Il nous montre les altérations du sang de la leucocythémie, des anémies (numération des glo- bules), il nous montre la bactéridie du charbon, ouvrant ainsi un horizon des plus vastes sur l'origine et la nature des maladies infectieuses. Grâce à lui, le médecin reconnaît dans l'urine des débris épithéliaux, du pus, du sang, du sperme, des cylindres de variétés diverses, dont l'importance pronostique et diagnostique est sou- vent considérable. Souvent, comme le fait remarquer M. Dieulafoy, le liquide pleurétique semble de bon aloi, il est clair, non purulent. Seul l'examen microscopique pourra permettre de se prononcer sur l'avenir de la pleurésie. Si, en effet, le nombre des globules rouges dépasse un certain chiffre, on pourrait, d'après cet auteur, affirmer que la pleurésie, séreuse pour le moment, deviendra purulente et agir en conséquence. La présence de grandes cellules à plusieurs noyaux dans du liquide péritonéal, pleuré- tique, a parfois permis de présumer la nature cancéreuse de l'affection dont était atteinte la séreuse. On tend de plus en plus, et avec raison, à utiliser le microscope dans l'études des crachats. Il arrive que le médecin le plus expérimenté hésite à poser un diag- nostic entre une bronchite chronique simple et une tuberculose pulmonaire; l'existence de fibres élastiques dans les crachats permettra d'affirmer qu'il y a destruc- tion du parenchyme pulmonaire, que l'on a affaire à une phthisie. La présence de cristaux d'acides gras dans les crachats annoncerait une affection pulmonaire grave. Grâce au microscope nous pourrons reconnaître par- ie CCXL11 SOCIÉTÉ BELGE DE M1CKOSCOPIE. fois l'origine hydatique de certains liquides, la présence de sarcines dans les vomissements, distinguer des tophus de simples boutons d'acné (ce qui n'est pas toujours facile), reconnaître la nature de certaines taches, etc., en médecine légale, où il joue un si grand rôle. Nous ne ferons que rappeler le rôle important que joue le microscope dans le diagnostic des tumeurs ; il n'est plus de chirurgien sérieux qui le mette en doute. Les faits ne manquent pas où l'examen histologique d'une tumeur a été du plus grand secours au chirurgien au point de vue du pronostic de ladite tumeur, de l'in- dication et de la contre-indication de l'opération. Nous nous bornerons à rappeler un cas dont nous fûmes témoin et qui nous semble très-instructif : Une jeune femme de moeurs faciles entre dans un service spécial pour une vaginite. Quelque temps après son admission, il lui vient à la cuisse une tumeur présentant tous les caractères d'une gomme cutanée à la période de crudité et considérée comme telle par le chef de service, syphi- liographe des plus expérimentés et des plus connus. On allait instituer le traitement anti-syphilitique, il était même déjà commencé, quand le chef de service eût l'idée d'ouvrir cette tumeur, dont le centre s'était légè- rement ramolli. Il en sortit une sorte de bourbillon, absolument semblable comme aspectà celui d'une gomme et l'origine spécifique de la tumeur paraissait donc cer- taine, quand l'examen histologique vint montrer que le prétendu bourbillon n'était autre chose que de la matière sébacée. On avait donc eu affaire à une sorte de kyste sébacé et non à une gomme cutanée. L'examen histolo- gique seul évita à la malade un traitement antisyphili- tique énergique. BULLETIN DES SÉANCES. CCXL11I Mais les services que rend tous les jours le microscope dans la pratique de la clinique ne sont que bien peu de chose en comparaison des services qu'il a rendus, qu'il rend et qu'il est appelé à rendre en pathologie, dans la compréhension de la nature et de l'évolution des mala- dies. Le temps n'est plus, en effet, où l'on étudiait les symptômes d'une façon abstraite, où l'on considérait la maladie comme un être indépendant, sorte de parasite attaché à notre organisme. Vésale, Morgagni, Bichat, Corvisart, Laënnec, Broussais, Andral, Bouillaud, Cru- velhier, Magendie, Rayer et tant d'autres maîtres, ont montré d'une façon éclatante qu'il ne peut y avoir d'alté- ration dans les fonctions des organes sans une lésion correspondante de ces organes, que les symptômes n'étaient que l'appel des organes souffrants. Comment, en effet, comprendre une affection, si l'on n'en connaît les lésions; comment en comprendre les symptômes, les rapports qui unissent ces différents symptômes, la marche, les terminaisons, si l'on ne con- naît l'évolution de ces lésions. C'est la gloire de l'école anatomo-pathologique d'avoir en quelque sorte transformé la médecine, d'avoir conduit (comme le dit si bien le professeur Charcot), le médecin à « penser anatomique- ment. » En effet, quoi qu'en puisse dire l'ennemi le plus acharné de l'anatomie pathologique, quand il pose un diagnostic il doit avoir présente à l'esprit la lésion anatomique, il pense anatomiquement. Mais il ne suffit pas de décrire les modifications super- ficielles des organes, on ne peut se borner à l'étude de leurs altérations macroscopiques ; il faut pénétrer plus profondément, il faut suivre le processus pathologique dans ses lésions intimes, le localiser plus spécialement CCXL1V SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. sur tel ou tel système, le poursuivre jusque dans les éléments constitutifs de tissus, jusque dans la cellule. c< Ainsi fut créée par l'histologie, comme le remarque le professeur Charcot, une sorte de physiologie patho- logique intime, qui suit, pour ainsi dire, pas à pas, dans chaque partie élémentaire, les diverses phases du processus morhide et saisit jusqu'aux moindres transi- tions qui relient l'état pathologique à l'état sain. » C'est encore à l'histologie pathologique que nous devons ce fait considérahle, si bien mis en relief par J. Mùller, Virchow, Corail et Ramier, que la maladie ne crée aucun tissu, aucun élément, qui n'ait son type dans un tissu de l'organisme, à l'état embryonnaire ou à l'état de développement complet (d'où une admirable classification des tumeurs); que les éléments cellulaires d'un tissu nouveau dérivent d'anciens éléments cellu- laires de l'organisme. Enfin, fait d'une importance capitale, avec l'histologie pathologique, on vit se réduire notablement le nombre des maladies dites : « sine matéria. » Il est une branche de la pathologie, branche d'ail- leurs des plus importantes, sur laquelle l'histologie pathologique a jeté la plus vive lumière; nous voulons parler des affections du système nerveux. Que d'affec- tions du système nerveux étaient, avant leur étude histo- logique, rangées dans les « maladies sine malcria! » Duchenne de Boulogne, l'école de la Salpétrière, avec Charcot et Vulpian, créent, pour ainsi dire, toute la pathologie médullaire. MM. Charcot et Bouchard décou- vrent les anévrysmes miliaires, M. Magnant montre les lésions de la paralysie générale, affection qui, comme ses autres sœurs de la pathologie mentale, avait été con- BULLETIN DES SÉANCES. CCXLV sidérée si longtemps comme un véritable type des maladies « sine materia . » MM. Vulpian, Ramier, dans une série de recherches des plus importantes, exposent les phénomènes succédant aux sections nerveuses. Tout récemment, un jeune et savant histologiste, M. Déjerine, montre que la paralysie diphtéritique provient d'une lésion des cellules des cornes antérieures de la moelle. Mais il nous faudrait des pages pour énumérer les services rendus par l'histologie a la pathologie nerveuse. C'est encore au microscope que nous devons des ren- seignements plus précis sur les maladies du foie et surtout sur celles du rein. N'a-t-on pas, avant des recherches anatomiques sérieuses, considéré la phthisie laryngée comme une affection purement inflammatoire et non tuberculeuse par elle-même, produite sous l'in- fluence de l'irritation, par les crachats, de la muqueuse laryngée? De pareilles erreurs nous étonnent mainte- nant, et pourtant elles ont été commises par des hommes comme Trousseau et Belloc, par Cruvelhier lui-même; le microscope n'était pas là pour les guider, pour leur montrer la nature tuberculeuse de la lésion. Grâce à l'histologie, l'étude de la tuberculose pulmo- naire a fait un grand pas avec les remarquables travaux de MM. Thaon, Graneher, etc. C'est elle qui a permis à Grancher de prouver anatomiquement que la phthisie pouvait guérir, qu'elle guérissait même souvent, de montrer comment, dans ce cas, évoluait le tubercule et quelles étaient les principales conditions de cette évolu- tion favorable. C'est le microscope qui nous a donné des connais- sances plus exactes sur les prétendues métastases viscé- rales de la goutte en en décrivant les lésions anatomo- CCXLVI SOCIÉTÉ BELGE DE MICROSCOPIE. pathologiques et en montrant que les cas de mort subite, survenant chez les goutteux, devaient être attribués le plus souvent à l'urémie ; c'est lui qui a éclairci le mode de formation des abcès métastatiques, l'absorption des néoplasmes par les lymphatiques, qui nous a montré les embolies capillaires. Terminons en rappelant les services qu'a rendus le microscope dans l'étude des maladies des os; rachitisme, tumeurs blanches, périostites phlegmoneuses diffuses et ostéomyélites, etc. Tout récemment encore des travaux des plus importants entrepris en Allemagne, puis en France, nous apprenaient que les morts subites surve- nant à la suite d'une fracture et expliquées jusqu'ici par le fameux « choc chirurgical », ce qui en somme ne veut rien dire, provenaient d'embolies graisseuses qui, parties du foyer de la fracture, allaient remplir les capillaires des différents viscères, du poumon en parti- culier. Tels sont, mais énumérés d'une façon très-incomplète, les services rendus par l'histologie à la médecine. Elle est appelée à en rendre davantage encore. Nous nous croirons donc en droit de répondre à ceux qui nous diront si spirituellement en parlant de l'histo- logie : « De quoi cela guérit-il ? » que le microscope en lui-même n'est pas un médicament, qu'il n'a pas de pro- priétés spécifiques, mais qu'il guérit par cela même qu'il a contribué pour une puissante part à la connaissance de la nature, de la marche, de l'évolution des maladies. Si donc les « praticiens » dont nous parlons, sans pour cela déroger à leurs principes et, oh! horreur! faire de la médecine scientifique, veulent bien admettre que la connaissance de la nature d'une maladie et de son évo- BULLETIN DES SÉANCES. CGXLVIt lution leur est de quelque utilité dans l'indication d'un traitement rationnel qu'ils devront appliquer à leur patient, il nous semble que ledit patient et le médecin qui le soigne devront bien quelque reconnaissance à ce pauvre instrument si méprisé. Prenons exemple sur nos voisins d'Outre-Rbin, ne repoussons pas de parti pris un mode d'enseignement si bien entendu et si bien développé cbez eux ; nous avons trop vu, bêlas! il y a quelques années, à quoi nous menait le mépris systématique des étrangers. Il ne faut pas que le même fait se produise en médecine. N'ou- blions pas que les Allemands, après avoir fait d'abord uni- quement de la médecine scientifique, de